Mais où sont passées les législatives ?

Et dire que dans une semaine tout juste on vote !

Les 10 et 17 juin prochains auront lieu les élections législatives dans lesquelles nous élirons nos futurs députés pour les cinq années à venir. Un scrutin qui brille par son absence, tant la médiatisation autour de cet évènement parait bien faible, comparé à la précédente présidentielle notamment.

De fait, tout semble se dérouler comme s’il n’y avait pratiquement pas d’enjeu, l’issue du scrutin étant connu à l’avance. La gauche sera vraisemblablement majoritaire, et la droite (la majorité sortante) se prépare tranquillement à rejoindre l’opposition, depuis la défaite de Nicolas Sarkozy, le 6 mai dernier. Ce qui donne une atmosphère plutôt curieuse, une atmosphère de non-campagne dans laquelle la plupart des partis politiques semble assurer le service minimum. A titre d’exemple, l’UMP a finalement renoncé à tenir un grand meeting national – misant davantage sur l’ancrage local de ses candidats – et le PS gère une campagne à minima qui devrait s’annoncer victorieuse, la seule question qui vaille étant de savoir si les socialistes auront ou non la majorité absolue.

Affiche de campagne de Claude Bartolone, député socialiste sortant et candidat dans la neuvième circonscription de Seine-Saint-Denis (Le Pré St Gervais, Les Lilas, Romainville, Noisy-le-Sec, Bondy (nord-ouest))

Les législatives ne semblent intéresser et surtout motiver personne, après une campagne présidentielle largement et surtout fortement médiatisée, signe que l’élection du président de la République est et reste l’élection-reine, celle qui détermine les autres (et surtout la suivante, les législatives). Rien à avoir avec des précédents scrutins où les législatives ont revêtu un enjeu important, une occasion pour sanctionner la politique du gouvernement en place notamment en 1993 et en 1997. Depuis 2002, les élections législatives, suivant les présidentielles, sont devenues des élections de confirmation devant donner au chef de l’Etat, la majorité dont il a besoin pour gouverner. 2012 devrait confirmer la règle, malgré les propos de Jean-François Copé, le secrétaire général de l’UMP, qui cherche davantage à mobiliser ses partisans afin de limiter la casse plutôt que de réellement inverser la tendance annoncée.

Ce désintérêt pour les législatives demeure pour autant inquiétant alors que de telles élections mériteraient davantage d’attention de la part des médias et – par effet de ricochet – des citoyens. Car comme pour les élections européennes, il s’agit d’élire des hommes et femmes qui décideront de l’orientation voulue pour la France et qui auront un contrôle sur l’action du gouvernement et d’une certaine manière sur celle du président de la République, en vérifiant si les engagements pris durant la campagne auront été ou non respectés. C’est un peu le minimum exigé surtout dans le cadre d’un système démocratique où une Assemblée parle clairement au nom du peuple, d’autant plus qu’il tire directement sa légitimité de celui-ci.

A ce rythme, il est fort à parier que le taux de participation aux législatives des 10 et 17 prochains sera bien inférieur à celui des dernières présidentielles, suivant ainsi cette triste tradition qui veut qu’après une formidable mobilisation pour l’élection du président de la République, les Français boudent de nouveau les urnes quand arrivent les élections législatives. A ce propos, les premiers résultats qui nous parviennent des circonscriptions des Français de l’étranger (qui votent une semaine avant tout le monde) sont le moins révélateurs d’une certaine lassitude mais aussi d’un certain malaise. Malaise face à une classe politique qui peine à véritablement se renouveler malgré les promesses et autres déclarations d’intentions de l’ensemble des formations politiques, et malaise également face à un scrutin où on ne compte plus le nombre de candidatures dissidentes et autres candidatures de témoignages. Toujours est-il qu’une réflexion sera sans doute de mise à l’issue d’un scrutin qui semble se transformer en une élection de « seconde ordre », minorant le rôle et la place qu’il devrait occuper dans la vie politique française. A ce propos, un nouveau débat sur l’inversion du calendrier électoral n’est pas à exclure, ce qui constituerait en soi une révolution si on va jusqu’au de la bout de la logique, c’est-à-dire, faire des législatives l’élection-reine, ce qui aurait un impact majeur sur notre régime politique.

Une réflexion sur “Mais où sont passées les législatives ?

  1. Je souscris pleinement à ces propos ! Une telle abstention traduit forcément une crise démocratique. Il est temps de s’atteler à la résoudre !

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