De la liberté de conscience ?

François Hollande, lors du congrès des maires de France, le 21 novembre dernier

Pendant que Jean-François Copé et François Fillon s’affrontent violemment dans ce qui ressemble à un véritable vaudeville à rebondissement, le président de la République a fait sensation en plein débat sur le mariage pour tous.

François Hollande a en effet évoqué la liberté de conscience pour certains maires qui, au nom de leur conviction (intime ou politique) refuserait de célébrer un mariage entre deux personnes du même sexe. Une proposition qui a suscité de fortes réactions à gauche, certains considérant que le chef de l’Etat avait, au mieux, fait une concession à un peu trop grande aux adversaires du projet de loi, au pire, avait carrément reculé notamment sous la pression des associations traditionnalistes. Face à cela, François Hollande est finalement revenu sur ses propos expliquant que les dispositions relatives au mariage pour tous seront appliquées partout et dans les mêmes conditions dans l’Hexagone et que les maires seront tenus de respecter la loi.

Comme je l’ai expliqué plus tôt, les propos de François Hollande ont suscité une forte controverse, essentiellement à gauche, la plupart des élus, voire des ministres nuançant ou minimisant la position du président de la République. Néanmoins, si une telle déclaration a fait, dans un premier temps, l’effet d’une bombe, il n’en demeure pas moins qu’elle ne manquait pas, au bout du compte, de pertinence, surtout au regard du contexte et du débat actuels, sans compter qu’elle a été mal interprétée, surtout dans les rangs du Parti socialiste.

On le sait peu, mais un maire peut, quelque soit la raison, déléguer la célébration d’un mariage à un membre du conseil municipal qui officiera donc en lieu et place de l’édile. Une disposition qui permet à ce dernier de gérer son emploi du temps comme il l’entend mais également à certains élus de célébrer un mariage qui les concerne directement en raison de la proximité avec les futurs conjoints.

C’est sur ce point que François Hollande s’était appuyé pour proposer sa liberté de conscience, considérant la logique suivante : si un maire ou son adjoint refusait de célébrer un mariage d’un couple du même sexe, un conseiller municipal pouvait sans problème remplacer ce dernier, assurant ainsi la cérémonie. Une manière assez subtile de couper de l’herbe sous le pied à ces édiles qui ont déjà publiquement annoncé qu’ils n’uniraient pas deux personnes du même sexe et qui, par leur prise de position, avaient déjà mis de l’huile sur le feu dans un débat qui suscite les passions comme l’ont d’ailleurs rappelé les manifestations des opposants au mariage gay, le week-end dernier.

Manifestation à Paris contre le mariage pour tous, le 17 novembre dernier

En invoquant la liberté de conscience, le président de la République n’a pas cherché à revenir en arrière mais plutôt à calmer le jeu pour mieux amadouer certains élus qui s’opposent avec véhémence au projet de loi de Christiane Taubira, l’actuelle ministre de la Justice. Le mariage pour tous est, qu’on le veuille ou non, un sujet hautement polémique et très symbolique car il touche à notre façon d’officialiser ou non certaines mœurs qui relèvent de l’intime. Dans une France traditionnellement catholique – malgré la séparation des Eglises et de l’Etat consacrant le principe de laïcité – il serait hasardeux d’oublier une telle donnée surtout quand on sait que le mariage demeure encore une valeur importante pour nombre de nos compatriotes, une valeur moins importante qu’autrefois certes, mais une valeur quand même !

Dès lors, il ne s’agissait pas d’un recul de la part de la président de la République mais d’une stratégie qui fut mal interprétée par certains à gauche. Sans doute, l’expression était mal appropriée et qu’il aurait fallu en utiliser une autre plus adéquate, ce que François Hollande s’est d’une certaine manière, employé en revenant sur sa « liberté de conscience ». Toujours est-il que l’essentiel demeure, à savoir : que l’esprit du projet de loi Taubira est préservé ainsi que l’égalité des citoyens devant la loi. Une piqure de rappel qui ne ferait pas de mal et qui éviterait à certains à gauche de se lever vent debout trop tôt et surtout trop vite !

L’UMP est morte ? Vive l’UMP !

Jean-François Copé, secrétaire général sortant, a donc remporté la présidence de l’UMP avec un peu plus de 50% des voix. De son côté, François Fillon, ancien Premier ministre et actuel député de Paris, a reconnu sa défaite tout en ne cachant pas une amertume certaine.

Jean-François Copé, président élu de l’UMP

La victoire de l’actuel député-maire de Meaux est donc l’épilogue d’un vaudeville politique de plusieurs semaines et dont on mesure encore mal les conséquences immédiates et à venir pour l’UMP et la droite française dans son ensemble.

En portant Jean-François Copé à la tête de l’UMP, les militants ont finalement validé sa fameuse stratégie de droite décomplexée, une droite qui n’a pas honte de qu’elle affirme, de son identité et de ses valeurs, quitte à concurrencer ouvertement le Front national de Marine Le Pen. Une stratégie qui est confirmée et renforcée par la victoire de la motion de Guillaume Peltier, « la Droite forte ». Avec 27% des voix, l’UMP (c’est-à-dire par uniquement ses dirigeants mais également ses militants) semblent assumer une droitisation qui ne disait pas son nom jusqu’ici, tournant définitivement le dos à l’héritage gaulliste du RPR, un héritage déjà bien entamé sous Nicolas Sarkozy, et ce bien avant son accession à l’Elysée.

