Que reste-t-il du 10 mai 1981 ? Célébrer le passé pour préparer l’avenir

Une de Libération du 10 mai 2011

Certains se sont interrogés sur l’opportunité de célébrer les trente ans de l’accession de François Mitterrand à la présidence de la République. Après tout, cela fait une génération désormais et ce souvenir demeure loin. Qui plus est, cela donne l’impression que les socialistes que nous sommes restent figés dans le passé, incapables de regarder vers l’avenir.

Il est vrai que ce 10 mai a quelque chose de nostalgique dans l’esprit. L’époque où le rêve pouvait devenir réalité, où tout devenait possible et où la France se donnait un nouvel espoir. Trente ans après, la gauche socialiste se sent un peu orpheline d’une époque qui l’a transformée, faite murir, changée.

Toutefois, cette anniversaire célébré non seulement par les socialistes mais largement relayé par les médias est la preuve une fois de plus que ce 10 mai 1981 a marqué une étape essentielle dans notre Histoire de France.

Dès lors, je ne peux m’empêcher de faire le lien avec la situation actuelle que subit notre pays. Il y a encore quatre jours, on célébrait un triste anniversaire : les quatre ans de l’agité de l’Elysée et son bilan catastrophique pour notre pays. Aussi, la référence à François Mitterrand est une véritable claque pour l’actuel locataire de l’Elysée dans la mesure où trente ans après, le premier marque encore plus les esprits que le second.

L’actuel chef de l’Etat voulait marquer les esprits de par sa rupture, on connait les résultats quatre ans après et ils sont peu fameux ! Dès lors, Mitterrand devient une référence car il symbolisait réellement l’espoir comme en témoigne les centaines de manifestations qui ont eu lieu un peu partout dans l’Hexagone ce mardi.

Toutefois, cette référence à « Tonton » ne doit pas nous faire oublier un objectif essentiel : se tourner vers l’avenir. Mais qui dit se tourner vers l’avenir ne veut pas dire, renier son passé et c’est pour cela que l’héritage mitterrandien, symbolisé par cette journée du 10 mai 1981, doit être préservé au même titre que celui du Front populaire.

Le ou la candidat(e) qui portera nos couleurs l’année prochaine devra bien évidemment porter un message mobilisateur, résolument tourné vers l’avenir mais aussi se revendiquer de l’héritage mitterrandien et des avancées et autres acquis sociaux obtenus de haute lutte durant les quatorze ans de présidence Mitterrand. En 2012, cela sera dix-sept qu’un président de droite occupe l’Elysée, n’hésitant pas à exacerber les tensions entre Français surtout depuis 2007.

L’un des enseignements de ce 10 mai 1981, c’est lorsque la gauche est en capacité à apporter un espoir, un projet et une ambition pour la France, celle-ci devient crédible aux yeux des Français et soutenue par ces derniers. Du fol espoir de 1981 doit émerger le fol espoir de 2012 et tout dépendra du candidat ou de la candidate que nous aurons désigné bien sûr mais aussi de notre capacité et notre volonté à se regrouper pour ensemble.

Alors oui ! Célébrons l’héritage mitterrandien sans tomber dans la « Tonton nostalgie » tout en revendiquant des valeurs mises en avant par celui présida la République de 1981 à 1995. Je tiens à le redire, tout n’était pas parfait dans les années Mitterrand, notamment un second mandat des plus sombres et des plus chaotiques. Mais si le 10 mai a quelque chose de particulier, c’est bien celui de montrer que plus rien n’était interdit tant l’espoir demeurait. A nous de faire renaître l’espoir face à une droite sarkozyste sans indulgence et sans concessions.

François Mitterrand, se dirigeant vers le Panthéon, peu après son investiture à la présidence de la République, le 21 mai 1981

PS : je vous en ligne une dernière vidéo, condensé des années Mitterrand à aujourd’hui et des nouveaux défis qui s’annoncent pour le PS. Bonne lecture !

Que reste-t-il du 10 mai 1981 ? Mitterrand l’Européen

François Mitterrand en compagnie du chancelier de la République fédérale d'Allemagne, Helmult Kohl, en 1994

Je ne pouvais pas faire cette journée spéciale sans évoquer la construction européenne, une construction européenne que Mitterrand affectionnait tout particulièrement.

S’il y a bien quelque chose que l’on doit retenir du 10 mai 1981, c’est bien le pas de géant qui a été fait dans la construction européenne sous la présidence de François Mitterrand. En effet, l’engagement de l’ancien chef de l’Etat pour la Communauté européenne s’est affirmé dans les premières années de son septennat notamment dans le cadre du tandem qu’il formait avec le chancelier allemand, Helmut Kohl.

Une Europe dont François Mitterrand s’était fait l’ardent défenseur quitte à faire des sacrifices. Ainsi, l’épisode de la rigueur s’explique aussi par la volonté du président de la République de l’époque de maintenir la France dans le système monétaire européen (SME), ce qui avait pour conséquence de remettre en cause, la politique de relance. Un choix douloureux et qui a fait des vagues mais finalement indispensable pour poursuivre l’aventure européenne.

