Le rétropédalage grec de Christine Lagarde

Christine Lagarde, directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), ancienne ministre de l’Economie et des Finances (2007 – 2011)

Christine Lagarde a connu un peu malgré elle, l’art du rétropédalage.

L’ancienne ministre de l’Economie et des Finances et actuelle patronne du Fonds monétaire international fut invitée, vendredi dernier, à s’exprimer dans les colonnes du Guardian (le quotidien britannique de centre-gauche) sur l’avenir de la zone euro et la crise grecque, une crise qui n’en finit pas. Interrogée sur le fait que certains grecs cherchent à échapper à l’impôt – et donc à l’effort consenti pour réduire le poids de la dette – Christine Lagarde n’a pas mâché ses mots, considérant que « les Grecs devraient commencer par s’entraider mutuellement », et ce en « payant tous leurs impôts »

Des propos pour le moins maladroits qui ont suscité un vif tollé aussi bien en France qu’en Grèce où le président du PASOK et ministre des Finances sortant, Evangelos Vénizelos, a accusé la patronne du FMI d’humilier le peuple grec. Une vive réaction qui a contraint Lagarde à faire machine arrière et à se montrer plus conciliante avec le peuple grec en faisant part de sa sympathie face aux épreuves actuelles, comme indiqué sur sa page Facebook. En réaction, Alexis Tsipras, le leader du SYRIZA (la coalition de Gauche radicale) a rappelé à l’ancienne ministre française que son pays n’avait pas besoin de sympathie, renforçant ainsi le malaise perceptible depuis les déclarations de cette dernière.

Les propos de Christine Lagarde, aussi maladroits et malheureux qu’ils soient, ont cependant un mérite et même deux: celui de la vision qu’à la patronne du FMI sur la crise grecque et sur les Grecs eux-mêmes face à celle-ci et sur la pertinence d’un plan d’austérité de plus en plus dénoncé et de moins en moins soutenu par la population grecque alors que la situation du pays est loin d’être stabilisée avec notamment de nouvelles élections anticipées prévues le 17 juin prochain et qui risquent fort de se transformer en remake du scrutin du 6 mai.

Toujours est-il que la déclaration de Christine Lagarde démontre une nouvelle fois qu’il est nécessaire d’écouter le peuple – à défaut de l’associer – surtout lorsqu’il est en première ligne. Conscients de la situation et des errements passés, le peuple grec sait qu’il a plus vraiment le choix s’il souhaite redresser la barre et tenir son rang au sein de la zone euro. Toutefois, si un plan de rigueur est (malheureusement) nécessaire, il ne peut être conçu et surtout imposé sans justice sociale et surtout en prenant compte des difficultés de l’intéressé. Dans le cas grec, la majeure partie de la population considère qu’elle a déjà payé un lourd tribut à la crise et ne supporte plus davantage. A cela s’ajoute l’idée – indirectement véhiculée par Lagarde dans ses propos – que le Grec est un profiteur cherchant à voler l’Etat en payant le peu d’impôts possible. Un cliché pas à tout fait inexact mais qui en dit long sur la vision de la crise par le FMI et le reste de la Troïka (Union européenne et Banque centrale européenne) et surtout sur la susceptibilité des Grecs qui se sentent trahis et humiliés par leurs partenaires européens, ce qui atteint leur amour propre et explique in fine le vote du 6 mai dernier.

Les plans d’austérité ne peuvent être appliqués que si ces derniers reçoivent un assentiment – à défaut d’un soutien – de la part des Grecs, ce qui suppose une écoute mais également une meilleure considération. Ressortir des clichés et autres lieux communs – même maladroitement – ne peut que renforcer l’amour propre de certains Grecs et leur défiance envers des institutions censés les sortir la tête de l’eau. Et s’il convient de placer Athènes devant ses responsabilités, il parait primordial de conserver un autre regard sur une crise dont les drames restent humains, comme nous le rappelle le suicide d’un septuagénaire, il y a quelques semaines sur une place de la capitale grecque. Ce qui explique probablement pourquoi la directrice générale du FMI s’est empressée de rectifier le tir, en espérant qu’il ne soit pas trop tard. Et on comprend mieux à posteriori, pourquoi George Papandreou, l’ancien Premier ministre socialiste grec, tenait à organiser un référendum sur l’adoption ou non du plan d’austérité en novembre dernier, ce qui aurait au moins permis aux Grecs de s’approprier un débat et non avoir l’impression d’être dépossédés de la maitrise de leur destin.

