Que retenir de la Sublime Porte ?

Avertissement : retrouvez cet article sur mon blog d’expatrié : « Une année à Natolin« 

Que retenir de la Sublime Porte ? Que retenir d’Istanbul ?

L’objectif de ce voyage d’études, qui s’est achevé le 28 octobre dernier, était de mieux comprendre les enjeux qui touchent la Turquie dans le cadre des négociations en vue de son adhésion à l’Union européenne. En clair, être sur le terrain et partir à la rencontre des acteurs de la société civile pour se faire une idée, un point de vue personnel à propos de la Turquie.

Pour ma part, j’étais un farouche partisan de l’adhésion de la Turquie dans l’Union européenne sans pour autant connaître cette dernière sous toutes ses coutures. En effet, si les cours que j’ai eu durant ma seconde année à Sciences Po Grenoble ainsi que ma conscience politique m’ont eu une influence sur mon choix, il n’en demeurait pas moins qu’une visite sur place me permettait de mieux cerner la question turque, quitte à remettre en cause mon engagement en faveur de l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne.

Mon séjour à Istanbul m’a permis d’y voir un peu plus clair. Durant mon séjour, je suis parti à la rencontre des Stambouliotes et d’une société oscillant entre modernisme et tradition. Tradition orientale et musulmane avec son lot de femmes voilées et de mosquées à chaque coin de rue. Modernisme avec des cafés à perte de vue ouvrant jusqu’à très tard et où j’ai du déguster une bonne bière turque, aussi meilleure (sinon plus) que la bière polonaise ou belge. Modernisme également lorsqu’on croise des amoureux qui n’hésitent pas à s’afficher en public ou bien encore un sex-shop qui ne semble déranger personne.

Istiklal, non loin de la place Teskim, le 24 octobre dernier

Certains me diront qu’Istanbul n’est pas la Turquie, ce qui est à la fois vrai et faux. Vrai parce que la société stambouliote me semble plus libre, plus rivée sur l’Europe tout en gardant une influence orientale, ce qui n’est pas le cas du reste du pays, plus traditionnelle. Toutefois, lorsqu’on pense à la Turquie, on évoque immédiatement Istanbul, cette ville qui fait le trait d’union entre Orient et Occident.

Qui plus est, il convient de rappeler que même dans nos pays, il existe ce clivage entre modernisme et tradition, entre ville et campagne. A ce titre, nous pouvons parler de la France et de sa fameuse opposition Paris / Province et si on veut sortir du cadre purement européen, évoquons alors les Etats-Unis et l’opposition entre des côtes beaucoup plus ouvertes sur le monde extérieur et une « Mainstream America » (Amérique profonde), beaucoup plus religieuse et conservatrice.

Pour être honnête, je dois dire que mon séjour en Turquie m’a bouleversé dans la mesure où j’ai découvert quelque chose de différent. Istanbul est une ville orientale qui vit à l’occidentale, ce qui se voit notamment la nuit mais aussi dans la manière de penser et de concevoir la société comme j’ai pu m’en rendre compte lors de ma rencontre avec la coopérative de femmes « Filmor ». Une société et un pays dont le fort sentiment patriotique (voire nationaliste à certains moments) pèse lourd et pèsera sans doute autant dans la poursuite des négociations. Pour épouser et adhérer à l’idéal européen, les Turcs seront-ils prêts à faire des sacrifices et à ranger (du moins en partie) leur nationalisme (et celui qui l’incarne d’outre-tombe à savoir Mustafa Kemal Atatürk) au vestiaire ?

