Un an et (encore) toutes ses dents !

Elio di Rupo, Premier ministre de Belgique depuis le 6 décembre 2011

Elio di Rupo, Premier ministre de Belgique depuis le 6 décembre 2011

Elio di Rupo a un an ! Entendez par là son gouvernement.

Il y a tout juste un an, le 6 décembre 2011, le Premier ministre et son équipe prêtaient serment au Château de Laeken devant le roi des Belges, Albert II, marquant la fin de dix-huit mois de négociations difficiles entre les deux principaux vainqueurs des élections législatives anticipées de juin 2010, le Parti socialiste francophone et la N-VA, le parti indépendantiste flamand.

Un an après, le bilan du gouvernement de centre-gauche d’Elio di Rupo est contrasté. Certes, les principales familles politiques (les sociaux-chrétiens, les socialistes et les libéraux) ont réussi à s’accorder sur la réforme de l’Etat et sur la politique socio-économique, certains points d’achoppement ont quand même eu lieu notamment concernant le budget 2013 ou bien encore la stratégie à mener face à la crise. A ce titre, le gouvernement d’Elio di Rupo souffre d’une forte impopularité en particulier en Flandre, la région ayant connu de récents plans sociaux comme la fermeture de l’usine Ford de Genk. Face à la crise, les Belges expriment leur scepticisme vis-à-vis la stratégie menée par le Premier ministre francophone, une stratégie vivement critiquée par les nationalistes flamands de Bart de Wever qui semblent toujours en position de force.

En effet, la N-VA, en dépit de son absence au niveau fédéral, semble consolider ses positions et demeure le premier parti en Flandre. Un statut qui a été confirmé lors des élections communales notamment grâce à l’impulsion de son leader qui a récemment conquis la ville d’Anvers (la seconde ville du pays) et qui vient de trouver un accord de gouvernance avec les libéraux et les sociaux-chrétiens. Qui plus est, l’homme reste populaire dans la partie nord du pays et reste déterminé à faire des prochaines législatives de juin 2014, une sorte de référendum sur l’avenir du plat pays afin de mieux parvenir à sa fameuse « révolution copernicienne », à savoir le passage d’une Belgique fédérale à une Belgique confédérale et vidée de son sens.

Bart de Wever, leader indépendantiste flamand, nouveau bourgmestre (maire) d'Anvers

Bart de Wever, leader indépendantiste flamand, nouveau bourgmestre (maire) d’Anvers

Toutefois, bien que Bart de Wever soit un homme politique redoutable, il n’est pas à l’abri d’une grosse fatigue politiquement parlant si on en croit le dernier baromètre réalisé par La Libre Belgique où en dépit d’un solide socle électoral, la N-VA semble connaitre un tassement dans les intentions de vote en Flandre, un tassement qui reste à confirmer. Qui plus est, il a fallu près de deux mois depuis sa victoire nette et sans bavure aux municipales que le leader indépendantiste forme sa coalition et son équipe. Des signes qui en disent long et qui cachent mal quelques failles dans la stratégie de De Wever. Reste à savoir si les autres partis néerlandophones (CD&V et Open VLD en tête) sauront en profiter pour mieux contrer la N-VA dans l’optique des législatives, des régionales et des européennes de juin 2014.

De son côté, Elio di Rupo sait qu’il doit donner des gages et surtout des garanties à ses compatriotes s’il espère durer mais surtout remporter les élections législatives, un scrutin d’ores et déjà réputé difficile en raison de la crise économique. Ce qui suppose au préalable une coalition forte mais surtout solidaire, notamment du côté néerlandophone, les principaux partis flamands restant sous la forte pression des nationalistes flamands. Pour cela, il peut toujours s’appuyer sur une popularité sans faille aussi bien en Wallonie mais également en Flandre, où l’homme reste encore apprécié pour sa personnalité et son côté modéré.

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Caricature de Pierre Kroll parue dans le quotidien francophone, Le Soir, quelques jours après la prestation de serment d’Elio di Rupo

L’année 2013 sera dès lors importante pour l’actuel locataire de la Wetstraat (Rue de la loi, le siège du gouvernement belge à Bruxelles) qui devra se montrer audacieux face à la crise qui ne cesse de sévir mais aussi face à un Bart de Wever qui attend patiemment son heure pour mener à bien son projet de révolution copernicienne. Dans ce cadre, s’il parvient à mener son gouvernement jusqu’au terme de la législature, cela sera déjà un exploit et un détail non négligeable pour la suite.

Le « sacrifice » de Silvio Berlusconi

Silvio Berlusconi, leader du PDL et ancien président du Conseil italien (1994 - 1996, 2001 - 2006, 2008 - 2011)

Silvio Berlusconi, leader du PDL et ancien président du Conseil italien (1994 – 1996, 2001 – 2006, 2008 – 2011)

L’ancien président du Conseil italien (1994 – 1996, 2001 – 2006 et 2008 – 2011), Silvio Berlusconi a officiellement annoncé qu’il sera candidat aux élections législatives prévues au printemps prochain.

« Je dois sauver l’Italie au bord du précipice » avait-il déclaré mercredi dernier pour justifier sa position et son énième retour en politique après bien des tergiversations et vrai-faux états d’âme. Il faut dire que ce dernier n’a plus tellement le choix : poursuivi en justice pour de nombreuses affaires plus ou moins scabreuses (notamment l’affaire « Ruby »), Berlusconi n’avait plus tellement d’alternatives que celle de se présenter pour une sixième fois aux législatives. En menant la campagne de son parti, Il Popollo della Liberta (Le Peuple de la liberté, PDL, centre-droit), Il Cavaliere espère échapper une nouvelle fois à la justice de son pays mais également reprendre sa revanche, lui qui fut contraint à la démission en novembre 2011 et remplacé par un gouvernement de techniciens sous la houlette de Mario Monti.

