Schengen, une réforme déjà en cours

Nicolas Sarkozy l’avait proposé à Villepinte, lors de son grand meeting, dimanche dernier. Il souhaite une réforme en profondeur des accords de Schengen sans quoi il désengagerait la France de manière unilatérale.

Une proposition pour le moins curieuse, voire assez audacieuse visant à séduire un électorat conservateur, pour ne pas dire proche de Marine Le Pen. Le souci, c’est qu’une telle réforme est déjà proposée. Pire, elle est même sur les rails comme l’atteste un fonctionnaire européen.

En effet, certains Etats-membres dont la France avaient déjà demandé une révision des accords de Schengen dès 2011 suite aux printemps arabes et sur l’afflux de clandestins venant notamment de Tunisie et de Libye. Comme le rappelle un article de l’Agence France Presse : « La principale réforme à l’étude prévoit qu’à l’avenir, et en dernier recours, les pays Schengen pourront rétablir temporairement leurs contrôles aux frontières d’un autre Etat Schengen en cas d’afflux d’immigrés clandestins massif et incontrôlé. Et si le pays en question ne parvient pas à faire face. »

Pays membres de l’espace Schengen

La réforme actuellement proposée par la Commission européenne vise à donner des dispositions supplémentaires aux Etats-membres de la zone Schengen en cas de situation exceptionnelle. De ce fait, elle vise à une extension des pouvoirs des Etats-membres qui conservent toujours la possibilité de rétablir les contrôles aux frontières en cas de force majeure et en dernier recours.

De fait, la proposition du candidat de l’UMP n’est pas tellement novatrice en soi dans la mesure où la Commission s’est déjà orientée sur cette voie. Au contraire, il s’agit plutôt d’une démonstration de force à laquelle se livre le président sortant dans le cadre de la campagne électorale, dans le but de séduire un électorat souverainiste et eurosceptique. Qui plus est, un tel positionnement n’est pas sans risques dans la mesure où il faudrait renégocier les accords de Schengen, chose difficile à faire sans toucher à l’édifice de la construction européenne, Schengen étant plus qu’une simple politique, c’est devenu un véritable acquis et une réalisation visible et concrète de l’Union européenne, fruit d’une coopération entre Etats-membres. Enfin, l’éventualité d’une suspension unilatérale de la France des accords de Schengen en cas de modification substantielle de ceux-ci est une menace à prendre avec prudence tant elle ne manquerait pas d’ouvrir une boîte de Pandore dans lequel les autres Etats en profiterait pour appliquer les textes européens en fonction de leurs intérêts du moment.

Toujours est-il qu’en proposant une révision des accords de Schengen, Nicolas Sarkozy donne raison à François Hollande lorsque ce dernier déclarait qu’il souhaitait renégocier le traité instituant le Mécanisme de stabilité financière s’il était élu, une chose jugée impensable par le candidat sortant. Réflexions mises à part, la proposition de Nicolas Sarkozy, bien que largement étudiée par la Commission n’est pas si absurde que soi si dans le même temps, on évoquait la mise en place d’une véritable politique européenne de contrôle des frontières extérieures de l’Union. Autrement dit, passer d’une logique nationale à une logique communautaire le tout sous la conduite de FRONTEX, l’agence de la Commission européenne en charge des politiques migratoires et du contrôle des frontières extérieures. Une éventualité qui aurait été utile d’évoquer si on veut que Schengen garde tout son sens aujourd’hui.

Vers une quatrième cohabitation ?

Alors qu’on a l’œil rivé sur les présidentielles – ce qui est logique en soi ! – Le Monde s’intéresse déjà aux législatives qui se tiendront en juin prochain suivant ainsi la présidentielle et c’est la lecture d’une analyse de Patrick Roger qui m’a attiré l’attention.

Selon le journaliste, et s’appuyant sur une étude menée en lien avec l’Observatoire de la vie politique et parlementaire (OVP), le prochain renouvellement de l’Assemblée nationale pourrait voir se dégager une majorité de gauche, même en cas de réélection de Nicolas Sarkozy.

Un raisonnement qu’il convient de prendre avec prudence mais qui mérite d’être pris avec considération. Pour Patrick Roger, une victoire du très probable candidat de l’UMP ne signifierait pas forcément une reconduction automatique de l’actuelle majorité au sein de l’Assemblée nationale. Une telle hypothèse peut s’expliquer notamment par l’évolution sociologique de certaines circonscriptions mais aussi par les derniers résultats des élections intermédiaires, toutes remportées par le Parti socialiste et ses alliés écologistes, radicaux et du Front de gauche. Ainsi, la gauche, à son capital de 190 circonscriptions sûres (c’est-à-dire qu’elle devrait conserver sans problèmes) pourrait conquérir 65 nouveaux sièges et se retrouverait en position favorable dans 65 autres contre seulement dix-huit circonscriptions.

Cartographie des circonscriptions qui pourraient basculer à gauche (ou à droite) lors des prochaines législatives de juin 2012

Une analyse qu’il convient de prendre avec prudence. En effet, les législatives suivant immédiatement les présidentielles, il y aura quoiqu’il arrive un effet d’entrainement, une dynamique positive du côté du vainqueur. En cas de victoire de Nicolas Sarkozy, il n’est donc pas à exclure que ses partisans se mobiliseront en masse pour assurer à ce dernier une majorité au Palais Bourbon et donc lui donner une majorité pour gouverner.