My European Dream, du rêve à la réalité

Du rêve à la réalité !

Après environ un an de travail et de montage, Valentin Chaput nous présente sa vision de l’Union européenne à travers le regard d’une centaine de jeunes qu’il a rencontré au sein des Vingt-Sept Etats membres et de deux candidats à l’adhésion durant son périple au printemps 2011.

Un voyage enthousiasmant, très instructif et un regard lucide sur la construction européenne en ce début de XXI° siècle.

J’en profite via pour mon blog pour féliciter Valentin pour son initiative et le remercier pour avoir fait appel à moi dans le cadre de son projet.

Maintenant place au film, un film réalisé en français et en anglais (et sous-titré dans les mêmes langues)

Bon film !

Gilles

PS : et pour découvrir (ou redécouvrir), le site de l’aventure, cliquez ici

La guerre est déclarée

François Fillon, ancien Premier ministre (2007 – 2012), candidat dans la seconde circonscription de Paris pour les législatives

Il n’aura pas attendu le résultat du second tour des législatives pour attaquer et sortir du bois. François Fillon, ancien premier ministre et candidat à la députation à Paris, a récemment déclaré qu’il n’y avait plus de leader naturel à l’UMP depuis le départ de Nicolas Sarkozy.

Des propos visant clairement et sans aucune ambigüité, Jean-François Copé, l’actuel secrétaire général de l’UMP qui compte bien se maintenir à la tête du parti à l’automne prochain, date du prochain congrès du mouvement. Un congrès décisif puisque celui qui deviendra le patron de l’UMP prendra une option décisive la présidentielle de 2017.

Dès lors, François Fillon et Jean-François Copé avancent leurs pions et jouent la carte du rassemblement tout en accusant l’autre de diviser le parti pour des considérations personnelles. Et dans la bagarre qui se profile, chacun semble choisir son camp. Par exemple, Rachida Dati qui accuse l’ancien Premier ministre d’un manque de loyauté et qui en profite pour régler ses comptes avec celui qui se présente aux législatives dans la deuxième circonscription de Paris, une circonscription que visait l’ancienne Garde des Sceaux avant finalement de renoncer.

L’affrontement Fillon – Copé était prévisible tant la rivalité et les tensions entre les deux hommes sont persistantes. Les deux hommes se détestent cordialement et ne pensent qu’à l’élection présidentielle de 2017 même si l’actuel député-maire de Meaux a une longueur d’avance sur ce point par rapport à François Fillon qui entretient encore le mystère mais qui n’en pense pas moins. Toutefois, l’un comme l’autre est conscient du fait qu’il est impératif de conquérir la tête de l’UMP pour pouvoir s’imposer à terme comme le leader naturel d’une formation complètement déboussolée depuis la défaite de Nicolas Sarkozy, le 6 mai dernier.

Et pour ce faire, chacun commence à compter son camp et à afficher ses soutiens. Ainsi si Jean-François Copé compte sur les principaux cadres de l’ex-parti majoritaire (notamment Valérie Pécresse, François Baroin, Brice Hortefeux, etc.), François Fillon mise sur sa bonne image dans l’opinion pour s’imposer in fine auprès des militants. Une manière surtout pour lui de compenser son cruel manque de réseau à l’intérieur de l’UMP mais aussi de jouer l’opinion contre le parti, une manière assez subtile d’influencer les militants au moment du choix à l’automne prochain.

Infographie : Le Monde.fr

En brisant la vraie-fausse trêve qui devait prévaloir à l’UMP le temps des législatives, François Fillon annonce clairement ses intentions et son jeu, obligeant Jean-François Copé à prendre des risques et mettant ce dernier au pied du mur. Le secrétaire général de l’UMP le sait, il joue gros sur les élections législatives dont le score et les sièges obtenus détermineront son avenir politique à court et surtout à long-terme. Si l’UMP obtient une « défaite honorable », Jean-François Copé – lui aussi candidat à un nouveau mandat en Seine-et-Marne – aura sauvé sa tête et pourra se présenter comme le nouveau leader de la droite républicaine, celui qui sera en mesure de la faire gagner en 2017. Si l’ex-parti majoritaire subit une large défaite à l’issue des législatives, François Fillon paraîtra alors comme un recours et pourra se montrer en position de force en taclant au passage son ennemi juré pour mieux l’achever politiquement.

La guerre Fillon – Copé vient donc d’éclater, elle va être sanglante !

Un président normal. Jusqu’à quand ?