Ce énième retour de Berlusconi intervient au moment même où l’actuel président du Conseil a annoncé sa démission, considérant qu’il n’avait plus le soutien de la Chambre des députés et notamment du PDL qui, par deux fois, s’est abstenu sur le vote de confiance, désavouant d’une certaine manière le gouvernement de Mario Monti. Ce dernier a donc préféré en tirer les conclusions en rendant son mandat, une façon également de dénoncer le retour de son prédécesseur dans le jeu politique et ce qu’il en découle derrière.

Mario Monti, ancien vice-président de la Commission européenne, président du Conseil italien depuis novembre 2011

Mario Monti, ancien vice-président de la Commission européenne, président du Conseil italien depuis novembre 2011

Car il va sans dire que le retour de Silvio Berlusconi s’explique davantage par ses ennuis judiciaires que par une réelle envie, une réelle motivation de sortir durablement l’Italie de la crise quand laquelle elle est plongée depuis un moment. Comme évoqué précédemment, Il Cavaliere n’a plus tellement le choix et abat donc sa dernière carte pour avoir une nouvelle fois les mains libres. Aussi, se présente-t-il comme un homme d’Etat agissant par devoir et donnant de sa personne pour le bien et l’intérêt des Italiens. Peu importe son âge ou son côté sulfureux : Berlusconi se sacrifie pour l’Italie et rien que pour l’Italie !

Un discours qui risque cependant de passer difficilement auprès de la population mais également au sein de la classe politique italienne mais également européenne qui accueille bien froidement le retour politique de Berlusconi à l’instar du groupe socialiste et démocrate au Parlement européen (de la voix de son président Hannes Swodoba) mais également de José Manuel Barroso, le président de la Commission européenne qui s’inquiète pour la stabilité de la zone Euro et de la réaction des marchés. Un retour qui est loin (très loin même !) d’être gagnant dans la mesure où le PDL n’est crédité que pour l’heure d’à peine 14% des intentions de vote, bien loin des 38% des suffrages réalisés en 2008 et surtout bien loin des 30% des intentions de vote en faveur du Partito Democratito, (Parti démocrate, PD, centre-gauche) et de son candidat Pierluigi Bersani, actuel secrétaire général et bien parti pour devenir le prochain Président du Conseil dans quelques semaines. Qui plus est, Bersani sait qu’il peut compter sur la légitimité qu’il a acquise lors des primaires qu’il remporta avec plus de 60% des voix face à Matteo Renzi, le jeune maire de Florence, il y a tout juste une semaine. Un atout non négligeable pour Bersani, cet ancien militant communiste, qui mettra volontairement en avant face à un Silvio Berlusconi, timidement soutenu par les siens.

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Caricature de Plantu, parue dans « Le Monde », le 29 octobre dernier

Il Cavaliere tente donc une nouvelle fois un retour gagnant plus par intérêt personnel que par intérêt général, histoire de se protéger mais également retarder une échéance qui semble inéluctable : celle où il devra rendre des comptes à la justice. En attendant, le scrutin à venir sera sans doute l’occasion rêvée pour qu’il rende enfin des comptes à son peuple et qu’il reçoive la sanction des urnes, une sanction définitive, espérons-le !

La victoire relative d’Artur Mas

Artur Mas, leader du CiU et président de la Generalitat (le gouvernement régional catalan), lors des élections législatives anticipées.

Les Catalans étaient appelés aux urnes ce dimanche, pour renouveler leur parlement, conséquence de la convocation par Artur Mas, d’élections anticipées.

Une élection qui avait valeur d’un référendum avant l’heure sur l’indépendance (ou non) de cette riche province espagnole. En effet, ce fut le thème central de la campagne notamment mis en avant le président de la Generalitat et leader de Convergencia i Unio (CiU, coalition de centre-droit), Artur Mas qui voulait envoyer un signal clair à Madrid et au gouvernement conservateur de Mariano Rajoy, s’appuyant sur une partie de la population de plus en plus favorable à une sécession avec l’Espagne.

Au sortir des résultats, Artur Mas semble avoir réussi son pari, toutefois bien en deca des objectifs qu’il s’était fixé. Certes, sa coalition reste en tête (avec 50 députés) mais en perdant une douzaine de sièges par rapport à 2010, l’éloignant assez nettement des 68 sièges nécessaires pour décrocher la majorité absolue. Un recul qui profite à l’Esquerra republicana de Catalunya (ERC), l’autre parti indépendantiste catalan (de gauche) qui passe de dix à vingt-un sièges et qui devient la véritable gagnante de ce scrutin, au détriment du Partit dels Socialistes de Catalunya (Parti socialiste catalan, PSC, 20 sièges) et du Partido Popular (PP, 20 sièges) qui progresse légèrement néanmoins.

Le président du gouvernement catalan va devoir composer avec l’ERC pour espérer mener à bien son projet d’indépendance de la Catalogne. En effet, le leader indépendantiste escomptait sur une majorité absolue pour non seulement avoir les mains libres et surtout être en position de force vis-à-vis de Mariano Rajoy. Pour rappel, le leader du PP et président du gouvernement espagnol avait refusé, en septembre dernier, l’autonomie fiscale que réclamait la Catalogne au même titre que le Pays Basque, afin de faire face à la crise qui frappe durement la province la plus riche du royaume et considérant sa contribution financière au Royaume comme trop élevée.

Artur Mas recevant Mariano Rajoy, le président du gouvernement espagnol

En provoquant des élections anticipées, Mas espérait établir un nouveau rapport favorable à la Catalogne et mettre Madrid au pied du mur. Fort de la poussée indépendantiste dans la province – qui s’est matérialisée en septembre dernier avec un grand rassemblement à Barcelone d’environ 1 million de personnes selon les organisateurs – Mas espérait capitaliser ce succès et agiter le sceptre de l’indépendance afin de mieux faire plier Madrid. Une telle stratégie passait notamment par la promesse d’un référendum sur le statut de la province d’ici à 2014, malgré l’opposition du gouvernement central s’appuyant sur la Constitution qui ne prévoit pas une telle disposition.

