De WordPress.com à WordPress.org

logowordpressComme vous avez du le remarquer, mon blog n’est plus mis à jour depuis quelques temps.

Rassurez-vous je n’ai pas arrêté de bloguer bien au contraire ! Disons qu’il y a pas mal de changements dans mon existence, changements qui me mettent encore sans dessus-dessous et que je gère tant bien que mal !

Et je profite de ces changements pour mettre en œuvre un projet que j’avais depuis un moment : passer de WordPress.com à WordPress.org.

A compter de maintenant, vous pourrez me retrouver sur http://actupol30-blog.fr, la nouvelle adresse de mon blog politique avec l’ensemble de mes articles antérieurs. Mon blog actuel (sur WordPress.com) restera encore en ligne mais ne sera plus actif, le temps de créer une page de redirection sur ma nouvelle adresse.

 

C’était en quelque sorte mon cadeau de Noël ! A tout de suite sur la nouvelle version d’Actupol 3.0 ! Et bon réveillon de Noël !

Trois hommes et un Nobel

Herman Van Rompuy, président du Conseil européen, José Manuel Barroso, président de la Commission européenne et Martin Schulz, président du Parlement européen, lors de la cérémonie de remise du prix Nobel de la paix, le 10 décembre dernier à Oslo

Herman Van Rompuy, président du Conseil européen, José Manuel Barroso, président de la Commission européenne et Martin Schulz, président du Parlement européen, lors de la cérémonie de remise du prix Nobel de la paix, le 10 décembre dernier à Oslo

Lundi midi, Herman Van Rompuy, José Manuel Barroso et Martin Schulz se sont rendus à Olso pour recevoir le Prix Nobel de la paix décernée à l’Union européenne.

Outre les trois principaux visages des institutions européennes, plusieurs chefs d’Etat et de gouvernement se sont déplacés à cette occasion pour assister à la cérémonie parmi lesquels, le président de la République française, François Hollande, le chancelière allemande Angela Merkel ou bien encore le Premier ministre de Belgique, Elio di Rupo. David Cameron, le premier ministre britannique ou bien encore Vaclav Klaus, le président de la République tchèque n’ont en revanche pas fait le déplacement.

Nombreux furent celles et ceux qui se sont interrogés sur l’opportunité d’une telle délégation, trois personnes pour aller récupérer un Nobel. A ce titre, Jean Quatremer, sur son blog le 24 octobre dernier, avait même fustigé un tel choix considérant que cela ne faisait pas très sérieux et qu’il apportait une preuve supplémentaire du Traité de Lisbonne, en matière de représentation diplomatique.

La présence d’une telle délégation est en effet assez révélatrice de l’état d’esprit et de fonctionnement de l’Union européenne, à l’heure où celle-ci devrait faire preuve de clarté et surtout de simplicité. A ce titre, la création du poste de président permanent du Conseil européen, en décembre 2009, aurait du apporter à l’UE, ce fameuse représentation diplomatique, ce fameux visage, symbole des Européennes et des institutions européennes. Il va sans dire qu’il n’en est rien pour le moment, la faute sans doute à un Herman Van Rompuy qui, en dépit de sa probité et de son sérieux, n’a toujours osé à endosser le rôle mais surtout à faire preuve d’autorité, vis-à-vis des chefs d’Etats et de gouvernement mais également et surtout vis-à-vis de ses homologues de la Commission et du Parlement. Pour faire simple, l’ancien premier ministre de Belgique se contente de ne pas outrepasser son rôle et surtout ses prérogatives, au grand dam de certains. Il en est de même pour José Manuel Barroso et Martin Schulz.

Une partie des chefs d'Etat et de gouvernement des pays membres de l'UE, présents à Oslo lors de la cérémonie de remise du prix Nobel de la paix

Une partie des chefs d’Etat et de gouvernement des pays membres de l’UE, présents à Oslo lors de la cérémonie de remise du prix Nobel de la paix

De fait, en restant dans leurs prérogatives, Barroso, Schulz et Van Rompuy ne font que s’en tenir aux Traités, reflétant au passage le fonctionnement actuel de l’Union européenne et de son processus décisionnel. Un processus dans lequel – indépendamment de toutes les théories politiques ci et là – il subsiste un certain équilibre ou plutôt un « pacte » de non-agression entre institutions (ou plutôt leurs trois représentants), histoire que chacune d’entre elles se sente prise en considération et surtout respectée, médiatiquement parlant. Une telle situation s’explique en grande partie par le fait qu’aucun des trois présidents cherchent véritablement à tirer la couverture à lui quant il s’agit de communiquer sur l’Europe et pas uniquement dans le cadre de leurs fonctions et de leurs politiques, laissant dès lors le champ libre aux chefs d’Etat et de gouvernement des Etats-membres lorsqu’il s’agit de s’informer véritablement sur la construction et les politiques européennes.