Le président de la République, à son arrivée à Zuidstation (Gare du Midi), le 23 mai à Bruxelles (Belgique)

Stupeur et étonnement, le 23 mai dernier à la Gare du nord (Paris) lorsque les passagers du Thalys à destination de Bruxelles ont remarqué qu’un invité surprise embarquait à leurs côtés. Il s’agissait ni plus ni moins de François Hollande qui se rendait au Conseil européen des chefs d’Etat et de gouvernement. Tout sourire et comme à son habitude, le président de la République n’avait aucune difficulté pour répondre à la presse et à se faire prendre en photo avec les badauds.

Une réaction qui en a réjoui plus d’un qui considèrent qu’il est tout à fait normal qu’un président de la République en exercice prenne le train comme tout le monde, sans faire de chichis. Toutefois, cette attitude ne plait pas à tout le monde à commencer par les officiers de sécurité eux-mêmes qui, sous couvert de l’anonymat, ont fait part de leurs états d’âme et de leur exaspération au correspondant permanent de La Libre Belgique à Paris, Bernard Delattre. Pour eux, le nouveau président de la République ne prend pas véritablement la mesure de sa fonction, à savoir qu’elle implique une sécurité hors-norme et permanente, incompatible avec une vie « normale ».

François Hollande l’avait dit durant la campagne présidentielle, il voulait paraître comme un président normal, un homme normal qui fait des choses normales comme tout le monde. Bien évidemment, il s’agit de se démarquer clairement de Nicolas Sarkozy et de son hyper-présidence, de sa présidence bling-bling. C’est également une subtile manière de communiquer sur son image de président-citoyen, proche du peuple et qui aime les gens, à l’extrême opposée de Nicolas Sarkozy.

Caricature de Plantu, paru le 10 mai dernier

Reste à savoir si François Hollande pourra maintenir cette image de président normal quand on sait que la fonction qu’il occupe est loin de l’être comme l’a reconnu l’intéressé. Qu’il le veuille ou non, le président de la République sait qu’il est davantage exposé que d’autres et qu’il est soumis à une protection particulière. Une protection bien nécessaire mais qui pèse aussi bien sur le chef de l’Etat mais sur l’ensemble de sa famille, sans compter qu’à un moment ou un autre, elle vous éloigne des Français et donc de la réalité des choses. François Hollande l’a bien compris et cela explique tant sa volonté d’apparaître comme un président normal, c’est-à-dire aussi un homme qui reste au contact de son peuple, qui n’est pas déconnecté des réalités. Bref, un citoyen comme un autre, comme le peut être un maire dans une commune rurale ou à la population modeste.

Dès lors, il faudra trouver un compromis entre être un président normal et les exigences de sa fonction impliquent en matière de sécurité. Les officiers et autres membres de la garde rapprochée du chef de l’Etat devront sans doute s’adapter au caractère d’un homme avenant qui a besoin du contact des autres pour ne pas perdre le sens des réalités, et qui ne se force pas pour aller au contact des gens, à l’instar de Jacques Chirac lorsque ce dernier était président de la République. Toutefois, plutôt que de parler d’un président normal, François Hollande devrait plutôt apparaître comme un président « classique », dans le sens où la réalité de sa fonction finira par le rattraper tout en restant dans ses prérogatives. Ce qui ne veut pas dire qu’il sera loin des réalités et des préoccupations de nos compatriotes.

Le président de la République survolant l’Afghanistan, le 25 mai

C’est parce que Nicolas Sarkozy se comportait tel un homme capricieux, en faisant toujours trop, et bling-bling qu’il a irrité les Français que nous sommes et qu’ils ont préféré un homme qui n’était pas dans la prétention, dans l’excès et c’est cela qu’on peut parler de présidence normale. Toutefois, François Hollande devra sans doute faire quelques concessions et donc renoncer à certaines « libertés », comme celle de se déplacer à scooter dans Paris ou bien encore de prendre le Thalys pour se rendre à Bruxelles, si les questions de sécurité l’emportent et que le contexte l’exige. Fonction oblige.

Gaudron, député légitime ?

Les présidentielles achevées, place aux législatives. Comme vous le savez, l’Assemblée nationale sera une nouvelle fois renouvelée et nous élirons nos représentants pour les cinq années à venir. L’occasion pour les quelques neuf mille candidats d’arpenter les rues et lieux de la circonscription dans laquelle ils se présentent afin de convaincre les électeurs.