Or, cette dynamique peut être remise en cause notamment dans le cadre du redécoupage de la carte électorale, réalisée en 2009. Contrairement à une idée reçue, ce redécoupage serait plus profitable à l’actuelle opposition qu’à la majorité, selon l’OVP et Patrick Roger. A cela s’ajoute une extrême droite qui reprend peu à peu des couleurs et qui pourrait retrouver un pouvoir de nuisance comparable à 1997 où le Front national s’était maintenu dans plus de 130 circonscriptions provoquant autant de triangulaires au second tour, triangulaires favorables à la gauche qui avait, dès lors, amplifiée sa victoire aux législatives. Un pouvoir de nuisance d’autant plus important si Marine Le Pen réaliserait un gros score lors du premier tour de la présidentielle.

Aussi, une quatrième cohabitation, quoique peu probable, est loin d’être farfelue et c’est tout l’intérêt de cette étude pertinente. La colère de plus en plus forte d’une majorité de nos compatriotes, mais aussi la véritable envie de changement – les primaires ont, à cet égard, été un clair indicateur – font qu’en cas de victoire du candidat de la droite, l’électorat de gauche voudra se mobiliser. Une mobilisation qui avait joué dans une moindre mesure en 2007 lorsque les sondages prédisaient une UMP dominante de plus de 400 voir 450 sièges à l’Assemblée nationale sur les 577 que compte celle-ci. Finalement, le second tour n’a accordé que 319 sièges au parti majoritaire, perdant au passage plus de 60 députés au profit de l’opposition forte de 206 membres au sortir du scrutin.

Dès lors, c’est la théorie de Lionel Jospin qui se retrouverait contredite, lui qui avait inversé le calendrier électoral en 2000 (dans l’optique des présidentielles et des législatives de 2002) pour créer cet effet d’entrainement. Désormais rien n’est moins sur, même s’il est largement préférable pour la gauche de remporter la présidentielle, ce qui – pour le coup – lui assurerait à coup sur, une (large) majorité au Palais Bourbon.

Ce qui explique sans doute la grosse panique des députés de la majorité !

Gauche dure contre gauche molle

Martine Aubry face à François Hollande et David Pujadas lors du débat du 12 octobre dernier

La campagne du second tour des primaires arrive à son terme. Une campagne plus musclée que la précédente et plus vive également avec des échanges âpres entre les deux finalistes mais également des ralliements de dernière minute – j’y reviendrai dans un prochain article.

Durant cette campagne, une expression m’a retenu l’attention, celle « gauche dure », terme employé par Martine Aubry par opposition au terme de « gauche molle », visant, sans le nommer, François Hollande. Des propositions qui n’ont pas manqué de provoquer l’ire des hollandistes et autres groupies du favori des sondages – tel Romain Pigenel par exemple – pointant par là, une sorte de sectarisme de la part de la maire de Lille, première secrétaire du Parti socialiste.

Derrière cette bataille sémantique se cache un véritable enjeu, conséquence d’un débat qui n’en finit pas d’empoisonner la gauche socialiste et sociale-démocrate aussi bien en France qu’en Europe et que les primaires ont relancé, notamment en raison du contexte social, économique et politique dans lequel on vit.

Par « gauche dure », on ne désigne pas une gauche sectaire, rêvant du Grand Soir, ayant le couteau entre les dents. Sur ce point d’ailleurs, Martine Aubry a été très claire et sans ambiguïté. Par « gauche dure », on entend plutôt une gauche de transformation, une gauche qui ne renonce pas à une simple politique gestionnaire et d’accompagnement des crises, une gauche dépourvue d’ambition et une gauche qui ne s’assume plus de gauche, en clair, une gauche qui a rangé l’utopie du placard.

Les dernières années se sont justement caractérisées par une gauche aussi française qu’au européenne qui s’est plus ou moins conciliée avec la réalité économique actuelle se contentant des questions sociétales plutôt que de transformer la société. Résultat des courses, cette gauche fut priée de retourner dans l’opposition dès 2002, faute d’avoir convaincu mais surtout déçue notamment chez les classes populaires, classes de plus en plus troublées par la « belle Marine ». Cette situation pouvait encore être tenable dans la mesure où la gauche du Parti socialiste regroupait une gauche extrême et de contestation du type LCR, aujourd’hui NPA. Mais la crise est passée par là et avec elle, de nouvelles alternatives plus démocratiques celles-ci.

Cécile Duflot, secrétaire nationale d'Europe Ecologie Les Verts et Jean-Luc Mélenchon, co-président du Parti de gauche et leader du Front de Gauche

La crise financière actuelle doit être l’occasion pour la gauche socialiste de revoir son logiciel et de replacer le curseur sous peine de voir une gauche de la gauche progresser et remettre en cause le leadership du Parti socialiste. D’ailleurs, l’ambition d’Europe Ecologie – Les Verts et du Front de gauche est claire : ne plus se contenter d’être les filiales du PS mais bel et bien de prendre leur part de pouvoir et donc de provoquer la rupture tant attendue. Dès lors, reste au PS, l’alternative suivante : afficher une politique ambitieuse de transformation sociale et écologique pour notre pays (en clair assumer d’être de gauche) ou bien se contenter de recettes antérieures dont on connait déjà les résultats ?

