L’ultimatum d’Erdogan

2023. C’est la date à laquelle, la Turquie sera membre de l’Union européenne… ou pas. C’est du moins la date mise en avant par Recep Tayyip Erdogan lors de sa dernière visite officielle à Berlin, le 31 octobre dernier.

Le Premier ministre turc  n’a pas choisi cette date au hasard. L’année 2023 coïncidera avec le centenaire de la fondation de la Turquie moderne par Mustafa Kemal Ataturk. Une date hautement symbolique pour les Turcs et pour laquelle, le chef du gouvernement espère marquer un grand coup, avec ou sans l’Union européenne.

Ouvertes depuis octobre 2005, les négociations ne cessent de patiner, certains pays membres de l’UE – tels la France et l’Allemagne – bloquant volontairement certains chapitres stratégiques comme la libre circulation des biens et travailleurs ou bien encore la politique économique et monétaire sans oublier la politique étrangère, de sécurité et de défense. De son côté, l’Union européenne n’a officiellement pas réagi à l’ultimatum d’Erdogan, cachant mal un embarras certain, comme le souligne d’ailleurs Joost Lagendijk, ancien député européen néerlandais et spécialiste de la Turquie, dans une tribune parue hier dans le « Today’s Zaman », un quotidien turc anglophone. Pour l’ancien élu écologiste, le manque de réaction des autorités européennes montre un certain malaise mais également une certaine prudence, certains se rappelant du processus d’adhésion bâclé de la Roumanie et de la Bulgarie en 2007.

En posant un ultimatum, Ankara souhaite mettre l’Union européenne au pied du mur en lui forçant la main, tout en montrant son exaspération. Il faut dire que la Turquie a le sentiment d’être menée en bateau depuis de nombreuses années et que l’UE ne semble pas disposée à jouer cartes sur table avec elle. Longtemps optimistes et enthousiastes, les Turcs ont désormais le sentiment d’être floués par une Europe qui ne veut finalement pas d’elle mais qui n’a pas le courage de lui dire clairement. Depuis 2005, en effet, toutes les excuses semblent bonnes pour ralentir au maximum le processus d’adhésion, certains pays évoquant au tour à tour, la question chypriote, les droits de l’Homme sans oublier la lancinante question des frontières… autant d’attitudes et de comportements qui ont fini par convaincre les autorités turques du manque de volonté de l’UE et de ses pays membres quant à la poursuite et surtout la finalité d’un processus dont certains espèrent discrètement qu’il prendra fin dans quelques années, Ankara claquant la porte des négociations de préférence.

Néanmoins, en mettant une échéance, la Turquie espère relancer le processus d’adhésion de son pays à l’UE pour l’instant au point mort d’autant plus que le contexte international lui est favorable, en raison de la crise syrienne. Une manière également de placer l’UE et ses Etats-membres face à ses responsabilités et qui sait, arriver à des résultats concrets. Qui plus est, une éventuelle relance avec un échéancier fixe aurait un effet non négligeable sur une Turquie qui semble marquer le pas dans les réformes en cours et dont l’opinion publique semble de moins en moins europhile au fur et à mesure que la perspective de l’adhésion s’éloigne et que les négociations piétinent de plus en plus.

Recep Tayyip Erdogan, Premier ministre de Turquie, en compagnie d’Angela Merkel, chancelière de la République fédérale d’Allemagne, à Berlin, le 31 octobre dernier

De fait, tout va dépendre de l’UE et de ses Etats-membres et de leur capacité à répondre à l’ultimatum lancé par la Turquie et son Premier ministre. Pour Joost Lagendijk, il s’agit d’une occasion véritable (pour le moment manquée selon lui) de poursuivre les négociations d’adhésion sous de nouvelles bases et en visant de nouveaux objectifs réalistes. Pour la Turquie, il s’agira, en se mettant volontairement la pression et en pressant l’Europe d’agir, de montrer sa volonté de rejoindre l’UE en menant les réformes nécessaires. Ainsi, comme l’exprime si bien l’ex-député européen, l’objectif de 2023 a au moins pour mérite, de fixer un échéancier et d’en finir une bonne fois pour toutes avec une position ambigüe de la part de l’UE, qui ne cesse d’exaspérer la Turquie et qui pourrait donner un nouveau souffle à une situation qui ne cesse de s’enliser et qui ne profite à personne.

« Le meilleur est à venir »

Barack Obama, lors de sa victoire, le 6 novembre à Chicago (Ilinois, Etats-Unis)

Barack Obama a finalement remporté l’élection présidentielle face au républicain Mitt Romney en obtenant 306 grands électeurs sur 538.

L’actuel et quarante-quatrième président des Etats-Unis prolonge donc son bail à la Maison Blanche pour quatre ans supplémentaires. Une large et belle victoire malgré un contexte national et international difficile qui aurait pu couter à Barack Obama ce nouveau mandat qu’il vient de conquérir.

Le candidat démocrate a su faire preuve de lucidité et surtout d’humilité face à la crise et aux attentes des Américains comme le montre par ailleurs son discours prononcé peu de temps après l’annonce de sa victoire, à Chicago. Il le sait, l’heure n’est plus aux promesses mais aux solutions concrètes pour sortir son pays de l’ornière et retrouver le chemin de la croissance. Face à Mitt Romney, Barack Obama a su rassurer et montré qu’en dépit d’un bilan économique décevant, il était toujours l’homme de la situation et en capacité d’apporter des réponses à ses compatriotes.