Pour rappel, la ville de Bondy – là où je réside actuellement – a été scindée et désormais à cheval sur deux circonscriptions, conséquence de la révision (très contestée) de la carte électorale en 2009 – 2010. C’est ainsi que le canton sud-est de la ville a été rattachée à la dixième circonscription (Aulnay-sous-Bois, Pavillons-sous-Bois) tandis que le canton nord-ouest reste la neuvième.

Et c’est dans la dixième que je vote et que j’ai reçu dans ma boite aux lettres, un tract de candidat UMP et député sortant, Gérard Gaudron, la première depuis janvier. Un tract politique classique dans lequel il se présente comme un « député légitime », un point qui m’a immédiatement suscité l’attention.

L’ancien maire d’Aulnay-sous-Bois – battu en 2008 – est donc un député légitime, comprenez face à Daniel Goldberg, le candidat socialiste et lui aussi député sortant qui ne l’est pas. Pour étayer et renforcer ses arguments, le député Gaudron nous parle de proximité, de son expérience d’élu pour mieux cogner sur son challenger socialiste qui n’est là qu’au titre d’un « parachutage » et d’un « arrangement entre amis », pour reprendre l’expression de Katia Coppi, sa suppléante et première adjointe au maire des Pavillons sous Bois, faisant clairement référence à la nomination mouvementée de Goldberg à l’hiver dernier.

Un argument néanmoins à double-tranchant dans la mesure où si Gérard Gaudron est effectivement légitime, Daniel Goldberg l’est tout autant dans la mesure où tous deux sont membres (sortants) de la représentation nationale et qu’ils tirent leur légitimité de l’ensemble du peuple français (et pas seulement des administrés de leur circonscription). C’est d’ailleurs tout le sens d’une élection législative où si la dimension locale reste présente, la dimension nationale reste prépondérante. Qui plus est, Daniel Goldberg tire également sa légitimité du fait qu’il a désigné par les militants des sections socialistes de la circonscription (soit Bondy, Aulnay et Pavillons-sous-Bois). Un détail qui compte et qui remet à plat toute question relative à la légitimité ou non de tel ou tel candidat.

En mettant en avant sa légitimité en tant que député sortant, Gérard Gaudron cherche sans doute à faire diversion notamment par rapport à un bilan plus ou moins maigre au sein de l’Assemblée nationale durant les cinq dernières années. En face, Daniel Goldberg a non seulement un bilan, mais aussi des propositions pour la prochaine législature, un (autre) détail qui compter au moment du vote. C’est d’autant plus cocasse surtout quand on sait que Gérard Gaudron s’est particulièrement foulé à l’Assemblée nationale (pratiquement pas d’interventions en séance plénière ou en commission, et seulement trois rapports rédigés en cinq ans) là où Daniel Goldberg a un bilan plutôt impressionnant : plus de trois mille amendements cosignés, deux propositions de loi, interventions régulières en commission et en plénière, quatre rapports rédigés, 450 questions au gouvernement (écrites et orales). Un bilan impressionnant qui le place parmi les 150 députés les plus actifs de l’Assemblée nationale et le second en Seine-Saint-Denis, là où Gérard Gaudron est bon dernier.

Gaudron comme Goldberg sont légitimes in fine. Toutefois, la légitimité ne s’acquiert pas seulement sur le terrain ou par le vote, elle s’acquiert aussi par le travail effectué. Qui plus est, la légitimité n’est jamais acquise et peut facilement se perdre. Une donnée que Gérard Gaudron devrait prendre en considération s’il ne souhaite pas se retrouver dépourvu en juin prochain ! Et pendant que nous y sommes, espérons que le candidat UMP trouvera la même énergie pour s’interroger sur la candidature de François Fillon dans la seconde circonscription de Paris, l’ancien Premier ministre étant, tout le monde le sait, largement légitime, à tel point que Rachida Dati avait sérieusement envisagé de se présenter contre le député sortant de la Sarthe pour finalement renoncer à sa candidature.

Ton avenir, mon avenir

Le 11 mai dernier, le Parti socialiste européen a lancé une campagne en faveur de l’emploi des jeunes au sein de l’Union.

Le constat reste alarmant : plus de 5,5 millions de jeunes au chômage, plus d’un million en situation précaire et des taux de chômage affolants suivant les pays : 23% en France, 31% en Italie, 36% en Slovaquie et jusqu’à 50% en Espagne. Un tel constat ne peut que renforcer l’euroscepticisme et le sentiment de défiance à l’égard de l’Union.