De fait, c’est la question même de la pertinence de l’UMP qui est concrètement et directement posée. On a tendance à l’oublier mais au départ, l’UMP est le fruit d’une alliance puis d’une fusion entre gaullistes et centristes, lassés par tant de querelles et désireux d’y mettre un terme pour l’emporter et diriger durablement le pays. L’élection présidentielle de 2002 et la présence improbable de Jean-Marie Le Pen fut l’occasion en or pour mettre sur pied cette alliance d’un nouveau type, aux législatives. Une stratégie payante puisque l’Union pour la majorité présidentielle (le nom initial de l’UMP) avait largement remporté les élections en détenant la majorité absolue au Palais Bourbon. A cela s’ajoute (ou plutôt est reprise) l’idée du chef providentiel, le leader incontesté promis à un destin national et qui est l’autre fondement de l’UMP. Ce fondement n’est pas ancien dans la mesure où c’est un héritage du RPR. Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy ne le savent que trop bien : devenir le leader incontesté et incontestable d’un mouvement était une condition sine qua none pour conquérir l’Elysée, un objectif largement atteint. En clair, en occupant la tête de l’UMP, son leader devenait (de facto) le candidat naturel pour l’élection présidentielle.

La victoire (étriquée) de Jean-François Copé remet brutalement en cause ce fondement cardinal de l’UMP dans la mesure où elle a pour vocation à rassembler des individus issus de la droite et du centre, c’est sa raison d’être. En adoptant une ligne résolument droitière, le nouveau président a su certes séduire, une partie de l’électorat qui s’est radicalisée et qui ne veut pas laisser à Marine Le Pen, le monopole du discours sur l’immigration ou bien encore l’Europe. Néanmoins, Copé et ses nouveaux acolytes ont pris un risque majeur en se coupant d’un électorat chrétien-démocrate, plus centriste, membres de la première heure de l’UMP et qui pouvaient encore se reconnaitre dans les valeurs du parti conservateur, notamment en ce qui concerne le rôle de l’Etat, la réussite et la responsabilité individuelle ou bien encore l’autorité et la liberté d’entreprendre.

Qui plus est, le résultat de dimanche dernier montre une UMP clairement divisée non seulement entre deux stratégies et surtout entre deux personnalités. Avec une majorité très étroite, Jean-François Copé devra montrer qu’il est là en toute légitimité afin d’éviter toute contestation ultérieure, ce qui, à la lumière et dans les conditions dans lesquels se sont déroulées la campagne et le scrutin, est un véritable défi pour le nouveau patron de l’UMP, surtout dans la perspective de 2017.

De fait, il est fort probable que l’élection de l’actuel député-maire de Meaux va redistribuer les cartes et recomposer une UMP qui, semble-t-il, a choisi une ligne et une stratégie plus radicale, plus droitière. Une nouvelle donne qui dans la foulée pourrait être bien profitable aux tenants d’une ligne plus humaniste, plus centriste au sein de la droite française et qui ne peuvent cautionner le virage à l’extrême-droite de l’UMP. Ainsi, l’UDI de Jean-Louis Borloo qui espère bien récupérer les militants et cadres de l’UMP déçus et surtout inquiets de la victoire de Jean-François Copé, et qui compte sur ces éventuels transfuges pour apparaître comme une alternative crédible auprès de l’électorat de droite et des Français, dans un second temps.

Dès lors, l’UMP dans sa configuration initiale, a sans doute cessé d’exister pour laisser place un mouvement encore plus conservateur aussi bien dans les valeurs que dans le rapport à la Nation, à l’instar du Parti conservateur du Canada (actuellement au pouvoir) ou bien encore du Partido Popular en Espagne. Les tenants d’une droite forte ont sans aucun doute gagné la partie, au risque, cependant de rendre encore plus compliquée une stratégie d’alliance avec un centre-droit qui ne veut plus jouer les seconds couteaux et qui veut désormais s’affirmer comme un opposant crédible à la politique de François Hollande et de Jean-Marc Ayrault.

Et le vainqueur est… Nicolas Sarkozy !

Siège de l’UMP, rue de Vaugirard dans le XV° arrondissement de Paris

Ce dimanche, les militants de l’Union pour un mouvement populaire (UMP) étaient appelés pour désigner le nouveau président de leur mouvement et départager François Fillon et Jean-François Copé, au terme de plusieurs semaines d’une campagne dure et violente verbalement, voire physiquement.

A l’issue de ce vote interne, chacun des deux camps revendique la victoire, l’un comme l’autre s’accusant mutuellement de tricheries. En effet, les partisans de François Fillon, dénoncent certaines irrégularités durant le vote notamment dans certains bureaux au profit de son rival Jean-François Copé. De son côté, les soutiens de l’actuel secrétaire général (et dirigeant de facto de l’UMP) semble avoir aucun doute sur la victoire finale et en appellent déjà au rassemblement, une manière assez subtile de relativiser les accusations de François Fillon qui a saisi la commission interne du parti (la COCOE) chargé de valider (ou non) les résultats de l’élection, avant de se prononcer.