Caricature de Pierre Kroll, parue dans le journal belge "Le Soir"

Caricature de Pierre Kroll, parue dans le journal belge « Le Soir »

Dès lors, la présence des présidents des trois institutions et d’une partie des chefs d’Etat et de gouvernement n’est que la conséquence logique d’une absence véritable (et sans doute volontaire) de toute stratégie de communication voulant qu’une personne, une seule représente l’UE et soit identifiée comme telle par l’ensemble des citoyens. Un objectif qui n’est pas irréalisable à terme mais qui demeure trop ambitieux dans l’immédiat en raison des subtilités du processus décisionnel européen mais également des sensibilités personnelles et des susceptibilités de nos chers dirigeants. En effet, il aurait été difficile de justifier un tel choix et non pas un autre (par exemple, que Martin Schulz vienne chercher seul le prix et non le président de la Commission ou bien encore les Vingt Sept, alors qu’ils ont tous une certaine légitimité), ce qui explique sans doute cette délégation hétéroclite à Oslo. Un sacré désordre qui paradoxalement fait le charme et constitue l’identité visuelle de l’UE et qui n’a finalement jamais empêché d’avancer, vaille que vaille.

Sans doute aurait-il été plus judicieux d’envoyer une délégation de jeunes européens en lieu et place des leaders politiques, malgré tout, ce qui aurait eu une forte charge symbolique !

Un an et (encore) toutes ses dents !

Elio di Rupo, Premier ministre de Belgique depuis le 6 décembre 2011

Elio di Rupo, Premier ministre de Belgique depuis le 6 décembre 2011

Elio di Rupo a un an ! Entendez par là son gouvernement.

Il y a tout juste un an, le 6 décembre 2011, le Premier ministre et son équipe prêtaient serment au Château de Laeken devant le roi des Belges, Albert II, marquant la fin de dix-huit mois de négociations difficiles entre les deux principaux vainqueurs des élections législatives anticipées de juin 2010, le Parti socialiste francophone et la N-VA, le parti indépendantiste flamand.

Un an après, le bilan du gouvernement de centre-gauche d’Elio di Rupo est contrasté. Certes, les principales familles politiques (les sociaux-chrétiens, les socialistes et les libéraux) ont réussi à s’accorder sur la réforme de l’Etat et sur la politique socio-économique, certains points d’achoppement ont quand même eu lieu notamment concernant le budget 2013 ou bien encore la stratégie à mener face à la crise. A ce titre, le gouvernement d’Elio di Rupo souffre d’une forte impopularité en particulier en Flandre, la région ayant connu de récents plans sociaux comme la fermeture de l’usine Ford de Genk. Face à la crise, les Belges expriment leur scepticisme vis-à-vis la stratégie menée par le Premier ministre francophone, une stratégie vivement critiquée par les nationalistes flamands de Bart de Wever qui semblent toujours en position de force.

En effet, la N-VA, en dépit de son absence au niveau fédéral, semble consolider ses positions et demeure le premier parti en Flandre. Un statut qui a été confirmé lors des élections communales notamment grâce à l’impulsion de son leader qui a récemment conquis la ville d’Anvers (la seconde ville du pays) et qui vient de trouver un accord de gouvernance avec les libéraux et les sociaux-chrétiens. Qui plus est, l’homme reste populaire dans la partie nord du pays et reste déterminé à faire des prochaines législatives de juin 2014, une sorte de référendum sur l’avenir du plat pays afin de mieux parvenir à sa fameuse « révolution copernicienne », à savoir le passage d’une Belgique fédérale à une Belgique confédérale et vidée de son sens.

Bart de Wever, leader indépendantiste flamand, nouveau bourgmestre (maire) d'Anvers

Bart de Wever, leader indépendantiste flamand, nouveau bourgmestre (maire) d’Anvers

Toutefois, bien que Bart de Wever soit un homme politique redoutable, il n’est pas à l’abri d’une grosse fatigue politiquement parlant si on en croit le dernier baromètre réalisé par La Libre Belgique où en dépit d’un solide socle électoral, la N-VA semble connaitre un tassement dans les intentions de vote en Flandre, un tassement qui reste à confirmer. Qui plus est, il a fallu près de deux mois depuis sa victoire nette et sans bavure aux municipales que le leader indépendantiste forme sa coalition et son équipe. Des signes qui en disent long et qui cachent mal quelques failles dans la stratégie de De Wever. Reste à savoir si les autres partis néerlandophones (CD&V et Open VLD en tête) sauront en profiter pour mieux contrer la N-VA dans l’optique des législatives, des régionales et des européennes de juin 2014.

De son côté, Elio di Rupo sait qu’il doit donner des gages et surtout des garanties à ses compatriotes s’il espère durer mais surtout remporter les élections législatives, un scrutin d’ores et déjà réputé difficile en raison de la crise économique. Ce qui suppose au préalable une coalition forte mais surtout solidaire, notamment du côté néerlandophone, les principaux partis flamands restant sous la forte pression des nationalistes flamands. Pour cela, il peut toujours s’appuyer sur une popularité sans faille aussi bien en Wallonie mais également en Flandre, où l’homme reste encore apprécié pour sa personnalité et son côté modéré.

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Caricature de Pierre Kroll parue dans le quotidien francophone, Le Soir, quelques jours après la prestation de serment d’Elio di Rupo

L’année 2013 sera dès lors importante pour l’actuel locataire de la Wetstraat (Rue de la loi, le siège du gouvernement belge à Bruxelles) qui devra se montrer audacieux face à la crise qui ne cesse de sévir mais aussi face à un Bart de Wever qui attend patiemment son heure pour mener à bien son projet de révolution copernicienne. Dans ce cadre, s’il parvient à mener son gouvernement jusqu’au terme de la législature, cela sera déjà un exploit et un détail non négligeable pour la suite.

