Le grand débat

C’est le grand évènement de la présidentielle, à la fois (très) attendu et (très) redouté aussi bien par les deux finalistes à la magistrature suprême que par leurs partisans.

Ce soir a lieu le grand débat de l’entre-deux-tours entre François Hollande et Nicolas Sarkozy, animé par David Pujadas (pour France 2) et Laurence Ferrari (pour TF1)

Un grand débat que j’aurai l’occasion de commenter via mon fil Twitter et son blog où je ferai un live-blogging à partir de 20 heures 30. A cette heure, je serai à la Bellevilloise (dans le vingtième arrondissement de Paris) dans le cadre de la campagne numérique de François Hollande qui, pour l’occasion, a organisé une grande riposte party.

A ce soir sur Twitter et sur Actupol 3.0  

La stratégie de la peur (et du désespoir)

L’UMP et son candidat, Nicolas Sarkozy, s’engage dans une course effrénée pour conquérir les voix de Marine Le Pen, en quantité suffisante pour s’assurer de remporter le scrutin. Une stratégie qui cache mal une certaine énergie du désespoir face à un second tour qui semble scellé malgré une (très) légère progression du président sortant dans les sondages.

A ce petit jeu, tous les coups semblent permis notamment vis-à-vis de la gauche et de son candidat, François Hollande. « Vous voulez la gauche ? Vous aurez la Grèce ! » est-il écrit sur un tract ! « La gauche au volant ? La faillite au tournant ! » sur un autre. Le grotesque atteint surement son summum dans un clip de campagne de Nicolas Sarkozy qui considère, non sans rire, que les Français ne veulent plus du retour du socialisme.

Cet état d’esprit montre la situation dans laquelle se trouve le parti majoritaire, un parti qui a peur de perdre le pouvoir, qui sent la sanction arriver et qui fait tout pour se maintenir, quitte à draguer ostensiblement Marine Le Pen et ses électeurs, au point de provoquer un malaise au sein même de l’UMP. Dernier cas en date, les propos de Gérard Longuet, actuel ministre de la Défense qui voit en la présidente du Front national, une « interlocutrice » à la différence de son père. Une déclaration publiée dans le journal d’extrême droite « Minute » (cela ne s’invente pas) et qui a valu certaines désapprobations notamment de la part de Rachida Dati (l’ancienne ministre de la justice) et de Benoist Apparu, le ministre du logement.

En jouant sur les peurs, comme le fait Nicolas Sarkozy et ses lieutenants depuis quelques jours, le candidat de l’UMP joue un jeu très dangereux : celui non seulement de légitimer le Front national mais aussi de renforcer les oppositions, voire les haines entre les Français à l’heure où la France a besoin d’apaisement et d’unité. C’est d’ailleurs un peu l’enjeu d’une élection présidentielle : montrer qu’on est capable de rassembler le peuple français autour d’un projet novateur et ambitieux.

Cette stratégie de la peur contraste fortement avec celle de François Hollande qui n’a pas changé d’un iota son approche et qui joue la carte du rassemblement, même en s’adressant aux électeurs de Marine Le Pen. Pour se faire une idée, il n’y a qu’à visionner les deux clips de campagne (celui du candidat socialiste et celui du président sortant), le constat est frappant.

Une telle différence montre surtout que la droite républicaine française mesure mal les conséquences de la stratégie actuellement menée par son leader. Car même en cas de victoire de Nicolas Sarkozy, il n’en demeure pas moins qu’un ressort a été cassé et c’est finalement l’un des premiers enseignements qu’on peut faire de l’élection présidentielle de 2012, celui du rapport à l’extrême droite qui a sensiblement évolué.

Un rapport qui explique sans doute pourquoi Nicolas Sarkozy est prêt à aller jusqu’au bout de sa logique pour conserver un pouvoir qui lui échappe, au risque de faciliter un peu plus un démantèlement de l’UMP, un démantèlement qui aura lieu de toute façon, quelque soit le résultat du 6 mai prochain. Et comme l’écrit si bien Béatrice Delvaux, éditorialiste en chef pour le quotidien belge « Le Soir », le 30 avril dernier, « le pire dans cette histoire est que l’homme n’en pense pas un mot, de ce discours. Sarkozy depuis toujours, ne se sert des thèmes que parce qu’ils peuvent le servir, lui. Cet homme au service de son ambition, sorte de girouette sans tête, est en train de détruire l’esprit citoyen, de nourrir le racisme, d’exalter les instincts de haine. Dans sa tentative désespérée de quand même emporter cette couronne, il brûle tout sur son passage. Et ne s’en rend même pas compte. »

Vivement que la campagne se termine et avec elle cette stratégie de la peur et du désespoir, véritable poison pour l’UMP et pour la démocratie à terme.

Dans les coulisses d’une campagne #9

#9 : retour sur la soirée du premier tour (dimanche 22 avril)

La campagne étant ce qu’elle est – exigeante, stressante et surtout fatigante – je n’ai pas eu le temps de revenir à mon carnet de route sur la présidentielle et sur les coulisses de celle-ci. A cela, s’ajoutent quelques activités parallèles (comme la recherche toujours aussi longue de mon premier emploi et la gestion d’un projet associatif) et vous avez un Gilles pas loin de la (grosse) rupture de charge. Ainsi, j’ai finalement préféré me reposer chez moi et ne pas aller au meeting parisien de Hollande, dimanche dernier. Bien dommage mais il faut savoir dire « stop » des fois, la santé avant tout !

Toujours est-il que j’avais envie de vous raconter cette soirée électorale du premier tour, une soirée qui a vu le candidat socialiste réaliser un très bon score, arrivant en tête de cette élection présidentielle.

