Un jour de septembre

Que dire sur le 11 Septembre ?

Je vois bien vous avouer que j’ai bien essayé de pondre un article, de développer une idée, d’exprimer mes sentiments sur cet évènement planétaire. Mais rien de bien satisfaisant.

Non pas que je m’en fiche, bien au contraire ! Le 11 septembre 2001 est un évènement que j’ai vécu en direct et qui me marque encore. Je ne pourrai jamais oublier ces deux tours encastrées et qui se sont effondrées tout comme ses personnes qui se sont jetés dans le vide afin d’échapper à une mort horrible pour mieux rejoindre l’au-delà.

Dix ans après que dire ? Vraiment, que dire ? Rien de plus que les analyses faites par les journalistes, rien de plus que les émissions spéciales qui ont lieu depuis cet après-midi, rien de plus que les témoignages des familles de victimes, rien de plus que ceux qui feront un bilan des attentats et un parallèle avec l’actualité immédiate.

Dix après que dire ? Que le monde se porte mieux sans Ben Laden, que la lutte contre le terrorisme a toujours un sens au point de sacrifier des pans entiers de nos libertés fondamentales au nom de la sécurité et de notre bien-être ? Qu’on sait réellement pourquoi on fait la guerre contre certains despotes et qu’on est plus ou moins coulant avec d’autres ?

Barack Obama, président des Etats-Unis en compagnie de son prédécesseur, George Walker Bush se recueillant au mémorial dédié aux victimes des attentats de New York, ce dimanche 11 septembre

Le 11 septembre a marqué notre entrée de plain-pied dans le XXI° siècle, siècle qui a commencé à 8h46 à New York, il y a dix ans.  Selon certains, ce jour devait donner le coup d’envoi d’une guerre de civilisation, une guerre idéologique et meurtrière. En réalité, il n’en a presque rien été. On nous avait prédit un choc des civilisations, l’affrontement final, et finalement la vie poursuit son cours.

Salvador Allende, président de la République du Chili de 1970 à 1973

Au fait, je pense au 11 septembre. Celui de 2001 bien évidemment tant cet évènement m’avait médusé et même effrayé du haut de mes seize ans. Toutefois, je pense à un autre 11 septembre qui mérite d’être évoqué et qu’on a tendance à oublier avec le temps. C’est le 11 septembre 1973 date à laquelle, le président chilien, Salvador Allende, a été renversé par une rébellion armée menée par le général Augusto Pinochet sous l’œil bienveillant des Etats-Unis, au nom de la lutte contre le communisme, justement !

Une piqure de rappel qu’a faite ma camarade et amie Sylvine Thomassin. Non pas qu’il s’agisse d’affirmer que le 11 septembre 1973 est plus important que le 11 septembre 2001 mais que ces deux évènements restent et resteront une plaie béante dans l’Histoire. Dans les deux cas, des peuples ont souffert et perdu de leur innocence.

Un jour de septembre qu’il convient de se rappeler tout en allant de l’avant. C’est un peu le sens de ces deux évènements. Ne pas oublier. Mais regarder l’avenir, c’est la meilleure façon de tenir tête à tous les obscurantismes et autres totalitarismes.

Au mémorial dédié aux victimes du 11 septembre, le 11 septembre 2011 à New-York

L’autre 11 septembre

Mardi 11 septembre 2001 – mardi 11 septembre 2007. Les Américains célèbrent le 6ème anniversaire des attentats de New York et de Washington, attentats qui ont durablement bouleversé le monde.

Néanmoins, je ne vais pas évoquer directement le 11 septembre 2001. Ou plutôt évoquer un autre 11 septembre. Celui de 1973, date à laquelle, le Chili a connu une page très sombre de son histoire, avec la bénédiction des services secrets américains.

Le récit que vous allez lire est extrait du film September 11, film de onze réalisateurs ayant un regard différent et libre sur les évènements de 2001 et sorti le 11 septembre 2002. A ce titre, un des réalisateurs – le Britannique Ken Loach – a donné la parole à un réfugié chilien, manière pour lui de faire un lien entre le 11 septembre 1973 et le 11 septembre 2001. Son récit est parfois dur, cru (navré d’avance pour ceux qui seraient offensés) mais il m’a semblé nécessaire de vous le reproduire tant que les évènements du 11 septembre 1973 ont tout aussi été tragiques pour le peuple chilien que le 11 septembre 2001 pour les Américains.

