La Rochelle ou le temps du changement

La Rochelle, où se tient la traditionnelle université d’été du PS, le 25 août dernier

Il y a comme un air de rentrée au sein du landerneau politique français.

En effet, après une intense année politique et une trêve estivale, les partis politiques reprennent leurs activités avec les traditionnelles universités d’été et autres rassemblements.

Ainsi, le Parti socialiste qui tient sa traditionnelle et incontournable université d’été à La Rochelle (Charente-Maritime) depuis hier soir et jusqu’à dimanche matin. Un rassemblement auquel je n’assiste pas pour cause de vacances en Grande-Bretagne et qui se déroule sur de bons auspices et dans une bonne humeur, récentes victoires à la présidentielle et la législative obligent. A ce propos, tous les ténors et ministres se sont déplacés à cette occasion et rejoindre les quelques deux militants participants.

L’édition 2012 de l’UEPS est particulière dans la mesure où pour la première fois depuis dix ans, le Parti socialiste est aux commandes du pays et qu’il est largement majoritaire. Dès lors, c’est l’occasion pour le premier parti de France de s’interroger sur son rôle au sein de la majorité mais aussi vis-à-vis du gouvernement et du président de la République.

En effet, nombreux sont les analystes politiques, comme David Renault d’Allonnes dans Le Monde, qui s’interrogent sur l’utilité même du Parti socialiste, depuis la victoire sans appel de François Hollande en mai dernier. Une question pertinente dans la mesure où se pose en filigrane le rôle que doit jouer ce parti au sein de l’échiquier politique et tout particulièrement au sein de la majorité.

A ce propos, certains ont leurs idées sur la question comme Bernard Cazeneuve qui considère que le PS doit être un « parti éclaireur » tandis que d’autres souhaitent voir le parti majoritaire prendre l’initiative, être dans l’anticipation afin de mieux préparer les prochaines échéances électorales, en particulier les élections présidentielles et législatives de 2017.

Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères et Martine Aubry, première secrétaire du PS, lors de l’université d’été, le 25 aout dernier

Désormais aux commandes du pays, le Parti socialiste doit dès à présent s’affirmer en tant que force de proposition et même de pression vis-à-vis du gouvernement notamment dans le cadre de la politique menée par le président de la République et le Premier ministre. Un rôle facilement compatible avec un soutien actif et de premier plan à l’action gouvernementale dans la mesure où si le PS est dans la majorité, il ne doit pas être un parti godillot, béni oui-oui, ce qui suppose une certaine indépendance d’esprit, afin de se montrer efficace et surtout connecté aux attentes et préoccupations des Français.

Car c’est tout le danger, à savoir un parti qui, à force de soutenir sans réserve la politique menée par l’exécutif perd le sens des priorités et surtout des réalités. Cela s’est récemment vu avec l’UMP et c’est la raison pour laquelle, elle a été lourdement sanctionnée aux législatives et qu’elle retrouve actuellement déboussolée. Si le Parti socialiste veut exister et se rendre utile (surtout), il doit oser l’esprit critique tout en étant le soutien numéro du gouvernement et de l’action du président de la République. C’est à cette condition que le PS gardera une certaine crédibilité et surtout une bonne image dans l’opinion comme en témoigne un récent sondage de l’IFOP réalisé pour le quotidien régional Ouest France, à paraître demain.

Les socialistes sont donc à la fête et tout sourire, ce qui est logique après dix ans passés dans l’opposition. Toutefois, et pour que cette euphorie ne soit pas de courte durée, il est dans l’intérêt du PS de rester vigilant et surtout ambitieux pour la France et les Français, ce qui suppose un parti qui travaille, qui propose et qui ose la critique lorsqu’elle est souhaitable et nécessaire, et pas seulement un parti qui soutient aveuglement le gouvernement, à l’instar de l’UMP, ces cinq dernières années. C’est un véritable pari pour le Parti socialiste s’il souhaite être utile à la vie politique française dans les semaines et les mois à venir.