La poussée des indépendantistes de gauche change partiellement la donne pour le président Mas dans la mesure où il aura besoin de ces derniers pour mener à bien ses projets. La logique voudrait que l’ERC et la CiU s’entendent notamment sur la tenue du référendum d’autodétermination. Toutefois, la percée de l’ERC marque également une sorte de désaveu pour le gouvernement catalan sortant qui s’engage depuis plusieurs mois dans une cure d’austérité afin réduire le déficit abyssal de la province qui subit de plein fouet les contrecoups de la crise, symbolisé par un fort taux de chômage. Il va sans dire que l’ERC demandera des gages assez clairs concernant les orientations économiques et sociales du futur gouvernement, condition sine qua none pour envisager une coalition gouvernementale qui est de toute façon, indispensable pour la CiU, si elle entend gouverner.

La victoire relative d’Artur Mas aura probablement des conséquences majeures sur la stratégie de la CiU. Les résultats montrent qu’au bout du compte, les Catalans, quoique séduits par la voie indépendantiste, ne demeurent pas encore prêts à mettre s’engager dans une telle direction et à placer leur destin dans les mains d’un seul parti, sans compter qu’une telle décision n’est pas sans conséquence sur le plan politique et surtout économique. Aussi, la stratégie d’Artur Mas et de la CiU sera sans doute de répondre aux préoccupations des catalans sur le plan économique et social, passage obligé, avant d’éventuellement penser à l’indépendance. En clair, un référendum courant 2014 semble être caduc, Mas devant tout d’abord s’assurer d’une coalition solide pour espérer se maintenir au pouvoir et rester en position de force vis-à-vis du gouvernement Rajoy.

L’ultimatum d’Erdogan

2023. C’est la date à laquelle, la Turquie sera membre de l’Union européenne… ou pas. C’est du moins la date mise en avant par Recep Tayyip Erdogan lors de sa dernière visite officielle à Berlin, le 31 octobre dernier.

Le Premier ministre turc  n’a pas choisi cette date au hasard. L’année 2023 coïncidera avec le centenaire de la fondation de la Turquie moderne par Mustafa Kemal Ataturk. Une date hautement symbolique pour les Turcs et pour laquelle, le chef du gouvernement espère marquer un grand coup, avec ou sans l’Union européenne.

Ouvertes depuis octobre 2005, les négociations ne cessent de patiner, certains pays membres de l’UE – tels la France et l’Allemagne – bloquant volontairement certains chapitres stratégiques comme la libre circulation des biens et travailleurs ou bien encore la politique économique et monétaire sans oublier la politique étrangère, de sécurité et de défense. De son côté, l’Union européenne n’a officiellement pas réagi à l’ultimatum d’Erdogan, cachant mal un embarras certain, comme le souligne d’ailleurs Joost Lagendijk, ancien député européen néerlandais et spécialiste de la Turquie, dans une tribune parue hier dans le « Today’s Zaman », un quotidien turc anglophone. Pour l’ancien élu écologiste, le manque de réaction des autorités européennes montre un certain malaise mais également une certaine prudence, certains se rappelant du processus d’adhésion bâclé de la Roumanie et de la Bulgarie en 2007.

En posant un ultimatum, Ankara souhaite mettre l’Union européenne au pied du mur en lui forçant la main, tout en montrant son exaspération. Il faut dire que la Turquie a le sentiment d’être menée en bateau depuis de nombreuses années et que l’UE ne semble pas disposée à jouer cartes sur table avec elle. Longtemps optimistes et enthousiastes, les Turcs ont désormais le sentiment d’être floués par une Europe qui ne veut finalement pas d’elle mais qui n’a pas le courage de lui dire clairement. Depuis 2005, en effet, toutes les excuses semblent bonnes pour ralentir au maximum le processus d’adhésion, certains pays évoquant au tour à tour, la question chypriote, les droits de l’Homme sans oublier la lancinante question des frontières… autant d’attitudes et de comportements qui ont fini par convaincre les autorités turques du manque de volonté de l’UE et de ses pays membres quant à la poursuite et surtout la finalité d’un processus dont certains espèrent discrètement qu’il prendra fin dans quelques années, Ankara claquant la porte des négociations de préférence.

Néanmoins, en mettant une échéance, la Turquie espère relancer le processus d’adhésion de son pays à l’UE pour l’instant au point mort d’autant plus que le contexte international lui est favorable, en raison de la crise syrienne. Une manière également de placer l’UE et ses Etats-membres face à ses responsabilités et qui sait, arriver à des résultats concrets. Qui plus est, une éventuelle relance avec un échéancier fixe aurait un effet non négligeable sur une Turquie qui semble marquer le pas dans les réformes en cours et dont l’opinion publique semble de moins en moins europhile au fur et à mesure que la perspective de l’adhésion s’éloigne et que les négociations piétinent de plus en plus.

Recep Tayyip Erdogan, Premier ministre de Turquie, en compagnie d’Angela Merkel, chancelière de la République fédérale d’Allemagne, à Berlin, le 31 octobre dernier

De fait, tout va dépendre de l’UE et de ses Etats-membres et de leur capacité à répondre à l’ultimatum lancé par la Turquie et son Premier ministre. Pour Joost Lagendijk, il s’agit d’une occasion véritable (pour le moment manquée selon lui) de poursuivre les négociations d’adhésion sous de nouvelles bases et en visant de nouveaux objectifs réalistes. Pour la Turquie, il s’agira, en se mettant volontairement la pression et en pressant l’Europe d’agir, de montrer sa volonté de rejoindre l’UE en menant les réformes nécessaires. Ainsi, comme l’exprime si bien l’ex-député européen, l’objectif de 2023 a au moins pour mérite, de fixer un échéancier et d’en finir une bonne fois pour toutes avec une position ambigüe de la part de l’UE, qui ne cesse d’exaspérer la Turquie et qui pourrait donner un nouveau souffle à une situation qui ne cesse de s’enliser et qui ne profite à personne.