Car, comme le rappelle Elisabeth Guigou sur son blog, François Mitterrand avait coutume de dire que la France était notre patrie et l’Europe, notre avenir. Une maxime qui sonne avec insistance aujourd’hui, notamment lorsque les signes de solidarité à Vingt-sept commencent à faiblir.

Le 10 mai 1981, avec l’élection de Mitterrand, a été la force motrice vers une accélération de l’intégration européenne, tordant le cou à tous ceux qui craignaient un arrêt brutal de l’aventure, en raison de l’arrivée d’un gouvernement socialiste dans lequel se trouvaient quatre ministres communistes, qui plus est.

A l’heure où les Etats-membres de l’UE sont tentés par le sauve-qui-peut et le chacun pour soi, à l’heure où les citoyens affichent un pessimisme ambiant, il paraît plus que nécessaire de réaffirmer le projet européen. Hier, nous fêtions le 9 mai, jour de la déclaration Schuman et plus que jamais, l’engagement mais aussi les mises en garde de Mitterrand dans le cadre de la construction européenne doivent nous servir de boussole pour les années à venir.

Sur ce, je vous mets une autre vidéo extraite du discours de François Mitterrand au Parlement européen en janvier 1995 au moment où la France préside le Conseil européen et le Conseil de l’Union européenne. Il prononcera notamment cette phrase restée célèbre : « Le nationalisme, c’est la guerre »

Que reste-t-il du 10 mai 1981 ? Les témoignages

Que faisaient-ils le 10 mai 1981 ? Les dirigeants mais également des militants du Parti socialiste font part de leur témoignage en ce jour particulier.

Des vidéos que je vous invite à lire ci-dessous !

Bonne lecture vidéo !

Gilles

Lionel Jospin (à l’époque premier secrétaire du PS)

Martine Aubry

Benoît Hamon


Que reste-t-il du 10 mai 1981 ? De l’exercice aux regrets du pouvoir

Le 10 mai 1981 ne marqua pas seulement l’avènement au pouvoir du premier président de gauche dans l’histoire de la V° République et d’un fol espoir – je l’ai évoqué dans un précédent article – mais ouvrait également la voie des possibles. A ce propos, nombreux sont les électeurs de Mitterrand qui ont cru mordicus que l’élection de cet homme de soixante-trois ans allait radicalement changer les choses.

Cela fut effectivement le cas durant les premiers mois de la présidence avec toutes les mesures emblématiques que j’ai précédemment citées. Toutefois, les désillusions et autres regrets du pouvoir furent à la hauteur de l’espoir suscité.

Bien évidemment, tout n’a pas été rose dans les quatorze années de la présidence Mitterrand, dans le premier mais aussi dans le second septennat. L’ouverture à des personnalités du centre (type : Jean-Pierre Soisson), les affaires, les écoutes téléphoniques, une certaine gestion monarchique du pouvoir, le chômage touchant 3 millions de personnes, début 1993, la défaite retentissante aux régionales de 1992, aux législatives de 1993 ainsi qu’aux européennes de 1994, les changements de premiers ministres (Rocard, Cresson puis Bérégovoy), et la fin tragique de l’un d’eux (Bérégovoy) peu de temps après la déculottée électorale de mars 1993…

C’est seconde période de la présidence de François Mitterrand fut symbolique de tous les excès, à tel point qu’on était décidément bien loin du 10 mai 1981 et de la promesse de changer la vie. Sans doute que l’exercice du pouvoir a ce côté envoûtant, enthousiasmant mais aussi grisant.

Et sans doute que la référence du 10 mai s’explique comme l’affirmation d’une promesse faite par la gauche et qu’elle n’a su que partiellement tenir, exercice du pouvoir oblige. Comme l’explique Gilles Martinet, directeur-fondateur de France Observateur (devenu le Nouvel Observateur) en 1990, « les socialistes français voulaient se présenter comme un modèle pour les autres partis socialistes, le parti qui réalisera le socialisme dans la liberté. Et c’est à cela qu’on a finalement renoncé en 1982, 1983 sans vouloir le dire. Et le tournant [de la rigueur], c’est l’abandon d’un rêve[1] »

Aussi, quand on pense au 10 mai 1981, on ne peut que penser rétrospectivement aux bons comme aux mauvais moments de l’expérience socialiste. Une expérience plus durable que celle du Front populaire et qui a laissé des traces plus ou moins indélébiles mais également un goût d’inachevé. D’ailleurs, si l’affirmation de l’idéologie socialiste et la référence à la rupture avec la société capitaliste étaient clairement présentes en 1981, celles-ci furent progressivement mises au second plan, sept ans après. La Génération Mitterrand, La France Unie ainsi que la Lettre à tous les français succédaient à La force tranquille et à Changer la vie.

Nouveau regret du pouvoir, me direz-vous ? Peut-être ! Mais maturité, surement ! La gauche qui avait tant promis ce 10 mai 1981 a du faire brutalement face aux principes de réalité, notamment si elle voulait durer

C’est d’ailleurs tout le défi de la gauche d’aujourd’hui : être à la fois, lucide, réaliste mais aussi inventive avec un soupçon d’utopie. Cela est contradictoire mais qui paradoxalement a permis aux socialistes et son leader de l’époque, François Mitterrand de s’imposer en ce soir du 10 mai.