Le « sacrifice » de Silvio Berlusconi

Silvio Berlusconi, leader du PDL et ancien président du Conseil italien (1994 - 1996, 2001 - 2006, 2008 - 2011)

Silvio Berlusconi, leader du PDL et ancien président du Conseil italien (1994 – 1996, 2001 – 2006, 2008 – 2011)

L’ancien président du Conseil italien (1994 – 1996, 2001 – 2006 et 2008 – 2011), Silvio Berlusconi a officiellement annoncé qu’il sera candidat aux élections législatives prévues au printemps prochain.

« Je dois sauver l’Italie au bord du précipice » avait-il déclaré mercredi dernier pour justifier sa position et son énième retour en politique après bien des tergiversations et vrai-faux états d’âme. Il faut dire que ce dernier n’a plus tellement le choix : poursuivi en justice pour de nombreuses affaires plus ou moins scabreuses (notamment l’affaire « Ruby »), Berlusconi n’avait plus tellement d’alternatives que celle de se présenter pour une sixième fois aux législatives. En menant la campagne de son parti, Il Popollo della Liberta (Le Peuple de la liberté, PDL, centre-droit), Il Cavaliere espère échapper une nouvelle fois à la justice de son pays mais également reprendre sa revanche, lui qui fut contraint à la démission en novembre 2011 et remplacé par un gouvernement de techniciens sous la houlette de Mario Monti.

Ce énième retour de Berlusconi intervient au moment même où l’actuel président du Conseil a annoncé sa démission, considérant qu’il n’avait plus le soutien de la Chambre des députés et notamment du PDL qui, par deux fois, s’est abstenu sur le vote de confiance, désavouant d’une certaine manière le gouvernement de Mario Monti. Ce dernier a donc préféré en tirer les conclusions en rendant son mandat, une façon également de dénoncer le retour de son prédécesseur dans le jeu politique et ce qu’il en découle derrière.

Mario Monti, ancien vice-président de la Commission européenne, président du Conseil italien depuis novembre 2011

Mario Monti, ancien vice-président de la Commission européenne, président du Conseil italien depuis novembre 2011

Car il va sans dire que le retour de Silvio Berlusconi s’explique davantage par ses ennuis judiciaires que par une réelle envie, une réelle motivation de sortir durablement l’Italie de la crise quand laquelle elle est plongée depuis un moment. Comme évoqué précédemment, Il Cavaliere n’a plus tellement le choix et abat donc sa dernière carte pour avoir une nouvelle fois les mains libres. Aussi, se présente-t-il comme un homme d’Etat agissant par devoir et donnant de sa personne pour le bien et l’intérêt des Italiens. Peu importe son âge ou son côté sulfureux : Berlusconi se sacrifie pour l’Italie et rien que pour l’Italie !

Un discours qui risque cependant de passer difficilement auprès de la population mais également au sein de la classe politique italienne mais également européenne qui accueille bien froidement le retour politique de Berlusconi à l’instar du groupe socialiste et démocrate au Parlement européen (de la voix de son président Hannes Swodoba) mais également de José Manuel Barroso, le président de la Commission européenne qui s’inquiète pour la stabilité de la zone Euro et de la réaction des marchés. Un retour qui est loin (très loin même !) d’être gagnant dans la mesure où le PDL n’est crédité que pour l’heure d’à peine 14% des intentions de vote, bien loin des 38% des suffrages réalisés en 2008 et surtout bien loin des 30% des intentions de vote en faveur du Partito Democratito, (Parti démocrate, PD, centre-gauche) et de son candidat Pierluigi Bersani, actuel secrétaire général et bien parti pour devenir le prochain Président du Conseil dans quelques semaines. Qui plus est, Bersani sait qu’il peut compter sur la légitimité qu’il a acquise lors des primaires qu’il remporta avec plus de 60% des voix face à Matteo Renzi, le jeune maire de Florence, il y a tout juste une semaine. Un atout non négligeable pour Bersani, cet ancien militant communiste, qui mettra volontairement en avant face à un Silvio Berlusconi, timidement soutenu par les siens.

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Caricature de Plantu, parue dans « Le Monde », le 29 octobre dernier

Il Cavaliere tente donc une nouvelle fois un retour gagnant plus par intérêt personnel que par intérêt général, histoire de se protéger mais également retarder une échéance qui semble inéluctable : celle où il devra rendre des comptes à la justice. En attendant, le scrutin à venir sera sans doute l’occasion rêvée pour qu’il rende enfin des comptes à son peuple et qu’il reçoive la sanction des urnes, une sanction définitive, espérons-le !

Le vaudeville continue

François Fillon, à l'époque Premier ministre, visitant le nouveau siège de l'UMP en compagnie de Jean-François Copé, secrétaire général du parti

François Fillon, à l’époque Premier ministre, visitant le nouveau siège de l’UMP en compagnie de Jean-François Copé, secrétaire général du parti

François Fillon et Jean-François Copé se sont rencontrés dans les bureaux de l’Assemblée nationale afin de discuter de la situation actuelle de l’UMP et de réfléchir à un compromis acceptable pour tous. A l’issue de cette rencontre (la première depuis le 25 novembre), les deux hommes sont tombés d’accord… pour une nouvelle rencontre dans la journée.

