Le choix de raison de François Bayrou

François Bayrou, président du Mouvement démocrate

François Bayrou a donc choisi. Il votera pour François Hollande à titre personnel, tout en laissant le soin à ses électeurs de voter librement.

Le président du Mouvement démocrate et candidat à la présidentielle a finalement tenu parole, lui avait indiqué qu’il prendrait ses responsabilités à l’issue du débat de l’entre-deux-tours entre les deux prétendants à la magistrature suprême. Un choix qui n’engage que lui, comme il aime à le rappeler, mais qui reste lourd de sens et surtout de symboles.

En appelant à voter pour le candidat du Parti socialiste et du Parti radical de gauche, à la veille d’un choix décisif pour l’avenir de notre pays, François Bayrou ne condamne pas seulement la stratégie honteuse de Nicolas Sarkozy qui consiste à récupérer vaille que vaille les voix de Marine Le Pen, mais désavoue également ses ex-amis centristes qui ont décidé de rejoindre le président sortant dès le premier tour et qui n’ont pas pipés un mot depuis le 22 avril dernier sur la droitisation de l’UMP et de son candidat. En effet, pas un mot – ou presque – de Jean-Louis Borloo, de Rama Yade ou bien encore d’Hervé Morin qui aimait pourtant rappeler à qui veut l’entendre que le Nouveau Centre, n’était pas un parti suppôt de l’UMP !

C’est d’ailleurs le second enseignement qu’il faut tirer du choix de raison de Bayrou. Celui qui consiste à rappeler que le Mouvement démocrate reste un parti centriste qui se veut indépendant en toute circonstance. Un rappel sans doute douloureux pour l’UMP et ses militants qui, avec l’habitude, ont souvent considéré le Modem comme ils considèrent le Nouveau Centre, à savoir un prolongement de l’ex-UDF, à la différence que le second s’est très vite comporté comme affidé à l’UMP. Ce qui explique sans doute les propos amers, voire méprisants de certains cadres de l’UMP à l’annonce du choix de François Bayrou, ces derniers pensant que le leader centriste finirait par rejoindre Nicolas Sarkozy, en dépit de ses attaques sans concession, histoire de compenser la stratégie très droitière de leur candidat à l’égard du Front national.

Toujours est-il que le soutien personnel de Bayrou à François Hollande n’est que la suite logique d’une vague d’appels de militants et d’élus Modem en faveur du candidat socialiste qui a eu lieu peu avant le premier tour. Soucieux avant tout de la cohésion et de l’unité de son parti, Bayrou savait qu’un choix différent aurait marqué la fin de sa carrière politique surtout quand on sait que nombre de ses cadres s’étaient déjà exprimés à titre personnel pour le candidat socialiste, sachant que leur parole, quoi qu’on en pense, a quand même un certain poids.

Le choix de raison de François Bayrou en faveur de François Hollande est donc un pari sur l’avenir. On pourrait même dire qu’il s’agit d’un choix vigilant dans la mesure où le leader du Modem pourra toujours se désolidariser de ce dernier, le moment venu, apparaissant ainsi comme un éventuel recours notamment au centre. Choisir Nicolas Sarkozy aurait été un contre-sens extraordinaire, sauf à considérer que l’UMP ait changé et soit résolument républicaine, ce dont on peut sincèrement en douter depuis un certain moment et ce qui explique la décision de Bayrou.

Caricature de Plantu, pour Le Monde

Le positionnement du leader du Mouvement démocrate constitue incontestablement une mauvaise nouvelle pour Nicolas Sarkozy qui aurait finalement souhaité que François Bayrou ne prenne pas position comme en 2007. Une attitude semblable à celle de Jacques Chirac qui en 1981 n’avait indiqué aucune consigne de vote tout en déclarant qu’il appuierait Valéry Giscard d’Estaing à titre personnel. La suite, on la connait ! Qui a dit que l’Histoire était un éternel recommencement ?