Mitt Romney, candidat républicain et ancien gouverneur du Massachusetts, battu par Barack Obam

De son côté, Mitt Romney n’a pas su faire la différence malgré une bien meilleure campagne comparée à celle de John Mc Cain en 2008. Malgré son recentrage stratégique (et en partie payant), l’homme a payé certaines de ses erreurs mais fut également de certaines gaffes et déclarations malheureuses de campagne comme celle de Todd Akin sur le viol ou bien encore la polémique qu’il a lui-même provoqué sur les 47% d’Américains assistés, sans compter sa volonté de démanteler certaines mesures symboliques du président américain (comme la réforme du système de santé). Elire Mitt Romney semblait devenir un risque que nombre d’Américains ne voulaient absolument pas prendre en ces temps incertains.

Barack Obama a gagné haut-la-main, reste à savoir ce qu’il fera de son second (et dernier) mandat. Nombre de dossiers reste encore à traiter pour le président américain aussi bien sur le plan intérieur comme extérieur. Ainsi, l’éducation, la relance de l’industrie automobile, ou bien encore la réduction des inégalités et l’emploi tout comme la sortie de la crise financière, la question palestinienne sans oublier le cas épineux de la Syrie et de l’Iran seront sans aucun doute les thèmes qui domineront le nouveau mandat du locataire de la Maison Blanche mais également les relations entre la Maison Blanche et le Congrès avec un Sénat démocrate mais également et surtout une Chambre des représentants toujours sous contrôle des Républicains et qui n’hésiteront pas à lui compliquer la tâche, même si le Grand Old Party – en raison de la défaite de Romney – devra lui aussi se montrer conciliant avec le président démocrate.

Barack Obama en compagnie de sa femme Michelle et de ses filles, Malia et Sacha

Le président des Etats-Unis a donc obtenu un second mandat mais n’est pas encore entré dans l’Histoire pour reprendre si justement l’opinion de Philippe Labro, journaliste à RTL et spécialiste des Etats-Unis. Il est fort à parier que Barack Obama, libéré par l’objectif d’une nouvelle élection, voudra quelque chose d’utile de son mandat, à l’instar de son fameux « Obamacare » qui a marqué la première partie de sa présidence. Un second mandat qui – par définition – sera bien différent du premier (ne serait-ce qu’en raison d’une administration fortement remaniée) et dans lequel, il s’attachera à marquer les esprits pour laisser une trace, un testament.

Donc, le meilleur est encore à venir. Yes, he (still) can !

Euronews, (enfin) sur la TNT ?

Le siège d’Euronews à Ecully près de Lyon (Rhône)

Euronews enfin sur la Télévision Numérique Terrestre française ? C’est ce que ce suggère en tout cas Fabien Cazenave sur son blog suite au projet d’Aurélie Filippetti, ministre de la Culture et de la Communication, de remplacer France 4, la chaine culturelle de France Télévisions qui peine à trouver son public.

Créée il y a vingt ans et diffusée depuis le 1er janvier 1993, Euronews est le fruit d’une coopération étroite à l’échelle de l’UE et même au-delà entre les principaux services publics nationaux de radiotélévision[1] et l’Union européenne de radiotélévision (UER) basée à Genève (Suisse). Très rapidement, la petite chaine d’information s’est imposée au fil des années comme la chaîne de référence proposant un point de vue européen sur le monde et l’Union européenne.

Toutefois si Euronews est largement diffusée au sein de l’UE, elle reste très méconnue de certains et en particulier des Français. Malgré son statut de chaine de référence, Euronews n’est toujours pas disponible en libre accès et reste considérée comme une chaine secondaire en France, privant nombre de nos compatriotes de la possibilité de s’informer sur les affaires européennes à l’instar de ce qui se passe chez nos voisins comme en Belgique ou en bien encore en Grande-Bretagne où la chaine européenne est non seulement présente sur la TNT locale mais en plus très suivie. C’est ainsi, par exemple, qu’à Antwerpen-Centraal (la Gare centrale d’Anvers) comme à Bruxelles-Midi (Brussel-Zuid), il n’est pas rare de trouver des stands où les voyageurs peuvent regarder Euronews en attendant leur train.

L’absence d’Euronews sur les canaux terrestres numériques pose une fois encore, la place de l’Union européenne et de son traitement dans les médias français. Au moment même où la construction européenne devient de plus en plus concrète et surtout importante dans nos vies de tous les jours, le traitement médiatique sur l’Europe reste encore peu suffisant malgré l’émergence de magazines et de chroniques spécialement dédiées comme Avenue de l’Europe sur France 3 ou encore Europe Hebdo sur LCP/Public Sénat. Des émissions qui ont leur public et salutaires mais qui ne suffisent pas pour répondre au sentiment chronique de déficit démocratique et surtout de déficit informatif vis-à-vis de l’UE ressenti par les citoyens français. La faute est notamment imputable aux médias français – principalement les grandes chaines – qui n’ont ni le temps, ni la volonté (financière) de couvrir correctement l’actualité européenne, sacrifiant au passage les rares émissions spécialement consacrées : France Europe Express (présenté par Christine Ockrent sur France 3 et France Info entre 1997 et 2007) en est un triste et douloureux exemple au passage ! Les responsables politiques ne sont pas en reste dans la mesure où Euronews a toujours été mis de côté des stratégies gouvernementales en matière de télévision et de diffusion de l’information, ce qui est très paradoxal quand on sait que le siège social d’Euronews se situe non pas à Bruxelles à mais Ecully dans la banlieue lyonnaise !

