Le retour du fils prodige ?

Martin Hirsch, Haut Commissaire aux Solidarités actives et à la Jeunesse de juin 2007 à mars 2010, actuel président de l'Agence du Service Civique

Martin Hirsch, de retour dans le giron socialiste ?

Alors qu’on parle d’un remaniement qui ne cesse de traîner en longueur, certains se sont penchés sur le cas de Martin Hirsch, l’ancien président d’Emmaüs et Haut Commissaire en charge de la lutte contre la pauvreté et les solidarités actives.

Celui qui était jusqu’en mars 2010 membre du gouvernement Fillon semble bien décidé à reprendre sa liberté de penser (comme dirait l’autre !). C’est ainsi qu’en septembre dernier, il a dénoncé, dans un livre, les divers conflits d’intérêts qui touchent la classe politique, la palme revenant sans doute à Jean-François Copé, député de Seine-et-Marne, président du groupe UMP à l’Assemblée nationale, Maire de Meaux et surtout avocat d’affaires.

Des dénonciations qui n’ont fait pas plaisir à l’intéressé qui a tenté de pilonner Hirsch via un amendement fait sur-mesure (et rédigé par Copé, Louis Giscard d’Estaing et Bernard Debré) et visant à remettre en cause les indemnités perçues par l’ancien ministre désormais président de l’Agence du service civique. La réaction de Martin Hirsch ne s’est pas faite attendre comme le montre cet extrait radio :

L’attitude de l’ancien haut-commissaire me fait penser à celle de l’enfant prodigue, du nom d’un extrait de la Bible que les chrétiens – comme moi – doivent connaître, j’en suis sur. En effet, après avoir servi et d’une certaine manière cautionné la politique du gouvernement Sarkozy-Fillon durant près de trois ans, ce dernier semble reprendre sa liberté de parole et d’action. Ainsi, on a récemment appris qu’il apprêtait à rejoindre Terra Nova, la « boîte à idées » du Parti socialiste, afin de participer au programme présidentiel de la gauche pour 2012.

Martin Hirsch en compagnie de Nicolas Sarkozy, le 2 octobre 2007 à Dijon (Côte d'Or)

Un retour (supposé) à gauche qui laisse nombre de commentateurs et analystes politiques circonspects pour ne pas dire sceptiques. Ainsi, Romain Pigenel sur son blog s’interroge sur les motivations véritables d’un homme dont il se demande s’il a toujours été à gauche tandis qu’Emmanuel Lévy et Gérald Andrieu, journalistes à Marianne, y voient là une sacré imposture ! Au passage, tout ce beau monde en profite pour égratigner son côté technocrate.

Pour ma part, je m’interroge sur l’attitude de Martin Hirsch, un homme qui est avant entré au gouvernement parce qu’il partageait des intérêts à la fois divergents et communs mais aussi croisés avec le président de la République. Divergents car quand le premier souhaitait la mise en place du RSA, le second voulait concrétiser sa stratégie d’ouverture à gauche, communs puisque le premier a accepté l’offre du second à la condition que sa mesure-phare soit adoptée par ce dernier (qui pouvait par la même occasion poursuivre son objectif d’ouverture et de déstabilisation de la gauche). C’est lorsque les intérêts des deux hommes ont été satisfaits que Martin Hirsch et Nicolas Sarkozy ont cessé leur collaboration, permettant au premier de reprendre sa liberté de parole, histoire de montrer qu’il a encore quelque de gauche dans l’esprit.

Toujours est-il – et il est important de le souligner ne serait-ce que par honnêteté intellectuelle – que Martin Hirsch a le mérite de n’avoir jamais insulté les membres du Parti socialiste à la différence d’un « Monsieur Besson » qui a force de vouloir être plus sarkozyste que les sarkozystes a fini par en devenir pitoyable. Qui plus est, il convient de rappeler qu’à ma connaissance, l’ancien président d’Emmaüs n’a pris sa carte dans aucun parti.

Ainsi, Hirsch est décrit comme le fils prodigue de la gauche, c’est sans doute aller un peu vite en besogne mais montre une fois de plus que la politique d’ouverture de Nicolas Sarkozy est un échec complet. Quant à l’ancien président d’Emmaüs, il a seulement su profiter du bon moment pour tirer sa révérence et reprendre sa liberté tout en évitant de compromettre ses liens avec la gauche (et les socialistes en particulier)

2 réflexions sur “Le retour du fils prodige ?

  1. Je vais probablement te choquer, mais je préfère Besson, qui au moins a assumé son changement de bord jusqu’au bout, et ne tente pas de louvoyer quand l’étoile de Sarkozy s’affaiblit.

    • Certes, Besson a assumé son changement de bord tout en profitant pour insulter ses anciens camarades avec une rare violence, histoire de me montrer qu’il est plus sarkozyste que les sarkozystes, ce qui montre un affairisme à peine voilé !

      S’il en a un que je « respecte », cela serait sans hésiter Jean-Marie Bockel qui lui est parti suivant ses convictions. Quant à Besson, il a tellement craché à la figure du PS que son destin politique est désormais (et directement lié) à Nicolas Sarkozy. En clair, sans l’agité de l’Elysée, point de salut !

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