Un vrai-faux départ ?

Nicolas Sarkozy, prononçant son discours de défaite, le 6 mai 2012, à La Mutualité (Paris)

Quel avenir pour Nicolas Sarkozy ? La question se pose naturellement et légitimement depuis la défaite du chef de l’Etat sortant à l’élection présidentielle de dimanche dernier.

Le candidat de l’UMP l’a dit et répété : il quittera la vie politique en cas de désaveu des Français. Une décision qui semble se confirmer puisque ce dernier ne reconduira pas la liste des législatives de juin prochain, laissant le soin aux dirigeants de l’actuelle majorité de le faire. Qui plus est, Sarkozy souhaite prendre du recul et se mettre au vert selon ses dires, afin de faire le point sur lui-même.

Dans l’immédiat, Nicolas Sarkozy ne devrait pas tellement souffrir de son brusque changement de statut : services alloués de l’Etat, retraite mensuelle (qu’il ne touchera qu’à partir de 62 ans cependant), carte illimitée lui permettant de voyager en première classe sur la compagnie Air France… le chef de l’Etat sortant devrait plutôt arriver à survivre et à supporter le choc financièrement.

Toutefois, si Nicolas Sarkozy semble vouloir faire un trait avec la vie politique, d’autres au sein de l’UMP espèrent encore qu’il ne tourne pas le dos à une passion de trente-cinq ans, certains l’imaginant même comme un possible recours en 2017, lorsque l’UMP se sera suffisamment divisée et déchirée entre les ambitions de Jean-François Copé (l’actuel secrétaire général), les manœuvres de François Fillon (l’actuel chef du gouvernement), les intrigues de Xavier Bertrand (l’actuel ministre du Travail) et Cie. Leur point commun ? Une ambition pour la prochaine élection présidentielle.

Jean-François Copé, Xavier Bertrand et François Fillon, en 2010, lors de l’Université d’été de l’UMP

Pour ma part, je reste plutôt sceptique sur la probabilité d’un scénario à savoir, un retour de Sarkozy après une période de purgatoire. Pour cela, il faudrait que l’UMP se déchire effectivement, ce qu’elle ne manquera pas de le faire. Qui plus est, il faudrait aussi que les Copé, Fillon et compagnie soient vraiment hors-jeu et se mettent d’accord pour mettre de côté leur ambition présidentielle au nom de l’intérêt de leur parti, ce qui me paraît impensable dans la mesure où ils considéreront que leur tour est arrivée et que Sarkozy est d’une certaine manière illégitime puisqu’il s’est mis en retrait de la vie politique. Enfin, la perspective de primaires version UMP, pour désigner celui qui affrontera François Hollande me paraît comme une volonté de tourner la page dans la mesure où même si Nicolas Sarkozy souhaitait revenir dans le jeu politique, il devra passer par un processus dont il n’est pas certain qu’il en sortira vainqueur.

D’ailleurs, très rares sont les chefs d’Etat battus qui réussissent un retour en politique et au premier plan. La plupart des cas, ce « come-back » fait pschitt comme celui de Lech Walesa par exemple. Syndicaliste polonais mythique dans les années 1980, il fut élu à la présidence de la République en 1990 pour finalement être battu cinq ans après par Alexander Kwasniewski. En 2000, il tente à nouveau la présidence de la République polonaise et ne recueille qu’à peine 1% des voix, en raison d’un contexte politique radicalement différent.

Aussi, il est finalement probable que Nicolas Sarkozy quitte définitivement la vie politique, du moins au premier plan, à la différence que son retrait n’est pas similaire à celui de Lionel Jospin en 2002, l’ancien Premier ministre ayant quitté la politique, au soir de son élimination surprise à l’élection présidentielle, de manière brutale laissant un Parti socialiste totalement à la dérive.