Jean-François Copé, secrétaire général sortant de l’UMP, au siège du parti en compagnie d’Edouard Courtial, secrétaire d’Etat en charge des Français de l’étranger de septembre 2011 à mai 2012

L’UMP, malgré une participation plutôt bonne de la part de ses adhérents au scrutin, semble donc offrir un triste spectacle, rappelant sans aucun doute celui donné par le Parti socialiste en 2008 au lendemain du Congrès de Reims pour la désignation du premier secrétaire. A l’issue d’un congrès raté, Martine Aubry et Ségolène Royal s’opposait pour occuper la tête du premier parti d’opposition d’alors. Un affrontement qui avait tourné à l’avantage de l’actuelle maire de Lille mais au prix de forts soupçons d’irrégularités et de fraudes notamment dans certaines fédérations-clés. A cette époque, l’UMP n’avait pas manqué de pudeur pour railler les socialistes et se moquer d’une élection calamiteuse, prédisant même les effets désastreux pour l’unité du Parti à terme.

Quatre ans après, l’UMP se retrouve dans cette situation peu enviable sans compter que le résultat montre une indication claire : aucun des deux prétendants n’a été capable de prendre l’ascendant sur l’autre et donc d’imposer ses idées, sa stratégie pour le premier parti de droite mais surtout s’imposer comme un leader naturel et incontesté, une personne qui sonne telle une évidence. La stratégie droitière de Jean-François Copé (celle dite de « droite décomplexée ») tout comme la ligne (faussement) modérée de François Fillon n’ont visiblement pas convaincu une majorité claire et sans conteste de militants UMP, signe de la désorientation d’un parti qui, dix ans après sa création, peine à tourner la page et enferme dans ses gloires passées.

Car au fond, le véritable vainqueur de cette élection interne est Nicolas Sarkozy qui ne pouvait rêver mieux ! Toujours officiellement retiré de la politique, l’homme sait qu’il jouit d’une popularité sans faille au sein de l’UMP et des sympathisants qui rêvent encore et toujours à un retour gagnant en 2017. L’ancien président de la République apparait une nouvelle fois encore comme un recours, une (folle) évidence pour des militants face à un François Fillon et à un Jean-François Copé qui, en raison du résultat même du scrutin d’hier soir, auront toutes les peines du monde à rassembler et surtout panser les plaies d’une bataille interne qui a et va laisser des traces.

Avec un tel scrutin, il sera sans doute difficile de l’UMP de se remettre en ordre de bataille et donc d’apparaître comme une force politique crédible face au gouvernement mais également comme un parti politique mature allant de l’avant, quelque soit le vainqueur final. Copé comme Fillon savent trop bien que l’ombre de Nicolas Sarkozy pèsera tel une chape de plomb sur une UMP qui reste cantonnée dans ses victoires passées et refuse tout droit d’inventaire pour mieux relativiser la victoire de la gauche et de François Hollande, à l’instar d’Alain Minc qui parle toujours et encore d’effraction. Certes, cela donnera toujours du baume au cœur aux militants UMP et aux sarkozystes les plus fervents qui ne désespèrent pas du retour triomphal de leur ex-leader, toujours au regard des résultats de la bataille sans concession que se sont livrés Fillon et Copé. Pas sur en revanche, que cela aide à l’exercice d’autocritique que devrait se livrer la droite française et qui est surtout indispensable si elle espère revenir au pouvoir[1] !


[1] Enfin… Le plus tard possible, il va de soi ! :p

Un bras d’honneur (et une question d’éducation)

Gérard Longuet a, une nouvelle fois, fait encore parler de lui.

Invité mercredi dernier sur le plateau de Public Sénat dans l’émission « La preuve par trois », le sénateur de la Meuse fut interrogé en off par un des deux journalistes sur la demande des autorités algériennes de reconnaitre de manière franche les crimes commis par la France durant la période coloniale (1830 – 1962).

En guise de réponse, l’ancien ministre de la Défense a répondu de façon brutale et sans ambigüité comme le montre cette image :

Oubliant qu’il était en direct – comme le rappelle d’ailleurs l’onglet – Gérard Longuet a néanmoins reconnu et assumé son geste, considérant que la France n’avait pas à rendre des comptes et qu’elle ne devait pas s’engager dans cet exercice de repentance sans fin.

Si le geste de Longuet était privé (dans la mesure où il avait oublié (enfin espérons-le pour lui !) qu’il était en direct), cela en dit long sur certaines de ses opinions. Rappelons que l’homme est connu pour son opposition farouche au mariage homosexuel et qu’il n’est plus à ce titre, à un propos homophobe près sur la question.

Toutefois, l’attitude de Longuet reste affligeante. Elu de la République et personnage public, il se doit d’être exemplaire, ce qui suppose une certaine modération aussi bien dans la parole que dans le geste. Le bras d’honneur de l’actuel sénateur est d’autant plus affligeant qu’il n’hésite pas, d’une certaine manière, à provoquer les autorités algériennes, une manière de subtile et explicite de leur dire d’aller voir ailleurs (pour rester poli !) En clair, on n’est pas passé loin de l’incident diplomatique, ce qui aurait fait tâche d’huile dans les relations déjà bien compliquées entre la France et l’Algérie.

En adoptant une attitude totalement irresponsable, Gérard Longuet ne rend absolument pas service à son camp politique déjà aux prises avec les assauts du Front national de Marine Le Pen mais également la stratégie droitière de Jean-François Copé qui met progressivement à mal l’unité même de l’UMP. Alors qu’il est attendu de l’opposition et de ses membres, un comportement responsable, le bras d’honneur de Longuet cache mal un mépris certain pour ne pas dire une intolérance sans bornes pour celles et ceux qui ne pensent pas en son sens.

