De l’égoïsme des Etats-membres…

Parfois, je dois avouer que la construction européenne me donne le cafard, surtout lorsqu’on se réfère à la situation actuelle. Ainsi deux récents évènements qui m’ont attiré l’attention.

Protestant grec brûlant un billet de 10 euros devant la Banque de Grèce, le 17 septembre dernier

Tout d’abord, la continuelle crise de la dette (grecque) qui n’en finit pas d’empoisonner la zone euro et qui montre le véritable visage de certains Etats-membres, leurs dirigeants étant plutôt dans une logique de sauve-qui-peut que dans un véritable esprit de solidarité, au nom des principes énoncés par les Pères fondateurs. Preuve en est, l’attitude plus ou moins attentiste du couple franco-allemand qui, malgré les discours politiques visant à rassurer les marchés, misent plutôt sur une faillite de la Grèce pour solutionner le problème, pour mieux faire partir cette dernière de la zone Euro. Inutile de vous dire que ce scénario est tout sauf optimal tant elle n’est pas dénuée de risques majeurs pour la stabilité de la monnaie unique et surtout la crédibilité du projet européen.

Et puis, il y a les bisbilles concernant le Programme européen d’aide aux plus démunis (PEAD), programme qui faute d’argent mais aussi de volonté de certains Etats-membres risque de sombrer, mettant ainsi en danger bon nombre d’associations venant en aide aux plus nécessiteux. Autrement dit, l’initiative lancée par Michel Colucci (plus connu sous le nom de Coluche) et par Jacques Delors, alors président de la Commission européenne, qui consiste à financer directement des associations de type « Croix Rouge » ou « Restos du Cœur » risque tout simplement de capoter en raison de l’inflexibilité de certains Etats-membres, désireux avant tout de protéger leurs bourses que de renforcer cette autre forme de solidarité européenne.

Toujours est-il que dans les deux cas, c’est bel et bien la solidarité qui est mise en exergue face aux calculs bien souvent comptables mais aussi et surtout politiques des Etats-membres, notamment l’Allemagne qui s’est malheureusement distinguée dans le cadre de la crise grecque mais aussi vis-à-vis du PEAD. Dans l’une comme l’autre de ces deux affaires, Berlin a fait preuve d’une certaine arrogance et d’une inquiétante inflexibilité. Si une telle attitude peut être compréhensible et concevable dans le cadre de la crise de la dette (après tout, il en va de l’avenir de la monnaie unique), celle-ci est difficilement défendable dans le second cas.

Deux situations qui illustrent bien l’égoïsme de certains convaincus que moins de solidarité ne peut être que bénéfique pour la construction européenne. Or, c’est en temps de crise que l’Union européenne doit démontrer – plus que jamais – sa capacité à rassembler mais aussi de se montrer ambitieuse notamment vis-à-vis de ses citoyens en particulier lorsque ces derniers font face aux difficultés de la vie. Le programme européen d’aide aux plus démunis est justement l’instrument qui montre que l’UE n’est pas seulement une machine de technocrates et que celle-ci peut être généreuse et humaine. Mais certains Etats-membres ne l’ont sans doute pas compris au risque de noircir davantage l’image de l’UE auprès de certaines personnes et donc de renforcer l’euroscepticisme à la plus grande joie des europhobes.

L’Union européenne ne peut être soutenue par les Européens que nous sommes qu’à partir du moment où ses Etats-membres montrent l’exemple et ne sont pas dans une logique de « chacun pour soi et Dieu pour tous ». Or, la crise de la dette et la menace qui plane sur le PEAD (menace accentuée en raison de l’échec des négociations au sein du Conseil des ministres de l’agriculture la semaine dernière) risquent d’accentuer la méfiance, voire la défiance de certaines catégories sociales, considérant dès lors que l’UE est bel et bien faite pour les bien-portants au détriment des plus démunis.

Alors, de l’audace, cela ne fait pas de mal parfois ! Surtout lorsqu’on a près de 80 millions de pauvres au sein de l’UE !