Quelques heures auparavant, je m’étais acquitté de mon devoir de citoyen en allant voter de bonne heure à mon bureau de vote. Le gymnase Léo Lagrange accueillait les habitants du quartier De Lattre mais il paraissait assez clairsemé. Un peu inquiet, je m’interroge alors sur la participation à venir et j’en fais part au gardien qui me rassure malgré tout. Je pars ensuite accomplir mon droit de vote en compagnie de ma mère. A l’intérieur, je me présente, montre ma carte d’électeur et ma carte d’identité, prends l’ensemble des bulletins qui me sont proposés (histoire qu’on ne sache pas pour qui je vote), me dirige dans l’isoloir, glisse un nom dans l’enveloppe (inutile de vous dire lequel !), sort de l’isoloir, fait rapidement la queue, me présente au président du bureau, donne ma pièce d’identité et ma carte d’électeur, et glisse enfin mon enveloppe après que le président ait décliné mon prénom. Il est aux alentours de 9 h 45, j’ai officiellement voté.

La journée se passe tranquillement, je m’informe des premières tendances sur internet. Pas besoin d’aller loin, il suffit de se rendre sur les sites d’information belges qui communiquent les résultats définitifs des Outremers. Ah, nos chers voisins d’Outre Quiévrain ! Avec eux, tu as les résultats deux heures en avance mais tu as un gouvernement un an après écrira quelqu’un sur Twitter plus tard. Bien vu comme remarque ! Malgré tout, je suis satisfait des résultats dans les Antilles et à la Réunion, Hollande semble être en tête, il reste plus qu’à attendre la tendance générale.

Vers 18 heures, les choses semblent se préciser. Hollande et Sarkozy seront bel et bien au second tour et le candidat socialiste arrive en tête. Soulagement et prudence à la fois surtout lorsqu’arrive l’estimation du score de Marine Le Pen, compris entre 18 et 22%. Curieusement, cela ne me surprend que très peu, même si cela me réjouit peu ! C’est surtout le signe que la stratégie de droitisation de l’agité de l’Elysée s’est fracassée et que la leader du FN en a tiré les marrons du feu. Quant au score de Mélenchon (11,7%), il est un peu décevant surtout quand on pense à la campagne qu’il a mené. Mais bon, l’essentiel est là, Hollande en tête et Sarkozy avec un score bien en deca qu’il avait fait en 2007.

20 heures. David Pujadas annonce officiellement le nom des deux finalistes. Je suis devant mon poste de télévision, pas de réaction particulière. Non pas parce que je savais depuis quelques heures mais parce que je sais qu’une nouvelle campagne commence. La nuit tombe progressivement, sur les coups de 21 heures 15, je pars de chez moi pour rejoindre le QG de François Hollande pour la soirée électorale du premier tour.

N’ayant pas pu avoir d’accréditation pour me rendre au siège du PS pour assister aux résultats, c’est avec joie que je me rends au 59 de l’avenue de Ségur pour suivre la suite de la soirée. Arrivé au QG, l’ambiance est à la fois décontractée et sereine. Hollande est en tête mais l’objectif n’est pas encore atteint, il reste deux semaines. Dans la salle, on twitte, on échange sur Facebook, on poste les premiers billets à chaud sur son blog, on se restaure aussi, un buffet a spécialement été dressé pour l’occasion. L’heure tourne, je croise à Juan de Sarkofrance, sans doute satisfait du résultat. « Sarko s’est pris une claque ! » me dit-il. C’est vrai qu’avec seulement 27% des voix, le président sortant réalise un score bien bas pour la droite républicaine française !

Arrive ensuite, Romain Pigenel, le responsable du pôle influence de la campagne numérique de François Hollande. Il se félicite du score de notre candidat, insiste sur le fait que la droite a réalisé un faible résultat et que le rapport gauche – droite nous est largement favorable. Puis, point d’orgue de la soirée : François Hollande en passage à son QG aux alentours de 1 heure du matin.

C’est donc tout naturellement que je suis resté pour assister au retour de celui qui va peut-être devenir président de la République. A 20 heures, il était à Tulle où il a prononcé son discours à l’annonce des résultats. Quelques heures après, on le voit atterrir à l’aéroport du Bourget et se diriger au 59 Ségur sous l’œil des caméras de BFM TV. La voiture s’engage sur l’autoroute A1 puis sur le périphérique et enfin dans les rues de Paris. Notre candidat arrive bientôt, il sera accueilli avec les honneurs.

1 heure 15. François Hollande arrive à son QG. Les bloggeurs et twittos que nous sommes lui faisons une haie d’honneur. Tout sourire malgré une journée fatigante et stressante (on peut s’en douter), le candidat a encore le temps et l’énergie nécessaire de nous saluer. Pour nous c’est un peu une récompense même je n’aurai satisfaction que le 6 mai, lorsqu’il sera élu à la présidence de la République.

L’ambiance est chaude, malgré nos mines et je trouve l’énergie de scander « On va gagner » comme le montre cette vidéo :

François Hollande nous quitte alors. Avant de réfugier dans son bureau pour rédiger sa profession de foi pour le second tour, il nous quitte en disant : « tweetez bien ! ». La soirée se termine. Il est plus d’une heure et demie. Romain se fait interviewer par BFM TV et je remballe mes affaires. On rentre groupés et certains prennent un taxi. Pour moi, cela sera le Noctilien et c’est parti pour plus d’une heure de trajet jusqu’à Bondy. Le second tour ne fait que commencer, nous sommes désormais à quinze jours du changement.