Mise(s) à nu

Nombre d’entre vous ont entendu parler de l’histoire de Sofie Peeters, cette jeune étudiante belge qui, excédée de se faire aborder dans les rues de Bruxelles de manière inélégante par certains hommes (et tout particulièrement dans le quartier populaire d’Anneessens, à proximité de Zuidstation (Gare du Midi)), a réalisé un documentaire, « Femme de la rue » afin de dénoncer ce machisme ordinaire.

La mésaventure de Sofie Peeters fut largement médiatisée dans le plat pays mais également en France et fait étrangement écho à la mésaventure de Cécile Duflot, ministre du logement, lors d’une séance de question au gouvernement en juillet dernier. A ce titre, les pouvoirs publics semblent (enfin) réagir puisque Philippe Close, échevin socialiste (l’équivalent du maire-adjoint en France) de Bruxelles-Ville, interrogé par la RTBF (la radio télévision belge francophone), a annoncé la mise en place de sanctions visant à réprimer le harcèlement de rue.

L’histoire de Sofie Peeters a eu un impact important dans la mesure où la parole s’est libérée et que nombre de femmes n’hésitent plus à pointer du doigt de tels comportements de la part de certains hommes. Des pratiques qui en disent long sur la place des femmes au sein de notre société mais aussi sur la nécessité de prendre à bras le corps, cette question du machisme primaire et ordinaire, véritable poison sociétal et politique.

Une histoire qui me fait également penser au combat d’Aliaa Magda el-Mahdy, cette jeune femme égyptienne qui, en automne 2011, n’avait pas hésité à poster une photo d’elle, nue, sur son blog afin de dénoncer les atteintes faites aux femmes dans son pays, en pleine révolution post-Moubarak. Des clichés qui avaient fait le tour du monde et suscité un vif débat en Egypte. A l’époque, l’action de la jeune bloggeuse, si elle fut saluée par certains activistes et défenseurs des droits de l’Homme, elle fut également et fortement critiquée aussi bien par les groupes fondamentalistes mais également par des militants anti-Moubarak craignant que l’initiative d’Aliaa ne fasse le jeu des mouvements islamistes, en profitant pour se présenter comme étant les défenseurs des bonnes mœurs comme l’explique si bien Marie Simon dans son article paru en novembre dernier dans l’Express.

« La vérité nue… notre corps nous appartient » (source photo : blog d’Aliaa Elmadhy)

Le cas de Sofie Peeters et de la jeune bloggeuse égyptienne sont bien différents mais se rejoignent sur le même point : celui de l’atteinte de la dignité des femmes et du droit de disposer de leur corps, comme elles le souhaitent notamment face à tous les intégrismes et dérives machistes de toutes sortes. L’un comme l’autre, il s’agit de dénoncer des pratiques intolérables et surtout injustifiables aussi bien en Egypte qu’au coeur même de Bruxelles, siège des institutions européennes. Dans les deux cas, c’est bien la liberté de l’autre sexe qui est remis en question, du droit de s’exprimer en tant que tel et surtout d’être respecté quelque soit ses choix. Une vision que ne semble pas partager certains groupes et autres groupuscules aussi bien en Egypte qu’en Belgique où le mouvement Sharia4Belgium n’hésite pas à qualifier la jeune réalisatrice de « prostituée », considérant même qu’elle se promène à moitié nue et qu’elle ne doit pas être étonnée par de telles réactions.

Sofie Peeters, réalisatrice du documentaire, « Femme de la rue »

Comme je l’ai écrit plus haut, la Ville de Bruxelles a décidé de prendre les taureaux par les cornes en votant un décret punissant d’une forte amende toute personne prise en flagrant délit. Un acte politique fort symbolique mais qui ne suffira malheureusement pas pour mettre un terme à ce genre de pratique machiste. De fait, c’est un travail en amont qui doit se faire notamment en réaffirmant l’égalité des genres mais aussi et surtout en faisant preuve de pédagogie en particulier envers les générations actuelles afin de délégitimer certains propos et actes comme ceux tenus par Sharia4Belgium en Belgique. A ce titre, certaines initiatives valent le détour comme celle menée par Filmor, une association féministe que j’ai eu l’honneur de rencontrer lors de mon voyage d’études à Istanbul, il y a bientôt deux ans.

PS : histoire de finir sur une note d’humour, je n’ai pas pu m’empêcher de vous mettre en ligne, le sketch de Bérengère Krief – connue pour jouer le rôle de Marla dans « Bref » – où elle donne justement des cours pour contrer les hommes un peu trop insistants. Très mordant et surtout très vrai !