Pour apporter des réponses concrètes et durables à ce problème épineux, plusieurs initiatives et propositions ont été mises sur la table comme en Autriche, ou bien encore en France avec le contrat de génération, une des propositions phares de François Hollande durant la campagne présidentielle. A l’échelle européenne, il s’agit de répondre à la politique d’austérité défendue par les gouvernements conservateurs qui ont largement trouvé leurs limites et surtout n’apportent pas de solutions durables et fortes pour l’emploi des jeunes.

Le PSE propose à cet effet une « Garantie jeune pour l’emploi », basée sur une réelle stratégie européenne pour l’emploi mais également une adaptation des politiques nationales permettant qu’au bout de quatre mois d’inactivité, l’accès à un emploi, un stage professionnalisant ou bien encore une formation soit garantie, prenant exemple sur ce qui se passe actuellement en Autriche où le taux de chômage chez les 18 – 30 ans a fortement baissé, passant désormais sous la barre des 10%.

L’emploi des jeunes est une question cruciale pour l’Union européenne et son futur. Venez rejoindre le mouvement pour qu’à l’horizon 2014, le nombre de jeunes chômeurs en Europe soit divisé par deux. Pour cela, cliquez sur le lien suivant. Et si vous êtes à Bruxelles en juin, venez assister à la conférence proposée par le groupe socialiste et démocrate au Parlement européen, une occasion idéale pour faire part de vos idées et de vos propositions. (Inscription jusqu’au 31 mai)

 

Une loi spéciale

Jean Charest, premier ministre du Québec, durant les débats à l’Assemblée nationale relatif à la loi 78

Jean Charest a décidé de frapper fort. Très fort même.

Le premier ministre du Québec a en effet décidé de mettre en place une loi spéciale visant à permettre le déblocage des universités et Cégep (l’équivalent des lycées) touchés par le conflit relatif à l’augmentation des frais de scolarité et donc de mettre un terme à la grève qui touche la province canadienne depuis plus de trois mois.

Le dispositif, plus connu sous le nom de loi 78, a été adopté à une large majorité (68 contre 48), le Parti Libéral du Québec étant majoritaire à l’Assemblée nationale. Il prévoit entre autres un encadrement un peu plus sévère des manifestations, afin notamment de rendre plus compliqué toute mobilisation de la part des étudiants qui depuis trois semaines consécutives font des marches nocturnes dans les rues de Montréal.

Jean Charest a donc décidé de montrer les crocs et d’employer la manière forte pour briser un mouvement étudiant qui est, en dépit de nombreuses spéculations, loin de s’essouffler et surtout d’avoir dit son dernier mot, fort de ses représentants et des fédérations étudiantes et lycéennes qui demeurent unies mais également des étudiants eux-mêmes qui restent massivement opposés à toute hausse des frais de scolarité, même compensée par une hausse du nombre de prêts et de bourses comme cela fut un temps envisagé.

En agissant de la sorte, le Premier ministre québécois espère mettre fin à un conflit qui le dessert d’une certaine manière dans la mesure où il demeure dans l’impasse et que cela lui a coûté la démission de Line Beauchamp, le ministre de l’Education. Qui plus est, il y voit là un calcul politique dans la perspective des prochaines élections provinciales, histoire de montrer qu’en dépit de l’usure du pouvoir – Jean Charest dirige le Québec depuis mars 2003 – l’homme a encore de la ressource et surtout de l’autorité, ce qui ne peut que plaire à une partie importante de son électorat. Enfin, c’est également un moyen de faire diversion par rapport à certaines affaires de corruption – notamment dans le secteur de la construction et le financement du PLQ – qui touchent le Premier ministre québécois, de près comme de loin. Une diversion qui se voit notamment en montant les étudiants les uns contre les autres, entre les « rouges » qui optent pour le blocage des établissements secondaires et universitaires et les « verts » qui souhaitent reprendre les cours pour s’assurer de leur réussite aux examens, comme cela fut le cas il y a quelques années en France, lors des manifestations relatives au CPE, le contrat première embauche.

Un manifestant dans les rues de Montréal brandissant une pancarte sur lequel est écrit : « Démocratie à vendre », peu de temps après l’adoption de la loi 78 par l’Assemblée nationale du Québec

Toutefois, il est fort à parier que cette loi spéciale ne changera pas tellement la donne. D’une part parce que la détermination des syndicats est telle que ces derniers n’ont au bout du compte, plus rien à perdre, comme le montrent les péripéties antérieures. Et quand bien même la loi 78 aura raison du combat des étudiants contre l’augmentation des frais de scolarité, il n’en demeure pas moins qu’un ressort a été brisé par le gouvernement libéral et que l’attitude du Premier ministre et leader libéral laissera des traces et des souvenirs que les étudiants n’oublieront pas de sitôt.