Un geste qu’il va bien falloir expliquer, à l’heure où la défiance des Français envers notre classe politique reste forte. Gérard Longuet, par sa défense, parle de « geste populaire », pas sur que cela suffise pour justifier un tel geste notamment envers les plus jeunes à qui on a déjà bien du mal à leur transmettre la notion de respect, à la fois de soi-même et d’autrui.

Et une tâche encore plus compliquée à faire lorsque certains députés en font autant comme un certain Gilbert Collard, au passage sur la même longueur d’ondes que Longuet (un signe qui ne trompe pas ?) ! Qui a dit que les jeunes étaient mal élevés de nos jours ? 

Un congrès, pour quoi faire ?

Salle du Congrès du PS, à Toulouse, le 26 octobre

Ce week-end, les socialistes sont réunis pour leur soixante-seizième congrès ordinaire qui se tient à Toulouse (Haute-Garonne) jusqu’à dimanche matin.

Ce nouveau congrès se tient seulement six mois après la victoire du Parti socialiste aux élections présidentielles et législatives et dans lequel demeure très peu d’enjeux. En effet, les militants ont auparavant départagé les motions par un vote et ont sans surprise largement soutenu le texte d’Harlem Désir. Ils ont également sans surprise largement élu ce même Harlem Désir à la tête du Parti socialiste face à Emmanuel Maurel, le désormais représentant de l’aile gauche du parti, qui a tout de même recueilli près de 30% des suffrages.

Les socialistes se rassemblent donc à un moment où les Français s’interrogent de plus en plus à propos de la politique gouvernementale actuellement menée, comme l’indiquent clairement les sondages où François Hollande et Jean-Marc Ayrault poursuivent leur chute libre. Les critiques se font, en effet de plus en plus vives notamment de la part de l’opposition qui n’hésite pas à qualifier l’exécutif d’amateurisme, jetant un trouble supplémentaire sur la capacité du gouvernement à apporter des solutions concrètes aux problèmes des Français et à apporter ne serait-ce que les premiers signes du changement tant promis par le candidat Hollande durant la campagne.

Harlem Désir, premier secrétaire du PS en compagnie de Jean-Marc Ayrault, Premier ministre (Photo : Mathieu Delmestre)

Dès lors, certains s’interrogent sur l’opportunité d’organiser un tel Congrès, seulement quelques mois après des élections victorieuses et dans lequel, les socialistes se contenteront de se féliciter des actions entreprises par le Premier ministre et de son gouvernement et qui n’aura pas (encore) le recul et surtout la lucidité nécessaire pour avoir un œil critique sur sa propre politique ? Un congrès où tout est réglé comme du papier à musique et qui ressemble à un défilé de ministres et de cadres du parti, rivalisant d’éloquence sur la définition du socialisme et dissertant sur le rôle (de soutien) bien évidemment) du Parti socialiste devant les délégués fédéraux et les caméras ?

A l’heure où les Français doutent de plus en plus de la stratégie menée par le président de la République et le Premier ministre, le Parti socialiste doit bien évidemment rassurer et être pédagogue, en rappelant sans relâche l’objectif initial et principal du gouvernement, le redressement du pays dans la justice. Cependant, si le PS doit être pédagogue et s’ériger en soutien de l’exécutif, il doit faire preuve d’esprit critique, ce qui suppose un parti qui interpelle le gouvernement et qui relaye les inquiétudes et les interrogations des Français, surtout quand cela ne va pas.

Le Congrès de Toulouse pourrait être à ce titre le lieu où le Parti socialiste devrait en profiter pour interpeller le gouvernement tout en lui réaffirmant son soutien notamment face à une opposition revancharde mais empêtrée dans ses règlements de compte entre copéistes et fillonistes. L’enjeu est de taille pour un Parti socialiste qui doit montrer qu’il n’est pas un parti godillot, filiale de Matignon et de l’Elysée mais bel et bien un parti en phase avec les attentes et les préoccupations de nos compatriotes, ce qui suppose un parti ouvert et surtout lucide.

Harlem Désir, premier secrétaire du PS, en compagnie de Delphine Batho, ministre de l’Environnement (Photo : Mathieu Delmestre)

Dès lors, les prochaines semaines seront importantes mais également le premier discours d’Harlem Désir en tant que patron du Parti socialiste. A lui de démontrer, demain, lors de la troisième et dernière journée du Congrès de Toulouse, que ce rassemblement était bel et bien utile, pas seulement pour le Parti socialiste en lui-même, mais pour l’ensemble des Français. Et s’il est vrai qu’il est plus intéressant et plus « drôle » – surtout pour les journalistes ! – de voir un Congrès socialiste sans dessus dessous (comme à Rennes en 1990 ou à Reims en 2008), il n’en demeure pas moins que le rassemblement de Toulouse ne sera utile que s’il est réellement tourné vers nos compatriotes et non pas concentré uniquement sur la tambouille interne du Parti. A ce titre, le discours de clôture sera, à mon sens, très intéressant !

Une photo (déjà) culte

Article court pour une fois. Et pour une fois, je ne vais pas parler de politique (du moins, pas directement).

