La tentation (bleue) Marine

Marine Le Pen, présidente du Front national et candidate à l'élection présidentielle, au siège de son mouvement à Nanterre (Hauts-de-Seine), en avril dernier
Pendant ce temps, Marine Le Pen tisse sa toile, lentement mais surement.
En effet, avec plus de 20% d’intentions de vote, la présidente du Front national et fille du leader historique du parti d’extrême droite, Jean-Marie Le Pen, flirte avec des scores inédits, du jamais vu dans l’histoire du mouvement. Même son père ne pourrait dire mieux, lui qui recueillait entre 9 et 12% d’intentions de vote dans les précédents scrutins présidentiels.
Il faut dire que Marine ne laisse pas indifférent moins en raison de son physique qu’en raison du lifting qu’elle a imposé au Front national depuis son accession à la présidence en janvier 2011. Auparavant connu pour son côté provocateur et violent, le FN version 2012 se veut plus respectable, loin, très loin de sa caricature légendaire. Fini – en apparence – le skinhead tendance fascisant ! Fini – en apparence aussi – les slogans chocs ou anti-immigrés ! Non seulement, le FN veut se montrer fréquentable mais en plus veut être pris au sérieux, capable de gouverner et mettre fin à la soi-disant hégémonie de l’UMP et du Parti socialiste sur la scène politique française plus connu sous l’acronyme « UMPS ».
Marine Le Pen attire une importante frange de l’électorat français miné par la crise économique et les fins de mois difficiles. Chômeurs de longue durée, modestes retraités, ouvriers… Ils ne sont pas nécessairement racistes et/ou xénophobes mais se sentent floués eux qui ont tourné le dos au Parti socialiste depuis un moment et eux qui ont voté majoritairement Nicolas Sarkozy il y a cinq ans, croyant dur comme fer à son slogan : « Gagner plus en travaillant plus ». Mais là, le désenchantement est réel et visible et cela, la benjamine le sait très bien orientant sur son discours et son programme sur les classes populaires mais aussi – et c’est nouveau – sur les classes moyennes.
Marine Le Pen – et là aussi c’est nouveau – veut le pouvoir à la différence de son père qui au fond, voyait dans le Front national, une caisse de résonance et non une véritable machine à conquérir le pouvoir. Insister sur ce point permet de comprendre (en partie) pourquoi la plus jeune fille du clan recueille des intentions de vote inégalées jusqu’ici pour un parti d’extrême droite en France, menaçant directement Nicolas Sarkozy. Et ce, peu importe que son programme soit difficilement crédible, applicable et surtout défendable comme l’a si justement démontré Anne-Sophie Lapix, lors de l’émission « Dimanche + », le 15 janvier dernier sur Canal Plus.
A tel point que l’hypothèse d’une qualification de la cheffe frontiste pour le second tour de la présidentielle est régulièrement évoquée, du moins n’est plus exclue, certains analystes voyant dans le vote Front national, un soutien de plus en plus assumé à certaines de ses idées et propositions comme l’a récemment indiqué un sondage où près de 30% des Français semblent approuver les thèses du FN même si dans cette même étude, plus des deux tiers des Français ne souhaitent la présence de Marine Le Pen au second tour. Qui plus est, considérer l’éventualité d’une présence de Marine Le Pen au second tour, c’est également une manière de se prémunir de tout effet de surprise à l’instar de 2002 où personne n’avait envisagé la qualification de Jean-Marie Le Pen face au président sortant Jacques Chirac, écartant de la course, le Premier ministre et leader du Parti socialiste, Lionel Jospin.

Marine Le Pen, en compagnie de son père Jean-Marie Le Pen, président du Front de national de 1972 à 2011 et candidat à la présidentielle en 1974, 1988, 1995, 2002 et 2007
Le traumatisme du 21 avril reste encore vif dans la plupart des partis politiques français tout particulièrement au sein du Parti socialiste, comme le rappelle François Hollande qui utilise même le terme de « blessure », lui qui avait appelé à voter pour Jacques Chirac afin de « barrer la route à l’extrême droite » selon l’expression utilisée à l’époque. Le traumatisme est également au sein de l’UMP où ses membres sont divisés sur l’attitude à adopter face à l’actuelle présidente du mouvement, plus séduisante, surtout moins caricaturale que son père et surtout tout aussi efficace sinon plus. Il n’en demeure pas moins qu’à la vue des intentions de vote accordés à Marine Le Pen et des enjeux qui touchent l’Hexagone, la clé du scrutin présidentiel se trouvera en partie dans le discours adressé aux classes populaires et aux personnes les plus touchées et fragilisées par la crise, par les deux grands partis de gauche et de droite. Le Parti socialiste comme l’UMP ne s’y sont pas trompés, bien décidés à reconquérir cette catégorie, véritable pièce-maîtresse pour être assuré d’accéder au second tour, le 22 avril prochain





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