Caricature de Tony Blair, leader du New Labour de 1994 à 2007 et premier ministre britannique de 1997 à 2007

C’est tout le sens du débat entre Aubry et Hollande qui va au-delà d’une simple question de personnes. Car derrière la polémique « gauche dure » contre « gauche molle » se cache notre rapport avec nos partenaires de gauche dans l’optique de la présidentielle à venir. Des partenaires qui furent trop traités comme des enfants et dont on pense que leur ralliement deviendra automatique quelque soit le candidat. Il n’en est rien et la récente déclaration de Cécile Duflot, la secrétaire nationale écologiste, est là pour le rappeler.

Face à l’exigence du moment, il faut une gauche qui ne s’excuse pas d’être de gauche mais qui s’assume et assume ses valeurs et sa couleur. Nicolas Sarkozy – reconnaissons-lui cela ! – avait réussi le tour de force, il y a cinq ans, d’apparaître comme quelqu’un ne reniant pas ses valeurs, affichant ainsi une droite décomplexée. Une droite qui, avait séduit une majorité de nos concitoyens, même si on connait malheureusement la suite.

Alors si François Hollande ne connaît pas la gauche dure et que ses partisans optent volontiers pour une gauche d’accompagnent et de correction – en clair, une gauche molle –, grand bien leur fasse. Moi, je préfère mille fois une gauche dure, une gauche qui n’est pas sectaire mais qui s’assume de gauche et qui n’est complexée. En clair, une gauche décomplexée aussi en paroles qu’en actes et c’est tout l’enjeu du débat qui dépasse la seule personne d’Hollande ou d’Aubry et qui dominera lors des présidentielles dans quelques mois à gauche. Les Hollandistes feraient bien mieux de s’en rappeler si d’aventure, leur champion était désigné dimanche.

Faut-il supprimer le Quatorze Juillet ?

Note à mes lecteurs :

A partir du 18 juillet, c’est le retour des Carnets d’Eté après une année d’absence, l’occasion de passer en mode « Vacances » sur mon blog politique et donc de lever (vraiment) le pied et ce, jusqu’aux alentours du 20 août. Le blog restera toujours actif mais sera davantage centré sur un sujet en particulier en lien avec la philosophie de ce site, bien évidemment !

Alors à très vite !

Gilles

A peine désignée candidate d’Europe Ecologie Les Verts pour la prochaine présidentielle, Eva Joly a suscité la polémique, provoquant des réactions d’une rare violence verbale, comme je l’ai souligné dans l’article précédant.

Mais après la polémique en elle-même, place à la réflexion et à l’analyse politique.

Eva Joly a donc proposé qu’on supprime le défilé militaire du Quatorze Juillet et qu’on le replace par un défilé citoyen, un tel défilé correspondant plus aux valeurs et à l’esprit de la Révolution française. Une telle idée qui ne manque pas de controverses mais qui mérite d’être prise en considération.

Le défilé du Quatorze Juillet est plus qu’une tradition, il s’agit d’une véritable institution, rendez-vous national et d’hommage à notre armée nationale. Le défilé en lui-même existe depuis 1880 dans un contexte où au lendemain de la guerre franco-prussienne de 1870, il était essentiel pour la jeune Troisième République de montrer à son peuple qu’elle avait une armée prestigieuse et qu’elle pouvait être fière d’elle.

Certains estimeront sans doute que le défilé du Quatorze Juillet manque de pertinence, surtout dans le cadre d’une Europe désormais en paix. Après tout, pourquoi maintenir un tel défilé si ce n’est pour assurer un certain service après-vente, histoire de vendre nos rafales et autres véhicules de combat à un Etat tiers quelconque ? Qui plus est, il s’agit du même rituel chaque année, avec le même public, voire les mêmes commentateurs ! (A ce titre, je pense même que Jean-Claude Narcy doit faire preuve de longévité et qu’il doit sans doute s’ennuyer sec à force de présenter les mêmes régiments ^^’)

Pour ma part, et malgré cela, je considère qu’il est primordial de maintenir le défilé du Quatorze Juillet pour les raisons que j’ai évoquées plus haut, ce qui ne veut pas dire que la proposition d’Eva Joly soit absurde, après coup. Au contraire, elle pourrait trouver de sa pertinence si un défilé citoyen célébrant les valeurs de la République, précédait ou succédait au défilé militaire. A ce titre, notre histoire récente a souvent montré que cela était tout à fait possible comme en 1989 lors du bicentenaire de la Révolution française. En effet, le fameux défilé de Jean-Paul Goude avait succédé au défilé militaire classique, un défilé célébrant la nation française dans toute sa splendeur de la Révolution proprement dite à nos jours en passant par la période coloniale.

Finalement, rien de tellement nouveau dans la proposition d’Eva Joly mais finalement une évolution dans la manière de célébrer la République afin de renforcer cette fameuse cohésion nationale dont on parle tant. Qui plus est, c’est la même Eva Joly qui a également proposé pour les puristes et autres fan des défilés militaires qu’un tel évènement puisse avoir lieu le 11 novembre ou bien encore le 8 mai. Il ne s’agit là que d’idées ayant pour but d’alimenter la réflexion mais surtout de susciter le débat. Enfin, l’idée même de suppression n’est pas nouvelle en soi puisque selon un article paru sur le site internet du Figaro, le 1er juillet dernier, les élus écologistes de Paris en avaient appelés à ce sens au président de la République, sans que cela ait fait l’objet de la moindre polémique !