A suivre

PS : une nouvelle vidéo que je poste sur le blog, il s’agit d’une chanson d’Alex Beaupin intitulée « Au départ » et qui revient sur le parcours de la gauche de la victoire de François Mitterrand au choc du 21 avril 2002. En parallèle, la chanson évoque une histoire d’amour également. Bonne lecture vidéo !


[1] In « François Mitterrand, Le roman du pouvoir, Partie 3 : Les illusions perdues (1981-1988) » documentaire réalisé par Patrick Rotman, KUIV Productions 2000

Que reste-t-il du 10 mai 1981 ? Un fol espoir

Un fol espoir. C’est par ces trois mots que l’on peut qualifier ce dimanche 10 mai 1981 : la Bastille prise d’assaut par les partisans du vainqueur, la mine déconfite des partisans du président sortant, Valéry Giscard d’Estaing, les réactions de joie du vainqueur…

Je n’ai absolument aucun souvenir du 10 mai 1981 pour la simple et bonne raison que je n’étais pas né. Aucun souvenir donc de ce moment, ni même de la part de mes parents qui étaient encore au Togo à cette date. Sans doute, une réaction de mes grands-parents qui, comme bon nombre de Français, ont cru mordicus à François Mitterrand.

Il faut dire qu’en revoyant ces images de joie et de liesse, qu’il y avait comme un fol espoir, l’espoir qu’enfin cela bouge en France après vingt trois ans d’une droite tour à tour gaulliste puis libérale pour devenir conservatrice. L’espoir en des lendemains qui chantent et qui retire cette chape de plomb qui étouffait notre bel Hexagone.

C’était donc cela le 10 mai 1981 : un fol espoir contenu dans 110 propositions qui devaient « changer la vie », une manière subliminale de dire qu’on allait faire la révolution sans pour autant demander l’aide de Moscou en faisant défiler des chars soviétiques sur les Champs-Elysées ! On en rigole aujourd’hui mais beaucoup moins certains qui voyaient Mitterrand tel un bolchévique, le couteau entre les dents (si si !)

Un fol espoir qui s’est rapidement concrétisé avec l’avènement des radios libres, la cinquième semaine de congés payés, les 39 heures (qui à la base devaient être une étape vers les 35 heures), la revalorisation du SMIC, l’abolition de la peine de mort, la fin des quartiers de haute sécurité (QHS) dans les prisons…

Un fol espoir donc que j’aurais aimé vivre et lorsque je revois les images d’archives de ce 10 mai 1981, on peut aisément deviner l’importance de ce moment qu’on qualifiait d’historique ! La France que l’on croyait conservatrice pour encore de longues années semblait en vouloir en finir par tant d’années de droite au pouvoir, 1981 et l’élection présidentielle n’étant que la conclusion d’une conquête du pouvoir qui avait commencé dès le lendemain de l’élection présidentielle de 1974 où Mitterrand n’avait été battu que d’un cheveu par Valéry Giscard d’Estaing. L’homme n’avait manqué de déployer toute son énergie, se présentant ainsi comme une alternative crédible.

Un fol espoir qui me fait penser à un autre mois de mai, celui de l’année 1936 où le Front populaire mené par Léon Blum avait remporté les élections législatives. Là aussi, l’espoir était permis et si le gouvernement socialiste – radical (soutenu par les communistes) a eu un bien triste destin, celui de Mitterrand et du premier ministre, Pierre Mauroy, avait toutes les cartes en mains.

A suivre…

PS : je vous mets en vidéo, la célèbre chanson de Barbara (une artiste emblématique de la gauche) « Regarde », à propos de ce fol espoir qu’a suscité ce 10 mai 1981. Bonne lecture vidéo !

Que reste-t-il du 10 mai 1981 : journée spéciale sur actupol 3.0


Dimanche 10 mai 1981 : une date mythique dans l’histoire de la gauche puisqu’elle marque la victoire d’un candidat de gauche – socialiste de surcroît – à l’élection présidentielle, une première sous la V° République et son instauration en 1958.

En dépit d’un emploi du temps resserré – c’est cette semaine que je débute les partiels ! – j’ai quand même tenu à vous proposer cette journée spéciale.

Aussi, retour sur 1981, l’avènement de François Mitterrand à la présidence de la République, les attentes mais aussi les déceptions ainsi que les leçons que nous devons retenir de cet évènement exceptionnel, notamment dans l’optique des élections de 2012.

Alors à mardi sur actupol 3.0 !

Gilles

PS : je vous mets en ligne, histoire de patienter un peu, la fameuse vidéo où Jean-Pierre Elkabach et Etienne Mougeotte annoncent la victoire de François Mitterrand !! Un régal (surtout quand on sait ce qu’ils sont devenus !)


PS 2 : pour aller plus loin, le Parti socialiste a créé un site entièrement dédié au trente ans de la victoire de François Mitterrand, « Mon 10 mai ». A voir en cliquant ici !