A qui ont vraiment profité les Jeux ?

Le stade olympique de Londres, durant la cérémonie de clôture, le 12 aout dernier

Je suis actuellement à Londres où je profite de deux semaines et demie de vacances après une année bien chargée sur le plan professionnel, personnel comme politique. Ce qui explique en grande partie, la baisse de fréquence de parution de mes articles sur mon blog, sans compter que la chaleur londonienne est assez insupportable.

Toujours est-il que je profite de ma découverte de Londres et ses charmes pour revenir sur l’évènement qui a mis en ébullition la planète sportive mais également le monde entier, je veux bien sur parler des Jeux olympiques, qui se sont terminés il y a tout juste une semaine.

Durant deux semaines, le monde entier a pu redécouvrir la capitale britannique et ses nombreux atouts mais aussi une ville et un pays qui bougent toujours malgré la crise, comme je m’en rends au fur et à mesure de mon séjour. Il faut dire que les organisateurs ont fait de leur maximum pour en mettre plein la vue et mettre en avant, le côté cosmopolitique et dynamique de Londres et de la Grande-Bretagne, notamment sur un plan économique.

Car il faut rappeler que les Jeux olympiques ont été et restent un lourd investissement pour le Royaume-Uni qui a engagé près de 11 milliards de livres (14 milliards d’euros) soit, quatre fois que le budget prévu lors de l’attribution de l’organisation à Londres par le CIO en 2005. A ce propos, David Cameron s’était montré bien optimiste en promettant à ses concitoyens que les retombées économiques seront bien supérieures à l’argent dépensée ces sept dernières années. Un optimiste rapidement douché par des analystes économiques qui considèrent que les Jeux n’auront qu’un impact faible et surtout éphémère sur l’économique du pays et surtout ne devraient pas améliorer la situation financière de la Grande-Bretagne, à l’instar des autres pays et villes qui ont accueilli les Jeux olympiques dans le passé, à l’exception notable de l’Espagne et de la Chine.

Dès lors, nombreuses sont les polémiques et critiques à ce sujet et il est fort à parier qu’elles se poursuivront même si l’euphorie prédomine chez les Londoniens et les Britanniques en raison du très bon résultat de la délégation nationale, mais également des retombées en terme d’image et d’attractivité de la capitale britannique. Comme le souligne si bien Yann Morell y Alcover pour le journal en ligne Slate en juillet dernier, « une certaine résignation et les retombées économiques et sportives escomptées pour la ville et le pays tout entier – fréquentation touristique accrue, amélioration de l’image internationale de la ville, construction d’infrastructures sportives de haut niveau pour le futur – mises en avant notamment par le gouvernement semblent faire effet ».

David Cameron, premier ministre britannique en compagnie de Boris Johnson, l’actuel maire (conservateur) de Londres

Des effets qui se répercutent sur un plan politique dans la mesure où deux hommes surfent largement sur le succès des Jeux, David Cameron et Boris Johnson, le maire de la ville. Pour le premier ministre, le succès des Jeux est un succès politique dans la mesure où ils mettent en avant l’image d’une Grande-Bretagne qui gagne, dynamique et ouverte sur le monde, permettant au passage de gommer les aspects les plus discutables de la politique actuelle menée par le premier ministre conservateur sans oublier ses tergiversations dans le cadre de la construction européenne. Quant au second, il bénéficie d’une popularité monstre, ce qui lui permet d’afficher de nouvelles ambitions. En effet, il se murmure de plus en plus que Boris Johnson viserait un siège de député, étape sine qua none pour briguer le 10 Downing Street, la résidence du premier ministre[1]. En clair, les Jeux ont été un véritable coup politique pour ces deux hommes qui ne manqueront pas d’exploiter cet évènement planétaire pour tirer leur épingle du jeu.

Dès lors, il est plutôt difficile de dire si le Royaume-Uni a vraiment profité des Jeux olympiques dans la mesure où en dépit des sommes engagés, il y a vraiment eu une euphorie populaire, comme j’ai pu m’en rendre compte sur place. Sans doute que les véritables vainqueurs de ces Jeux londoniens sont les habitants d’East London (et quartier de Stratford) qui ont vu leur environnement transformé, symbole d’une prise en compte majeure en matière de politique de la ville.


[1] Cela fera l’objet d’un prochain article