Il s’agit donc d’un nouvel épisode dans ce vaudeville qui plonge le premier parti d’opposition depuis l’élection du président du mouvement, le 18 novembre dernier. Une élection remportée sur le fil par Jean-François Copé mais vivement contestée par François Fillon et ses partisans qui soupçonnent fortement l’ancien président du groupe UMP à l’Assemblée nationale de tricheries et de manipulations. De son côté, ce dernier accuse l’ancien Premier ministre des mêmes causes et les deux prétendants se renvoient la balle à coups d’insultes et de déclarations potaches.

Depuis lors nombres de médiations et de propositions de compromis ont été menées afin de ramener le calme et surtout mettre fin à ce spectacle affligeant pour l’opposition. Ainsi, Alain Juppé, l’ancien Premier ministre, y a mis de sa personne afin de réconcilier les deux prétendants. Echec total. Même Nicolas Sarkozy, annoncé comme le sauveur de l’UMP, son parti, a du reconnaitre l’échec de sa médiation, essuyant le refus clair et net de Jean-François Copé de toute solution de compromis, notamment la tenue d’un référendum relatif à l’organisation ou non d’un nouveau vote.

Cette nouvelle rencontre entre les deux protagonistes ne devrait pas sensiblement changer la donne dans la crise que traverse l’UMP tant le fossé et le désaccord entre les deux camps est profond. Tout juste, permettra-t-il de renouer le dialogue, ce qui n’est déjà pas mal. Toutefois, reste à voir ce que les deux personnes auront à se dire et surtout qui sera prêt à lâcher du lest dans cette lutte sans merci, Fillon comme Copé (et surtout Copé) ne voulant perdre la face devant leurs partisans.

7755219379_nicolas-sarkozy-a-demande-et-obtenu-que-jean-francois-cope-et-francois-fillon-se-rencontrentEn effet, personne n’a finalement intérêt à ce qu’une telle rencontre aboutisse sur quelque chose de concret si ce n’est que de gagner du temps. C’est d’ailleurs dans cette logique que Jean-François Copé et ses partisans avaient formulé l’idée d’organiser une nouvelle élection du président de l’UMP pour 2014 dans la mesure où cela sert clairement ses intérêts. Le président contesté de l’UMP le sait, sa victoire a été confirmée par l’appareil (via la COCOE et la CONARE) et il sait qu’il a tout intérêt à jouer la montre tout en montrant qu’il joue la carte de l’apaisement et surtout du rassemblement, histoire de répondre à l’ancien Premier ministre qui joue habilement sur ce terrain-là.

De son côté justement, l’actuel député de Paris cherche également à jouer la carte de l’apaisement tout en mettant Copé au pied du mur. En clair, le forcer à entendre ses requêtes et donc à faire d’importantes concessions auquel cas, il ira jusqu’au bout de sa logique, à savoir le schisme au sein de l’UMP, déjà matérialisé par la création d’un groupe parlementaire filloniste à l’Assemblée nationale (et en discussion au Sénat). Toujours est-il que l’ancien Premier ministre n’entend pas céder aussi facilement notamment face à Jean-François Copé.

Francois-Fillon-conteste-a-Jean-Francois-Cope-sa-victoire_article_mainDès lors, cette rencontre entre les deux prétendants à la présidence de l’UMP n’a d’intérêt que si elle permet une situation de déblocage pour un parti qui est tombé bien bas et dans laquelle tout le monde y a laissé des plumes et le peu d’intégrité qui lui restait, Sarkozy compris. Autrement dit, le rendez-vous entre Fillon et Copé ne sera utile que si l’un comme l’autre est prêt à des concessions. Dans le cas contraire, le vaudeville a de bonnes chances de se poursuivre avec des conséquences difficiles à quantifier tant les enjeux restent importants. En clair, bien malin celui ou celle qui pariera sur une prochaine sortie de crise à l’UMP tant les deux camps restent campés sur leur position et ne semblent pas prêts à véritablement céder en dépit des pressions internes comme externes.

La victoire relative d’Artur Mas

Artur Mas, leader du CiU et président de la Generalitat (le gouvernement régional catalan), lors des élections législatives anticipées.

Les Catalans étaient appelés aux urnes ce dimanche, pour renouveler leur parlement, conséquence de la convocation par Artur Mas, d’élections anticipées.

Une élection qui avait valeur d’un référendum avant l’heure sur l’indépendance (ou non) de cette riche province espagnole. En effet, ce fut le thème central de la campagne notamment mis en avant le président de la Generalitat et leader de Convergencia i Unio (CiU, coalition de centre-droit), Artur Mas qui voulait envoyer un signal clair à Madrid et au gouvernement conservateur de Mariano Rajoy, s’appuyant sur une partie de la population de plus en plus favorable à une sécession avec l’Espagne.

Au sortir des résultats, Artur Mas semble avoir réussi son pari, toutefois bien en deca des objectifs qu’il s’était fixé. Certes, sa coalition reste en tête (avec 50 députés) mais en perdant une douzaine de sièges par rapport à 2010, l’éloignant assez nettement des 68 sièges nécessaires pour décrocher la majorité absolue. Un recul qui profite à l’Esquerra republicana de Catalunya (ERC), l’autre parti indépendantiste catalan (de gauche) qui passe de dix à vingt-un sièges et qui devient la véritable gagnante de ce scrutin, au détriment du Partit dels Socialistes de Catalunya (Parti socialiste catalan, PSC, 20 sièges) et du Partido Popular (PP, 20 sièges) qui progresse légèrement néanmoins.

