Victoires en trompe œil

Les Européennes ont vu la victoire de l’UMP et d’Europe écologie avec un taux d’abstention record, ce qu’il convient de rappeler.

A première vue, il s’agit d’une victoire incontestable et sans ambiguïté de la majorité présidentielle (dans laquelle on retrouve, outre l’UMP, d’autres formations comme Le Nouveau Centre, les Progressistes et la Gauche moderne) et des Verts (qui se sont ouverts à différents mouvements associatifs et citoyens), les derniers ayant profité d’une dynamique dans un contexte de prise de conscience de l’urgence écologique et de désir de la part des électeurs de sanctionner le PS et le Modem.

Pour autant, ces victoires nettes et sans bavures sont des succès trompe-œil pour ces deux formations et qui cachent assez mal les fissures et autres difficultés à venir.

L’UMP, UNE FORMATION SANS RESERVES

Michel Barnier et Rachida Dati, candidats UMP en Ile de France, tous deux élus hier soir.

Avec 28% des voix, l’UMP réalise une belle performance comparable à celle qu’a connu le PS lors du précédant scrutin. On peut même dire que la situation est inversée puisqu’en 2004, le parti majoritaire n’avait recueilli qu’un piteux 16% et 17 députés, ce qui ne l’avait pas empêché de remporter les élections nationales de 2007. Pour autant, le score du parti de Nicolas Sarkozy est l’un des plus faibles sinon le plus faible des droites européennes à comparaison avec la CDU en Allemagne qui recueille 38% des suffrages, le Parti de la Liberté – la nouvelle formation de Berlusconi – en Italie qui obtient 39% et le Parti populaire en Espagne qui regroupe 42% des votants.

Autrement dit, le score de l’UMP est loin d’être éclatant sur un plan européen sans compter que cette dernière domine tellement la droite qu’elle se retrouve désormais sans réserves de voix et surtout sans alliés, ce qui risque de faire tâche d’huile pour la suite des évènements (Je pense notamment aux régionales de mars 2010). Au bout du compte, la formation sarkozyste a largement profité de l’abstention et a joué sur les peurs – en parlant Turquie et insécurité à quelques jours du scrutin pour s’imposer.

EUROPE ECOLOGIE, UN VOTE EMOTIONNEL ET DE COURT TERME

Daniel Cohn-Bendit, tête de liste en Ile de France pour la liste "Europe Ecologie"

Avec 16,2% des voix, Europe écologie a été la sensation du scrutin en réalisant un score au-delà de ses espérances. Un vote clair qui la place en troisième position, talonnant de très près le PS. Pourtant, malgré ce beau succès que je salue, le vote « Europe écologie » est un vote que je qualifie d’émotionnel, dans la mesure où il intervient à un moment où les citoyens s’inquiètent de la santé de notre planète, ce qui est légitime en soi. Dès lors, le vote écologiste est l’expression logique de cette inquiétude et si, à ce titre, le fameux film de Yann Arthus-Bertrand, Home – diffusé le 5 juin dernier, soit à deux jours du scrutin – n’a pas été l’élément déclencheur de la « victoire » du mouvement mené par Cohn-Bendit, il me paraît en revanche évident que cela y a contribué beaucoup.

Affiche du film « Home » de Yann Arthus-Bertrand.

Dès lors, reste à savoir ce que va faire Europe Ecologie d’un tel succès. Coup d’épée dans l’eau ou prélude à une grande alliance entre les écologistes et le PS en vue de 2010 et de 2012 ? Car si le vote « Europe écologie » marque à la fois un vote sanction contre le PS mais aussi contre l’UMP (qui a peu convaincu avec son Grenelle de l’Environnement) et le retour de l’écologie politique, celle-ci seule ne serait être une réponse alternative à la droite conservatrice et libérale. Comme le dit si bien d’ailleurs Benoît, mon ami militant au Modem : « en l’absence de leader charismatique, de cadres capables de gouverner, et d’électorat stable, cette « victoire » d’Europe Ecologie, si elle manifeste une préoccupation importante et trop oubliée de nos concitoyens, ne pourra pas être concrétisée en 2012. Ce bon score traduit des attentes [mais] il ne fera pas un avenir présidentiel » (in Le Ministère des affaires étranges, le 8 juin 2009)

L’UMP et les Ecologistes ont donc gagné mais ce sont des victoires en trompe-œil et qui ne préfigurent en rien les échéances électorales futures. A neuf mois des régionales et à un trois ans des élections générales, bien malin celui qui peut pronostiquer le score des principales formations politiques du pays.

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