De fait, une présence d’Euronews sur la TNT française ne serait que logique dans la mesure où cela permettrait à nos concitoyens d’être suffisamment et efficacement informés sur les questions européennes et donc d’avoir plus facilement les cartes en main pour se faire une opinion, à partir d’un point de vue non pas national mais européen. A l’heure où la défiance envers l’Europe reste forte, l’information européenne reste primordiale ne serait-ce que pour prolonger et approfondir le débat au sein des Etats-membres. A ce titre, Euronews aurait toute sa place, une place d’autant plus légitime qu’elle traite exclusivement l’Europe depuis sa création et porte un point de vue européen sur le monde.

A charge donc pour les autorités audiovisuelles et le gouvernement français de faire preuve de volonté politique en accordant une bien meilleure place à cette chaine dans le paysage audiovisuel français que celle qu’elle n’occupe actuellement[2]. A l’heure où les médias d’information en continu explosent (tels BFM TV, I-Télé, France 24) et gagnent en popularité, la présence d’Euronews serait non seulement bénéfique mais surtout salutaire pour le débat européen et la légitimité de l’Union européenne vis-à-vis des citoyens.


[1] Parmi lesquels France Télévisions (France), la Rádio e Televisão de Portugal (RTP, Portugal), la Radio Televisión Española (TVE, Espagne), ou bien encore la Radio Télévision Belge francophone (RTBF, Belgique) sans oublier la Radio Télévision Suisse (RTS, Suisse) et la TRT (Turquie)

[2] Euronews est en effet diffusée de 6heures à 6heures 30 sur France 3, 7/7

Un bras d’honneur (et une question d’éducation)

Gérard Longuet a, une nouvelle fois, fait encore parler de lui.

Invité mercredi dernier sur le plateau de Public Sénat dans l’émission « La preuve par trois », le sénateur de la Meuse fut interrogé en off par un des deux journalistes sur la demande des autorités algériennes de reconnaitre de manière franche les crimes commis par la France durant la période coloniale (1830 – 1962).

En guise de réponse, l’ancien ministre de la Défense a répondu de façon brutale et sans ambigüité comme le montre cette image :

Oubliant qu’il était en direct – comme le rappelle d’ailleurs l’onglet – Gérard Longuet a néanmoins reconnu et assumé son geste, considérant que la France n’avait pas à rendre des comptes et qu’elle ne devait pas s’engager dans cet exercice de repentance sans fin.

Si le geste de Longuet était privé (dans la mesure où il avait oublié (enfin espérons-le pour lui !) qu’il était en direct), cela en dit long sur certaines de ses opinions. Rappelons que l’homme est connu pour son opposition farouche au mariage homosexuel et qu’il n’est plus à ce titre, à un propos homophobe près sur la question.

Toutefois, l’attitude de Longuet reste affligeante. Elu de la République et personnage public, il se doit d’être exemplaire, ce qui suppose une certaine modération aussi bien dans la parole que dans le geste. Le bras d’honneur de l’actuel sénateur est d’autant plus affligeant qu’il n’hésite pas, d’une certaine manière, à provoquer les autorités algériennes, une manière de subtile et explicite de leur dire d’aller voir ailleurs (pour rester poli !) En clair, on n’est pas passé loin de l’incident diplomatique, ce qui aurait fait tâche d’huile dans les relations déjà bien compliquées entre la France et l’Algérie.

En adoptant une attitude totalement irresponsable, Gérard Longuet ne rend absolument pas service à son camp politique déjà aux prises avec les assauts du Front national de Marine Le Pen mais également la stratégie droitière de Jean-François Copé qui met progressivement à mal l’unité même de l’UMP. Alors qu’il est attendu de l’opposition et de ses membres, un comportement responsable, le bras d’honneur de Longuet cache mal un mépris certain pour ne pas dire une intolérance sans bornes pour celles et ceux qui ne pensent pas en son sens.

Un geste qu’il va bien falloir expliquer, à l’heure où la défiance des Français envers notre classe politique reste forte. Gérard Longuet, par sa défense, parle de « geste populaire », pas sur que cela suffise pour justifier un tel geste notamment envers les plus jeunes à qui on a déjà bien du mal à leur transmettre la notion de respect, à la fois de soi-même et d’autrui.

Et une tâche encore plus compliquée à faire lorsque certains députés en font autant comme un certain Gilbert Collard, au passage sur la même longueur d’ondes que Longuet (un signe qui ne trompe pas ?) ! Qui a dit que les jeunes étaient mal élevés de nos jours ? 

Obama peut-il encore gagner ?

Barack Obama, président des Etats-Unis, candidat démocrate à sa propre réélection durant sa campagne électorale

Barack Obama peut-il remporter l’élection présidentielle américaine ?

Encore saugrenue, il y a encore un mois, la question semble de plus en plus sérieuse surtout si on réfère aux sondages d’opinion dans lesquels il fait la plupart du temps jeu égal avec Mitt Romney, le candidat républicain, en bonne position pour s’imposer le 6 novembre prochain.