Le président du gouvernement catalan va devoir composer avec l’ERC pour espérer mener à bien son projet d’indépendance de la Catalogne. En effet, le leader indépendantiste escomptait sur une majorité absolue pour non seulement avoir les mains libres et surtout être en position de force vis-à-vis de Mariano Rajoy. Pour rappel, le leader du PP et président du gouvernement espagnol avait refusé, en septembre dernier, l’autonomie fiscale que réclamait la Catalogne au même titre que le Pays Basque, afin de faire face à la crise qui frappe durement la province la plus riche du royaume et considérant sa contribution financière au Royaume comme trop élevée.

Artur Mas recevant Mariano Rajoy, le président du gouvernement espagnol

En provoquant des élections anticipées, Mas espérait établir un nouveau rapport favorable à la Catalogne et mettre Madrid au pied du mur. Fort de la poussée indépendantiste dans la province – qui s’est matérialisée en septembre dernier avec un grand rassemblement à Barcelone d’environ 1 million de personnes selon les organisateurs – Mas espérait capitaliser ce succès et agiter le sceptre de l’indépendance afin de mieux faire plier Madrid. Une telle stratégie passait notamment par la promesse d’un référendum sur le statut de la province d’ici à 2014, malgré l’opposition du gouvernement central s’appuyant sur la Constitution qui ne prévoit pas une telle disposition.

La poussée des indépendantistes de gauche change partiellement la donne pour le président Mas dans la mesure où il aura besoin de ces derniers pour mener à bien ses projets. La logique voudrait que l’ERC et la CiU s’entendent notamment sur la tenue du référendum d’autodétermination. Toutefois, la percée de l’ERC marque également une sorte de désaveu pour le gouvernement catalan sortant qui s’engage depuis plusieurs mois dans une cure d’austérité afin réduire le déficit abyssal de la province qui subit de plein fouet les contrecoups de la crise, symbolisé par un fort taux de chômage. Il va sans dire que l’ERC demandera des gages assez clairs concernant les orientations économiques et sociales du futur gouvernement, condition sine qua none pour envisager une coalition gouvernementale qui est de toute façon, indispensable pour la CiU, si elle entend gouverner.

La victoire relative d’Artur Mas aura probablement des conséquences majeures sur la stratégie de la CiU. Les résultats montrent qu’au bout du compte, les Catalans, quoique séduits par la voie indépendantiste, ne demeurent pas encore prêts à mettre s’engager dans une telle direction et à placer leur destin dans les mains d’un seul parti, sans compter qu’une telle décision n’est pas sans conséquence sur le plan politique et surtout économique. Aussi, la stratégie d’Artur Mas et de la CiU sera sans doute de répondre aux préoccupations des catalans sur le plan économique et social, passage obligé, avant d’éventuellement penser à l’indépendance. En clair, un référendum courant 2014 semble être caduc, Mas devant tout d’abord s’assurer d’une coalition solide pour espérer se maintenir au pouvoir et rester en position de force vis-à-vis du gouvernement Rajoy.

Désaccords au sommet

Comme on pouvait s’y attendre – et comme on pouvait le craindre – le Conseil européen n’est pas parvenu à s’accorder sur le budget pour la période 2014 – 2020.

Photo de famille des chefs d’Etat et de gouvernement lors du Conseil européen, le 22 novembre à Bruxelles (Belgique)

Les Vingt-Sept, réunis jeudi et vendredi à Bruxelles, n’arrivent en effet pas à s’accorder sur différents volets tels la Politique agricole commune (PAC), le traitement des fonctionnaires européens ou bien encore l’avenir de la recherche et développement. Autant de positions dans lesquelles, l’intérêt des Etats-membres n’est jamais loin et est même prépondérant, au détriment de l’intérêt de l’UE et des Européens.

En effet, le dernier Conseil européen s’apparentait à un festival d’intérêts et surtout d’égoïsmes nationaux, dans un contexte marqué par une crise de la zone Euro qui n’en finit pas. Point d’orgue, par exemple, de ce moment, l’affrontement entre le Royaume-Uni et la France quant à l’orientation à donner au budget communautaire. Un affrontement feutré entre deux pays, deux visions de l’Union européenne où finalement personne n’en est ressorti vainqueur, chacun jugeant les revendications de l’autre irréalistes et surtout inacceptables. Ainsi, quand David Cameron, le Premier ministre britannique, exige des coupes claires dans le budget tout en gardant son fameux « chèque » tout en fustigeant la PAC si chère à la France, François Hollande, le chef de l’Etat français, lui a fait purement et simplement une fin de non-recevoir, histoire surtout de mieux isoler une Grande-Bretagne qui ne sait plus tellement où elle va et où elle se situe dans l’UE. Face à cela, une Commission européenne qui semble totalement hors-jeu dans la mesure où elle n’a semblé faire aucune proposition majeure alors qu’elle détient le pouvoir d’initiative, laissant le champ-libre aux Etats-membres, au grand désespoir de certains, tel Jean Quatremer qui, sur son blog, critique lourdement l’inaction de José Manuel Barroso, l’actuel président du Collège des commissaires.

