La naïveté de Kouchner (et des autres)

Bernard Kouchner me fait décidément de la peine !

Le ministre des Affaires étrangères et – du moins officiellement – chef de la diplomatie française s’est en effet plaint d’humiliations de la part de Claude Guéant et de Jean-David Levitte, l’un secrétaire général de l’Elysée (et surnommé le « vice-président »), l’autre conseiller de Nicolas Sarkozy aux affaires étrangères.

Une révélation qui émane d’une lettre rédigée par l’intéressé qui faisait par de son intention de démissionner et qui constatait la dérive sécuritaire du gouvernement ainsi que la fin de la politique d’ouverture. Néanmoins, en bon ministre sarkozyste, Kouchner a voulu montrer toute loyauté qu’il avait à l’égard du président de la République !

Kouchner fait preuve d’une grande naïveté, lui pensait que Nicolas Sarkozy allait changer les codes de la diplomatie et insuffler une nouvelle dimension à notre politique étrangère. Il n’en a rien été et, pire que tout, il n’a cessé d’avaler des couleuvres par centaine, de l’affaire Kadhafi au rapprochement avec des régimes bien peu recommandables… Kouchner, le droit-de-l’hommiste par excellence a tout avalé, sans se révolter.

C’est qu’il n’avait pas trop le choix dans la mesure à partir du moment où il franchissait le Rubicon, il lui était impossible de faire marche arrière, à savoir revenir au Parti socialiste, un parti qui, semble-t-il, ne l’aurait pas assez jugé à sa valeur. En allant rejoindre Sarkozy et pensant que son côté droit-de-l’hommiste allait influencer la politique de notre agité de l’Elysée, Kouchner a cru qu’il pouvait servir notre Hexagone en apportant une sensibilité de gauche.

Bernard Kouchner en compagnie de Nicolas Sarkozy sur le perron de l'Elysée

Or, il n’en est rien et force de constater – de l’aveu même de l’intéressé – que Kouchner et les autres nigauds de l’ouverture ne sont que des faire-valoir d’un gouvernement qui a oublié, semble-t-il, l’ouverture au regard de la politique qu’il mène. Pire, le chef de la diplomatie française a été réduit au rôle de pantin comme cela fut le cas en 2009 au moment de la campagne des européennes, ce dernier déclarant qu’il voterait pour la liste UMP. De fait, il y était bien obligé, notre agité de l’Elysée lui ayant fait rappelé qu’il faisait partie de la majorité présidentielle et qu’il ne pouvait que la soutenir. Aussi, et comme l’avait si bien pronostiqué Elisabeth Guigou lors de la campagne des législatives trois ans auparavant, les ministres d’ouverture sont plus ou moins passé à l’oubli, à l’exception notable de « Monsieur Besson » qui n’est plus à une prostitution près pour satisfaire les exigences du monarque et assoiffer ses ambitions.

Alors bien évidemment, rien n’empêche Kouchner et consorts de rendre leur tablier et de démissionner. Mais lorsqu’on a gouté aux bienfaits de la République, c’est comme la cigarette : (très) difficile de s’en passer surtout quand le rang de ministre (ou de secrétaire d’Etat, c’est-à-dire sous-ministre) vous donne des ailes. Le ministre des affaires étrangères et européennes, mais également ses collèges Fadela Amara et Jean-Marie Bockel l’ont bien compris et ont en réduit à jouer les seconds couteaux quand ils ne négocient pas leur départ.

Ainsi lorsque Jean-Marie Bockel confortablement installé dans son placard de la Place Vendôme, déclare qu’il soutiendra Nicolas Sarkozy quoi qu’il arrive, de son côté, Bernard Kouchner montre son intérêt à la fonction de « défenseur des droits », une coquille vide dont personne ne sait à quoi elle va bien servir et qui sera un bon poste de rechange pour l’actuel ministre des affaires étrangères, une retraite dorée en somme !