Certes, le président en exercice et candidat démocrate semble revenir dans la course et avoir retenu les leçons de sa bizarre et (surtout) décevante prestation lors du premier débat télévisé dans lequel, il fut purement et simplement surclassé par Mitt Romney, marquant par la même occasion des points décisifs. Qui plus est, il a su redresser la barre en se montrant plus incisif et prenant davantage au sérieux son adversaire qu’il ne l’avait fait auparavant. Enfin, sa gestion de crise suite au passage de l’ouragan Sandy sur New-York et la côte Atlantique a été plutôt bonne et bien accueilli par l’opinion publique américaine. Toutefois, le doute subsiste quant à une éventuelle réélection de l’actuel locataire de la Maison Blanche notamment face à un Mitt Romney qui a gagné en crédibilité et semble être une alternative pour nombre d’Américains.

Barack Obama mène campagne dans un contexte difficile marqué par la crise économique qui a lourdement frappé les Etats-Unis. D’ailleurs, ce n’est pas pour rien que les questions économiques occupent le devant de la scène, nombre d’Américains s’interrogeant à juste titre sur la capacité du président démocrate à faire face de nouveau, aux défis qui l’attendent. L’ancien sénateur de l’Illinois a, il faut le dire, déçu nombre de ses partisans qui espéraient des jours meilleurs, sur le plan économique, un sentiment qui a d’une certaine manière, largement profité à Mitt Romney jugé plus crédible sur ce sujet.

Mitt Romney, candidat républicain et Barack Obama, candidat démocrate, durant le second débat télévisé en octobre dernier

A cela, s’ajoute la stratégie du candidat républicain, finalement bien plus efficace qu’on ne l’aurait pensé. Adoptant un discours très à droite durant les primaires, Mitt Romney s’est progressivement recentré, déstabilisant au passage le camp Obama qui ne s’y attendait pas réellement. Une telle stratégie qui ne s’est pas faite sans risques mais qui a d’une certaine manière payée dans la mesure où donné battu il y a seulement quelques semaines, l’ancien gouverneur du Massachusetts a relancé sa campagne, remobilisant par la même occasion camp et profitant des erreurs stratégiques de son rival, sans toutefois infliger un coup fatal au président sortant.

Difficile dans ces conditions pour Barack Obama de mener campagne tout en espérant une réélection sur un fauteuil. L’actuel président américain l’a bien compris et il doit démontrer au peuple américain qu’en dépit d’un bilan mitigé, de la déception qu’il a suscité (semblable à l’espoir qu’il avait provoqué en 2008) et des erreurs stratégiques qu’il a commises, il reste l’homme de la situation, celui qui pourra redresser durablement les Etats-Unis et la diriger sur une nouvelle voie. En clair, Obama doit jouer la carte du rassemblement – stratégie somme toute classique pour tout président sortant en campagne pour un nouveau mandat – face à l’incertitude que laisserait présager une éventuelle victoire de Romney.

De fait, Obama doit, d’une certaine manière, à nouveau faire ses preuves, bien plus qu’il y a quatre ans où il a profité de l’usure du pouvoir et de l’impopularité de George Walker Bush et des errements de John Mc Cain, son adversaire républicain, pour l’emporter. Son inexpérience supposée s’était même avérée comme un atout majeur, ce qui lui permit de mettre encore plus en avant son fameux slogan de campagne « Yes, we can ! ». Il n’en est rien quatre ans après et il sait qu’il devra batailler ferme pour conserver son poste, malgré les tout derniers sondages qui lui sont favorables notamment dans les Etats dits indécis (les fameux « swing States ») tel l’Ohio ou l’Iowa qui feront in fine l’élection.

En jouant la carte du président rassembleur, Barack Obama peut espérer obtenir un second (et dernier) mandat à la Maison Blanche. Toutefois, cela dépendra fortement de sa capacité à mobiliser ses propres troupes mais également de faire preuve de réalisme notamment face à un Mitt Romney qui n’a pas dit son dernier mot et croit sérieusement à ses chances.

La controverse sans fin du siège unique

Edward McMillan-Scott, vice-président ALDE (libéral-démocrate) britannique du Parlement européen, tenant un siège en papier, symbole de la campagne des libéraux-démocrates en faveur du siège unique à Bruxelles, le 24 octobre dernier.

Le 24 octobre dernier, les députés européens, réunis en session ordinaire, se sont prononcés sur un amendement en faveur d’un siège unique du Parlement européen, de préférence à Bruxelles. Un vote sans appel puisque 518 députés ont soutenu la résolution contre seulement 149.

La résolution n’a aucune valeur juridique dans la mesure où une modification des Traités est nécessaire, ce qui est du ressort des Etats-membres. Néanmoins, ce vote est une nouvelle illustration de la controverse sans fin qui existe à propos de l’implantation définitive du Parlement européen toujours partagé entre Bruxelles et Strasbourg et dans laquelle les partisans de la capitale alsacienne sont de moins en moins nombreux. En effet, selon Jean Quatremer, les députés italiens, espagnols et polonais qui jusqu’ici soutenaient Strasbourg, semblent finalement avoir rejoint la position des pro-Bruxelles, isolant encore un peu plus la France sur ce sujet qui plaide encore et toujours pour le maintien du Parlement en Alsace.