« Le meilleur est à venir »

Barack Obama, lors de sa victoire, le 6 novembre à Chicago (Ilinois, Etats-Unis)

Barack Obama a finalement remporté l’élection présidentielle face au républicain Mitt Romney en obtenant 306 grands électeurs sur 538.

L’actuel et quarante-quatrième président des Etats-Unis prolonge donc son bail à la Maison Blanche pour quatre ans supplémentaires. Une large et belle victoire malgré un contexte national et international difficile qui aurait pu couter à Barack Obama ce nouveau mandat qu’il vient de conquérir.

Le candidat démocrate a su faire preuve de lucidité et surtout d’humilité face à la crise et aux attentes des Américains comme le montre par ailleurs son discours prononcé peu de temps après l’annonce de sa victoire, à Chicago. Il le sait, l’heure n’est plus aux promesses mais aux solutions concrètes pour sortir son pays de l’ornière et retrouver le chemin de la croissance. Face à Mitt Romney, Barack Obama a su rassurer et montré qu’en dépit d’un bilan économique décevant, il était toujours l’homme de la situation et en capacité d’apporter des réponses à ses compatriotes.

Mitt Romney, candidat républicain et ancien gouverneur du Massachusetts, battu par Barack Obam

De son côté, Mitt Romney n’a pas su faire la différence malgré une bien meilleure campagne comparée à celle de John Mc Cain en 2008. Malgré son recentrage stratégique (et en partie payant), l’homme a payé certaines de ses erreurs mais fut également de certaines gaffes et déclarations malheureuses de campagne comme celle de Todd Akin sur le viol ou bien encore la polémique qu’il a lui-même provoqué sur les 47% d’Américains assistés, sans compter sa volonté de démanteler certaines mesures symboliques du président américain (comme la réforme du système de santé). Elire Mitt Romney semblait devenir un risque que nombre d’Américains ne voulaient absolument pas prendre en ces temps incertains.

Barack Obama a gagné haut-la-main, reste à savoir ce qu’il fera de son second (et dernier) mandat. Nombre de dossiers reste encore à traiter pour le président américain aussi bien sur le plan intérieur comme extérieur. Ainsi, l’éducation, la relance de l’industrie automobile, ou bien encore la réduction des inégalités et l’emploi tout comme la sortie de la crise financière, la question palestinienne sans oublier le cas épineux de la Syrie et de l’Iran seront sans aucun doute les thèmes qui domineront le nouveau mandat du locataire de la Maison Blanche mais également les relations entre la Maison Blanche et le Congrès avec un Sénat démocrate mais également et surtout une Chambre des représentants toujours sous contrôle des Républicains et qui n’hésiteront pas à lui compliquer la tâche, même si le Grand Old Party – en raison de la défaite de Romney – devra lui aussi se montrer conciliant avec le président démocrate.

Barack Obama en compagnie de sa femme Michelle et de ses filles, Malia et Sacha

Le président des Etats-Unis a donc obtenu un second mandat mais n’est pas encore entré dans l’Histoire pour reprendre si justement l’opinion de Philippe Labro, journaliste à RTL et spécialiste des Etats-Unis. Il est fort à parier que Barack Obama, libéré par l’objectif d’une nouvelle élection, voudra quelque chose d’utile de son mandat, à l’instar de son fameux « Obamacare » qui a marqué la première partie de sa présidence. Un second mandat qui – par définition – sera bien différent du premier (ne serait-ce qu’en raison d’une administration fortement remaniée) et dans lequel, il s’attachera à marquer les esprits pour laisser une trace, un testament.

Donc, le meilleur est encore à venir. Yes, he (still) can !

Obama peut-il encore gagner ?

Barack Obama, président des Etats-Unis, candidat démocrate à sa propre réélection durant sa campagne électorale

Barack Obama peut-il remporter l’élection présidentielle américaine ?

Encore saugrenue, il y a encore un mois, la question semble de plus en plus sérieuse surtout si on réfère aux sondages d’opinion dans lesquels il fait la plupart du temps jeu égal avec Mitt Romney, le candidat républicain, en bonne position pour s’imposer le 6 novembre prochain.

Certes, le président en exercice et candidat démocrate semble revenir dans la course et avoir retenu les leçons de sa bizarre et (surtout) décevante prestation lors du premier débat télévisé dans lequel, il fut purement et simplement surclassé par Mitt Romney, marquant par la même occasion des points décisifs. Qui plus est, il a su redresser la barre en se montrant plus incisif et prenant davantage au sérieux son adversaire qu’il ne l’avait fait auparavant. Enfin, sa gestion de crise suite au passage de l’ouragan Sandy sur New-York et la côte Atlantique a été plutôt bonne et bien accueilli par l’opinion publique américaine. Toutefois, le doute subsiste quant à une éventuelle réélection de l’actuel locataire de la Maison Blanche notamment face à un Mitt Romney qui a gagné en crédibilité et semble être une alternative pour nombre d’Américains.

Barack Obama mène campagne dans un contexte difficile marqué par la crise économique qui a lourdement frappé les Etats-Unis. D’ailleurs, ce n’est pas pour rien que les questions économiques occupent le devant de la scène, nombre d’Américains s’interrogeant à juste titre sur la capacité du président démocrate à faire face de nouveau, aux défis qui l’attendent. L’ancien sénateur de l’Illinois a, il faut le dire, déçu nombre de ses partisans qui espéraient des jours meilleurs, sur le plan économique, un sentiment qui a d’une certaine manière, largement profité à Mitt Romney jugé plus crédible sur ce sujet.

