Elio di Rupo a un an ! Entendez par là son gouvernement.
Il y a tout juste un an, le 6 décembre 2011, le Premier ministre et son équipe prêtaient serment au Château de Laeken devant le roi des Belges, Albert II, marquant la fin de dix-huit mois de négociations difficiles entre les deux principaux vainqueurs des élections législatives anticipées de juin 2010, le Parti socialiste francophone et la N-VA, le parti indépendantiste flamand.
Un an après, le bilan du gouvernement de centre-gauche d’Elio di Rupo est contrasté. Certes, les principales familles politiques (les sociaux-chrétiens, les socialistes et les libéraux) ont réussi à s’accorder sur la réforme de l’Etat et sur la politique socio-économique, certains points d’achoppement ont quand même eu lieu notamment concernant le budget 2013 ou bien encore la stratégie à mener face à la crise. A ce titre, le gouvernement d’Elio di Rupo souffre d’une forte impopularité en particulier en Flandre, la région ayant connu de récents plans sociaux comme la fermeture de l’usine Ford de Genk. Face à la crise, les Belges expriment leur scepticisme vis-à-vis la stratégie menée par le Premier ministre francophone, une stratégie vivement critiquée par les nationalistes flamands de Bart de Wever qui semblent toujours en position de force.
En effet, la N-VA, en dépit de son absence au niveau fédéral, semble consolider ses positions et demeure le premier parti en Flandre. Un statut qui a été confirmé lors des élections communales notamment grâce à l’impulsion de son leader qui a récemment conquis la ville d’Anvers (la seconde ville du pays) et qui vient de trouver un accord de gouvernance avec les libéraux et les sociaux-chrétiens. Qui plus est, l’homme reste populaire dans la partie nord du pays et reste déterminé à faire des prochaines législatives de juin 2014, une sorte de référendum sur l’avenir du plat pays afin de mieux parvenir à sa fameuse « révolution copernicienne », à savoir le passage d’une Belgique fédérale à une Belgique confédérale et vidée de son sens.
Toutefois, bien que Bart de Wever soit un homme politique redoutable, il n’est pas à l’abri d’une grosse fatigue politiquement parlant si on en croit le dernier baromètre réalisé par La Libre Belgique où en dépit d’un solide socle électoral, la N-VA semble connaitre un tassement dans les intentions de vote en Flandre, un tassement qui reste à confirmer. Qui plus est, il a fallu près de deux mois depuis sa victoire nette et sans bavure aux municipales que le leader indépendantiste forme sa coalition et son équipe. Des signes qui en disent long et qui cachent mal quelques failles dans la stratégie de De Wever. Reste à savoir si les autres partis néerlandophones (CD&V et Open VLD en tête) sauront en profiter pour mieux contrer la N-VA dans l’optique des législatives, des régionales et des européennes de juin 2014.
De son côté, Elio di Rupo sait qu’il doit donner des gages et surtout des garanties à ses compatriotes s’il espère durer mais surtout remporter les élections législatives, un scrutin d’ores et déjà réputé difficile en raison de la crise économique. Ce qui suppose au préalable une coalition forte mais surtout solidaire, notamment du côté néerlandophone, les principaux partis flamands restant sous la forte pression des nationalistes flamands. Pour cela, il peut toujours s’appuyer sur une popularité sans faille aussi bien en Wallonie mais également en Flandre, où l’homme reste encore apprécié pour sa personnalité et son côté modéré.

Caricature de Pierre Kroll parue dans le quotidien francophone, Le Soir, quelques jours après la prestation de serment d’Elio di Rupo
L’année 2013 sera dès lors importante pour l’actuel locataire de la Wetstraat (Rue de la loi, le siège du gouvernement belge à Bruxelles) qui devra se montrer audacieux face à la crise qui ne cesse de sévir mais aussi face à un Bart de Wever qui attend patiemment son heure pour mener à bien son projet de révolution copernicienne. Dans ce cadre, s’il parvient à mener son gouvernement jusqu’au terme de la législature, cela sera déjà un exploit et un détail non négligeable pour la suite.

