Pour ceux qui ne le sauraient pas encore, le Parlement européen est partagé entre trois villes, Bruxelles (pour les commissions), Strasbourg (pour les séances plénières) et Luxembourg-Ville (pour le secrétariat général). Une situation inédite pour une institution démocratique et représentative des citoyens qui perdure depuis des décennies et qui irrite de plus en plus une part de plus en plus croissante de députés européens, désireux de mettre un terme à cette situation ubuesque. A ce titre, plusieurs tentatives furent menées pour remettre en cause la présence du Parlement à Strasbourg en soulignant notamment le manque d’attractivité de la capitale alsacienne notamment en termes d’accès face à Bruxelles, mieux appréciée et surtout bien mieux desservie.

Si la controverse n’est nouvelle en soi, elle prend une nouvelle ampleur dans la mesure où les partisans du maintien du Parlement à Strasbourg sont de moins en moins nombreux et se font de moins en moins entendre. En effet, nombreux sont ceux qui souhaitent désormais un rassemblement de l’ensemble des activités parlementaires à Bruxelles, exerçant encore un peu plus une pression sur le gouvernement français qui se retranche derrière les traités faisant de Strasbourg, le siège (officiel) du Parlement européen, et qui, par conséquent, fait une fin de non-recevoir.

La position française est compréhensible dans la mesure où Strasbourg, ville-frontière, symbolise la réconciliation et surtout la paix durable entre les Français et les Allemands. Les symboles ont évidemment un sens en politique et c’est en toute logique que les autorités françaises tout comme les députés européens français (toutes tendances confondues) soutiennent mordicus la capitale alsacienne et font tout pour respecter l’esprit et surtout les dispositions des textes communautaires. Certains vont même plus loin en proposant que Strasbourg reçoive ce fameux siège unique, prenant au mot les pro-Bruxelles qui militent en ce sens depuis des décennies. Toutefois, en se braquant sur ses dispositions, et en refusant tout dialogue avec les pro-Bruxelles (afin de parvenir à un compromis), la France risque de ternir son image et d’irriter ses partenaires ainsi que la plupart des députés européens, élus par les citoyens de l’UE (et défendant donc leurs intérêts). Comme le souligne si bien Anna Corazza-Blidt, député italo-suédoise, membre du PPE et citée par Jean Quatremer sur son blog : « cette situation créée du ressentiment contre la France et ce n’est pas sain ». Qui plus est, dans une Europe en voie de fédéralisation, il convient de rappeler que l’essentiel du pouvoir se trouve à Bruxelles et qu’il est de la responsabilité du Parlement, s’il veut peser davantage au sein du processus décisionnel européen, d’être aux premières loges, et non à l’écart. Rester en Alsace, serait contre-productif dans la mesure où c’est à Bruxelles que tout se décide et ce, depuis un bail.

Plusieurs alternatives ou solutions de rechange sont malgré tout proposées par les pro-Bruxelles, soucieux et conscients de la charge symbolique de Strasbourg comme la création d’une université européenne[1] ou bien encore le transfert de la Cour de justice européenne, faisant de la capitale alsacienne, la capitale européenne du droit (grâce à la présence de la Cour européenne des Droits de l’Homme). Autant de pistes intéressantes à envisager afin que Strasbourg et surtout la France ne se sente pas lésée si d’aventure on décidait à mettre un terme à cette controverse. Toujours est-il que les autorités françaises ne pourront jouer indéfiniment à ce jeu surtout si une majorité de plus en plus large de députés européens se prononce désormais pour Bruxelles, fragilisant encore un peu plus la position française (et des députés européens français), désormais soutenue que par les conservateurs allemands.

Le siège du Parlement européen à Strasbourg (Bas-Rhin)

Aussi, la France a une nouvelle fois l’opportunité de prendre une décision courageuse en faveur de l’implantation définitive du Parlement européen à Bruxelles mettant fin à une controverse coûteuse en temps comme en argent[2]. Toutefois, un tel acte ne sera que possible que si on offre au gouvernement français une contrepartie juste mais surtout sérieuse.


[1] A ce titre, un transfert, par exemple, du Collège d’Europe de Bruges à Strasbourg pourrait être une idée tout à fait défendable et envisageable.

[2] On estime à près de 220 millions d’euros par an le coût de la transhumance (c’est-à-dire le transfert des députés européens ainsi que des fonctionnaires et contractuels du Parlement) de Bruxelles à Strasbourg, chiffre avancé par les pro-Bruxelles et invérifiable cependant

Un congrès, pour quoi faire ?

Salle du Congrès du PS, à Toulouse, le 26 octobre

Ce week-end, les socialistes sont réunis pour leur soixante-seizième congrès ordinaire qui se tient à Toulouse (Haute-Garonne) jusqu’à dimanche matin.

Ce nouveau congrès se tient seulement six mois après la victoire du Parti socialiste aux élections présidentielles et législatives et dans lequel demeure très peu d’enjeux. En effet, les militants ont auparavant départagé les motions par un vote et ont sans surprise largement soutenu le texte d’Harlem Désir. Ils ont également sans surprise largement élu ce même Harlem Désir à la tête du Parti socialiste face à Emmanuel Maurel, le désormais représentant de l’aile gauche du parti, qui a tout de même recueilli près de 30% des suffrages.