Mitt Romney, candidat républicain et Barack Obama, candidat démocrate, durant le second débat télévisé en octobre dernier

A cela, s’ajoute la stratégie du candidat républicain, finalement bien plus efficace qu’on ne l’aurait pensé. Adoptant un discours très à droite durant les primaires, Mitt Romney s’est progressivement recentré, déstabilisant au passage le camp Obama qui ne s’y attendait pas réellement. Une telle stratégie qui ne s’est pas faite sans risques mais qui a d’une certaine manière payée dans la mesure où donné battu il y a seulement quelques semaines, l’ancien gouverneur du Massachusetts a relancé sa campagne, remobilisant par la même occasion camp et profitant des erreurs stratégiques de son rival, sans toutefois infliger un coup fatal au président sortant.

Difficile dans ces conditions pour Barack Obama de mener campagne tout en espérant une réélection sur un fauteuil. L’actuel président américain l’a bien compris et il doit démontrer au peuple américain qu’en dépit d’un bilan mitigé, de la déception qu’il a suscité (semblable à l’espoir qu’il avait provoqué en 2008) et des erreurs stratégiques qu’il a commises, il reste l’homme de la situation, celui qui pourra redresser durablement les Etats-Unis et la diriger sur une nouvelle voie. En clair, Obama doit jouer la carte du rassemblement – stratégie somme toute classique pour tout président sortant en campagne pour un nouveau mandat – face à l’incertitude que laisserait présager une éventuelle victoire de Romney.

De fait, Obama doit, d’une certaine manière, à nouveau faire ses preuves, bien plus qu’il y a quatre ans où il a profité de l’usure du pouvoir et de l’impopularité de George Walker Bush et des errements de John Mc Cain, son adversaire républicain, pour l’emporter. Son inexpérience supposée s’était même avérée comme un atout majeur, ce qui lui permit de mettre encore plus en avant son fameux slogan de campagne « Yes, we can ! ». Il n’en est rien quatre ans après et il sait qu’il devra batailler ferme pour conserver son poste, malgré les tout derniers sondages qui lui sont favorables notamment dans les Etats dits indécis (les fameux « swing States ») tel l’Ohio ou l’Iowa qui feront in fine l’élection.

En jouant la carte du président rassembleur, Barack Obama peut espérer obtenir un second (et dernier) mandat à la Maison Blanche. Toutefois, cela dépendra fortement de sa capacité à mobiliser ses propres troupes mais également de faire preuve de réalisme notamment face à un Mitt Romney qui n’a pas dit son dernier mot et croit sérieusement à ses chances.

La (petite) victoire de Pauline Marois

François Hollande, en compagnie de Pauline Marois, premier ministre du Québec, le 15 octobre dernier

Pauline Marois, chef du gouvernement québécois, est  à Paris pour une visite de travail de trois jours. Au programme, rencontre avec François Hollande, le président de la République, son homologue Jean-Marc Ayrault et la plupart des haut-responsables politiques de l’Hexagone (dont Claude Bartolone et Jean-Pierre Bel, respectivement présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat). Une rencontre qui a lieu dans la foulée du sommet de la Francophonie qui s’est tenu à Kinshasa (République démocratique du Congo)

La visite de Pauline Marois, bien que non officielle n’en demeure pas moins importante dans la mesure où la chef du gouvernement québécois cherche à remettre la France au centre du jeu dans le cadre des relations avec Ottawa et dans laquelle, elle voit une sorte d’alliée naturelle. Une alliée naturelle pour l’aider à défendre ses intérêts et notamment dans la perspective du référendum sur la souveraineté. A cet égard, elle a même parlé de bienveillance à l’égard de l’Hexagone, histoire de rappeler le poids majeur de la France dans l’histoire de la Belle Province mais aussi les liens historiques et profonds qui lient les deux nations.

C’est d’ailleurs sur ce point là que Pauline Marois s’est rappelé au bon souvenir de François Hollande et de Jean-Marc Ayrault, espérant que le nouveau gouvernement français réaffirme sa ligne historique, celle de la « ni ingérence, ni indifférence » à l’égard des relations entre le Canada et le Québec. Une politique qui fut mise à mal durant la présidence de Nicolas Sarkozy qui avait clairement affirmé sa préférence pour le fédéralisme canadien et affiché sa grande proximité avec Jean Ch     arest, le chef du gouvernement libéral de l’époque. Des propos qui avaient ulcéré les milieux souverainistes qui voyaient dans les propos de l’ancien président une forme de mépris et de provocation mais également d’inculture.

Les souhaits de Pauline Marois se sont en partie réalisés dans la mesure où si effectivement le président français n’a pas employé ces termes, il a en revanche y fait clairement référence en déclarant à l’issue de son entretien avec la Première ministre que cela fait trente ans que cette formule existe et qu’une telle formule prévaut encore aujourd’hui, à la différence de son prédécesseur. En effet, il convient de rappeler que le Parti socialiste et le Parti québécois ont toujours eu de forts atomes crochus, bien plus qu’avec la droite française même si les souverainistes se sont toujours efforcés de maintenir des relations cordiales, afin de défendre leurs intérêts. Comme le résume assez bien une source diplomatique française, « entre les programmes de Harper et de Marois, il n’y a pas photo. Les socialistes et les péquistes sont politiquement sur la même longueur d’onde, qu’il s’agisse de politique fiscale, de gaz de schiste, de l’amiante, etc. »

Stephen Harper, premier ministre du Canada, en compagnie de Stephen Harper, le 7 juin dernier, lors de la préparation du G20