Dès lors, les propos très hostiles et xénophobes des caciques de la majorité et du Premier ministre en tête, sont au bout du compte, incompréhensibles et finalement irrespectueuses, surtout si on réfère à notre Histoire nationale récente. Et si – je le redis une nouvelle fois – je ne suis pas favorable à la suppression du défilé militaire (pour des raisons notamment historiques, mais parce que les Français y sont finalement attachés), toute proposition visant à renforcer l’unité nationale de notre pays et à la célébrer comme il se doit est également la bienvenue et mérite d’être traitée avec considération !

PS : puisque je parlais du défilé de Jean-Paul Goude de 1989 en voici un extrait. Bonne lecture !

Pour une candidature unique ?

La Gauchosphère – comprenez les bloggeurs de gauche – est en pleine ébullition.

Une récente initiative a été lancée, il y a quelques jours, par quelques bloggeurs – « ceux qui comptent » parait-il – afin d’appeler les principaux partis de gauche à promouvoir une candidature unique dans l’optique des présidentielles de 2012. La raison ? Face à un candidat redoutable comme Nicolas Sarkozy – il n’a jamais été aussi bon qu’en campagne, il faut au moins lui reconnaître cela ! – et à la présence, très vraisemblable selon eux, de Marine Le Pen au second tour, il est plus que nécessaire d’unir nos forces et faire derrière le candidat ou la candidate d’une gauche unie pour espérer l’emporter l’année prochaine.

Une candidature unique ne serait pas un évènement en soi dans la mesure où il y a eu un précédent. Je veux bien évidemment faire référence à celle de François Mitterrand, candidat commun du Parti socialiste et du Parti communiste français pour les présidentielles de 1974, conséquence directe du programme commun de 1972 où les deux frères ennemis de la gauche étaient parvenus, non sans difficultés, à se mettre d’accord autour d’une stratégie clairement définie : l’Union de la gauche.

Tract du Parti communiste français soutenant la candidature de François Mitterrand au nom de l'Union de la gauche aux présidentielles de 1974

Depuis lors, jamais une telle stratégie ne s’est reproduite dans le cadre des présidentielles : en 2002, bien sûr où la multiplication des candidatures à gauche a fortement porté préjudice à Lionel Jospin,  ni en 2007 où communistes, écologistes et altermondialistes ont voulu faire entendre leur spécificité avec le résultat que l’on connaît pour ces derniers.

Aussi, et à la lecture de cet appel, je m’interroge sur la pertinence de celle-ci. Bien évidemment, je ne réfute pas le principe d’une candidature unique de la gauche. Toutefois, il aurait été plus judicieux de se poser deux, trois questions pertinentes comme les modalités, quelle personne pour incarner cette candidature unique, quel parti pour tirer la locomotive et surtout quel programme !

Si en 1974, une candidature unique fut possible, c’est en raison même de l’existence du programme commun du Parti socialiste et du Parti communiste français, condition sine qua none pour insuffler une dynamique. Une condition qui reste valable en 2011.

Or, comment bâtir un programme commun sur des positions sur lesquelles il y a conflit ? De fait, il ne suffit pas d’invoquer des primaires ouvertes à l’ensemble de la gauche pour ensuite avoir un candidat unique de la gauche, encore faut-il se mettre d’accord sur une stratégie et surtout un programme communs, un détail qui fait curieusement et cruellement défaut dans cet appel.

Qui plus est, et comme je viens de l’indiquer en filigrane, quel serait le parti le mieux placé pour incarner cette candidature unique ? A l’heure où chaque parti de gauche souhaite avoir son candidat à la présidentielle, un tel appel ressemble plutôt à un vœu pieux sans compter que cela suppose un large processus de désignation mais aussi des accords politiques notamment dans le cadre des législatives. Un tel rassemblement autour d’un candidat unique ne pourrait être que par le Parti socialiste, si on pense avec un certain réalisme. Or, cela me paraît d’ores et déjà inconcevable, je vois notamment mal un Jean-Luc Mélenchon, dont l’ambition est de se présenter à la présidentielle, se rallier à un appel de ce type sauf si c’est lui qui incarne ce fameux candidat unique de la gauche bien évidemment !

Jean-Luc Mélenchon, co-président du Parti de gauche, Cécile Duflot, secrétaire nationale d'Europe Ecologie Les Verts, et Martine AUbry, première secrétaire du Parti socialiste lors de la manifestation contre la réforme des retraites en octobre 2010

Dès lors, je reste assez dubitatif pour ne pas dire sceptique face à cet appel qui a le mérite d’exister néanmoins. Le défi de la gauche n’est pas de proposer une candidature unique mais de proposer une alternative claire, tout en montrant ses spécificités, ce qui fait au bout du compte notre force. Qui plus est, proposer une candidature unique au seul prétexte de la crainte de voir Marine Le Pen présente au second tour, manque de pertinence. Nul ne peut encore prédire ce que sera la campagne à venir, mais on peut faire en sorte que la gauche se présente aux présidentielles avec un message à passer et surtout une alternative à proposer ! C’est le tout le défi des semaines et des mois qui viennent.

Pour consulter l’appel, dirigez-vous sur le site « Unité 2012 » en cliquant ici :

Faut-il supprimer les grandes écoles ?

C’est le retour de la boîte à idées après une longue période de silence. Non pas que je n’avais aucune idée (vous me connaissez ! ;) ) mais que j’ai un emploi du temps bien resserré et que l’écriture d’un article prend du temps (surtout lorsque vous avez deux blogs à tenir).

Toutefois, c’est une récente proposition des Jeunes Socialistes, la branche « 15-30 ans » du Parti socialiste qui m’a attiré l’attention.