Portrait de Mustafa Kemal dans le Grand Bazar d'Istanbul (photo prise le 23 octobre dernier)

Toutefois, il me paraît évident, avec un peu de recul, que la Turquie a énormément à donner et à apporter à l’Union européenne ne serait-ce à cause (ou plutôt grâce) à sa société stambouliote qui prouve qu’Occident et Orient peut vivre et se mélanger au sein d’un même espace. A ce titre, c’était un peu le signale que nous ont envoyé les différents intervenants que nous avons rencontré lors de notre voyage d’étude : la Turquie bouge, fait les efforts qu’il faut mais se sent découragée en raison de l’attitude plus ou moins incompréhensible des Vingt-Sept (du moins certains). Pour ma part, ce séjour – aussi court soit-il mais intensif malgré tout – m’a conforté dans mon soutien à la candidature turque à l’Union européenne. Si l’Europe ne veut plus caresser ses rêves de grande puissance mais tout simplement les réaliser, elle doit faire le pari de la Turquie, un pari pour l’avenir. Ne pas le faire, c’est prendre le risque de rater une occasion historique face à laquelle, ni l’Europe, ni la Turquie ne s’y relèveraient indemnes.

Photo prise du Palais de Dolmabahçe avec vue sur le Bosphore

Voyage d’études en Istanbul – Troisième journée

Mercredi 27 octobre

Suite et fin de mon voyage d’étude à Istanbul avec une troisième et dernière journée de conférences consacrée à la place et au rôle de la Turquie dans son environnement proche, c’est-à-dire le Caucase, en lien avec la politique de voisinage de l’Union européenne.

La Turquie n’est pas seulement un partenaire de premier plan en raison de ses liens avec l’Union européenne, elle l’est également en raison de sa position stratégique. Pays méditerranéen, il est un point de passage obligé entre l’Orient et l’Occident comme l’ont rappelé en filigrane Erwan Lannion, professeur au Collège d’Europe et Ali Faik Demir du département des relations internationales de l’Université de Galatasaray, carte à l’appui.

 

Ali Faik Demir, Fusun Turkmen et Erwan Lannion durant la conférence, le 27 octobre dernier

En effet, il convient de rappeler que la Turquie est voisine de plusieurs pays et régions connus pour leurs instabilités chroniques essentiellement sur le plan politique. Le Caucase est à ce titre le meilleur exemple notamment si on met en exergue les relations turco-arméniennes dominées par le débat sur la reconnaissance du génocide arménien de 1915 par les troupes ottomanes. Au sein de cette région qui a connu un regain de tension il y a deux ans avec la guerre éclair menée par la Russie à l’encontre de la Géorgie, la Turquie a un rôle de premier plan.

Il en est également de même à propos du Moyen Orient et de son attitude à l’égard du conflit israélo-palestinien. Longtemps alliée indéfectible d’Israël, la Turquie a clairement pris ses distances, quelques mois auparavant, suite à l’affaire de la flottille humanitaire qui a subi le raid de Tsahal (l’armée israélienne) dans lequel neuf ressortissants turcs ont trouvé la mort.

De part sa position, la Turquie a toujours eu un rôle à part dans son proche environnement, ce qui fait d’elle un partenaire plus ou moins incontournable et qui a, qui plus est, de nombreuses cartes à jouer. C’est notamment le cas dans le Caucase où selon les conclusions d’Ali Faik Demir, elle peut contester le leadership recherché par la Russie pour le contrôle de la région. Enfin, si on se place dans un cadre plus global, il faut également son rôle pivot dans le cadre de l’Union pour la Méditerranée.

Une Union qui selon les propos même de l’universitaire et de sa collègue, Fusun Turkmen (également professeur à Galatasaray), peine à se concrétiser car étant une véritable coquille vide. D’ailleurs, si la Turquie s’est longtemps opposée à la constitution d’une telle Union (car pensant qu’il s’agissait d’un piège tendu par la France pour entraver sa route vers l’adhésion à l’UE), elle s’y est montrée finalement favorable même si elle a clairement affirmé que ce partenariat était bien distinct de sa candidature à l’Union européenne.

C’est sur ces propos que se sont achevés nos trois jours de conférences et de débats, moments d’échange intéressants même si je dois bien vous l’avouer, il était parfois beaucoup plus difficile de suivre correctement, mes camarades et moi profitant des confortables sièges de l’auditorium Aydin Dogan, pour terminer nos courtes nuits commencées quelques heures auparavant dans les rues d’Istanbul, une ville qui ne dort jamais (et que je vous invite à découvrir sur mon blog d’expatrié)

Voyage d’études à Istanbul – Seconde journée

Mardi 26 octobre

Suite de mon compte-rendu consacré à mon voyage d’études à Istanbul avec pour toile de fond, les relations Union Européenne – Turquie.