L’enthousiasme affiché par les autorités françaises à l’accueil de Pauline Marois en dit en tous cas assez long sur le rapport que le gouvernement de François Hollande entend entretenir avec la Belle Province tout en ménageant au possible le gouvernement canadien de Stephen Harper, beaucoup plus timoré à l’égard du nouvel exécutif français et qui ne voit pas forcément d’un bon œil, cette (nouvelle) complicité affichée entre la France et le Québec au point que les autorités canadiennes auraient demandé à Paris de « n’en faire pas trop » selon la presse outre Atlantique. Qui plus est, si le président français s’affiche sans aucune difficulté avec Pauline Marois, il le fait avec une certaine retenue afin de ne pas froisser inutilement le gouvernement de Stephen Harper. La France et le Canada ont en effet besoin l’un de l’autre notamment sur le dossier syrien ou bien encore concernant la situation actuelle au Mali comme l’a d’ailleurs rappelée la visite du ministre canadien des affaires étrangères John Baird à son homologue Laurent Fabius, la semaine dernière à Paris. A ce titre, ce dernier a pris soin d’éviter tout prix la fameuse formule du « ni – ni », se contentant de rappeler les bonnes relations que la France entretient aussi bien avec Ottawa qu’avec Québec, une manière subtile de ne pas provoquer d’incident diplomatique.

Pauline Marois en compagnie de François Hollande, sur le perron de l’Elysée, le 15 octobre dernier

La France, de part la voix de son président, semble renouer – sans le dire – avec la politique du « ni – ni » pour caractériser ses relations avec le Canada et sa province francophone, tout en jouant un formidable numéro d’équilibriste comme cela fut déjà le cas dans le passé, realpolitik oblige, comme l’a si bien rappelé l’ancien premier ministre français, Michel Rocard. De fait, il s’agit d’une (petite) victoire pour Pauline Marois dans la mesure où non seulement la France revient sur un principe durement remis en cause durant ces dernières années mais également réaffirme son soutien au Québec comme partenaire majeur sur le plan économique comme culturel.

Le triomphe de Bart de Wever ?

Bart de Wever, leader de la NV-A, et vainqueur des communales à Antwerpen (Anvers), le soir de sa victoire, le 14 octobre dernier

Bart de Wever peut afficher un large sourire. Il vient en effet, à l’issue des élections communales, de conquérir Antwerpen (Anvers) face au bourgmestre socialiste sortant Patrick Janssens avec près de 39% des voix contre 32% pour son rival. D’après les premiers résultats fournis par les médias belges, la Nieuwe Vlaams Alliantie, dont il est le leader, renforce sa place de premier parti en Flandre. Outre Antwerpen, elle a conquis d’autres villes comme Aalst (Alost) ou bien encore Ninove. De leur côté, les autres partis néerlandophones, membres du gouvernement fédéral d’Elio di Rupo, semblent avoir plutôt limité la casse notamment le SP.a (socialiste) qui conserve les villes de Brugge (Bruges) et d’Ostende et les sociaux-chrétiens du CD&V qui conservent Kortrijk (Courtrai) et Ieper (Ypres, la ville de l’ancien Premier ministre Yves Leterme) notamment. Les libéraux de l’Open VLD subissent un fort recul et quant au Vlaams Belang, il poursuit son déclin au profit de la NV-A.

Chez les francophones, aucune formation politique ne semble avoir tiré son épingle du jeu même si le Parti socialiste a résisté en conservant ses bastions (Liège, Bruxelles-Ville, Charleroi, Mons…) et en conquérant de nouveaux comme Anderlecht ou Mouscron tout comme les écologistes et dans une moindre mesure les sociaux-chrétiens du cdH qui conservent Namur, la capitale de la région wallonne.

Le leader nationaliste flamand a donc réussi son pari : transformer les communales – un scrutin local par définition – en une élection nationale, moins d’un an seulement après la formation du gouvernement de centre-gauche d’Elio di Rupo, au terme de dix-huit mois de négociations difficiles entre francophones et néerlandophones au lendemain des élections législatives de juin 2010. En faisant d’Anvers, un enjeu national, Bart de Wever continue à exercer une pression importante sur l’actuel chef du gouvernement belge pour mieux le mettre au pied du mur notamment dans la perspective d’une nouvelle réforme de l’Etat, comprenez, un nouveau transfert de compétences du fédéral aux entités fédérées. A ce titre, le désormais nouveau bourgmestre a même parlé de point de non-retour et a d’ores et déjà appelé les partis francophones à négocier le passage d’une Belgique fédérale à une Belgique confédérale, préalable avant toute scission de la Belgique.

Elio di Rupo, Premier ministre socialiste de Belgique depuis décembre 2011

Si la victoire de Bart de Wever est sans appel, elle n’en demeure pas moins symbolique pour autant, sans compter qu’on reste encore loin du triomphe annoncé. Au niveau local, tout d’abord, le leader nationaliste n’obtient pas de majorité absolue et devra probablement nouer des alliances pour diriger la seconde ville de Belgique, ce qui ne sera pas une mince affaire. Qui plus est, au niveau régional, le parti nationaliste ne fait que renforcer ses positions acquises lors des législatives de 2010 sans compter que les autres formations néerlandophones – telles le CD&V, le SP.a, et dans une moindre mesure les écologistes de Groen! – ont suffisamment limité les dégâts pour espérer encore peser face aux nationalistes flamands notamment dans la perspective des élections régionales et législatives de 2014. Enfin, en se focalisant sur Anvers, médias et analystes politiques (surtout du côté francophone) ont fait du duel Janssens – De Wever, un enjeu national, pour ne pas dire capital pour l’avenir de la Belgique, comme si de ce scrutin (pourtant local) dépendait l’avenir du plat pays.