Laurianne Deniaud, présidente des Jeunes Socialistes depuis novembre 2009, lors de la présentation du programme « Génération 2012 » à Paris

En marge de leur meeting, le 2 avril dernier, ces derniers ont présenté leur série de propositions intitulé « Génération 2012 » dans l’optique des présidentielles et législatives du printemps de l’année prochaine. Parmi une de leurs propositions, une qui m’a attiré l’attention : celle de fusionner grandes écoles et universités, supprimant de facto la première au profit de la seconde. Selon Laurianne Deniaud, la patronne des Jeunes Socialistes, ces derniers ont « entendu les jeunes de France qui en ont assez des systèmes à deux vitesses entre une minorité de privilégiés et les autres. Nous sommes avec eux quand nous demandons à ce qu’il n’y ait plus de riches grandes écoles pour les riches et de pauvres universités pour les pauvres. En fusionnant les grandes écoles et les universités, nous voulons offrir l’excellence des conditions de travail à chaque jeune de France[1] » (Voir la vidéo de présentation à ce sujet, ci-dessous) :

Une vieille revendication des Jeunes socialistes et qui n’en finit pas de faire des vagues entre eux qui saluent cette proposition et ceux qui la trouvent inique, pour ne pas dire démagogique. Un point de vue qu’il convient de fait de nuancer, l’objectif étant – si je n’abuse – de combler le fossé béant qui existe entre universités et grandes écoles en donnant davantage aux premières.

Pour ma part, je dois bien avouer que j’ai été assez surpris par une telle proposition même si comme je l’ai dit plus haut, il s’agit d’une vieille revendication tout comme l’allocation d’autonomie. De fait, la question n’est pas de savoir s’il faut fusionner université et grandes écoles, ce qui, à mon sens, n’est pas le cœur du débat.

En effet, ce qui importe, c’est de rapprocher universités et grandes écoles, tout en clarifiant les missions de chacune mais aussi en insistant sur le fait que les grandes écoles sont aussi une opportunité pour un public qui n’y aurait jamais pensé et que c’est du devoir et de l’intérêt de ces grands établissements de se rapprocher de ce public. Pour ma part, et venant d’un milieu modeste, j’ai fait une grande école après avoir été diplômé en Histoire (niveau licence) à Paris IV-Sorbonne. Je suis diplômé de Sciences Po Grenoble et qu’on le veuille ou non, mon passage à l’Institut d’Etudes Politiques m’a permis de m’épanouir intellectuellement et m’a également permis d’ouvrir de nouvelles portes et  de saisir de nouvelles opportunités et notamment celle du Collège d’Europe.

Fronton de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris (Sciences Po Paris)

Aussi, la question n’est pas de savoir s’il y a les grandes écoles pour les riches ou les universités pour les pauvres mais plutôt comme assurer la mixité sociale au sein de la première et de donner à la seconde les moyens de ses ambitions. Autrement dit, le prochain défi des grandes écoles comme les IEP, Polytechnique, Les Mines ou bien encore l’ENS est d’être capable de diversifier leur recrutement afin d’intégrer en leur sein les meilleurs éléments d’où ils viennent. Dès lors, il convient de s’interroger sur la meilleure façon de combler les inégalités entre milieux favorisés et milieux défavorisés concernant l’information et l’accès aux grandes écoles.

Dès lors, fusionner grandes écoles et universités est à mon sens une fausse bonne idée tant ces deux pôles recouvrent des objectifs bien différents. Ce qu’il convient de mettre en œuvre, c’est une valorisation de l’université et tout particulièrement des universités situées en province ou bien encore hors Paris intra-muros comme Paris VIII (Saint-Denis Vincennes) ou bien encore Paris XIII (Villetaneuse).

L’Université Paris VIII à Saint Denis

Et si mes jeunes camarades socialistes veulent offrir l’excellence des conditions de travail, cela passe nécessairement par une augmentation des moyens et surtout par un plan ambitieux pour les universités non par la fusion avec les grandes écoles. Au contraire, celles-ci doivent être complémentaires et non constamment opposées.

Pour aller plus loin : je vous recommande l’article de Benoît Floc’h, « 2012, la fin des grandes écoles ? » publié sur le blog « Peut mieux faire », le blog du service « Education » de la rédaction du Monde.


[1] Discours de Laurianne Deniaud à Paris, le 2 avril dernier

L’Europe peut-elle sauver la social-démocratie ?

C’était à l’automne dernier au Collège d’Europe.

Après avoir assisté au cours de « Politics and Policies of the European Union », je pose – à l’heure du diner – une question à mon professeur, Christopher Lord sur l’avenir de la social-démocratie. Pour cet ancien professeur à l’Université Libre de Bruxelles et désormais en poste à Oslo (Norvège), le constat est sans appel. « Weak » (Faible) me répond-t-il. Dès lors, je lui demande ce qui pourrait aider la social-démocratie à remonter la pente et donc être à nouveau crédible envers les citoyens. Il me répond tout simplement : « the European Integration » (L’intégration européenne)

Congrès du Parti socialiste européen en décembre 2006 à Porto (Portugal)

On en parle souvent et le constat est à chaque fois le même. La social-démocratie fait peine à voir et cela n’est pas prêt de s’arranger. Il y a dix ans, elle était encore dominante sur la scène européenne dans une Union à 15 puisque ce n’était pas moins de treize gouvernements qui étaient dirigés par les socialistes, les sociaux-démocrates et les travaillistes ou dans lesquels ils formaient une coalition avec d’autres partis (ce fut notamment le cas en Belgique avec le gouvernement libéral – socialiste de Guy Verhofstadt).