David Cameron, premier ministre britannique, lors de son arrivée au Conseil européen, le 22 novembre

Ce n’est pas la première fois que les Etats-membres et les mêmes protagonistes s’opposent sur le budget et pratiquement sur les mêmes sujets. En juin 2005, Tony Blair, premier ministre britannique et Jacques Chirac, président de la République s’affrontaient (déjà) sur le montant de la contribution du Royaume-Uni à l’UE et sur l’avenir de la PAC. Un affrontement qui s’était soldé sur un échec retentissant et sur un nouveau Conseil dans lequel le leader travailliste avait consenti à une réduction de 20% de son rabais et un maintien de la PAC (dans sa configuration actuelle) jusqu’en 2013. Une concession qui fut largement critiqué par les tabloïds britanniques considérants que la Grande-Bretagne avait été bien trop conciliante avec l’Union européenne et la France.

Toujours est-il que cet échec, quoique prévisible, est un mauvais signal envoyé par l’UE et les chefs d’Etat et de gouvernement. Dans un contexte toujours dominé par la crise, et à l’heure où les Etats-membres devraient se serrer les coudes et rassurer les citoyens, le dernier Conseil européen a consacré les intérêts et les égoïsmes nationaux de chacun au lieu et place de dresser une feuille de route, une direction à suivre pour la construction européenne. Cela n’est pas forcément dramatique en soi dans la mesure où les Etats-membres (notamment à travers le Comité des représentants permanents, le COREPER) poursuivront leurs discussions en vue de parvenir à un accord, ne serait-ce qu’à minima. Toutefois, cela en dit long sur le manque d’inspiration et surtout d’ambition de la part de nos chers dirigeants nationaux vis-à-vis de l’Union européenne au moment où celle-ci doit demeurer forte et surtout être en capacité à donner la meilleure image d’elle-même face à des citoyens qui doutent de plus en plus ouvertement de son efficacité et de son utilité.

François Hollande, président de la République française suivi d’Angela Merkel lors du Conseil européen, le 22 novembre dernier

Comme en 2005, les Chefs d’Etat et de gouvernement ont prévu de se retrouver en début 2013 pour parvenir à un compromis qui sera probablement trouvé, contexte économique international aidant. Reste à savoir comment et surtout à quel prix.

De la liberté de conscience ?

François Hollande, lors du congrès des maires de France, le 21 novembre dernier

Pendant que Jean-François Copé et François Fillon s’affrontent violemment dans ce qui ressemble à un véritable vaudeville à rebondissement, le président de la République a fait sensation en plein débat sur le mariage pour tous.

François Hollande a en effet évoqué la liberté de conscience pour certains maires qui, au nom de leur conviction (intime ou politique) refuserait de célébrer un mariage entre deux personnes du même sexe. Une proposition qui a suscité de fortes réactions à gauche, certains considérant que le chef de l’Etat avait, au mieux, fait une concession à un peu trop grande aux adversaires du projet de loi, au pire, avait carrément reculé notamment sous la pression des associations traditionnalistes. Face à cela, François Hollande est finalement revenu sur ses propos expliquant que les dispositions relatives au mariage pour tous seront appliquées partout et dans les mêmes conditions dans l’Hexagone et que les maires seront tenus de respecter la loi.

Comme je l’ai expliqué plus tôt, les propos de François Hollande ont suscité une forte controverse, essentiellement à gauche, la plupart des élus, voire des ministres nuançant ou minimisant la position du président de la République. Néanmoins, si une telle déclaration a fait, dans un premier temps, l’effet d’une bombe, il n’en demeure pas moins qu’elle ne manquait pas, au bout du compte, de pertinence, surtout au regard du contexte et du débat actuels, sans compter qu’elle a été mal interprétée, surtout dans les rangs du Parti socialiste.

On le sait peu, mais un maire peut, quelque soit la raison, déléguer la célébration d’un mariage à un membre du conseil municipal qui officiera donc en lieu et place de l’édile. Une disposition qui permet à ce dernier de gérer son emploi du temps comme il l’entend mais également à certains élus de célébrer un mariage qui les concerne directement en raison de la proximité avec les futurs conjoints.

C’est sur ce point que François Hollande s’était appuyé pour proposer sa liberté de conscience, considérant la logique suivante : si un maire ou son adjoint refusait de célébrer un mariage d’un couple du même sexe, un conseiller municipal pouvait sans problème remplacer ce dernier, assurant ainsi la cérémonie. Une manière assez subtile de couper de l’herbe sous le pied à ces édiles qui ont déjà publiquement annoncé qu’ils n’uniraient pas deux personnes du même sexe et qui, par leur prise de position, avaient déjà mis de l’huile sur le feu dans un débat qui suscite les passions comme l’ont d’ailleurs rappelé les manifestations des opposants au mariage gay, le week-end dernier.

Manifestation à Paris contre le mariage pour tous, le 17 novembre dernier

En invoquant la liberté de conscience, le président de la République n’a pas cherché à revenir en arrière mais plutôt à calmer le jeu pour mieux amadouer certains élus qui s’opposent avec véhémence au projet de loi de Christiane Taubira, l’actuelle ministre de la Justice. Le mariage pour tous est, qu’on le veuille ou non, un sujet hautement polémique et très symbolique car il touche à notre façon d’officialiser ou non certaines mœurs qui relèvent de l’intime. Dans une France traditionnellement catholique – malgré la séparation des Eglises et de l’Etat consacrant le principe de laïcité – il serait hasardeux d’oublier une telle donnée surtout quand on sait que le mariage demeure encore une valeur importante pour nombre de nos compatriotes, une valeur moins importante qu’autrefois certes, mais une valeur quand même !