De fait, Jean Charest, en jouant délibérément la carte du pourrissement et de la fermeté a, certes soudé son camp et flatté ses électeurs, mais a dans le même temps manqué une véritable occasion de sortir de ce conflit la tête haute. Car derrière la polémique engendrée par une hausse substantielle des frais de scolarité, se cache une vision de la société vue par la jeunesse québécoise qui exprime ses espoirs mais aussi ses craintes. C’est d’ailleurs dans le même esprit qu’en 2006, des millions de jeunes étudiants et lycéens s’étaient largement et fortement mobilisés contre le CPE en France, afin de protester contre un contrat dans lequel ils ne voyaient que précarité et difficultés supplémentaires à intégrer le monde du travail. Un cri du cœur qui ne fut compris que bien tard et qui a causé la chute du Premier ministre de l’époque, Dominique de Villepin, sur ce dossier.

Et il en sera de même pour Jean Charest s’il ne prend pas suffisamment conscience des inquiétudes et des aspirations de la jeunesse québécoise qui ne cesse de montrer toute sa détermination. De fait, l’attitude du Premier ministre qui tente d’imposer son projet par tous les moyens cache assez mal une usure du pouvoir qui rogne son gouvernement et qui pourrait très rapidement se retourner contre lui, pourvu que le Parti Québécois – le premier parti d’opposition – saisisse la balle au bond, tout en étant conscient qu’une simple dénonciation de Jean Charest ne suffira pas pour s’assurer un éventuel retour aux affaires.

Le match retour

Jean-Luc Mélenchon, co-président du Parti de gauche, leader du Front de gauche, et candidat aux législatives dans la douzième circonscription du Pas de Calais

C’est la grande info politique de ces derniers jours et la première dans le cadre des législatives de juin prochain : la candidature de Jean-Luc Mélenchon à Hénin-Beaumont (Pas de Calais)

Le co-président du Parti de gauche et leader du Front de gauche se présente donc dans cette ancienne ville minière face notamment à Marine Le Pen, conseillère municipale et députée européenne qui a recueilli plus de 35% des voix lors du premier tour de la présidentielle, le 22 avril dernier, là où Mélenchon n’en a obtenu que 12% à peine.

La candidature de Mélenchon dans la onzième circonscription du Pas-de-Calais s’apparente à un match retour entre ce dernier et la patronne du Front national, également candidate. Une façon pour lui d’attaquer directement les idées du parti d’extrême droite et de son leader mais aussi d’attirer les médias, histoire de nationaliser sa campagne et celle du Front de gauche. Une façon également de laver « l’affront » qu’il a subi au lendemain du premier tour de la présidentielle où il fut largement devancé par Marine Le Pen alors qu’il s’était fixé comme enjeu politique mais aussi (et surtout) personnel de passer devant elle, en devenant le troisième homme.

Le leader du Front de gauche cherche donc à prendre une sorte de revanche sur une femme qu’il exècre allègrement. Toutefois, la tâche s’annonce pour le moins compliqué malgré des premiers sondages qui le donnent gagnant au second tour, dans le cadre d’un duel avec la patronne du Front national. En effet Marine Le Pen, bien que peu présente, semble solidement s’implanter à Hénin-Beaumont depuis quelques années où elle est conseillère régionale du Nord-Pas de Calais et durant un temps, conseillère municipale d’opposition, ce qui fait d’elle une figure locale, en dépit du fait que la présidente du FN s’est davantage distinguée pour ses coups médiatiques que pour sa réelle implication sur le terrain. Qui plus est, si la candidature de Jean-Luc Mélenchon est séduisante, faisant de lui un challenger efficace et redoutable, elle pourrait être considérée comme opportuniste dans la mesure où la présence du coprésident du Parti de gauche n’est que le fruit d’un parachutage, dans le prolongement des présidentielles, un parachutage un peu décidé à la va-vite.

