Dans les coulisses d’une campagne #10

#10 : 6 mai, 21 heures 27. Place de la Bastille

6 mai 2012. 21 heures 27, place de la Bastille. Je suis assis sur un rebord de l’Opéra en face d’un kiosque à journaux attendant des amis. La nuit est en train de tomber, la place est noire de monde et il y a une ambiance de fou. Je prends mon I-Phone, me connecte sur Facebook et écris sur mon mur :

« Place de la Bastille, 21h27. Ravi mais j’ai encore du mal à réaliser, tellement c’est un truc de fou ! Il l’a fait alors que personne n’y croyait il y a encore un an ! Hollande président ! HOLLANDE PRÉSIDENT ! »

Quelques heures auparavant, dans la matinée. Je me dirige dans mon bureau de vote pour participer au second tour de la présidentielle. J’y vais en famille puisque ma mère, mon père et mon petit frère sont avec moi. Le temps est très couvert mais qu’importe ! Il y a du monde au gymnase Léo Lagrange. Je me rends dans l’isoloir, glisse le bulletin « François Hollande » dans l’enveloppe, prend une photo pour la postérité et me dépose mon enveloppe dans l’urne. Il est près de 11 heures, j’ai officiellement voté.

Ayant rempli mon devoir de citoyen, j’ai l’occasion rare de le faire une seconde fois puisque Lucie, une de mes amies, m’a donné procuration pour voter à sa place. Direction, l’école maternelle Roger Salengro pour voter une nouvelle fois en faveur de François Hollande ! Il est environ 11 heures 30, il ne reste plus qu’à attendre le verdict.

Durant toute l’après-midi, je reste collé à l’écran de mon ordinateur et suis avec attention mon fil Twitter. Je suis avec anxiété les dernières infos et indiscrétions sur les sites belges. Vers 13 heures 30 – 14 heures, les premiers résultats tombent : Hollande a écrasé Sarkozy en Guadeloupe et en Martinique, avec près de 70% des voix, ce qui augure de bonnes choses pour la suite. Puis, vers 15 heures, un premier sondage sorti des urnes et publié sur La Libre Belgique et repris par Le Soir donne Hollande gagnant avec 53% des suffrages. Je reste méfiant, la tendance peut encore être contredite mais cela s’annonce plutôt bien.

17 heures : je ne suis plus sur l’ordinateur mais toujours collé à mon fil Twitter via mon I-Phone. Je ne quitte plus les tweets et autres déclarations en message codé. La tendance reste inchangée, Hollande est bien parti pour être le nouveau chef de l’Etat. Je reste encore prudent mais réalise peu à peu que Sarkozy est sur le point d’être battu. Je devrais être ravi mais je contiens ma joie. Il est encore trop tôt pour crier victoire, je crains toujours une victoire sur le fil de Sarkozy ou pire que les instituts de sondages se soient trompés. Entretemps, je m’amuse à relayer le résultat en message codé, en mode « Radio Londres », prétextant vouloir un billet Thalys pour Amsterdam à 53 euros pour 20 heures.

Vers 18 heures. J’en suis désormais certain, François Hollande sera le nouveau président de la République française. On parle même d’estimation sur le site de la RTBF. Je me rends alors rue de Solferino, au siège du PS. Bus, métro, RER et de nouveau le métro… je descends à la station « Solferino ». Le quai est bondé comme jamais. Des militants et des sympathisants qui crient : « François Président ! ». L’affluence est telle que les responsables de la RATP nous demandent d’emprunter la seconde sortie qui donne sur le Boulevard Saint-Germain.

Boulevard Saint-Germain, le 6 mai 2012, vers 19 heures

Ce même boulevard est rempli au point qu’il est difficile de se frayer un chemin. La foule est chantante, enthousiaste, heureuse d’être là. On danse, on installe en haut des abribus, on entend des percussions de tam-tam, on prend des photos… Il y a tellement de monde que je n’arrive pas à joindre Morgane pour qu’on se retrouve, le réseau est saturé ! Qui plus est, je n’arrive pas à avancer et à me diriger rue de Solferino sur laquelle est installé un écran géant. En attendant, je suis l’édition spéciale de France 2, non pas sur mon I-Phone (le réseau 3 G est indisponible) mais sur celui d’un badaud qui a encore du réseau… jusqu’à que son téléphone perde le signal à seulement une minute trente de l’annonce des résultats.

19 heures 59 : le décompte est lancé. La foule se prépare, elle sait que Hollande a gagné la présidentielle mais fait comme si. 20 heures : les cris et les clameurs de joie prennent place. François Hollande est officiellement élu président de la République. La foule est en délire et crie : « Sarkozy, c’est fini ! ». Les premières bouteilles de champagne sont ouvertes pour fêter ce jour historique. Curieusement, je n’explose pas de joie. Il faut dire que je suis seul et qu’il n’y a aucun de mes amis pour partager ce moment si spécial. Qui plus est, j’ai encore du mal à réaliser ce qui se passe.

J’arrive à m’engouffrer rue de Solferino et aperçois l’écran géant. Nicolas Sarkozy, président déchu, prend la parole, il est rapidement et copieusement sifflé. Puis direction, La Bastille, Morgane m’ayant laissé un message sur mon portable et me disant qu’elle se dirigeait là-bas finalement.

Direction, la place de La Bastille alors. Je passe par la place de la Concorde pour prendre le métro et celle-ci est désespérément vide. C’est là où Nicolas Sarkozy devait fêter sa réélection. La fête n’aura pas lieu au bout du compte. Je prends ensuite la ligne 1 du métro à la station « Concorde ». Le quai est bondé et la foule crie « Hollande président », suivi de « Sarkozy c’est fini ». 10 minutes après, j’arrive place de la Bastille et me pose du côté de l’Opéra, attendant Morgane et ses amis.

Place de la Bastille, aux alentours de 23 heures

21 h 27. Après avoir posté mon message sur Facebook, j’attends toujours. La foule est telle qu’il me parait compliqué de voir mes potes. Je quitte donc l’Opéra pour prendre des photos et me mélanger à cette foule. Je n’arrive toujours pas à réaliser. Hollande a gagné la présidentielle, la gauche est retour à l’Elysée ! La nuit est désormais tombée et le concert en l’honneur de la victoire du candidat socialiste se poursuit. Je fais le tour de la place et regarde cette colonne de Juillet envahie de monde. J’ai vraiment du mal à me frayer un passage et tente de trouver des copains à moi, impossible en raison de l’affluence. Malgré tout ce beau monde, j’ai réussi à croiser Guy Bedos, qui était là incognito et même Michel Destot, le maire de Grenoble !

Vers 23 heures. Après avoir mangé un énorme sandwich – les baraques à frites ont du pas mal en profiter ce soir là ! – je prends le métro et rentre chez moi. Non pas que je m’ennuyais mais tout simplement parce que je devais anticiper en raison d’un arrêt de travail des conducteurs de bus du dépôt RATP de Pavillions-sous-Bois qui voulaient protester contre l’agression dont fut victime un de leurs collègues, la nuit précédente. C’est finalement de chez mes parents que je verrais l’arrivée triomphale du président élu au Bourget puis à place de la Bastille.

C’était il y a tout juste une semaine.