Une reconduction malheureuse ?

Herman Van Rompuy, président permanent du Conseil européen, le 28 février dernier à Bruxelles (Belgique)
Herman Van Rompuy a été reconduit dans ses fonctions de président permanent du Conseil européen, hier soir à Bruxelles (Belgique) lors du sommet des Vingt-Sept, pour une nouvelle durée de deux ans et demie. Dans la foulée, ses fonctions ont été élargies à la zone euro dont il en présidera les sommets.
Une reconduction qui ne surprend personne et indiffère tout le monde tant une telle annonce était attendue. L’ancien premier ministre du royaume de Belgique est tellement consensuel que sa réélection ne posait guère d’obstacles, sans compter que la durée de son mandat est tellement courte qu’il n’a pas encore eu le temps de s’installer dans la fonction et de la consolider.
Les européistes et autres fédéralistes européens (dont je fais partie) s’inquièteront bien volontiers du prolongement du mandat d’un homme qui brille par ses silences, sa transparence (au sens péjoratif du terme) et son manque d’initiative. On s’inquiétera également d’une absence totale de prise de risques d’un homme qui semble être à la botte de « Merkozy » (comprenez, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy) alors qu’il devrait être l’incarnation vivante de l’Europe.
Au risque d’en étonner certains, la reconduction de Van Rompuy est loin de constituer une mauvaise nouvelle pour la construction européenne dans la mesure où l’ancien Premier ministre se voit plutôt comme un facilitateur, un juge de paix plutôt comme quelqu’un cherchant à contester le leadership des (grands) chefs d’Etat et de gouvernement des Vingt-Sept. La fonction venant d’être créée, il parait essentiel de la bâtir et surtout d’en définir les contours et les contenus. Herman Van Rompuy en est conscient lui qui cherche plutôt à bâtir des consensus, là où il devient de plus en plus compliqué d’en faire, surtout à Vingt-Sept, comme l’ont montré les récents accords européens.
Loin d’être la meilleure nouvelle à ce jour, la reconduction de Van Rompuy est loin d’être une reconduction malheureuse pour reprendre le commentaire des Jeunes Européens France sur Facebook. Sans doute qu’on attend un peu trop d’une fonction qui doit encore s’affirmer et qui reste encore peu exécutive. Reste pour l’ancien Premier ministre social-chrétien un défi : continuer à bâtir la fonction en se présentant effectivement comme garant de l’unité européenne, celui qui donne une direction à l’ensemble des Vingt-Sept comme il l’a si bien rappelé face aux étudiants du Collège d’Europe, au campus de Bruges (Belgique) en 2010. Une telle position permet, qui plus est, à Herman Van Rompuy, d’apparaitre plus comme un manager devant assurer l’unité de son équipe, ce qui est bien avantageux que d’avoir une personnalité forte, ce qui, certes, aurait été prestigieux mais finalement posé un certain problème au sein de cette Europe à Vingt-Sept
C’est tout le pari de Van Rompuy : consolider la fonction pour que celle-ci conserve son utilité auprès des Vingt-Sept même si cela signifie une certaine transparence, une transparence qui est renforcée par la personnalité même de l’homme. Cependant, les évolutions à venir de l’Union européenne, notamment en raison de la crise financière et de la situation actuelle de la Grèce, peuvent être une opportunité pour s’affirmer davantage et se rendre surtout utile sans bousculer les Etats-membres… pour le moment.