Dès lors, il ne s’agissait pas d’un recul de la part de la président de la République mais d’une stratégie qui fut mal interprétée par certains à gauche. Sans doute, l’expression était mal appropriée et qu’il aurait fallu en utiliser une autre plus adéquate, ce que François Hollande s’est d’une certaine manière, employé en revenant sur sa « liberté de conscience ». Toujours est-il que l’essentiel demeure, à savoir : que l’esprit du projet de loi Taubira est préservé ainsi que l’égalité des citoyens devant la loi. Une piqure de rappel qui ne ferait pas de mal et qui éviterait à certains à gauche de se lever vent debout trop tôt et surtout trop vite !

L’UMP est morte ? Vive l’UMP !

Jean-François Copé, secrétaire général sortant, a donc remporté la présidence de l’UMP avec un peu plus de 50% des voix. De son côté, François Fillon, ancien Premier ministre et actuel député de Paris, a reconnu sa défaite tout en ne cachant pas une amertume certaine.

Jean-François Copé, président élu de l’UMP

La victoire de l’actuel député-maire de Meaux est donc l’épilogue d’un vaudeville politique de plusieurs semaines et dont on mesure encore mal les conséquences immédiates et à venir pour l’UMP et la droite française dans son ensemble.

En portant Jean-François Copé à la tête de l’UMP, les militants ont finalement validé sa fameuse stratégie de droite décomplexée, une droite qui n’a pas honte de qu’elle affirme, de son identité et de ses valeurs, quitte à concurrencer ouvertement le Front national de Marine Le Pen. Une stratégie qui est confirmée et renforcée par la victoire de la motion de Guillaume Peltier, « la Droite forte ». Avec 27% des voix, l’UMP (c’est-à-dire par uniquement ses dirigeants mais également ses militants) semblent assumer une droitisation qui ne disait pas son nom jusqu’ici, tournant définitivement le dos à l’héritage gaulliste du RPR, un héritage déjà bien entamé sous Nicolas Sarkozy, et ce bien avant son accession à l’Elysée.

De fait, c’est la question même de la pertinence de l’UMP qui est concrètement et directement posée. On a tendance à l’oublier mais au départ, l’UMP est le fruit d’une alliance puis d’une fusion entre gaullistes et centristes, lassés par tant de querelles et désireux d’y mettre un terme pour l’emporter et diriger durablement le pays. L’élection présidentielle de 2002 et la présence improbable de Jean-Marie Le Pen fut l’occasion en or pour mettre sur pied cette alliance d’un nouveau type, aux législatives. Une stratégie payante puisque l’Union pour la majorité présidentielle (le nom initial de l’UMP) avait largement remporté les élections en détenant la majorité absolue au Palais Bourbon. A cela s’ajoute (ou plutôt est reprise) l’idée du chef providentiel, le leader incontesté promis à un destin national et qui est l’autre fondement de l’UMP. Ce fondement n’est pas ancien dans la mesure où c’est un héritage du RPR. Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy ne le savent que trop bien : devenir le leader incontesté et incontestable d’un mouvement était une condition sine qua none pour conquérir l’Elysée, un objectif largement atteint. En clair, en occupant la tête de l’UMP, son leader devenait (de facto) le candidat naturel pour l’élection présidentielle.

La victoire (étriquée) de Jean-François Copé remet brutalement en cause ce fondement cardinal de l’UMP dans la mesure où elle a pour vocation à rassembler des individus issus de la droite et du centre, c’est sa raison d’être. En adoptant une ligne résolument droitière, le nouveau président a su certes séduire, une partie de l’électorat qui s’est radicalisée et qui ne veut pas laisser à Marine Le Pen, le monopole du discours sur l’immigration ou bien encore l’Europe. Néanmoins, Copé et ses nouveaux acolytes ont pris un risque majeur en se coupant d’un électorat chrétien-démocrate, plus centriste, membres de la première heure de l’UMP et qui pouvaient encore se reconnaitre dans les valeurs du parti conservateur, notamment en ce qui concerne le rôle de l’Etat, la réussite et la responsabilité individuelle ou bien encore l’autorité et la liberté d’entreprendre.

Qui plus est, le résultat de dimanche dernier montre une UMP clairement divisée non seulement entre deux stratégies et surtout entre deux personnalités. Avec une majorité très étroite, Jean-François Copé devra montrer qu’il est là en toute légitimité afin d’éviter toute contestation ultérieure, ce qui, à la lumière et dans les conditions dans lesquels se sont déroulées la campagne et le scrutin, est un véritable défi pour le nouveau patron de l’UMP, surtout dans la perspective de 2017.

De fait, il est fort probable que l’élection de l’actuel député-maire de Meaux va redistribuer les cartes et recomposer une UMP qui, semble-t-il, a choisi une ligne et une stratégie plus radicale, plus droitière. Une nouvelle donne qui dans la foulée pourrait être bien profitable aux tenants d’une ligne plus humaniste, plus centriste au sein de la droite française et qui ne peuvent cautionner le virage à l’extrême-droite de l’UMP. Ainsi, l’UDI de Jean-Louis Borloo qui espère bien récupérer les militants et cadres de l’UMP déçus et surtout inquiets de la victoire de Jean-François Copé, et qui compte sur ces éventuels transfuges pour apparaître comme une alternative crédible auprès de l’électorat de droite et des Français, dans un second temps.