Mais en ce début d’année 2011, la gauche social-démocrate européenne n’est majoritaire ou bien présente dans des gouvernements que dans six des vingt-sept Etats-membres de l’UE. Au sein de celle-ci, elle a été purement et simplement balayée et renvoyé dans l’opposition notamment dans les grands pays tels que la France (depuis 2002), l’Italie (depuis 2008) ou bien récemment l’Allemagne (depuis 2009) et le Royaume-Uni. Elle est encore présente dans la péninsule ibérique et en Grèce mais connaît une impopularité certaine, crise oblige.

L’actuelle crise financière aurait pu donner raison aux socialistes européens que nous sommes mais curieusement les électeurs nous ont davantage sanctionné que les libéraux et les conservateurs pourtant grands responsables. La faute sans doute à un discours plus ou moins brouillé notamment chez certains de nos camarades où on a cru à tort que le libéralisme s’était imposé définitivement, qu’il ne pouvait être remis en question et qu’il fallait tout simplement en atténuer les effets négatifs.

Cette stratégie a rapidement connu ses limites car elle a altéré le discours socialiste et social-démocrate. A la copie, les électeurs préféreront toujours l’original et notamment le discours libéral et conservateur, adepte du fameux « TINA » (There is no alternative). Qui plus est et comme le souligne si bien l’économiste Daniel Cohen : « face à la crise, la droite réagit très simplement : elle remet en question l’Etat-providence, réarme la guerre entre les ayants droit de cet Etat-providence et les autres salariés et, à la mondialisation et à ses peurs, répond par le langage de la peur et un discours sécuritaire[1]. » En clair, pour résoudre la crise, il ne faut pas chercher à assainir le système (en dépit des multiples effets d’annonce) mais à remettre en cause tous les leviers de la solidarité.

Alors qu’on ne donne pas tellement cher de la peau de la social-démocratie, celle-ci pourrait paradoxalement trouver son salut, du moins un nouvel élan, dans l’intégration européenne. Poul Nyrup Rasmussen, ancien premier ministre danois et actuel président du Parti socialiste européen ne s’y était d’ailleurs pas trompé dans une tribune pour le journal « Libération », paru le 1er juillet 2009, soit quelques semaines après les élections européennes. Pour le leader socialiste, « Nous avons peur de défendre une Europe politique plus forte. Nos discours sont hésitants, et parfois même contradictoires. Une fois encore, si nous n’arrivons pas à élaborer un projet clair et ambitieux pour l’avenir politique de l’Europe, nous ne pourrons pas convaincre les citoyens de nous soutenir pour construire une Europe capable de les protéger dans la mondialisation[2] »

Poul Nyrup Rasmussen, ancien premier ministre danois (1993 - 2001) et président du PSE depuis 2004

Changer ou mourir, c’est qu’avait écrit Rasmussen en 2009. En 2011, si la gauche socialiste et social-démocrate européenne veut avoir un avenir, c’est en s’engageant résolument dans l’intégration européenne en optant pour une Europe véritablement concrète et au service de ses citoyens notamment les plus faibles. L’actuelle crise financière doit justement permettre à la gauche socialiste et social-démocrate de repenser l’Europe et la construction européenne, dans une voie fédéraliste et intégrationniste résolument assumée. Face aux eurosceptiques de tout poil, la gauche européenne se doit de prendre ses responsabilités, notamment au sein du Parlement européen.

Dès lors, les prochaines années seront importantes notamment lors du renouvellement de la Commission européenne prévue pour la fin 2014. 2014 qui sera également l’année des prochaines élections européennes et donc du renouvellement des hémicycles bruxellois et strasbourgeois. A cette date, les socialistes et sociaux-démocrates européens doivent avoir réglé certaines de leurs contractions et s’engager sur la voie fédéraliste. En assumant pleinement cette voix, c’est ce qui permettra, sans doute, de remettre la social-démocratie sur de bons rails.


[1] In Le Monde du 18 janvier 2011, « Le « trou noir » de la social-démocratie européenne » par Olivier Schmitt (pour consulter l’article dans son intégralité, cliquer ici)

[2] In Libération du 1er juillet 2009, « Socialistes européens : changer ou mourir », tribune de Poul Nyrup Rasmussen. Pour consulter l’article dans son intégralité, cliquez ici.

TINA

« There is no alternative[1]» : c’est par cette phrase que les conservateurs britanniques menés par Margaret Tchatcher justifiaient les mesures néolibérales des années 1980 au Royaume-Uni. Par la suite, ce fameux credo fut étudié dans les politiques publiques notamment en ce concerne la gestion de celles-ci.

Eric Woerth, ministre du Travail et des Affaires sociales (www.20minutes.fr)

On retrouve ce fameux « TINA » dans le discours adopté par le gouvernement Fillon à propos de la réforme des retraites notamment en ce qui concerne la question de l’âge légal de départ. De part la voix d’Eric Woerth, le ministre du Travail et des Affaires sociales, le recul du départ à la retraite de 60 à 61, voir 62 ans dès janvier prochain serait inévitable et sans aucune autre alternative pour sauver notre système de retraites. Puisqu’on vit plus longtemps, autant travailler plus longtemps, CQFD !

