Une question de parrainages
Marine Le Pen n’a pas eu gain de cause. En effet, le Conseil constitutionnel a récemment débouté la présidente du Front national et candidate à l’Elysée qui réclamait auprès des Sages l’anonymat des parrainages de maires aux candidats à la présidentielle. Pour se justifier, l’institution suprême a considéré que le système actuel – à savoir la publicité des parrainages – était tout à fait conforme à la Constitution de 1958 et qu’il était de toute façon inconcevable de le modifier à quelques soixante jours du premier tour.
Marine Le Pen aura-t-elle ses cinq cent signatures ? C’est la question à laquelle s’interrogent nombre d’analystes politiques ainsi que l’intéressée elle-même qui clame qu’elle est encore loin du compte. Selon la présidente du Front national et candidate à la présidentielle, elle aurait récolté près de 420 promesses de parrainages dénonçant au passage une machination du « système » qui cherche à l’empêcher de se présenter à la magistrature suprême.
La question des parrainages reste un sujet hyper sensible et qui revient à la charge à chaque présidentielle. Pour rappel, il faut au minimum cinq cents signatures de maires et/ou d’élus locaux habilités sur l’ensemble du territoire français pour être autorisé à se présenter à la présidentielle. Un système imaginé par le Général de Gaulle en 1962 pour limiter – pour ne pas dire empêcher – toute candidature jugée farfelue ou peu sérieuse.
Depuis lors, le système a peu évolué hormis en 1976 où le seuil minimum des parrainages est brusquement passé de cent à cinq cents soutiens, ce qui complique un peu plus la donne depuis. Ainsi, en 1981 par exemple, Jean-Marie Le Pen, ancien président du Front national et père de Marine, n’avait pas pu se présenter tout comme Charles Pasqua en 2002, faute d’avoir recueilli les parrainages nécessaires, ce qui est également le cas d’autres postulants à chaque présidentielle.
Le système des parrainages, aussi controversé qu’il soit, a le mérite de poser la question suivante : celle de sa légitimité démocratique dans un processus où les Français sont censés élire le président de la République de la manière la plus universelle possible, ce qui suppose que tous les courants soient représentés, sans aucune exception. Cependant, un tel pré-requis a, au bout du compte, favorisé les grandes et traditionnelles formations politiques qui, en raison d’un réseau étoffé d’élus locaux, n’ont pas de difficultés pour satisfaire cette condition. Rien de tel pour le Front national de Marine Le Pen même si cette dernière a finalement sous-estimé la difficulté en raison de sondages bien trop flatteurs.
Aussi, rien de surprenant que la décision du Conseil constitutionnel de débouter la candidate frontiste en maintenant la publicité des parrainages, au nom d’une transparence démocratique. En effet, les rendre anonymes serait signe de recul mais surtout une fausse bonne idée dans la mesure où cela ne résoudrait absolument rien à long terme. Malgré tout, le débat sur les parrainages donne l’opportunité de réfléchir sur la réforme de ce système et plusieurs solutions sont proposées tel que un parrainage de citoyens, ou bien encore un abaissement du seuil d’élus nécessaires pour pouvoir se présenter à l’élection suprême.
Une question à laquelle, il faudra bien trouver une réponse surtout quand on sait que Marine Le Pen représente environ 15% des sondés en France (si on se réfère aux intentions de vote) et qu’il n’est dans l’intérêt de personne que cette dernière ne puisse soumettre sa candidature aux Français, faute de parrainages suffisants.










