Le story-telling ou l’art de se raconter des histoires

Nicolas Sarkozy, candidat à la présidentielle, sur le plateau du Journal télévisé de France 2, le 22 février dernier
Nicolas Sarkozy a un talent, celui de raconter des histoires, plutôt de se raconter des histoires !
C’était mercredi dernier sur le plateau du Journal Télévisé de France 2. Face au présentateur-vedette David Pujadas, le président-candidat avait déclaré ceci :
« Je pensais que l’ensemble de la représentation nationale voterait à l’unanimité le Traité européen. Il m’est arrivé de voter les textes de François MITTERRAND, sur l’acte unique, sur la monnaie unique ; pourquoi ? Parce que c’est la France. Quand vous pensez que Monsieur HOLLANDE est ses amis se sont abstenus. C’est-à-dire que même l’Europe devient quelque chose où ils ne s’engagent pas parce que c’est moi qui proposent. »
Nicolas Sarkozy a donc pris part au vote relatif à l’Acte Unique européen et au Traité de Maastricht instituant l’Union européenne et la monnaie unique, l’Euro lorsqu’il fut député en 1986 et 1992. Le souci c’est qu’en y regardant de plus près, des incohérences demeurent. Ainsi, pour l’Acte unique européen, l’actuel président de la République n’était que simple maire de Neuilly-sur-Seine et ne siégeait pas à l’Assemblée nationale. Et six ans plus tard, bien que devenu député de l’opposition en 1988, son nom ne figure pas sur la liste de vote pour la simple et bonne raison qu’il n’y prend pas part comme l’atteste le procès-verbal du Palais Bourbon rédigé en juin 1992.
Ce n’est pas la première fois que Nicolas Sarkozy a des soucis de mémoire. Il y a deux ans et demi en effet, il affirmait sur sa page Facebook qu’il se trouvait à Berlin le soir de la chute du Mur en compagnie d’Alain Juppé, le 9 novembre 1989, photos à l’appui. Après enquête, il semblerait que celui qui était député-maire à l’époque était bien dans la capitale (Est) allemande mais le 16 novembre, soit une bonne semaine après les évènements.
Cette nouvelle facétie montre une fois encore que le story-telling (ou l’art de raconter une histoire), c’est un peu comme les armes, un instrument à manier avec précaution surtout lorsqu’il s’agit de captiver et de séduire votre auditoire. Nicolas Sarkozy n’est pas le seul à s’être pris les pieds dans le tapis comme en témoigne cette vidéo dans laquelle Hervé Morin, ancien ministre de la Défense et à ce moment-là, candidat à la présidentielle, affirmait avoir été témoin du débarquement des Alliés sur les côtes normandes, le 6 juin 1944. Sauf qu’il est né… en 1961 !
A force de vouloir trop bien faire, on finit par en faire des tonnes et donc de se décrédibiliser auprès des électeurs, quitte à croire à ses propres contre-vérités. Comme je viens de l’écrire un peu plus haut, le story-telling est un art qui à utiliser avec prudence surtout si on veut attendrir son électorat et en conquérir un autre. Toutefois, il peut aussi en exaspérer plus d’un et renforcer l’idée que finalement l’homme (ou la femme) politique est un beau parleur de première, absolument pas authentique, ce qui en ces temps de campagne présidentielle, est quelque chose à éviter surtout si on sollicite un (second) mandat auprès des Français !