Hier après-midi, se sont tenues plusieurs manifestations contre le projet gouvernemental prévoyant l’autorisation du mariage pour tous (autrement dit aux couples homosexuels) un peu partout en France et notamment à Paris où 700 personnes se sont rassemblées à l’initiative d’Alliance Vita, une association catholique et apolitique fondée par… Christine Boutin, ancienne ministre du Logement, présidente du Parti Chrétien Démocrate et qui s’est surtout illustrée pour son opposition farouche (et ridicule) au Pacte civil de solidarité (PACS) en 1999, une des mesure-phares du gouvernement de Lionel Jospin. Ces manifestants – pour la plupart âgés et blancs – défilaient avec pour slogan : « Un papa, une maman, on ne ment pas enfants ! »

A ce slogan, les associations favorables au mariage pour tous mais également de simples citoyens ont répondu de manière plus ou moins décalée. Et c’est à Marseille que deux jeunes femmes ont sans doute donné la plus belle réponse à celle et ceux qui ne manquent pas d’arguments et surtout d’imagination pour condamner ce qu’ils considèrent comme un péché originel, un crime contre la nature humaine et l’ordre des choses, comme le montre cette photo.

J’ai adoré ce cliché que je trouve magnifique car tout est dit en un seul clic : face au combat rétrograde et intolérant de certains, deux jeunes femmes s’embrassent sans aucune peur et surtout sans aucune honte, comme si elles voulaient faire comprendre aux manifestants qu’elles n’en avaient cure de leurs avis sur la question du mariage pour tous. Une photo qui montre un formidable décalage entre deux générations : une nostalgique, conservatrice et noyée dans ses préjugés et ses principes, l’autre qui va de l’avant, qui vit avec son temps et qui est surtout heureuse, pour ne pas dire fière. D’ailleurs, il suffit de voir les réactions effarées des manifestantes au second plan pour voir leur impuissance, comme si elles avaient compris qu’elles ne pourraient rien contre une expression pure et simple du bonheur, contre deux femmes qui s’aiment et qui sont heureuses ainsi.

On ne sait finalement pas si les deux femmes sont réellement lesbiennes ou si ce sont tout simplement femmes qui ont agi de manière citoyenne. On ne le saura jamais sans doute et finalement ce n’est pas l’important. Cette photo est d’ores et déjà culte sans compter qu’elle diffuse un message politique évident. Une photo qui arrive à point nommé en plein débat sur le mariage pour tous et qui vaut tous les arguments du monde notamment face à ceux qui ne prônent que des principes et montrent toute leur intolérance au nom du respect de certaines valeurs familiales (et dans lesquelles, les préceptes religieux ne sont jamais bien loin !)  

L’UDF 2.0 ?

Jean-Louis, président de l’Union des démocrates indépendants (UDI) lors de l’assemblée constituante de son parti, le 21 octobre à la Mutualité (Paris)

C’est ce dimanche à Paris, que Jean-Louis Borloo a lancé son nouveau parti, l’Union des démocrates indépendants, en présence notamment de Jean-Marie Bockel, président de la Gauche moderne et d’Hervé Morin, président du Nouveau Centre, mais également de Rama Yade, sans oublier Chantal Jouanno, ancienne ministre des Sports et actuelle sénatrice de Paris.

L’UDI est donc cette nouvelle formation politique qui rassemble pêle-mêle, la Gauche moderne (les ex-sarkozystes de gauche), le Nouveau Centre (les centristes ralliés à l’ex-ancien président de la République), quelques transfuges du Modem déçus de François Bayrou et de sa stratégie solitaire (tel Alain Dolium, tête de liste lors des régionales de 2010), ainsi que de l’UMP dont Chantal Jouanno qui officialise son départ et dont l’arrivée à l’UDI fut très critiquée par ses anciens amis politiques, l’accusant d’opportunisme. Une nouvelle formation politique, de centre-droit qui se veut ambitieuse et indépendante de l’UMP et qui souhaite, selon les mots de son fondateur, devenir le premier parti de France dans l’optique des élections municipales de 2014

Jean-Louis Borloo profite donc de l’espace laissé au centre, de la rivalité Fillon – Copé à l’UMP et la marginalisation « définitive » de François Bayrou pour s’imposer au sein d’une nouvelle formation politique taillée sur mesure pour lui notamment dans la perspective de la prochaine élection présidentielle en France. L’ancien ministre a été très clair, l’UDI se veut l’héritier l’UDF, le parti fondé par Valéry Giscard d’Estaing et disparu de la scène politique au lendemain de la présidentielle de 2007. En clair, l’UDI doit renouer avec les grandes heures du centre-droit en plaidant, certes, pour une alliance avec l’UMP, tout en étant en position de force à son égard, afin de gagner en crédibilité et surtout en respect.

Toutefois, en voulant renouer avec l’UDF et sa gloire fanée, l’ancien ministre brouille d’une certaine manière son message et prouve une fois de plus, en se positionnant en faveur de l’UMP, l’incapacité du centre-droit à s’inscrire dans une démarche politique réellement indépendante. François Bayrou avait, à sa décharge, bien tenté de faire du Mouvement démocrate, une formation réellement centriste devant jouer un rôle central dans la vie politique française face au PS et à l’UMP. Les mauvais choix et surtout les erreurs stratégiques fait par l’ancien candidat à la présidentielle sans oublier les trahisons diverses et variées de ces soutiens politiques auront eu raison de l’objectif fixé par ce dernier. En réaffirmant une alliance naturelle avec l’UMP, l’UDI apparait une fois de plus, comme un parti dépendant de l’ex-parti majoritaire, ne serait-ce que sur un plan électoral, le nouveau parti de Jean-Louis Borloo ayant peu d’élus au niveau national comme local.