Les socialistes se rassemblent donc à un moment où les Français s’interrogent de plus en plus à propos de la politique gouvernementale actuellement menée, comme l’indiquent clairement les sondages où François Hollande et Jean-Marc Ayrault poursuivent leur chute libre. Les critiques se font, en effet de plus en plus vives notamment de la part de l’opposition qui n’hésite pas à qualifier l’exécutif d’amateurisme, jetant un trouble supplémentaire sur la capacité du gouvernement à apporter des solutions concrètes aux problèmes des Français et à apporter ne serait-ce que les premiers signes du changement tant promis par le candidat Hollande durant la campagne.

Harlem Désir, premier secrétaire du PS en compagnie de Jean-Marc Ayrault, Premier ministre (Photo : Mathieu Delmestre)

Dès lors, certains s’interrogent sur l’opportunité d’organiser un tel Congrès, seulement quelques mois après des élections victorieuses et dans lequel, les socialistes se contenteront de se féliciter des actions entreprises par le Premier ministre et de son gouvernement et qui n’aura pas (encore) le recul et surtout la lucidité nécessaire pour avoir un œil critique sur sa propre politique ? Un congrès où tout est réglé comme du papier à musique et qui ressemble à un défilé de ministres et de cadres du parti, rivalisant d’éloquence sur la définition du socialisme et dissertant sur le rôle (de soutien) bien évidemment) du Parti socialiste devant les délégués fédéraux et les caméras ?

A l’heure où les Français doutent de plus en plus de la stratégie menée par le président de la République et le Premier ministre, le Parti socialiste doit bien évidemment rassurer et être pédagogue, en rappelant sans relâche l’objectif initial et principal du gouvernement, le redressement du pays dans la justice. Cependant, si le PS doit être pédagogue et s’ériger en soutien de l’exécutif, il doit faire preuve d’esprit critique, ce qui suppose un parti qui interpelle le gouvernement et qui relaye les inquiétudes et les interrogations des Français, surtout quand cela ne va pas.

Le Congrès de Toulouse pourrait être à ce titre le lieu où le Parti socialiste devrait en profiter pour interpeller le gouvernement tout en lui réaffirmant son soutien notamment face à une opposition revancharde mais empêtrée dans ses règlements de compte entre copéistes et fillonistes. L’enjeu est de taille pour un Parti socialiste qui doit montrer qu’il n’est pas un parti godillot, filiale de Matignon et de l’Elysée mais bel et bien un parti en phase avec les attentes et les préoccupations de nos compatriotes, ce qui suppose un parti ouvert et surtout lucide.

Harlem Désir, premier secrétaire du PS, en compagnie de Delphine Batho, ministre de l’Environnement (Photo : Mathieu Delmestre)

Dès lors, les prochaines semaines seront importantes mais également le premier discours d’Harlem Désir en tant que patron du Parti socialiste. A lui de démontrer, demain, lors de la troisième et dernière journée du Congrès de Toulouse, que ce rassemblement était bel et bien utile, pas seulement pour le Parti socialiste en lui-même, mais pour l’ensemble des Français. Et s’il est vrai qu’il est plus intéressant et plus « drôle » – surtout pour les journalistes ! – de voir un Congrès socialiste sans dessus dessous (comme à Rennes en 1990 ou à Reims en 2008), il n’en demeure pas moins que le rassemblement de Toulouse ne sera utile que s’il est réellement tourné vers nos compatriotes et non pas concentré uniquement sur la tambouille interne du Parti. A ce titre, le discours de clôture sera, à mon sens, très intéressant !

Une photo (déjà) culte

Article court pour une fois. Et pour une fois, je ne vais pas parler de politique (du moins, pas directement).

Hier après-midi, se sont tenues plusieurs manifestations contre le projet gouvernemental prévoyant l’autorisation du mariage pour tous (autrement dit aux couples homosexuels) un peu partout en France et notamment à Paris où 700 personnes se sont rassemblées à l’initiative d’Alliance Vita, une association catholique et apolitique fondée par… Christine Boutin, ancienne ministre du Logement, présidente du Parti Chrétien Démocrate et qui s’est surtout illustrée pour son opposition farouche (et ridicule) au Pacte civil de solidarité (PACS) en 1999, une des mesure-phares du gouvernement de Lionel Jospin. Ces manifestants – pour la plupart âgés et blancs – défilaient avec pour slogan : « Un papa, une maman, on ne ment pas enfants ! »

A ce slogan, les associations favorables au mariage pour tous mais également de simples citoyens ont répondu de manière plus ou moins décalée. Et c’est à Marseille que deux jeunes femmes ont sans doute donné la plus belle réponse à celle et ceux qui ne manquent pas d’arguments et surtout d’imagination pour condamner ce qu’ils considèrent comme un péché originel, un crime contre la nature humaine et l’ordre des choses, comme le montre cette photo.

J’ai adoré ce cliché que je trouve magnifique car tout est dit en un seul clic : face au combat rétrograde et intolérant de certains, deux jeunes femmes s’embrassent sans aucune peur et surtout sans aucune honte, comme si elles voulaient faire comprendre aux manifestants qu’elles n’en avaient cure de leurs avis sur la question du mariage pour tous. Une photo qui montre un formidable décalage entre deux générations : une nostalgique, conservatrice et noyée dans ses préjugés et ses principes, l’autre qui va de l’avant, qui vit avec son temps et qui est surtout heureuse, pour ne pas dire fière. D’ailleurs, il suffit de voir les réactions effarées des manifestantes au second plan pour voir leur impuissance, comme si elles avaient compris qu’elles ne pourraient rien contre une expression pure et simple du bonheur, contre deux femmes qui s’aiment et qui sont heureuses ainsi.

