Une campagne estivale

Assemblée nationale du Québec (Canada)

Après plusieurs semaines de tergiversations, de rumeurs et de déclarations en tout genre, le Premier ministre et leader du PLQ (le Parti libéral du Québec), Jean Charest, a annoncé, le 1er août,  la tenue d’élections anticipées pour le 4 septembre prochain.

C’est la fin d’un vrai-faux suspense politique qui durait depuis plusieurs semaines, pour ne pas dire plusieurs mois dans la Belle Province entre affaires de corruption présumée ou avérée (notamment dans le domaine de la construction) et bras de fer entre le gouvernement et les étudiants à propos de la hausse des frais de scolarité.

Jean Charest, premier ministre sortant et chef du Parti libéral québécois

Les Québécois retournent donc aux urnes et les principaux leaders des forces politiques en présence battent le passé pour convaincre les électeurs notamment Jean Charest qui vise un quatrième mandat d’affilé à la tête de la province francophone malgré un bilan plus que mitigé et une usure du pouvoir de plus en plus évidente. Un pari quelque peu insensé dans la mesure où le chef de file des Libéraux québécois est au pouvoir depuis neuf ans et qu’il aurait pu profiter de ces nouvelles élections pour passer la main. A cela s’ajoute un contexte social très tendu sans oublier les différentes affaires de corruption – notamment dans le secteur de la construction – qui pourraient avoir raison de Jean Charest et le priver d’une réélection.

Pauline Marois, chef du Parti québécois et chef de l’opposition officielle

De fait, si le PLQ – usé par neuf ans de pouvoir quasi sans partage – est sur la sellette, ce dernier peut sérieusement croire en ses chances notamment face à une opposition souverainiste en ordre dispersé et surtout divisé. Si le Parti Québécois de Pauline Marois reste la force centrifuge et un concurrent sérieux pour prendre la tête du gouvernement provincial, d’autres mouvements ont émergé comme Option Nationale de Jean-Martin Aussant, un parti né d’une scission avec le PQ dont les membres reprochent le manque de clarté et surtout d’engagement quant à la tenue d’un nouveau référendum portant sur l’indépendance du Québec, dix-sept après celui de 1995. Qui plus est, Pauline Marois, chef du l’opposition officielle depuis 2007, a du batailler ferme pour rester à la tête d’un parti dans lequel certains – et non des moindres – réclamaient encore sa tête pour finalement la sauver in extrémis. Au coude à coude avec le PLQ, Pauline Marois qui a choisi une attaque frontale face à Jean Charest – en évoquant les affaires et la corruption – a beaucoup à perdre comme à gagner, sans compter qu’une contre-performance hypothèquerait ses chances de rester à la tête du Parti québécois tout comme une victoire lui permettrait de devenir la première femme du chef de gouvernement au Québec.

Jean-François Legault, chef de la Coalition Avenir Québec

Malgré tout, une troisième formation politique espère tirer son épingle du jeu et mettre tout le monde d’accord. C’est la Coalition Avenir Québec de François Legault, fondée en 2011 et ayant intégré par la suite l’Action démocratique du Québec. Clairement situé au centre-droit, son leader, ancien péquiste et ministre sous le gouvernement de Jacques Parizeau (notamment) cherche à incarner une troisième voie et proposer des solutions nouvelles en renvoyant libéraux et souverainistes dos à dos, notamment dans des sujets sensibles concernant la santé par exemple. Se voulant comme le champion de la classe moyenne, François Legault axe également sa campagne sur la corruption et se paye même le luxe d’enrôler dans ses rangs, Jacques Duchesneau, ancien directeur de l’Unité anti-collusion, véritable figure emblématique dans la Belle Province. De par ce coup politique, le leader de la CAQ compte bien peser et – pourquoi pas – créer la surprise le 4 septembre prochain.

Les élections québécoises se déroulent dans un contexte assez particulier où nombre de sujets et d’enjeux ne manqueront pas être mis en avant comme la place et l’avenir du Québec au sein du Canada mais également son développement économique et des choix qui ont été faits ces dernières années, en particulier par le gouvernement Charest. Si le Parti québécois semble faire figure de favori, il est encore trop tôt pour dire avec certitude qui l’emportera en septembre prochain. Tout va dépendre de la tonalité de la campagne mais aussi des stratégies qui seront menées. En déclenchant des élections le 1er aout dernier, Jean Charest compte bien couper de l’herbe sous le pied à ses deux principaux rivaux et jouer sur les incertitudes quant à l’avenir afin que les Québécois fassent, preuve, au final d’un peu plus de réalisme. Un pari somme toute risqué mais finalement loin d’être insensé dans la mesure où la victoire comme la défaite du Premier ministre sortant dépendra de la capacité du PQ et la CAQ de proposer et surtout défendre une politique alternative et ambitieuse, PQ en tête.

A suivre : le changement, c’est maintenant ?