Qui plus est, l’UDI en s’inscrivant dans la suite logique de l’UDF, montre qu’elle se trompe d’enjeu et surtout d’époque. La France de 2012 n’est en aucun cas la France des années 1970 ou même des années 2000 et en faisant clairement référence à Valéry Giscard d’Estaing ou bien encore Simone Veil, (ancienne ministre, mère de la loi sur l’avortement en 1974 et invitée surprise de l’assemblée constituante, ce dimanche), l’UDI semble se tourner vers le passé en s’inspirant de vieilles recettes plutôt que vers l’avenir et faire des propositions pour la France et les Français.

Jean-Louis Borloo, en avril 2011

L’UDI risque donc bien de devenir une pâle copie de l’UDF, un parti godillot, d’élus et peinant à s’imposer face à l’UMP et ayant besoin de cette dernière pour avoir des élus en nombre suffisant. A ce propos, les cadres du premier parti de droite observent avec attention mais sans réelle inquiétude, l’émergence de ce nouveau mouvement et la mise en orbite d’un homme qui se veut comme une alternative à droite dans la perspective de 2017, misant sur un Nicolas Sarkozy définitivement retiré de la vie politique mais aussi sur une UMP empêtrée dans ses querelles internes. Le pari est facile et audacieux mais pas vraiment sur qu’il soit probant avec un parti, version 2.0 de l’UDF d’antan. Il montre une fois encore, à quel point il est difficile pour le centre d’agir telle une force politique réellement indépendante, institutions de la V° République et système d’alliance obligent.

La (petite) victoire de Pauline Marois

François Hollande, en compagnie de Pauline Marois, premier ministre du Québec, le 15 octobre dernier

Pauline Marois, chef du gouvernement québécois, est  à Paris pour une visite de travail de trois jours. Au programme, rencontre avec François Hollande, le président de la République, son homologue Jean-Marc Ayrault et la plupart des haut-responsables politiques de l’Hexagone (dont Claude Bartolone et Jean-Pierre Bel, respectivement présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat). Une rencontre qui a lieu dans la foulée du sommet de la Francophonie qui s’est tenu à Kinshasa (République démocratique du Congo)

La visite de Pauline Marois, bien que non officielle n’en demeure pas moins importante dans la mesure où la chef du gouvernement québécois cherche à remettre la France au centre du jeu dans le cadre des relations avec Ottawa et dans laquelle, elle voit une sorte d’alliée naturelle. Une alliée naturelle pour l’aider à défendre ses intérêts et notamment dans la perspective du référendum sur la souveraineté. A cet égard, elle a même parlé de bienveillance à l’égard de l’Hexagone, histoire de rappeler le poids majeur de la France dans l’histoire de la Belle Province mais aussi les liens historiques et profonds qui lient les deux nations.

C’est d’ailleurs sur ce point là que Pauline Marois s’est rappelé au bon souvenir de François Hollande et de Jean-Marc Ayrault, espérant que le nouveau gouvernement français réaffirme sa ligne historique, celle de la « ni ingérence, ni indifférence » à l’égard des relations entre le Canada et le Québec. Une politique qui fut mise à mal durant la présidence de Nicolas Sarkozy qui avait clairement affirmé sa préférence pour le fédéralisme canadien et affiché sa grande proximité avec Jean Ch     arest, le chef du gouvernement libéral de l’époque. Des propos qui avaient ulcéré les milieux souverainistes qui voyaient dans les propos de l’ancien président une forme de mépris et de provocation mais également d’inculture.

Les souhaits de Pauline Marois se sont en partie réalisés dans la mesure où si effectivement le président français n’a pas employé ces termes, il a en revanche y fait clairement référence en déclarant à l’issue de son entretien avec la Première ministre que cela fait trente ans que cette formule existe et qu’une telle formule prévaut encore aujourd’hui, à la différence de son prédécesseur. En effet, il convient de rappeler que le Parti socialiste et le Parti québécois ont toujours eu de forts atomes crochus, bien plus qu’avec la droite française même si les souverainistes se sont toujours efforcés de maintenir des relations cordiales, afin de défendre leurs intérêts. Comme le résume assez bien une source diplomatique française, « entre les programmes de Harper et de Marois, il n’y a pas photo. Les socialistes et les péquistes sont politiquement sur la même longueur d’onde, qu’il s’agisse de politique fiscale, de gaz de schiste, de l’amiante, etc. »

Stephen Harper, premier ministre du Canada, en compagnie de Stephen Harper, le 7 juin dernier, lors de la préparation du G20

L’enthousiasme affiché par les autorités françaises à l’accueil de Pauline Marois en dit en tous cas assez long sur le rapport que le gouvernement de François Hollande entend entretenir avec la Belle Province tout en ménageant au possible le gouvernement canadien de Stephen Harper, beaucoup plus timoré à l’égard du nouvel exécutif français et qui ne voit pas forcément d’un bon œil, cette (nouvelle) complicité affichée entre la France et le Québec au point que les autorités canadiennes auraient demandé à Paris de « n’en faire pas trop » selon la presse outre Atlantique. Qui plus est, si le président français s’affiche sans aucune difficulté avec Pauline Marois, il le fait avec une certaine retenue afin de ne pas froisser inutilement le gouvernement de Stephen Harper. La France et le Canada ont en effet besoin l’un de l’autre notamment sur le dossier syrien ou bien encore concernant la situation actuelle au Mali comme l’a d’ailleurs rappelée la visite du ministre canadien des affaires étrangères John Baird à son homologue Laurent Fabius, la semaine dernière à Paris. A ce titre, ce dernier a pris soin d’éviter tout prix la fameuse formule du « ni – ni », se contentant de rappeler les bonnes relations que la France entretient aussi bien avec Ottawa qu’avec Québec, une manière subtile de ne pas provoquer d’incident diplomatique.