Gilles

Chers parents et amis de ceux qui sont morts le 11 septembre à New York.

Je suis chilien

Je vis à Londres

Sachez que nous avons peut-être un point commun.

Les vôtres ont été assassinés, les miens aussi.

Nous avons une date en commun, le 11 septembre. Mardi 11 septembre.

En 1970, il y a eu des élections. J’avais 18 ans et j’ai voté pour la première fois. Nous caressions le rêve merveilleux d’une société dans laquelle nous partagerions le fruit de notre travail et les richesses de notre pays. En septembre 1970, nous avons tous voté et nous avons gagné.

[…]

Lait et droit à l’éducation pour les enfants. Les champs non-exploités furent cédés aux paysans sans terre. Les mines de charbon et de cuivre et les principales industries furent nationalisées.

Pour la 1ère fois de leur vie, les gens vivaient dans la dignité. J’ai confiance en l’intelligence du peuple. Un peuple qui s’organise est intelligent. Alors, pourquoi avoir peur de l’organisation du peuple ? Mais nous n’avions pas conscience du danger.

Votre secrétaire d’Etat, Henry Kissinger, déclara : « Nous n’allons pas laisser un pays basculer dans le communisme à cause de l’irresponsabilité de ses citoyens ».

Nos choix démocratiques, notre vote ne valaient rien. Le marché et le profit comptaient plus que la démocratie.

A partir de ce moment-là, notre douleur et la vôtre devinrent une affaire d’Etat. Votre président Nixon jura de mettre notre économie à genoux. Il ordonna à la CIA d’organiser un soulèvement militaire, un coup d’Etat. Dix millions de dollars – plus si nécessaire – furent débloqués pour éliminer notre président, Salvador Allende.

Chers amis, vos dirigeants avaient entrepris de nous détruire. Ils provoquèrent une grève des transports qui faillit paralyser notre économie. Ils cessèrent tout échange commercial, ce qui créa le chaos. Ils s’allièrent à nos compatriotes qui contestaient notre victoire. Vos dollars finançaient des néo-fascistes qui semèrent la violence et bombardèrent les usines et les centrales électriques.

Contre toute attente, ce fut un échec.

Lors des élections municipales, nous avons encore gagné du terrain. Que firent les Etats-Unis ?

[…]

Le 11 septembre, les ennemis de la liberté ont commis un acte de guerre contre notre pays.

A l’aube, des troupes et des chars ont cerné le palais présidentiel. Allende, ses ministres et ses conseillers étaient à l’intérieur. Allende n’a pas fui quand on a tiré sur le palais de la Modena.

Il fut assassiné. Il fut assassiné un mardi. Notre mardi à nous. Le 11 septembre 1973. Un jour qui anéantit nos vies à jamais.

On m’a tiré dans le genou. Puis on m’a fracassé la tête sur la terre battue. On m’a tellement roué de coups que j’ai parfois perdu connaissance.

[…]

Un jour, en prison, à travers la grille, j’ai vu German Castro traîné par les bras. Il ne pouvait plus marcher. Du sang lui coulait des oreilles. Ils lui ont brisé les os et l’ont assassiné. Nous avons entendu parler des camps de torture dirigés par des officiers de l’armée formés aux Etats-Unis. Nous avons entendu des éviscérations de ceux qu’on jetait d’hélicoptère, de ceux qui étaient torturés devant femme et enfants. Vous savez ce qu’ils faisaient ?

Ils leur envoyaient de l’électricité dans les parties génitales. Ils mettaient des rats dans le vagin des femmes. Ils dressaient des chiens à violer des femmes. Puis il y a eu la Caravane de la Mort.

Un général allait de ville en ville et ordonnait des exécutions au hasard. 30 000 personnes ont été assassinées. 30 000 !

