Entre amertume et soulagement

Le 6 juillet 2005 est une date que Français et Britanniques n’oublieront pas. Surtout les Français.

Ce jour-là, le Comité International Olympique, par la voix de son président, Jacques Rogge, désignait Londres comme ville organisatrice des Jeux olympiques de 2012. Une annonce qui fut accueillie comme un coup de massue et qui fut difficile à digérer tant le soutien autour de la candidature parisienne était large et enthousiaste. Une véritable union sacrée autour de ce projet rassemblant aussi bien la majorité que l’opposition.

A cette époque, j’étais un jeune homme de vingt ans qui avait eu du mal à cacher sa déception à l’annonce du verdict sur mon écran de télévision. Pour moi, le dossier parisien était le meilleur pas seulement parce que je suis Parisien mais tout simplement car il était le plus abouti et surtout le plus réaliste. Paris 2012 devait être l’accélérateur devant permettre à toute une ville, une région et même un pays de se moderniser et montrer son savoir-faire notamment dans le cadre si particulier de la mondialisation. Comme l’explique Agnès Nobreca dans l’édition anglophone de France 24, « cela aurait été une opportunité d’améliorer les infrastructures de la ville et accueillir des visiteurs en provenance du monde entier ».

Sept ans après, l’amertume de tout un peuple est passé et le 6 juillet 2005 est désormais un souvenir. Il y a même un certain soulagement perceptible chez certains Parisiens, finalement bien contents que les Britanniques organisent les Jeux Olympiques, dans la mesure où ils n’auront pas régler la facture par la suite.

Car entre-temps, la crise est passée par là et l’organisation des Jeux d’été est devenue un souci financier supplémentaire pour le Royaume-Uni qui mise beaucoup sur l’évènement pour relancer son économie en ces temps compliqués. Entre temps, l’enthousiasme des Londoniens en a pris un sacré coup et nombre d’entre eux s’interrogent encore sur l’opportunité d’organiser un tel évènement même si la fête et la compétition en cours devraient sans doute convaincre les derniers sceptiques.

Cela explique sans doute le soulagement de certains Français quant à l’organisation et surtout le coût des JO de Londres dont la facture n’a cessé de gonfler ces sept dernières années. Un soulagement qui se traduit également par une certaine indifférence comme l’ont démontré la campagne d’Annecy pour les Jeux olympiques d’hiver de 2018, une campagne discrète qui a reçu un bien faible soutien populaire à l’inverse de celle de Pyeongchang en Corée du sud, ville qui fut finalement et largement désignée par le CIO en juillet 2011.

Parisiens quittant l’Hôtel de Ville, après l’annonce du CIO attribuant l’édition 2012 des JO à Londres, le 6 juillet 2005

La crise, sans compter trois grands échecs au CIO, explique sans doute l’attitude plus que prudente du Comité national olympique et sportif français mais également du gouvernement Ayrault, notamment vis-à-vis l’éventualité d’une nouvelle candidature française au JO d’été. A ce titre, les résultats de l’audit commandé par Valérie Fourneyron, l’actuelle ministre des Sports, seront sans doute très attendus dans la mesure où il doit analyser et expliquer les raisons du rejet de la candidature de Paris et d’Annecy par le CIO. Un audit important car il déterminera l’attitude du gouvernement français quant à l’opportunité ou non de soumettre une nouvelle candidature au Comité international olympique, malgré les encouragements de ce dernier – via son président Jacques Rogge – mais également les déclarations de François Hollande et Jean-Marc Ayrault. Le Grand Paris pourrait, à ce titre, être un atout majeur, une base sur laquelle pourrait s’appuyer la capitale ainsi que les autres acteurs locaux. Toutefois, reste à retrouver l’esprit et l’enthousiasme de 2005, ce qui ne sera une mince affaire sans compter qu’au bout du compte, nombre de Français – même s’ils ne s’opposeraient pas à une nouvelle candidature in fine – espèrent au bout du compte que les conclusions de l’audit donnent un résultat tout autre, à savoir dissuader le gouvernement de se lancer à nouveau dans l’aventure, comme l’explique si bien Ben McPartland, dans l’article de France 24.

PS : pour mémoire, le clip officiel de la candidature de Paris pour les JO de 2012 en 2005, un clip désormais collector sur fond de Serge Gainsbourg