Après une première journée consacrée aux questions internes concernant la société turque, discussion autour des relations entre l’UE et Ankara dans l’optique de la candidature de cette dernière.

Joost Lagendik, ancien député européen néerlandais (membre des Verts) et maître de conférences à l’Université Sabanci d’Istanbul, a notamment rappelé l’état actuel des négociations entre les Vingt-Sept et Ankara, négociations qui piétinent pour l’heure en raison de l’opposition farouche de la France, de l’Allemagne mais également de Chypre (membre depuis 2004) en raison de multiples contentieux (la Turquie ne reconnaît que la partie nord de l’ile, majoritairement peuplée de turcs). Une situation qui ne peut qu’alimenter le scepticisme des Turcs quant aux perspectives d’adhésion de leur pays à l’UE. Un sentiment partagé par Pinar Artiran, maître de conférences en droit européen et international à la faculté de droit de l’Université Bilgi d’Istanbul et diplômée du Collège d’Europe, cette dernière considérant qu’il y a un ressort qui s’est brisé dans les relations turco-européennes et que le rêve s’évanouit peu à peu. Sentiment d’autant plus exprimé qu’elle a longtemps été enthousiaste à une éventuelle adhésion de la Turquie à l’UE, enthousiasme aujourd’hui contrarié en raison de l’attitude des Vingt-Sept dans le cadre des négociations mais aussi dans le cadre des accords en matière d’Union douanière où Ankara connaît une position moins avantageuse.

Erwann Lannion, directeur des études du département « Etudes européennes interdisciplinaires » du Collège d’Europe en compagnie d’Hakan Yilmaz, professeur associé à l’Université Bilgi d’Istanbul

Puis, discussion avec Alain Terraillon, représentant de la Banque Européenne d’Investissement en Turquie et qui nous a fait une présentation générale des réalisations faites par son institution ainsi que des partenariats économiques actuels et à venir. Et pour finir, une intervention d’Hakan Yilmaz, professeur associé à l’Université Bogazici d’Istanbul qui nous a fait un topo sur la façon dont les Européens percevaient les Turcs (et vice-versa) à partir de cinq pays : Royaume-Uni, France, Allemagne, Espagne et Pologne. Un exposé très enrichissant sur la façon dont mes compatriotes identifient la Turquie (c’est ainsi que le chanteur Tarkan ou bien encore le club de football de Galatasaray sert de référence pour de nombreux Français) et que ces derniers se réfèrent en priorité à nos chers responsables politiques pour s’informer à propos de la Turquie. Une excellente façon de se faire manipuler par ceux qui s’opposent à l’entrée de cette dernière dans l’UE et qui pour être majoritaire, n’hésiteront pas à dire tout et surtout n’importe quoi pour y parvenir.

Dans l’après-midi, reprise des ateliers dont un consacré à l’euroscepticisme dans la population turque dans le cadre d’une discussion avec des étudiants de Galatasaray. Une discussion à laquelle aurait très bien pu participer votre serviteur mais a finalement préféré se promener dans les rues d’Istanbul et jouer les touristes.

Mais pour en savoir plus, allez sur mon blog d’expatrié ! ^^’

A suivre : troisième journée – la Turquie en tant qu’acteur régional stratégique

PS : pour finir, je n’ai pas pu résister à vous mettre en ligne une vidéo de ce fameux chanteur Tarkan (dont je suis sur que vous reconnaîtrez l’air qui l’a fait connaître en France  ;) )

Voyage d’études à Istanbul – Première journée

Lundi 25 octobre

Conformément à ce que je vous avais annoncé, voici un compte-rendu des conférences auxquelles j’ai assisté et à l’atelier auquel j’ai participé en dépit d’un certain décalage. En effet, le séjour à Istanbul était si intensif qu’il m’a bien été difficile de tenir mes deux blogs. Mais que cela ne tienne, je me rattrape désormais !

