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Un gouvernement à tout prix (?)

24 janvier 2011
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Shame ! Honte en français. C’était le mot d’ordre lancé par cinq étudiants appelant les Belges à venir manifester à Bruxelles afin d’exprimer leur ras-le-bol vis-à-vis de la situation politique actuelle.

Manifestants dans les rues de Bruxelles, le 23 janvier dernier pour réclamer la constitution d'un gouvernement (images : Le Soir)

En effet, cela fait exactement 225 jours que le plat pays n’a toujours pas de gouvernement, la Belgique fonctionnant en mode « affaires courantes ». Des deux côtés du pays, on tente de relancer les négociations entre socialistes francophones et nationalistes flamands (les deux vainqueurs des législatives de juin dernier), sans grand et véritable succès.

Cette impasse en a fini par en lasser plus d’un notamment ces cinq étudiants de la Vrije Universiteit Brussel, le pendant néerlandophone de l’Université Libre de Bruxelles, qui sont à l’origine de cette initiative. Bien que le mot d’ordre et la consigne se voulaient apolitiques, afin d’éviter toute récupération politique, nombreux sont les Belges qui ont battu le pavé en emmenant avec eux le drapeau tricolore.

Plus de 30 000 personnes se déplacés de Noordstation (Gare du Nord) au Parc du Cinquantenaire (Jubelpark) pour manifester aussi bien leur ras-le-bol de la situation actuelle que de leur volonté farouche de voir une Belgique encore unie, montrant ainsi toute leur défiance à une classe politique belge à laquelle ils ne croient plus depuis des lustres. Ce chiffre, bien supérieur aux prévisions affichées, constitue un net succès notamment pour les organisateurs de l’évènement et qui devraient ne pas laisser indifférents les partis politiques belges aussi francophones que néerlandophones même si ces derniers ne sont pas sur la même longueur d’onde, bien au contraire !

Car si certains comme les écologistes et les sociaux-chrétiens (francophones du Cdh, néerlandophones du CD&V) saluent la manifestation, d’autres comme les socialistes (francophones) déclarent – à la voix d’Elio di Rupo, le patron du PS – « comprendre le message » tout en refusant de former un gouvernement à tout prix tandis que son alter ego néerlandophone du SP.A, Caroline Gennez est accusée par les libéraux (francophones du Mouvement réformateur comme néerlandophones de l’Open VLD) de récupération politique. En clair, face à cette mobilisation exceptionnelle, les politiques ne savent plus vraiment sur quel danser.

Manifestant portant une pancarte sur laquelle il est écrit en néerlandais : "La scission ? Pas en notre nom !"

Dès lors, les prochains jours seront importants dans la mesure où il s’agit de voir si la manifestation de dimanche a eu un impact ou non sur les négociations institutionnelles en cours chez nos chers voisins belges. A première vue on pourrait s’en douter vu le bourbier actuel. Toutefois, la pression populaire marque le signe évident d’une lassitude du citoyen belge qui attend désormais quelque chose de concret de la part de son Etat et que cesse ses enfantillages dignes d’une école maternelle.

Malgré tout, il ne faudrait pas confondre vitesse et précipitation, ce qui explique la position des partis et responsables politiques francophones, préoccupés par la défense de leurs intérêts face à un parti nationaliste flamand – la Nieuwe Vlaams Alliantie – qui reste incontournable comme l’a si bien rappelé son chef Bart de Wever devant ses sympathisants à Antwerpen (Anvers) lors de ses vœux, dimanche dernier. Les francophones menés par Elio di Rupo l’ont répété à maintes reprises : un gouvernement oui, mais pas à n’importe quel prix, histoire surtout de sortir des négociations la tête haute face aux Flamands.

Comme en 2007, date à laquelle une Liégeoise avait organisé une manifestation rassemblant également plus de 30 000 personnes en faveur de l’unité de la Belgique, le peuple a repris la main après avoir longtemps été attentiste. Reste à savoir si ce nouveau sursaut d’orgueil et citoyen sera suffisant pour ramener les responsables politiques à la table des négociations et à la formation d’un gouvernement, ce qui ne sera pas forcément aisé. A ce rythme, les Belges pourront toujours se consoler en décrochant le record du monde de la plus longue crise politique actuellement détenu par l’Iraq. Réponse ? Le 29 mars prochain

Crédit photos : site du Soir. Pour visionner le portofolio dans son intégralité, cliquez ici

3 Commentaires
  1. 24 janvier 2011 8:49

    Ton compte-rendu est très juste. Je mets le lien sur mon blog.

  2. 24 janvier 2011 10:55

    Je vous conseille la lecture des deux analyses suivantes écrites par Marcel Sel qui n’est pas suspect d’aimer son pays.

    http://blog.marcelsel.com/archive/2011/01/24/un-coup-dans-l-eau.html

    http://blog.marcelsel.com/archive/2011/01/24/petit-billet-a-simon-vandereecken.html

    A cent lieues des réponses simplistes à un problème complexe.

    • 24 janvier 2011 10:55

      …. qui n’est pas suspect de NE PAS aimer son pays…
      Désolé.

Les commentaires sont fermés.