On ne sait finalement pas si les deux femmes sont réellement lesbiennes ou si ce sont tout simplement femmes qui ont agi de manière citoyenne. On ne le saura jamais sans doute et finalement ce n’est pas l’important. Cette photo est d’ores et déjà culte sans compter qu’elle diffuse un message politique évident. Une photo qui arrive à point nommé en plein débat sur le mariage pour tous et qui vaut tous les arguments du monde notamment face à ceux qui ne prônent que des principes et montrent toute leur intolérance au nom du respect de certaines valeurs familiales (et dans lesquelles, les préceptes religieux ne sont jamais bien loin !)  

L’UDF 2.0 ?

Jean-Louis, président de l’Union des démocrates indépendants (UDI) lors de l’assemblée constituante de son parti, le 21 octobre à la Mutualité (Paris)

C’est ce dimanche à Paris, que Jean-Louis Borloo a lancé son nouveau parti, l’Union des démocrates indépendants, en présence notamment de Jean-Marie Bockel, président de la Gauche moderne et d’Hervé Morin, président du Nouveau Centre, mais également de Rama Yade, sans oublier Chantal Jouanno, ancienne ministre des Sports et actuelle sénatrice de Paris.

L’UDI est donc cette nouvelle formation politique qui rassemble pêle-mêle, la Gauche moderne (les ex-sarkozystes de gauche), le Nouveau Centre (les centristes ralliés à l’ex-ancien président de la République), quelques transfuges du Modem déçus de François Bayrou et de sa stratégie solitaire (tel Alain Dolium, tête de liste lors des régionales de 2010), ainsi que de l’UMP dont Chantal Jouanno qui officialise son départ et dont l’arrivée à l’UDI fut très critiquée par ses anciens amis politiques, l’accusant d’opportunisme. Une nouvelle formation politique, de centre-droit qui se veut ambitieuse et indépendante de l’UMP et qui souhaite, selon les mots de son fondateur, devenir le premier parti de France dans l’optique des élections municipales de 2014

Jean-Louis Borloo profite donc de l’espace laissé au centre, de la rivalité Fillon – Copé à l’UMP et la marginalisation « définitive » de François Bayrou pour s’imposer au sein d’une nouvelle formation politique taillée sur mesure pour lui notamment dans la perspective de la prochaine élection présidentielle en France. L’ancien ministre a été très clair, l’UDI se veut l’héritier l’UDF, le parti fondé par Valéry Giscard d’Estaing et disparu de la scène politique au lendemain de la présidentielle de 2007. En clair, l’UDI doit renouer avec les grandes heures du centre-droit en plaidant, certes, pour une alliance avec l’UMP, tout en étant en position de force à son égard, afin de gagner en crédibilité et surtout en respect.

Toutefois, en voulant renouer avec l’UDF et sa gloire fanée, l’ancien ministre brouille d’une certaine manière son message et prouve une fois de plus, en se positionnant en faveur de l’UMP, l’incapacité du centre-droit à s’inscrire dans une démarche politique réellement indépendante. François Bayrou avait, à sa décharge, bien tenté de faire du Mouvement démocrate, une formation réellement centriste devant jouer un rôle central dans la vie politique française face au PS et à l’UMP. Les mauvais choix et surtout les erreurs stratégiques fait par l’ancien candidat à la présidentielle sans oublier les trahisons diverses et variées de ces soutiens politiques auront eu raison de l’objectif fixé par ce dernier. En réaffirmant une alliance naturelle avec l’UMP, l’UDI apparait une fois de plus, comme un parti dépendant de l’ex-parti majoritaire, ne serait-ce que sur un plan électoral, le nouveau parti de Jean-Louis Borloo ayant peu d’élus au niveau national comme local.

Qui plus est, l’UDI en s’inscrivant dans la suite logique de l’UDF, montre qu’elle se trompe d’enjeu et surtout d’époque. La France de 2012 n’est en aucun cas la France des années 1970 ou même des années 2000 et en faisant clairement référence à Valéry Giscard d’Estaing ou bien encore Simone Veil, (ancienne ministre, mère de la loi sur l’avortement en 1974 et invitée surprise de l’assemblée constituante, ce dimanche), l’UDI semble se tourner vers le passé en s’inspirant de vieilles recettes plutôt que vers l’avenir et faire des propositions pour la France et les Français.

Jean-Louis Borloo, en avril 2011

L’UDI risque donc bien de devenir une pâle copie de l’UDF, un parti godillot, d’élus et peinant à s’imposer face à l’UMP et ayant besoin de cette dernière pour avoir des élus en nombre suffisant. A ce propos, les cadres du premier parti de droite observent avec attention mais sans réelle inquiétude, l’émergence de ce nouveau mouvement et la mise en orbite d’un homme qui se veut comme une alternative à droite dans la perspective de 2017, misant sur un Nicolas Sarkozy définitivement retiré de la vie politique mais aussi sur une UMP empêtrée dans ses querelles internes. Le pari est facile et audacieux mais pas vraiment sur qu’il soit probant avec un parti, version 2.0 de l’UDF d’antan. Il montre une fois encore, à quel point il est difficile pour le centre d’agir telle une force politique réellement indépendante, institutions de la V° République et système d’alliance obligent.