En se focalisant (un peu trop) sur Anvers, les médias francophones ont donné une large tribune au leader indépendantiste lui permettant au passage de confondre enjeu local et enjeu national. Bart de Wever a su habilement cultiver l’ambiguïté comme le montre d’ailleurs son discours de victoire où il s’adresse par exemple à Elio di Rupo en lieu et place des Anversois. Une stratégie habile et efficace dans la mesure où cela a fortement déstabilisé les Francophones, soumis au rythme et au tempo du leader nationaliste, déjà en piste pour les élections législatives de 2014, des législatives qui s’annoncent, pour le coup, à (très) haut risque pour le gouvernement.

Dès lors, il convient de (fortement) nuancer la portée de la victoire de Bart de Wever à Anvers et la percée incontestable de son parti en Flandre, même si elles doivent être considérées avec attention. Le futur bourgmestre sait qu’il engage une sorte de guerre psychologique avec les partis francophones, Parti socialiste en tête, pour arriver à ses fins et fera tout pour atteindre son but, sa fameuse « révolution copernicienne ». Face à cela, il est de la responsabilité des Francophones de réagir en engageant un bras de fer avec la NV-A mais surtout en apportant des résultats concrets en particulier dans le cadre du gouvernement fédéral. A ce propos, l’attitude et surtout la stratégie d’Elio di Rupo dans les semaines et mois à venir seront déterminantes notamment face à un Bart de Wever, intelligent et surtout redoutable politiquement parlant.

Bart de Wever, saluant ses partisans lors de sa victoire, à Antwerpen (Anvers)

Malgré tout, le plus dur reste à venir pour un Bart de Wever qui rêve de faire de la Flandre un Etat indépendant, membre de l’Union européenne[1]dans la mesure où il doit tout d’abord démontrer qu’il saura gérer Anvers, lui qui n’avait jamais de mandat exécutif jusqu’ici, ce qui n’est pas gagné d’avance, surtout qu’il sait qu’il sera jugé sur des résultats et qu’il sera comparé à son prédécesseur et à son bilan pourtant plébiscité par les Anversois. Qui plus est, à force de mélanger enjeux locaux et nationaux et à se mettre en campagne permanente, il prend le risque non seulement de brouiller son message mais également de voir sa stratégie se retourner contre lui, tôt ou tard.


[1] A ce titre, je vous invite à lire l’excellent papier de Vincent Laborderie, doctorant français en sciences politiques à l’Université Catholique de Louvain (UCL, Belgique), un papier datant de juillet 2012 mais qui reste toujours autant d’actualité, surtout dans le contexte immédiat.

Un Prix qui engage

Le Symbole du Comité Nobel, qui se réunit à Oslo (Norvège) et à Stockholm (Suède)

L’Union européenne a reçu ce vendredi, le prix Nobel de la paix à Oslo (Norvège). A ce titre, nombreux furent les responsables européens et nationaux qui se sont félicités de cette distinction tels Martin Schulz, le président du Parlement européen ou bien encore François Hollande, le président de la République française. José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, a parlé de grand honneur notamment les Européens que nous sommes.

Cette distinction arrive au moment même au l’Union européenne se trouve à la croisée des chemins et qu’elle affronte une crise, la plus profonde de son Histoire. A ce titre, nombre de personnes – principalement sur les réseaux sociaux – s’interrogent sur le bien fondé d’une telle récompense, à l’instar de celle attribuée à l’actuel président des Etats-Unis, Barack Obama, en 2009. Pour certains en effet, attribuer un tel prix est quelque peu incompréhensible, pour ne pas saugrenu, une façon assez subtile de redorer le blason à une institution de plus en plus critiquée par les citoyens. A cela, rappelons même le contexte politique actuel dans lequel les chefs d’Etats et de gouvernement semblent jouer de rivalité et de surtout de méfiance notamment vis-à-vis de la Grèce et des autres PIGS, crise de l’Euro oblige. On est très loin des heures fastes de l’Union européenne où certains leaders nationaux comme Helmult Kohl et François Mitterrand ou certains dirigeants européens comme Jacques Delors (président de la Commission européenne de 1985 à 1995) n’hésitaient pas à mettre en avant leurs convictions pro-européennes notamment face à une opinion publique, pas toujours favorable.

En attribuant ce prestigieux prix à l’Union européenne, le comité Nobel a voulu rendre hommage à l’idée européenne plutôt qu’à l’institution en elle-même, une manière de dire qu’en dépit de ses contradictions, de ses difficultés ou même de ses échecs (notamment durant la crise yougoslave en 1991, prélude à la guerre qui s’en est suivi), l’Union européenne a réussi l’essentiel, à savoir la paix. On l’oublie assez souvent, mais la construction européenne fut initiée sur une espérance, celle de bâtir un espace de prospérité et de paix par et au service des Européens, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, un conflit traumatisant et meurtrier pour nombre de populations. Une idée, lancée par des intellectuels tels Gasperi, Schuman ou bien encore Monet, supposait que les Européens se comprennent et se connaissent, condition sine qua none pour installer durablement la paix mais également la confiance.

L’action de ces Pères Fondateurs a été cruciale pour insuffler cette idée d’Europe et rendre le processus d’intégration, irréversible et logique et ce, malgré les soubresauts de l’Histoire. L’idée d’Europe ne va pas de soi, même si elle semble évidente et facile à évoquer notamment pour la génération actuelle, familier d’ERASMUS ou plus ouverte sur le monde qu’il entoure. Ce qui explique sans doute la réaction sceptique de certains quant à l’opportunité ou non de remettre le Prix Nobel à l’Union européenne, surtout à l’heure où on accuse de tous les maux, et de tous les déficits en particulier démocratique.

C’est donc un prix qui à la fois rend hommage à l’Europe en tant qu’idée mais qui engage l’Union Européenne en tant qu’institution. A l’instar de Barack Obama en 2009, on peut parler de pari sur l’avenir, dans la mesure où l’Union européenne doit désormais se réinventer, tout en n’oubliant pas son but initial, sa raison d’être, c’est-à-dire la paix. Une manière de dire que malgré la crise que traverse l’Union européenne, l’Europe, en tant qu’idée, reste indispensable, surtout dans le contexte actuel. Une idée qu’il convient de conserver et de respecter, ce qui suppose une nouvelle voie pour l’Union européenne, une voie plus citoyenne et plus démocratique.