Afin de préparer l’opinion, la droite sarkozyste nous assène ce fameux « TINA », histoire de décourager les gens et leur éviter toute envie d’opposition face à une réforme qui se contente de dire à la majorité des Français – et notamment ceux qui se rapprochent de la fin d’activité : « Vous êtes bien fatigués mais il va falloir travailler encore plus, il n’y a pas d’alternative ! » Et pour mieux faire passer le morceau, on n’hésite à pas s’en prendre à François Mitterrand, ce qui est bien minable et montre toute la frilosité du gouvernement et de la droite sarkozystes, oubliant au passage que les réformes Balladur (1993) et Fillon (2003) ont loin d’avoir eu l’effet attendu !

En choisissant le recul de l’âge de la retraite, le gouvernement Fillon ne fait que suivre le mouvement enclenché par d’autres pays européens avec les conséquences que l’on sait (ex : l’âge de départ légal à la retraite passera progressivement de 65 à 67 ans en Allemagne) mais piétine tout simplement un droit fondamental acquis depuis 1983 qu’est le départ à 60 ans, principe qui fut défendu par tous, même par notre agité de l’Elysée durant la campagne de 2007 et même bien après ! De fait, le gouvernement a choisi la voie de la facilité oubliant au passage des paramètres essentiels que sont la pénibilité mais également la motivation. Vivre plus longtemps ne signifie pas qu’on est apte à travailler plus longtemps, bien au contraire ! et certains métiers restent plus à la peine que d’autres.

L’âge de départ à la retraite à 60 ans est avant tout un principe. Autrement dit, personne n’est obligé ou contraint à cesser son activité lorsqu’il atteint cet âge et est même encouragé à poursuivre son activité s’il en exprime le désir et s’il en a les moyens physiques et mentaux. C’est d’ailleurs l’axe principal de la contre-mesure proposée par le Parti socialiste qui ne voit pas dans la retraite à 60 ans un dogme bête et méchant mais tout simplement un principe, un droit social qu’il faut préserver.

Qui plus est, les propositions du PS insistent sur une contribution de l’ensemble des revenus y compris du capital qu’il convient de faire participer. Un effort général doit être mené par tous mais pas au détriment des seuls travailleurs. En clair, de la justice sociale, ce qui ne fait pas de mal parfois !

En martelant ce fameux credo « TINA », le gouvernement et la droite sarkozyste cachent mal leurs véritables arrières pensés vis-à-vis de la réforme des retraites en faisant croire qu’il n’y a pas d’autres solutions que de prolonger l’activité professionnelle de chacun sans aucune prise en compte des parcours et des spécificités de chacun. Cela montre surtout la volonté de Sarkozy, Fillon et Cie de passer en force, sans ménagement sous-couvert d’un débat plus ou moins artificiel, au risque de plomber une réforme indispensable et qui mérite un consensus national ainsi que la contribution de TOUS !


[1] « Il n’y a pas d’alternative »

Et si on rendait le vote obligatoire ?

Il y a quelques jours, Alain Duhamel, grand éditorialiste reconnu et fin connaisseur de notre vie politique depuis une quarantaine d’années, se prononçait dans une chronique parue dans Libération en faveur du vote obligatoire. Cette prise de position faisait suite au triste record d’abstention observé au soir du premier tour des régionales, le 14 mars dernier. Pour le journaliste, le premier tour de scrutin a été « un désastre civique et une humiliation pour le monde politique », ce qui est en effet – et malheureusement ! – le cas sans compter que le phénomène s’en va en amplifiant.

A ce propos, nombreux sont ceux, comme Duhamel, qui se sont interrogés sur l’abstention et qui considèrent que le vote obligatoire serait une réponse appropriée afin de rappeler aux citoyens toute l’importance du droit mais aussi du devoir de vote.

Il faut savoir que le vote obligatoire est une réalité chez la plupart de nos voisins comme en Italie ou au Luxembourg mais également en Belgique, le cas le plus connu. Dans le plat pays, l’abstention avoisine des taux dépassant rarement les 10% sans compter que l’action de vote est plus ou moins coercitive (du moins incitative) dans la mesure où celles ou ceux qui ne se déplacent pas aux urnes lors des élections sont purement et simplement passibles d’une amende pécuniaire pouvant aller de 25 à 125 euros en cas de récidive. Mais c’est au Grand Duché que la sanction est la plus dure, les amendes allant de 100 à 1000 euros en cas de récidive.

Face à la montée d’une abstention qui fait la part belle aux extrêmes, le vote obligatoire aurait donc des vertus civiques. Toutefois, il convient de nuancer dans la mesure où le vote obligatoire ne saurait être la solution miracle. Comme l’a dit bien souligné Pierre Moscovici, député PS du Doubs lors de sa conférence à Sciences Po Grenoble hier soir, l’abstention est considéré par nombre de nos concitoyens comme un acte de vote ayant plus d’impact que le vote « blanc » ou « nul ». Qui plus est, si le vote est obligatoire, il ne constitue pas – loin de là ! – la solution toute trouvée pour lutter contre l’abstention et les extrêmes. Ainsi, le vote obligatoire n’a jamais empêché les nationalistes flamands et les extrémistes de droite du Vlaams Belang de recueillir réunis 30% des voix en Belgique néerlandophone.

Dès lors, on peut s’interroger sur l’utilité du vote obligatoire si cela n’a pour but que de freiner la montée des extrêmes. Cela provoquerait même l’effet recherché dans la mesure où le vote obligatoire serait synonyme de vote défouloir. Cependant, l’idée du vote obligatoire n’est pas si absurde en soi à la condition que cela s’accompagne d’une reconnaissance du vote blanc, moyen civique à mon sens de concilier devoir électoral mais aussi pour exprimer son désaccord.

