Trou noir au plat pays (?)

Bart de Wever, président de la N-VA (parti indépendantiste flamand)

Verra-t-on un gouvernement se former en Belgique ?  C’est la question que doivent se poser tous les Belges ainsi que les observateurs politiques depuis le retrait des indépendantistes flamands de la table de négociation ce lundi.

Ces derniers, menés par Bart de Wever, souhaitent remettre les « compteurs à zéro » et redémarrer les négociations depuis le point de départ, afin d’arriver à une réforme de l’Etat (comprenez, le transfert de nouvelles compétences de l’Etat fédéral aux régions et communautés) ambitieuse et de grande ampleur, ce que les Francophones, menés par le socialiste Elio Di Rupo, acceptent non sans difficultés.

Près de 110 jours après les élections anticipées du 13 juin dernier qui ont vu la victoire sans appel de la Nieuwe Vlaams Alliantie (en Flandre) et du Parti socialiste (en Wallonie), la situation semble rester la même au pays de Magritte, Boonen et Spirou. Deux opinions, deux projets sur l’avenir de la Belgique radicalement opposés et qui peinent à trouver un véritable terrain d’entente.

De ce fait, on peut s’interroger sur les véritables intentions de Bart de Wever. Car si ce dernier réaffirme sa volonté de trouver un accord ambitieux pour la Belgique, il n’en demeure pas moins que ce dernier réagit tel un stratège ayant un objectif clair, le démantèlement du pays, afin de faciliter l’avènement de la Flandre. En réalité, le leader anversois cherche à démontrer que le plat pays est bel et bien gouvernable en raison de l’intransigeance des francophones qui refusent – semble-t-il – de passer sous les fourches caudines des néerlandophones, quitte à les faire passer pour les responsables de la crise politique que connaît le plat pays. Un comportement considéré par les responsables politiques francophones comme irresponsable mais qui s’avère audacieux. Par de là, il démontre non seulement que la Belgique est ingouvernable dans le cadre de négociations – et qu’il est vital pour le pays d’en adopter un autre, ce qui passe par une grande et profonde réforme de l’Etat – mais aussi qu’il est un homme politique qui ne cède (pratiquement) en rien. Une posture qui peut séduire en Belge néerlandophone, même s’il convient d’insister (enquête d’opinion à l’appui) que les Flamands n’ont à aucun moment opté pour l’indépendance de la Flandre. Au contraire, la Belgique demeure la préférence.

Elio Di Rupo, président du Parti socialiste francophone, chargé durant un temps de former le nouveau gouvernement belge

C’est que de leur côté, les Francophones semblent bien décidés à ne pas facilement baisser leur pantalon face aux exigences indépendantistes flamandes en raison d’un certain honneur mais aussi et surtout d’une crédibilité certaine. S’opposer aux exigences toujours insatisfaites de Bart de Waver, c’est mettre le holà et mettre en garde certains flamands quant à leur envie de prendre le large.

Caricature réalisée par Pierre Kroll et parue dans le journal francophone, Le Soir en août dernier

Dès lors, un bras de fer déterminant s’engage entre Elio di Rupo, le leader socialiste francophone et Bart de Wever, l’indépendantiste flamand. Déterminant dans la mesure où celui qui fera le moins de concessions aura un ascendant sur l’autre. En clair, il semble important pour les francophones de remporter le bras de fer qui les opposent aux nationalistes flamands afin de garantir ce qu’il reste de la Belgique. Un pari risqué mais qui peut s’avérer vital pour les formations politiques francophones dans la mesure où ils auront gagné en respect et surtout en crédibilité face aux formations politiques néerlandophones.

Reste que cette situation ne peut durer éternellement. Une des solutions envisagées est de rappeler les Belges aux urnes. Or, les enquêtes d’opinion montrent clairement que non seulement les nationalistes flamands et les socialistes francophones arriveraient en tête mais gagneraient davantage de points en cas d’élections anticipées. Dès lors, on comprend pourquoi le roi des Belges, Albert II, cherche à gagner du temps, en faisant un nouveau tour de piste des négociations.