Marine Le Pen, présidente du Front national et candidate aux législatives

Qui plus est, reste une importante donnée, l’attitude du Parti socialiste local qui miné par les affaires de corruption à Hénin-Beaumont, aura fort à faire pour redorer un blason bien terni depuis quelques années, sans compter que l’affaire Dalongeville (du nom de l’ancien maire d’Hénin-Beaumont, toujours mis en examen pour détournement de fonds publics et recel) a laissé des traces plus ou moins indélébiles sur place, sans compter les autres affaires touchant de près comme de loin d’autres élus dans le département comme Jean-Pierre Kucheida, le député-maire paternaliste de Liévin, qui se présente finalement aux législatives sans l’étiquette socialiste mais soutenu par nombre d’élus locaux.

Aussi, c’est finalement de la capacité de Jean-Luc Mélenchon d’apporter des réponses concrètes aux habitants d’Hénin-Beaumont mais aussi de l’attitude à adopter face à Marine Le Pen que dépendra son parachutage réussi, mais aussi son implantation future. En effet, si le co-président du Parti de gauche se contente de « rejouer le match » de la présidentielle, face à Marine Le Pen, il perdra les législatives. Qui plus est, s’il s’engage à Hénin-Beaumont, cela doit se faire dans le long-terme et non uniquement pour faire le buzz médiatique autour de sa candidature et pour seule et unique ambition de battre Marine Le Pen. Reste à savoir si le Front de gauche et le Parti socialiste sauront agir intelligemment à savoir, conclure un accord électoral pour assurer une victoire de la gauche à l’issue du second tour de la législative. Rien n’est moins sur d’autant plus qu’en cas de triangulaire, voire de quadrangulaire, il est fort à parier que Marine Le Pen réussisse à rafler la mise et donc un siège de député qui lui permettrait d’avoir une tribune permanente et nationale.

Un gouvernement d’équilibre

Jean-Marc Ayrault a enfin dévoilé la liste tant attendue de son gouvernement, mercredi soir aux alentours de 19 heures 30.

Un gouvernement fruit d’un savant dosage entre novices et expérimentés, aile gauche et aile droite du PS, femmes et hommes, ancienne et nouvelle génération. Un résultat finalement plus compliqué que prévu à obtenir et qui a donné lieu à quelques surprises plus ou moins bien bonnes.

Ainsi exit les « Eléphants » qui à l’exception notable de Laurent Fabius – désormais au Quai d’Orsay – sont complètement absents de ce premier gouvernement Ayrault. Un choix qui peut paraître hasardeux surtout quand on sait que leur connaissance des dossiers et surtout de la pratique du pouvoir n’est plus à démontrer, surtout dans le contexte de la crise. Toutefois, la présence des « anciens » aurait été à double-tranchant dans la mesure où, bien que leur expérience ne soit plus à démontrer, cela aurait donné l’impression d’un retour en arrière, du temps de la gauche plurielle de Lionel Jospin, ce qui aurait été contradictoire avec l’idée de changement que François Hollande n’a cessé de mettre en avant durant la campagne présidentielle. Qui plus est, une telle présence aurait sans doute créé une sorte de concurrence entre Eléphants mais aussi entre ces derniers et le Premier ministre (en raison de son absence de passé gouvernemental), ce qui aurait pu poser un problème majeur pour la cohésion gouvernementale.

De fait, les Elisabeth Guigou, Claude Bartolone, Bertrand Delanoë et surtout Martine Aubry resteront à l’écart préférés à la génération montante du Parti socialiste, une génération davantage féminine à l’instar de Najat Vallaud-Belkacem, Delphine Batho ou bien encore Fleur Pellerin. A cela s’ajoute également les quadras et les quinquas tels Vincent Peillon, Manuel Valls, Arnaud Montebourg ou bien encore Benoît Hamon, symbole de l’aile gauche du PS.

Toujours est-il qu’en agissant de la sorte, le président de la République et le Premier ministre font coup double : ils réussissent le pari du renouvellement en mettant à l’écart (pour ne pas dire à la retraite) la génération mitterrandiste tout en respectant le principe de parité et d’équilibre des tendances existants au sein du Parti socialiste. Un équilibre que l’on trouve également dans le cadre des alliances puisque le Parti radical de gauche et Europe Ecologie Les Verts obtiennent d’importants ministères dont Christiane Taubira qui devient Garde des Sceaux et numéro trois du gouvernement. L’exercice paraissait compliqué dans la mesure où il ne fallait mécontenter personne même si le Mouvement radical et citoyen a déploré l’absence d’un de ses membres au sein du ministère Fillon, malgré les appels du pied de plus en plus explicites ces derniers jours. Sans doute qu’il faudra attendre le résultat des législatives des 10 et 17 juin prochain pour espérer un quelconque maroquin ministériel.

