
Jean-Marie Cavada, député européen PPE (Nouveau Centre), nouveau président du Mouvement européen France
C’est un article paru sur un blog de Slate.fr qui m’a attiré l’attention.
Il y a quelques jours, Jean-Marie Cavada a été élu à la tête du Mouvement Européen France, suite à la démission de Christian Philip, élu en juin 2010.
Une élection qui a suscité quelques réactions notamment celle de ce bloggeur, Samuel Faure, qui voit dans l’arrivée de l’ancien présentateur vedette de « La Marche du Siècle », une droitisation de l’association, un positionnement à droite qui n’est pas assumé et qu’il conviendrait de le faire afin que les citoyens puissent faire la part des choses dans une Europe de plus en plus politisée. Pour lui, « Si Jean-Marie Cavada et ses ami-e-s souscrivent, ce que je pense et ce que j’espère, au besoin d’une Europe plus politique et plus démocratique, alors le premier objectif impérieux que le ME-F doit viser est celui de la clarification politique. Le ME-F est un mouvement de droite, un mouvement conservateur, pro-européen : qu’il ne s’en cache pas, qu’il l’assume ! »
Un point de vue que je trouve pertinent mais qu’il convient de nuancer. Moi-même membre du Mouvement Européen France (et de sa branche jeunesse, les Jeunes Européens France) depuis décembre 2006, la question n’est pas tellement de savoir si ce dernier doit être classé à droite mais plutôt si ce dernier est clairement fédéraliste ou pas !
Et ce point, il n’y a aucune ambigüité ! Le Mouvement Européen France est clairement un mouvement fédéraliste s’engageant donc pour une Europe à vocation fédéraliste s’opposant ainsi à toute évolution d’une Europe intergouvernementale ou dominée par les Etats-nations. Aussi, c’est plutôt dans ce cadre qu’il faut plutôt y voir un clivage même si le traditionnel clivage droite/gauche demeure toujours et existe au sein de l’association.
Ce n’est pas la première fois que la question du positionnement politique du Mouvement Européen France est posée. Déjà en 2005, lors du débat sur le Traité établissant une constitution pour l’Europe, un clivage avait eu lieu entre Pervenche Bérès qui s’était prononcée pour le « non » et les Jeunes Européens qui s’étaient prononcés pour le « Oui ». En guise de protestation, la députée européenne socialiste avait démissionné de la vice-présidence du MEF, pour mieux dénoncer son glissement à un peu trop à droite !
Qui plus est, les présidents successifs à la tête du Mouvement Européen France depuis une dizaine d’années ne sont pas connus pour être des membres du Parti socialiste. Ainsi, Jean-Louis Bourlanges (UDF), Anne-Marie Idrac (UDF, puis Nouveau Centre), Sylvie Goulard (UDF puis Mouvement démocrate), Christian Philip (UMP)… tous ces anciens présidents furent de sensibilité libérale et/ou de droite. Même Jean-Marie Cadava n’échappe pas à la règle puisqu’il est membre du Nouveau Centre et qu’il siège au groupe PPE au Parlement européen. Seule exception, Pierre Moscovici, l’ancien député européen et actuel député socialiste du Doubs qui a dirigé le Mouvement Européen France entre 2004 et 2006.

Dès lors, on pourrait se dire qu’effectivement le MEF ne s’assume pas comme étant mouvement de droite, au risque de brouiller le message politique que l’on souhaite adresser aux citoyens. Toutefois, la pluralité au sein de l’association est bel et bien la meilleure garantie qui puisse exister, les adhérents du MEF ayant au bout du compte les valeurs en commun d’une Europe à vocation fédéraliste en opposition aux souverainistes et aux europhobes de tout poil qu’ils soient de droite ou de gauche d’ailleurs !
C’est en cela que se situe le véritable clivage comme j’ai commencé à l’évoquer plus haut et c’est par cette manière que le Mouvement Européen France contribue au débat européen et le politise, ce qui ne veut pas dire que l’opposition gauche/droite n’existe pas ou est devenue caduque. C’est d’ailleurs, le reproche de certains qui voient dans la construction européenne, un consensus mou, une coquille vide où progressistes et conservateurs, s’accordent finalement pour leur propre compte.
C’est le même reproche que met en avant Samuel Faure en évoquant la fameuse règle du consensus qui régie au sein du Mouvement Européen France (mais aussi au sein des Jeunes Européens). Une règle qui est peut-être nécessaire pour assurer la diversité des opinions et des sensibilités mais qui n’a jamais empêché une politisation et le maintien des clivages au sein de l’association et en dehors de celle-ci, notamment face aux détracteurs du MEF.
Alors le MEF est-il de droite ? Sans doute pas même si Faure a raison sur un point : la clarification sur le plan idéologique et à ce titre, le mouvement doit réaffirmer un clivage mais davantage le clivage fédéralistes/souverainistes que le clivage traditionnel droite/gauche, c’est en cela que la politisation de l’Europe n’en sera que davantage renforcée et le débat intéressant pour les citoyens.
PS : pour la petite histoire, Jean-Marie Cavada fut notamment soutenu par Patrick Le Hyaric, directeur de L’Humanité et surtout député communiste européen, membre de la Gauche unitaire européenne (GUE) – et accessoirement candidat du Front de gauche en Seine-Saint-Denis face à Elisabeth Guigou (PS) à Pantin et Aubervilliers – comme quoi, les choses ne sont pas simples ^^