L’austérité ou le chaos

Prêtre orthodoxe votant lors des législatives grecques du 6 mai dernier

Dimanche dernier, les Grecs se sont rendus aux urnes pour renouveler leur Parlement dans le cadre d’élections législatives anticipées, conséquence directe de la chute du gouvernement socialiste d’Andreas Papandréou en octobre dernier.

Une élection qui s’est déroulée dans le contexte de plus en plus pesant de la crise et qui a donné un verdict sans appel puisque la Nouvelle-Démocratie (ND, conservateurs) et le PASOK (le parti socialiste grec) ont été tous deux sanctionnés ne recueillant qu’un tiers des voix.

Conservateurs et socialistes ont donc été désavoués par les électeurs en raison d’une politique d’austérité de plus en plus impopulaire et surtout de plus en plus insupportable[1] pour nombre de Grecs qui voient leur vie quotidienne s’aggraver davantage. Une désespérance qui s’est transformée en colère et qui a largement profité aux extrêmes et autres mouvements radicaux. Un ensemble très hétérogène puisqu’il regroupe pêle-mêle, la gauche radicale du SYRIZA, des dissidents de ND, des nationalistes grecs mais aussi les néo-nazis d’Aube Dorée qui se sont même payés le luxe d’obtenir une vingtaine de sièges à La Vouli et dont le leader ne cache pas son admiration pour l’Allemagne hitlérienne. Leur seul point commun : rejeter tout plan d’austérité, du moins dans les conditions fixées par la Commission européenne et par le Fonds monétaire international.

Alexis Tsipras, leader du SYRIZA et Nikolaos Michaloliakos, leader d’Aube Dorée, le parti néo-fasciste

La Grèce est tout près du chaos politique au lendemain de l’élection puisqu’aucun parti n’est parvenu à former un gouvernement de coalition à ce jour, notamment Nouvelle Démocratie et son leader Antonio Samaras qui a misé sur ces élections anticipées pour rafler la mise et relancer sa carrière politique, en dépit des recommandations de l’UE.

Résultats en voix et en répartition des sièges

Toujours est-il qu’Athènes joue clairement avec le feu même s’il convient de prendre le vote des Grecs de dimanche dernier comme un sérieux avertissement. En effet, la politique d’austérité mise en œuvre actuellement et imposée par l’Union européenne (avec la bénédiction de l’Allemagne d’Angela Merkel) a clairement trouvé ses limites et finit par broyer des citoyens qui n’en peuvent plus et espèrent trouver leur salut des les extrêmes. Dès lors, il parait primordial de repenser la stratégie actuellement menée si on veut que la Grèce s’en sorte effectivement et durablement. Cependant, ce chaos politique n’est en aucun cas la solution dans la mesure où elle enfonce le pays un peu plus dans la crise. A ce titre, de nouvelles élections semblent tenir la corde bien qu’il soit à craindre qu’elles ne résoudront pas grand-chose, hormis de satisfaire quelques ambitions personnelles.

Aussi, le spectre d’une faillite de la Grèce et d’une sortie de cette dernière de la zone Euro refait surface, bien que tout le monde soit conscient des dangers. Car ni l’Union européenne et surtout Athènes ont intérêt à ce qu’un tel scénario se produise. De fait, la clé du problème se trouve ni en Grèce, ni au sein de la Commission européenne mais plutôt à Berlin où la chancelière allemande semble encore réticente à reconsidérer sa stratégie. L’élection de François Hollande à la présidence de la République française est malgré tout, une bonne occasion de changer la donne, le futur Chef de l’Etat socialiste considérant que l’austérité tout azimut ne peut être une fatalité et qu’il convient également d’atteindre des objectifs de croissance pour relancer la machine européenne. Reste à voir s’il sera entendu par Merkel, et ça c’est cela risque d’être une tâche difficile (mais pas impossible, pour autant)

 


[1] A ce propos, je vous invite à lire un article rédigé par Elodie Lamer, journaliste belge au Soir et publié en avril dernier. Un article poignant et surtout édifiant.

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