Pauline Marois en compagnie de François Hollande, sur le perron de l’Elysée, le 15 octobre dernier

La France, de part la voix de son président, semble renouer – sans le dire – avec la politique du « ni – ni » pour caractériser ses relations avec le Canada et sa province francophone, tout en jouant un formidable numéro d’équilibriste comme cela fut déjà le cas dans le passé, realpolitik oblige, comme l’a si bien rappelé l’ancien premier ministre français, Michel Rocard. De fait, il s’agit d’une (petite) victoire pour Pauline Marois dans la mesure où non seulement la France revient sur un principe durement remis en cause durant ces dernières années mais également réaffirme son soutien au Québec comme partenaire majeur sur le plan économique comme culturel.

La stratégie périlleuse (et suicidaire) de Jean-François Copé

Jean-François Copé, secrétaire général de l’UMP, candidat à la présidence

Alors que Nicolas Sarkozy laisse toujours planer le doute sur un éventuel retour dans le jeu politique, la campagne se poursuit à l’UMP pour lui succéder à la tête du parti dont il en a assuré la présidence de 2004 à 2007. Une campagne curieusement feutrée et rythmée par la stratégie actuelle de Jean- François Copé, une stratégie pour le moins surprenante.

Le secrétaire général de l’UMP et député-maire de Meaux se distingue depuis plusieurs jours par des déclarations chocs et sans concessions notamment sur le racisme anti-blanc ou bien encore sur ces enfants qui se fait agresser par des voyous musulmans s’ils avaient le malheur de manger leur pain au chocolat durant le mois de Ramadan. Des propos qui n’ont pas manqué de faire le buzz, le ramdam, provoquant ainsi un certain malaise au sein même de l’UMP. Ainsi, François Baroin, ancien ministre et proche de François Fillon, n’a pas hésité à qualifier les propos de Copé de dangereux.

A la traine face à François Fillon dans les intentions de vote, Jean-François Copé cherche à muscler son discours et surtout sa stratégie. L’ancien ministre veut montrer qu’il a de la poigne et qu’il est surtout un homme de principes et intransigeant notamment face à celles et ceux qui ne respecteraient pas les valeurs et les principes de la République. Un discours qui se situe dans la droite ligne de celle adoptée par Nicolas Sarkozy et qui a placé son autorité au sein même de l’UMP. A ce propos, l’actuel secrétaire général n’en est plus à une référence près, lui qui en août dernier, rappelait qu’il était un enfant de sang-mêlé comme l’ancien président avant lui et qu’il avait, comme l’ex-locataire de l’Elysée, cet amour de la France, cet amour qu’il devait affirmer et défendre en retour tel un devoir.

Jean-François Copé multiplie les références à Nicolas Sarkozy en se posant comme son héritier, une manière également de rassurer des militants sarkozystes toujours orphelins de leur leader et qui peinent réellement à tourner la page. L’actuel secrétaire général l’a bien compris et espère bien flatter cette frange irréductible de sarkozystes en parlant le Sarkozy, et en adoptant sa même ligne politique. Toutefois, une telle stratégie est très hasardeuse pour ne pas dire suicidaire dans la mesure où il y avait une certaine crédibilité dans les propos et la stratégie adoptée par l’ex-chef de l’Etat, les mots de Jean-François Copé semblent sonner creux et surtout dénués de toute sincérité, comme si faire du sarkozysme suffisait pour gagner la présidence de l’UMP, et non l’inverse, c’est-à-dire faire du copéisme.

Jean-François Copé, et François Fillon, ancien Premier ministre et candidat à la présidence de l’UMP, le 26 mai dernier à Paris

Cette stratégie risque bien de faire du tort à l’actuel député de Seine-et-Marne dans la mesure où quitte à singer Nicolas Sarkozy, autant que cela soit fait dans les règles de l’art et qu’il y ait une certaine sincérité. Jean-François Copé semble tenter le tout pour le tout – du genre « ça passe ou ça casse ! » – quitte à négliger une partie non négligeable de militants UMP qui ne se reconnaissent pas dans de tels propos et surtout une telle stratégie, notamment les libéraux, les centristes ou bien encore les gaullistes sociaux. Une stratégie risquée donc, pour ne pas dire suicidaire, comme si Copé savait, inconsciemment, que la partie était déjà jouée.

Ce qui explique sans doute la sérénité et surtout la discrétion dont fait preuve François Fillon qui peut même remercier son rival dans la mesure où les déclarations maladroites et provocantes de ce dernier le servent bien plus qu’il ne l’aurait pensé, renforçant son image d’homme posé, pragmatique, sérieux et affranchi de Sarkozy face à un homme qui a besoin de ce dernier pour gagner en légitimité auprès des militants.

Curieuse est donc cette stratégie adoptée par Jean-François Copé pour conquérir la présidence de l’UMP ! En faisant du sarkozysme et non du copéisme, il laisse le champ libre à un François Fillon qui au fond n’a pas tellement besoin de faire campagne. Son image et surtout les gaffes de son rival suffisent largement et plaident en sa faveur !

Question de principes

Alors que le congrès de Toulouse approche à grand pas, les militants sont invités à lire les motions qui leur sont présentées et qui seront défendues à la fin du mois lors du grand rassemblement socialiste.

