Une victoire et quelques épines

Comme prévu, le Parti socialiste remporte le second tour des législatives et se paye même le luxe d’obtenir la majorité absolue à lui-seul en détenant 301 sièges (plus les 15 obtenus par ses alliés du Parti radical de gauche et du Mouvement Républicain et Citoyen). Une première pour le premier parti de gauche (et désormais de France) dans l’histoire de la Cinquième République qui n’aura même pas besoin du soutien des Verts et surtout du Front de Gauche qui obtiennent respectivement 18 et 13 sièges. De son côté, l’UMP subit une large défaite en ne décrochant que 210 sièges. Quant au Modem, il est pratiquement rayé de la carte, avec seulement deux sièges et sans son leader François Bayrou qui a été battu dans son fief des Pyrénées-Atlantiques.

Composition de l’Assemblée nationale, au lendemain du second tour

La gauche parlementaire remporte donc haut-la-main une élection législative qui confirme la victoire présidentielle de François Hollande, le 6 mai dernier. L’actuel président de la République aura les mains libres pour gouverner et donc mettre en œuvre sa politique. Cependant, si la gauche a tous les pouvoirs, elle a toutes les responsabilités et n’a donc pratiquement aucun droit à l’erreur, comme le précise si bien Françoise Fressoz, éditorialiste au Monde. Le défi pour la gauche et pour le Parti socialiste en particulier est double : celui de redresser la situation économique du pays et de faire des réformes inscrites dans la justice sociale tout en ne se montrant hégémonique, pour ne pas dire arrogante, à l’instar de l’UMP durant ces dix dernières années. Sans doute que le poids et l’attitude des autres partis de gauche (Front de gauche et Verts en tête) sera déterminant pour empêcher le Parti socialiste de se couper des réalités et rester fidèle aux engagements pris par le président de la République.

Toutefois, si la victoire de la gauche et du Parti socialiste en particulier est sans appel, quelques épines demeurent notamment la défaite de Ségolène Royal en Charente-Maritime, face au dissident socialiste Olivier Falorni. Une défaite retentissante dans la mesure où l’ancienne candidate à la présidentielle de 2007 s’était préparée à succéder à Bernard Accoyer au perchoir de l’Assemblée nationale. Reste à savoir ce que l’actuelle présidente de la région Poitou-Charentes fera dans les semaines et les mois à venir pour espérer exister et surtout peser au sein du Parti socialiste et de la majorité.

Autre épine, celle de l’abstention qui atteint un score record. 44% de nos concitoyens ne se sont pas déplacés voter, confirmant le caractère secondaire des législatives, comme le souligne si bien Françoise Fressoz. « Depuis que le mandat présidentiel est passé de sept à cinq ans, explique-t-elle, les Français ont tendance à transformer les législatives en une validation de l’élection présidentielle qui les a précédées. En 2007, Nicolas Sarkozy avait obtenu 53,06 % des suffrages exprimés à la présidentielle et avait, dans la foulée, fait élire 314 députés UMP. Cinq ans plus tard, François Hollande a obtenu 51,6 % des suffrages exprimés et fait élire 300 députés socialistes. La logique est implacable. » Une faible participation qui faudra absolument prendre en compte tant elle souligne bel et bien une crise de la représentation politique.

Gilbert Collard, désormais député FN du Vaucluse

Enfin, dernier fait marquant – et non des moindres – celui du retour du Front national au Palais Bourbon qui obtient deux sièges dont celui de Marion Maréchal-Le Pen, petite-fille de Jean-Marie et qui, à seulement 22 ans, devient la benjamine de l’hémicycle. Autre personnalité qui rentre à l’Assemblée, Gilbert Collard, qui à peine élu, a fait la promesse d’être un député « casse-couille », ce qui laisse présager de l’ambiance à venir ! Ce retour de l’extrême droite ne doit être pris à la légère, signe que le Front national a retrouvé son pouvoir de nuisance qu’il avait perdu, il y a seulement cinq ans.

François Hollande et Jean-Marc Ayrault ont donc les mains libres pour les cinq ans à venir dans un contexte économique, européen et international difficile comme l’a encore rappelé les élections parlementaires en Grèce. Comme je l’ai écrit plus tôt, le Parti socialiste qui a tous les pouvoirs, sait qu’il n’a pas le droit à l’erreur et devra surtout donner des résultats, si elle ne veut pas connaître le même sort que l’UMP et Nicolas Sarkozy, en 2017. Ce qui suppose une grande humilité de la part de la majorité surtout face aux défis qui nous attendent.