UE – Belgique : même destin, même combat ?

Bart de Wever, indépendantiste flamand, vainqueur des élections communales (municipales) à Antwerpen (Anvers) en Belgique, le 14 octobre dernier

« Si la Belgique tombe, c’est toute l’Europe qui risque de s’écrouler ». C’est par cette phrase qu’Eric Zemmour avait résumé la situation du Plat pays au lendemain de la chute du gouvernement de centre-droit d’Yves Leterme en avril 2010, suite au départ des libéraux néerlandophones et à l’absence de consensus sur l’avenir électoral et judiciaire de l’arrondissement BHV (Bruxelles – Hal – Vilvorde)

Deux ans après, cette déclaration du célèbre et controversé polémiste et journaliste français semble faire écho, notamment au lendemain des élections communales et de la percée des indépendantistes en Flandre et de leur leader Bart de Wever à Anvers. Dans une tribune du Volkstrant, journal néerlandais, l’historien Thomas von der Dunk partage la même analyse qu’Eric Zemmour et va même plus loin considérant que l’Europe va échouer car le modèle belge (dont elle s’en inspire directement) a échoué.

UE – Belgique, même destin ? Certaines similitudes existent en effet entre les deux entités. Plusieurs communautés vivant dans un même espace fonctionnant sur le principe de solidarité (notamment financière), un principe constamment mis à mal depuis des années, pour ne pas dire des décennies et miné par la question du nationalisme et du régionalisme. Dans le cas de la Belgique, ce sont bien sur les transferts financiers entre Flamands et Francophones qui sont montrés du doigt par certains groupes et leaders politiques (telle la Nieuve Vlaams Alliantie). Au sein de l’UE, la crise de la zone Euro a montré les limites de la solidarité Nord-Sud, certains comme les Allemands ou les Finlandais exigeant de plus en plus des gages de la part des Etats en (grande) difficulté, la Grèce en tête.

A cela, s’ajoute une montée des nationalismes de plus en plus forte et revendicative. En Belgique comme dans le reste de l’UE, la question nationale devient une arme politique pour remettre en cause un système et mieux défendre ses intérêts. En Flandre, comme en Catalogne, en Lombardie, au Pays Basque ou bien encore en Ecosse, c’est encore la question de l’autonomie fiscale qui est mise en avant pour mieux brandir celle de l’indépendance politique, comme instrument de chantage.

L’UE semble donc connaitre le même destin que la Belgique pour nombre d’analystes tels Zemmour et von der Dunk : l’échec d’un modèle qui nie les réalités et les particularités régionales au profit de davantage d’intégration et de solidarité. La Belgique est donc une sorte de laboratoire pour une Union qui à force de négliger les identités et les aspirations nationales, risque tout bonnement de se retrouver contestée à terme comme le souligne si bien l’historien néerlandais. Pour lui, « si les partis flamands n’ont pas réussi à convaincre leur électorat du bienfait de la solidarité entre Flamands et Wallons, comment une solidarité entre Flamands et Grecs pourrait-elle être possible ? »

La persistance de la question nationale au sein de l’UE est un important révélateur, celle d’une Europe en crise qui peine à se réinventer et aussi à se réformer. Il en est de même pour la Belgique qui est en perpétuelle mutation et qui peine à durablement se stabiliser. Toutefois, la question nationale sert davantage de moyen de pression que comme instrument pour parvenir à un objectif. Autrement dit et comme écrit auparavant, le nationalisme sert plutôt d’arme politique et de moyen de pression pour obtenir d’importantes concessions comme le montre le récent bras de fer entre le gouvernement nationaliste catalan et le gouvernement espagnol de Mariano Rajoy, à propos d’un nouveau transfert de compétences fiscales. Un bras de fer qui s’est conclu par la tenue d’élections anticipées en Catalogne, prévues novembre prochain, aux allures de référendum sur le futur statut de cette province espagnole.

Elio di Rupo, premier ministre belge, recevant son homologue italien, Mario Monti

Aussi, il convient de nuancer les propos de von der Dunk même s’il ne manque pas de pertinence. De fait, tout va dépendre de la capacité aussi bien de la Belgique que de l’UE à se réinventer et surtout à réinventer un projet collectif, tout en n’oubliant pas un objectif essentiel : assurer un espace de paix et de stabilité, un objectif atteint (en partie) mais qui est constamment remis en question notamment via la montée des nationalismes. Face à la crise et à ce qu’elle engendre, l’UE se doit être en mesure d’apporter des réponses, des réponses qui passent – paradoxalement – par les Etats-membres. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien qu’Elio di Rupo, premier ministre de Belgique, a souhaité, en marge du dernier Conseil européen, évoquer ces questions et que son homologue italien, Mario Monti, a proposé la tenue d’un sommet informel ad hoc sur ce sujet. Comme le souligne si bien Béatrice Delvaux dans son éditorial paru dans Le Soir – le quotidien belge francophone de référence – l’Europe est un rempart contre le populisme (et par extension au nationalisme), c’est une de ses raisons d’être et c’est sur ce principe que les Pères fondateurs l’ont imaginé il y soixante ans et que les Etats-membres doivent réaffirmer, notamment face un phénomène qui mine leur cohésion interne, Belgique en tête.