Dès lors, l’UMP dans sa configuration initiale, a sans doute cessé d’exister pour laisser place un mouvement encore plus conservateur aussi bien dans les valeurs que dans le rapport à la Nation, à l’instar du Parti conservateur du Canada (actuellement au pouvoir) ou bien encore du Partido Popular en Espagne. Les tenants d’une droite forte ont sans aucun doute gagné la partie, au risque, cependant de rendre encore plus compliquée une stratégie d’alliance avec un centre-droit qui ne veut plus jouer les seconds couteaux et qui veut désormais s’affirmer comme un opposant crédible à la politique de François Hollande et de Jean-Marc Ayrault.

Et le vainqueur est… Nicolas Sarkozy !

Siège de l’UMP, rue de Vaugirard dans le XV° arrondissement de Paris

Ce dimanche, les militants de l’Union pour un mouvement populaire (UMP) étaient appelés pour désigner le nouveau président de leur mouvement et départager François Fillon et Jean-François Copé, au terme de plusieurs semaines d’une campagne dure et violente verbalement, voire physiquement.

A l’issue de ce vote interne, chacun des deux camps revendique la victoire, l’un comme l’autre s’accusant mutuellement de tricheries. En effet, les partisans de François Fillon, dénoncent certaines irrégularités durant le vote notamment dans certains bureaux au profit de son rival Jean-François Copé. De son côté, les soutiens de l’actuel secrétaire général (et dirigeant de facto de l’UMP) semble avoir aucun doute sur la victoire finale et en appellent déjà au rassemblement, une manière assez subtile de relativiser les accusations de François Fillon qui a saisi la commission interne du parti (la COCOE) chargé de valider (ou non) les résultats de l’élection, avant de se prononcer.

Jean-François Copé, secrétaire général sortant de l’UMP, au siège du parti en compagnie d’Edouard Courtial, secrétaire d’Etat en charge des Français de l’étranger de septembre 2011 à mai 2012

L’UMP, malgré une participation plutôt bonne de la part de ses adhérents au scrutin, semble donc offrir un triste spectacle, rappelant sans aucun doute celui donné par le Parti socialiste en 2008 au lendemain du Congrès de Reims pour la désignation du premier secrétaire. A l’issue d’un congrès raté, Martine Aubry et Ségolène Royal s’opposait pour occuper la tête du premier parti d’opposition d’alors. Un affrontement qui avait tourné à l’avantage de l’actuelle maire de Lille mais au prix de forts soupçons d’irrégularités et de fraudes notamment dans certaines fédérations-clés. A cette époque, l’UMP n’avait pas manqué de pudeur pour railler les socialistes et se moquer d’une élection calamiteuse, prédisant même les effets désastreux pour l’unité du Parti à terme.

Quatre ans après, l’UMP se retrouve dans cette situation peu enviable sans compter que le résultat montre une indication claire : aucun des deux prétendants n’a été capable de prendre l’ascendant sur l’autre et donc d’imposer ses idées, sa stratégie pour le premier parti de droite mais surtout s’imposer comme un leader naturel et incontesté, une personne qui sonne telle une évidence. La stratégie droitière de Jean-François Copé (celle dite de « droite décomplexée ») tout comme la ligne (faussement) modérée de François Fillon n’ont visiblement pas convaincu une majorité claire et sans conteste de militants UMP, signe de la désorientation d’un parti qui, dix ans après sa création, peine à tourner la page et enferme dans ses gloires passées.

Car au fond, le véritable vainqueur de cette élection interne est Nicolas Sarkozy qui ne pouvait rêver mieux ! Toujours officiellement retiré de la politique, l’homme sait qu’il jouit d’une popularité sans faille au sein de l’UMP et des sympathisants qui rêvent encore et toujours à un retour gagnant en 2017. L’ancien président de la République apparait une nouvelle fois encore comme un recours, une (folle) évidence pour des militants face à un François Fillon et à un Jean-François Copé qui, en raison du résultat même du scrutin d’hier soir, auront toutes les peines du monde à rassembler et surtout panser les plaies d’une bataille interne qui a et va laisser des traces.

Avec un tel scrutin, il sera sans doute difficile de l’UMP de se remettre en ordre de bataille et donc d’apparaître comme une force politique crédible face au gouvernement mais également comme un parti politique mature allant de l’avant, quelque soit le vainqueur final. Copé comme Fillon savent trop bien que l’ombre de Nicolas Sarkozy pèsera tel une chape de plomb sur une UMP qui reste cantonnée dans ses victoires passées et refuse tout droit d’inventaire pour mieux relativiser la victoire de la gauche et de François Hollande, à l’instar d’Alain Minc qui parle toujours et encore d’effraction. Certes, cela donnera toujours du baume au cœur aux militants UMP et aux sarkozystes les plus fervents qui ne désespèrent pas du retour triomphal de leur ex-leader, toujours au regard des résultats de la bataille sans concession que se sont livrés Fillon et Copé. Pas sur en revanche, que cela aide à l’exercice d’autocritique que devrait se livrer la droite française et qui est surtout indispensable si elle espère revenir au pouvoir[1] !


[1] Enfin… Le plus tard possible, il va de soi ! :p