Après notre arrivée la veille à Istanbul et un premier contact avec la Turquie, direction l’université de Galatasaray où se tiennent les conférences organisées par cette dernière et le Collège d’Europe en compagnie notamment d’Ethem Dolga et de Paul Desmaret, respectivement recteur (c’est l’équivalent d’un président d’université) de l’université hôte et de mon établissement venus faire les discours protocolaires dans une ambiance plutôt neutre et sans fioriture.

Paul Desmaret, recteur du Collège d'Europe lors de son discours à l'université Galatasaray d'Istanbul (Turquie), le 25 octobre dernier (crédit photos : MVC)

Par la suite, début de la conférence consacrée aux questions de politiques internes de la Turquie et de l’évolution de la société turque entre modernisme et conservatisme dans le contexte du récent référendum constitutionnel d’octobre dernier. Durant une vingtaine de minutes, chacun des intervenants faisait un exposé son point de vue sous les transformations de la Turquie et de ses enjeux, le plus souvent en anglais. Des exposés que j’ai trouvé assez intéressant et qui m’ont permis d’encore mieux cerner les questions et les débats qui traversent le pays depuis un certain nombre d’années notamment comment est considérée la candidature turque à l’Union européenne au sein de la population. Parmi les intervenants, Jean Marcou, ancien chercheur à l’Institut français de recherches anatoliennes à Istanbul et professeur à Sciences Po… Grenoble !

Lors de l'atelier avec l'association "Filmor" à Istiklal (Istanbul), le 25 octobre dernier (Photo prise de mon téléphone portable)

Mais ce qui m’a sans doute le plus intéressé fut l’atelier que nous avons eu avec Filmor, une association ouvertement féministe et qui se bat pour une meilleure prise en compte des droits de femmes et de l’égalité hommes-femmes au sein de la société turque. Créée en 2001, et organisée sous forme de coopérative, Filmor mène son combat de différentes formes notamment en réalisant des petits documentaires à partir de micros-trottoirs organisés dans les rues d’Istanbul mais aussi dans la Turquie rurale. C’est ainsi que nous avons vu deux vidéos l’un consacré à la notion d’honneur et l’autre au… clitoris ! Derrière cette idée, rien de vulgaire mais tout simplement la question du plaisir comme quelque chose qui n’existe pas seulement chez les hommes mais aussi chez les femmes, et de manière plus générale, la question relative à la sexualité, ce qui est plutôt osé dans un pays tel que la Turquie où la population est à très grande majorité musulmane.

Toujours est-il que la coopérative Filmor m’a étrangement fait penser à l’association « Ni putes, ni soumises » fondé en 2003 par Fadela Amara, l’actuelle secrétaire d’Etat à la Ville même si les buts et l’origine du mouvement ne sont pas tout à fait les mêmes. Toutefois, cette coopérative a le mérite d’exister, signe sans doute du modernisme et de l’ouverture supplémentaire dont fait preuve la Turquie, un pays à la société à mi-chemin entre l’Orient et l’Occident.

A suivre : seconde journée – les relations Union Européenne – Turquie.

La Sublime Porte

Au XIX° siècle, les diplomaties occidentales surnommaient l’Empire Ottoman, « la Sublime Porte » en référence au grand vizirat ou bien encore à Constantinople, l’actuelle Istanbul.

Et c’est dans la plus grande ville de Turquie que je me rends pour une durée de cinq jours à compter de ce dimanche 24 octobre, dans le cadre d’un voyage études organisé par le Collège d’Europe et en collaboration avec l’Université de Galatasaray.

Durant ces quelques jours, je partirais à la découverte des Turcs à l’heure où les négociations entre Ankara et l’Union européenne à propos de l’adhésion de la Turquie patinent.

Grâce à mon fidèle ordinateur portable qui est du voyage, vous pourrez suivre sur mon blog politique mais également mon blog d’expatrié, les détails de mon séjour dans la Petite Anatolie. Ainsi, sur Actupol 3.0 vous pourrez suivre un résumé des conférences et autres visites tandis que sur « Une année à Natolin », je dresserai un carnet de voyage où je vous ferai part de mes impressions et opinions sur Istanbul et la société turque !

Alors à très vite sur Actupol 3.0 et sur Une année à Natolin ! En attendant, voici un petit aperçu :