C’est en cela, qu’il faut comprendre la décision du Comité Nobel, une décision à contre-courant si on se réfère aux tourments actuels de l’Union européenne. Même si cette dernière a encore beaucoup à faire, sa concrétisation et ses réalisations les plus visibles (une monnaie, une législation, des programmes, un Parlement) sont la preuve qu’elle a réussi l’objectif visé par les Monnet, Gasperi, Spaak et autres : assurer la paix dans son espace. Cela vaut bien un prix, même symbolique.

Une élection à (très) haut risque

Partisans de la coalition « Rêve géorgien » rassemblés dans le centre de Tbilissi, le 29 septembre dernier

Ce lundi, les Géorgiens se déplacent aux urnes pour renouveler leur Parlement dans un contexte national et politique très tendu.

Ancienne république soviétique et profitant du démantèlement du bloc de l’Est et de l’URSS en 1991 pour retrouver son indépendance, la Géorgie est toujours à la recherche d’une certaine stabilité géopolitique et interne notamment depuis 2008 et la guerre éclair avec la Russie qui l’a laissée exsangue notamment vis-à-vis de son imposant voisin. Une guerre qui a eu des conséquences majeures sur un plan politique notamment pour l’actuel président, Mikhail Saakachvili, dont certains s’interrogent sur le bien-fondé de sa politique de rapprochement envers l’Union européenne mais aussi l’OTAN qu’elle souhaite rejoindre.

Bidzina Ivanichvili, homme d’affaires et leader de l’opposition

Si à l’heure actuelle, le parti de l’actuel chef de l’Etat reste en tête dans les sondages, l’ambiance semble de plus en plus tendue et la défiance envers le pouvoir de plus en plus forte. Mikhail Saakachvili, fait en effet face à une opposition hétéroclite menée par Bidzina Ivanichvili, un très riche homme d’affaires réputé proche de Moscou qui remet en cause sa pratique autoritaire du pouvoir. De son côté, le Mouvement national uni, le parti de l’actuel président, accuse le Rêve géorgien (la coalition d’Ivanichvili qui regroupe des partis nationalistes, ainsi que d’anciens proches de l’actuel président) de semer le trouble au sein de la population et d’arrimer le pays à la Russie, le grand et encombrant voisin.

Mikhail Saakachvili, président de la Géorgie depuis janvier 2004

Car c’est bel et bien la personnalité du président sortant qui est au centre de la campagne dans la mesure où ce dernier polarise les tensions. Une personnalité ambivalente qui est mise en avant par le Rêve géorgien qui cherche à transformer le scrutin actuel en un référendum pour ou contre Saakachvili. L’homme, figure de proue de la Révolution des roses de 2003[1] et président depuis 2004, a déçu bon nombre de Géorgiens qui mettent désormais en cause sa pratique personnelle du pouvoir mais aussi l’omnipotence de son parti qui détient plus de 80% des sièges (119 sur 150) au Parlement. Face à lui, le Rêve géorgien cherche à fédérer tous les déçus de l’actuel président et capitaliser sur le mécontentent actuel pour mieux conquérir le pouvoir et pousser Saakashvili à la démission. Une hypothèse qui ne semble pas effrayer le parti présidentiel qui met cependant en garde les Géorgiens contre une éventuelle victoire de l’opposition, une victoire qui mettrait en cause le fragile équilibre du pays et sa politique pro-occidentale.

Car il convient de rappeler – et c’est même l’autre enjeu de l’actuelle campagne – que le pays fait l’objet de toutes les attentions et notamment de la Russie, des Etats-Unis et de l’Union européenne en raison de sa position géographique. Situé au cœur du Caucase, la Géorgie est un pays stratégique qui a longtemps oscillé entre le rapprochement avec la Russie et celui avec l’Occident même si Saakachvili mène depuis son arrivée au pouvoir, une politique ouvertement pro-occidentale. Une position qui suscite de nombreuses convoitises et d’importants enjeux aussi bien sur un plan intérieur qu’extérieur et qui pèsent lourdement sur cette campagne électorale très électrique. A ce propos, l’hypothèse d’un rapprochement avec la Russie, prônée par Ivanchvili, est agitée tel un chiffon rouge par celles et ceux qui craignent une perte d’indépendance de la Géorgie, nombre de Géorgiens ayant été déjà très marqués par la guerre de 2008.

Manifestant géorgien devant l’ambassade de Russie, le 28 aout 2008, quelques semaines après la guerre éclair qui a opposé les deux pays

C’est donc un scrutin à haut risque pour le président en exercice Mikhail Saakachvili qui joue son va-tout pour se maintenir au pouvoir en accusant l’opposition de préparer les troubles dès les premiers résultats connus. Vingt et un après sa nouvelle indépendance, la Géorgie connait encore d’importants soubresauts et semble toujours hésiter entre une voie pro-occidentale et prorusse à l’instar des républiques de l’ex-URSS. A ce titre, la polarisation de la vie politique et du scrutin autour du président Saakachvili est un bon indicateur et nul doute que les résultats seront étudiés à la loupe notamment par l’Union européenne dans le cadre de sa politique de voisinage.


[1] Initiée en novembre 2003 au lendemain d’élections parlementaires truquées, la Révolution des roses est un mouvement pacifique menée par Mikhail Saakachvili, alors leader de l’opposition contre le régime d’Edouard Chevardnadze, président de la République depuis 1992. Une révolution qui a poussé ce dernier à la démission et qui s’est finalement conclue par la victoire du parti de Saakachvili aux législatives puis à la présidence en janvier 2004.