Pour ce 76ème congrès, cinq motions ont été déposées. Cinq textes et cinq points de vue, cinq visions du Parti socialiste et de sa place au sein de la société française pour les trois ans à venir. Cinq motions que j’ai eu l’occasion de lire et de commenter avant de prendre ma décision finale.

Juliette Méadel, première signatrice de la motion 2, « Question de principes »

Pour ma part et après réflexion, j’ai décidé de soutenir la motion 2 « Questions de principes », présentée par Juliette Méadel et défendue par Gaétan Gorce et Jean-Louis Bianco entre autres. Il s’agit là d’un choix murement réfléchi et logique dans la mesure où il va dans le prolongement de l’idée que je me fais du Parti socialiste : un parti ouvert sur ses militants et la société civile, en prises avec les enjeux sociétaux et qui se veut ambitieux tout en étant réaliste et réformiste, sans oublier pleinement européen.

La victoire de François Hollande et le retour de la gauche aux responsabilités doivent nous donner l’occasion de mener une politique ambitieuse pour notre pays, ce qui suppose un Parti qui soutient la politique du Président de la République et du Premier ministre tout en gardant son esprit critique. La motion que je soutiens, partage bien évidemment les orientations prises par le chef de l’Etat et Jean-Marc Ayrault. Toutefois, un tel soutien ne peut se faire sans esprit critique et sans un parti dont sa fonction n’est seulement d’assurer le SAV du gouvernement mais aussi l’informer, le conseiller, voire le mettre en garde quand la situation l’exige. A ce propos, l’UMP reste l’exemple le plus frappant notamment durant la précédente législature où à force de soutenir sans aucune réserve la politique destructrice de Nicolas Sarkozy, s’est coupée des réalités et de la souffrance des Français, ce qui a donné à une sanction claire et nette dans les urnes lors des dernières présidentielles et législatives.

Le Parti socialiste doit être un parti qui innove pour conserver son esprit critique, ce qui suppose la poursuite de la rénovation que Martine Aubry a initié au lendemain du Congrès de Reims en 2008. Une rénovation qui s’est traduite par l’approbation par les militants du non-cumul des mandats et des primaires citoyennes qui ont été un franc succès auprès des Français, donnant le sentiment que les socialistes peuvent se moderniser et surtout gagner en maturité. Cet acquis est primordial pour la suite notamment dans les cinq années qui suivent. Revenir en arrière – comme l’a montré la récente désignation d’Harlem Désir comme premier signataire de la motion dite « majoritaire », assuré de devenir à l’issue du Congrès, premier secrétaire de notre parti – serait un signal que ne comprendraient pas nombre de nos compatriotes qui nous font confiance pour redresser le pays dans la justice, après dix ans de droite dont cinq ans de droite dure.

Qui plus est, il ne suffira pas se contenter d’appliquer les soixante propositions faites par François Hollande durant la présidentielle, ni même de réussir le changement tel promis par Martine Aubry et Jean-Marc Ayrault durant la campagne législative, en dépit des intentions et des objectifs de la motion « majoritaire ». Durant les cinq ans à venir, le PS doit assurer qu’il n’est pas une (simple) filiale de Matignon et/ou de l’Elysée, mais s’ériger en véritable partenaire à la loyal et fidèle mais également exigeant. Un parti qui fait pleinement confiance à ses adhérents, véritables incubateurs d’idées (au même titre que les experts de notre mouvement) et non uniquement de simples distributeurs de tracts, colleurs d’affiche ou de gens se contentant de faire la claque pour son parti à l’instar de l’UMP ces cinq dernières années. Bien au contraire, les militants doivent être au cœur du PS, la raison d’être de ce mouvement, ce qui suppose qu’ils soient pleinement considérés et surtout respectés.

Enfin, la question européenne doit être, une bonne fois pour toutes, prise en considération, comme le montre assez bien le débat en cours sur le TSCG. A ce titre, il est plus nécessaire d’européaniser le Parti socialiste via la création d’un secrétariat national en charge des questions européennes mais aussi et surtout par une véritable implication de nos chers responsables lors des réunions et initiatives du Parti socialiste européen, initiatives qui restent encore du domaine du confidentiel, ce que l’européaniste que je suis ne peux que déplorer.

C’est la raison pour laquelle je soutiens la motion 2 de Juliette Mandaél, un texte d’orientation qui se veut clairement en soutien à la politique du gouvernement et au président de la République, mais qui ne veut pas oublier son esprit critique et qui se veut surtout se montrer ambitieuse. Dans la période qui s’annonce en effet, le PS montrera son utilité en soutenant le gouvernement tout en se montrant critique, ce qui suppose un parti qui travaille régulièrement et surtout efficacement afin d’être en connexion permanente avec les Français. La tâche ne sera pas des plus simples mais elle en veut la peine pour le PS poursuive sa rénovation et surtout fasse preuve de maturité.

Bref, je soutien la motion 2 même si j’ai aussi une certaine affection pour la motion 5, « Toulouse mon congrès » défendue par Constance Blanchard, une jeune femme de ma génération dont je salue l’initiative dans la mesure où je suis en accord avec certaines de ses propositions et points de vue. A ce titre, j’invite à celles et ceux qui se reconnaissent dans l’initiative entreprise par Juliette Méadel et soutenue par Jean-Louis Bianco et Gaétan Gorce, à soutenir ce texte d’orientation dans l’optique du Congrès de Toulouse et… au-delà !

PS : en guise de conclusion, je vous mets en ligne, la vidéo de présentation de la motion « Question de principes » par Juliette Méadel. Bonne lecture !