Malgré tout, le véritable enjeu n’est pas d’instaurer ou non le vote obligatoire en France mais tout simplement de faire preuve de pédagogie, ce qui suppose à l’avenir de mieux considérer une matière comme l’Education civique juridique et sociale, assez bien martyrisée avec seulement une heure enseignée au lycée tous les quinze jours ! Cela serait un bon départ pour remettre les citoyens dans le chemin des urnes.

De l’état des prisons dans l’Hexagone

Samedi après-midi à Grenoble. En escaladant la Bastille, un de mes amis, camarade socialiste, se met à parler de mon blog et me suggère de parler d’un sujet dont je ne parle jamais : la question des prisons en France.

Cette question intervient alors qu’il y a seulement quelques jours (hier en réalité), un détenu s’est donné la mort à la maison d’arrêt de Corbas près de Lyon. Il y a peu de temps, un homme a également mis fin à ses jours dans la prison de Varces, dans l’agglomération grenobloise.

Il est vrai que jusqu’ici je n’ai jamais donné mon avis sur l’état de nos prisons hexagonales, non pas que le sujet ne m’intéressait pas, mais que tout simplement je n’avais jamais eu le temps de m’y pencher. Qui plus est, cela reste un sujet difficile dans lequel tomber dans le droit-de-l’hommisme tout comme dans le tout-sécuritaire reste assez facile. Trop facile même !

Pour autant, il n’en demeure pas moins que la question des prisons empoisonne aussi bien la droite que la gauche depuis un certain nombre d’années et Dieu sait que les solutions proposées comme alternatives à la détention ont été nombreuses : port du bracelet électronique pour les personnes condamnées à de courte peine, liberté conditionnelle…

La prison n’est pas une fin en soi, un lieu où il est possible d’enfermer pour un temps plus ou moins long tous ceux qui ont eu un comportement répréhensible dans la société. Or, ce qui pose problème actuellement, ce sont les conditions mêmes de la détention.

A ce titre, la France fut, à de nombre reprises, pointée du doigt par la Cour européenne des Droits de l’Homme mais aussi l’Observatoire International des Prisons pour l’état de ses pénitenciers mais aussi pour la façon dont elle traite ses détenus à qui on retire tout droit à la dignité. En effet, on part du principe qu’à partir du moment où ils sont détenus, c’est qu’ils sont en pénitence et qu’ils doivent payer leur dette à la société toute entière.

Or, les conditions de détention peuvent avoir des effets dramatiques notamment pour ceux qui connaissent la prison pour la première fois. En effet, il n’est parfois pas rare qu’un simple délinquant se retrouve dans la même cellule avec celui qui est un multirécidiviste ou bien encore un spécialiste du grand-banditisme ! C’est finalement la conséquence d’une justice qui a la main assez lourde et qui applique parfois de manière aveugle la loi sans se pencher sur l’individu mis en cause.

C’est qu’en France, on a souvent considéré que la prison était la norme et non l’exception. Or, cette logique n’a pas été accompagnée d’une politique carcérale digne de ce nom dans laquelle, on a préféré en revanche, appliquer les peines sans pour autant se soucier des conditions dans lesquelles elles seraient effectuées.

La prison, contrairement à ce qu’on pourrait croire, n’est pas majoritairement peuplée de criminels de la pire espèce du style Michel Fourniret ou bien encore le Belge Marc Dutroux sans oublier Francis Heaulme mais de gens au passif moins lourd qui, du jour au lendemain, peuvent se retrouver complètement brisés par l’expérience. Isolement, conditions de vie immondes (par exemple, trois détenus se partageant une cellule de 10 – 12 m², soit l’équivalent de mon studio à Grenoble, et parfois sans sanitaires)… de telles conditions poussent parfois des hommes et des femmes qui n’ont pas été préparés à l’expérience à se supprimer.

Prison de Riom (Puy de Dôme) (source : http://www.franceinfo.fr)

Face à cela, l’Etat français fut – et c’est une première ! – condamné par le Tribunal administratif de Rouen en 2008, en donnant raison à un ancien détenu pour le préjudice moral qu’il a subi suite à sa détention. Depuis, on promet des nouvelles mesures et on présente de nouveaux plans pour enrayer le nombre de suicides mais aussi améliorer l’état calamiteux de nos prisons (dont certains n’hésitent plus à comparer avec celles de pays comme la Moldavie, c’est dire !). Pour autant, la solution n’est pas uniquement que technique mais aussi « humaine ».

En effet, il faut désormais « humaniser » les prisons dans le sens où ce sont des lieux qui, certes, bannissent les détenus du reste de la société, mais qui doivent leur permettre de les maintenir au sein de celle-ci en leur rendant leur dignité et leur condition d’être humain. Et par dignité j’entends des cellules dignes de ce nom, un parc pénitencier à rénover totalement et surtout une distinction entre détenus en ce qui concerne les peines (en effet, un détenu de droit commun n’a pas à partager sa cellule avec un détenu condamné pour de lourdes peines, par exemple) Cela peut paraître naïf mais finalement, cela reste un élément essentiel à mon sens si on veut une fois pour toutes en finir avec une exception bien française qui consiste à compter le nombre de morts chaque année au sein de nos établissements pénitenciers. Car mêmes les droits fondamentaux s’appliquent dans nos prisons, et cela on a tendance à l’oublier !