Car il est fort à parier que le gouvernement Ayrault connaitra déjà un important remaniement à l’issue du renouvellement du Palais Bourbon. Tout dépendra en réalité de la majorité obtenue par le Parti socialiste (absolue ou relative) mais également de l’attitude des alliés traditionnels. A ce jeu, le comportement du Front de gauche sera sans doute essentiel dans la mesure où si le Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon semble réticent à tenter l’aventure gouvernementale, ce n’est pas vraiment le cas du Parti communiste français qui ne dirait pas non. Là encore, il faudra trouver ce fameux équilibre, histoire que le gouvernement Ayrault puisse gouverner dans la durée et sans encombres majeures.

Ci-joint, la liste du premier gouvernement de Jean-Marc Ayrault (avec mes félicitations toutes particulières à Geneviève Fioraso en charge de l’enseignement supérieur et de la recherche et dont j’ai eu l’occasion de rencontrer à plusieurs reprises lors des années étudiantes à Sciences Po Grenoble)

La passation

François Hollande, président de la République (élu) se rendant au Palais de l’Elysée pour son investiture, le 15 mai dernier

François Hollande a été officiellement investi septième président de la Cinquième République française, ce mardi dans le cadre d’une passation de pouvoirs avec Nicolas Sarkozy.

Une passation plutôt sobre et simple à l’image de François Hollande qui voulait marquer une rupture avec son prédécesseur. Ainsi, si Nicolas Sarkozy avait convié sa femme (de l’époque) et ses enfants à la cérémonie – montrant ainsi l’image d’une famille recomposée et moderne – rien de tel avec le nouveau président de la République. Les quatre enfants de ce dernier ont en effet préféré décliner l’invitation, préférant se mettre en retrait, tout comme Ségolène Royal, l’ex-compagne de Hollande, redoutant la comparaison avec la famille Sarkozy.

La rupture s’est également vue dans le rapport entre l’ancien et le nouveau président si on en croit les images. Si l’échange entre Nicolas Sarkozy et François Hollande fut cordial, il n’en demeure pas moins qu’une tension restait palpable entre les deux hommes, qui se sont âprement combattus durant la campagne présidentielle. La discussion fut qui est plus est assez formelle et finalement froide, François Hollande n’ayant pas pris la peine de descendre les marches du perron de l’Elysée avec Nicolas Sarkozy, laissant son prédécesseur et sa femme rejoindre seuls leur voiture et quitter la présidence de la République, comme s’il voulait rapidement tourner la page et comme le montre la vidéo ci-dessous :

Comme le résume assez bien le chroniqueur politique, Bruno-Roger Petit, François Hollande, en agissant de la sorte, donne le coup de grâce au sarkozysme et à ce qu’il a représenté durant les cinq dernières années. Là où il y a cinq ans, Nicolas Sarkozy semblait savourer l’aboutissement d’une ambition et d’un parcours politiques, François Hollande se voulait empreint de gravité et de solennité, imprimant une nouvelle fois sa marque de président « normal ». D’où ce style pompidolien[1] qui a pu en dérouter certains mais un style qui colle finalement avec la personnalité du nouveau président et le contexte politique national et international du moment, celui de la crise.

De fait, face à Nicolas Sarkozy l’hyperactif, François Hollande se veut un juge de paix, celui qui est dessus des autres. Bref, un président qui préside et qui donne une direction, une directive à la France.

Elle est sans doute là, la rupture : dans le style mais aussi et surtout dans la forme. Sans doute que les défis qui attendent l’Hexagone restent immenses et le nouveau président de la République sait qu’il n’aura pas véritablement d’état de grâce. Or, même si François Hollande a d’ores et déjà annoncé la couleur avec une passation de pouvoir finalement classique et sans saveur particulière – hormis le fait que c’était la première fois depuis François Mitterrand qu’un homme politique de gauche accède à l’Elysée –, il sait qu’il est attendu au tournant par nombre de Français. Toutefois, son caractère et son style présidentiel sont une sorte d’assurance censés le protéger d’éventuelles attaques, à la différence d’un Nicolas Sarkozy qui à force d’exposer sa personne, s’est brûlé les ailes. Une stratégie qui semble porter ses fruits puisqu’une majorité des Français semble avoir apprécié l’attitude de François Hollande éclipsant ainsi la sortie de Nicolas Sarkozy.

Et maintenant, le plus dur commence !


[1] Du nom de l’ancien président de la République, Georges Pompidou