Votre ambassadeur au Chili a dénoncé la torture. Kissinger a répondu : « Qu’il arrête ses conférences de sciences politiques ! ».

Le général Pinochet, à la tête du coup d’Etat, souriait. Il reçut les félicitations de Kissinger pour avoir accompli sa mission. Les dollars se remirent à affluer au Chili.

On m’a traité de terroriste. J’ai été condamné à la prison à vie sans procès. On m’a libéré au bout de 5 ans. Mais j’ai dû quitter mon pays car je mettais en danger mes amis. Je ne peux plus rentrer au Chili même si je ne pense qu’à ça. Le Chili, c’est ma patrie. Mais qu’adviendra-t-il de mes enfants ? Ils sont nés ici, à Londres. Je ne peux pas les condamner à l’exil comme je l’ai été. Je ne peux pas faire ça. Mais je meurs d’envie de rentrer chez moi.

Saint-Augustin a dit : « L’espoir a deux belles filles : la colère et le courage. La colère devant l’état des choses et le courage de les changer ».

A tous les parents et amis de ceux qui sont morts à New-York, nous fêterons bientôt le 29ème anniversaire de notre mardi 11 septembre et le 1er anniversaire du vôtre. Nous penserons à vous. J’espère que vous penserez à nous.

En rentrant chez moi…

Cet article est particulier car il s’agit d’un témoignage. Mon témoignage sur la façon dont j’ai véçu le 11 septembre 2001. Il n’est pas évident de se remettre dans l’ambiance et de rester fidèle à sa perception initiale. Mais, à l’occasion de ces 5 ans, je voulais témoigner. A l’époque, j’avais 16 ans. je rentrais des cours… Voici la suite.

Gilles

16 heures. Sortie de cours au lycée. Après un cours d’anglais plutôt sympa, je me dirige chez moi. Il fait plutôt beau, sans plus. J’ouvre la porte. D’habitude, ma grand-mère reste dans sa chambre l’après-midi et la télé est éteinte. Mais là, ce n’est pas le cas. Je regarde l’écran et je vois deux bâtiments en feu, on insiste sur le terme « Direct ».

Je regarde attentivement et je me mets à découvrir. Deux tours, le World Trade Center , New York. Que s’est-il passé? Je n’en sais rien justement et c’est ça qui me fait peur car je ne sais rien de ce qui se passe. Après quelques minutes, Patrick Poivre d’Arvor rompt ce « silence » : deux avions de ligne se sont encastrés sur les Twin Towers à New York. Il s’agit vraisemblablement d’un attentat.

En zappant, je me rendu compte de l’importance et de la gravité de l’évènement. Etant croyant, on m’a souvent évoqué l’Apocalypse dans la Bible et j’avais l’impression de la vivre en direct. Bien évidemment, je ne pensais pas que la fin des temps était arrivée mais que là, les évènements étaient d’une telle importance et d’une telle gravité.

Comme c’était en direct, on ne pouvait pas savoir ce qui allait se passer. En regardant les tours s’enflammer, on se rend compte à quel point tout le monde est impuissant, du petit Français qui est assis devant son poste au Président des Etats-Unis qui ne peut rien faire. Cette image en plus me fait peur, on ne sent pas à l’aise.

Quelques dizaines de minutes après. On relate, on relate. PPDA interrompt brusquement le spécialiste. La Tour sud vient de s’effondrer. Inutile de vous dire ma stupéfaction. J’étais surpris et j’avais peur en même temps car à partir de là, tout pouvait se passer. Jamais on avait vu les Etats-Unis se faire surprendre et frapper de la sorte. C’était tout seulement impensable. Tout avait l’air d’être minutieusement préparé : l’évènement, son relayage par la télé, le suspense. Les terroristes voulaient mettre les Etats-Unis à genoux, cela fut le cas.

Un peu plus tard dans la soirée, les spécialistes avançaient une première hypothèse qui fut confirmée quelques jours plus tard. C’était le groupe Al-Qaieda, mené par Oussama Ben Laden, qui était à l’origine de ce « mardi noir ». C’était la première fois que j’entendais parler de lui. Il avait, par son acte, réuni tant de personnes à travers le monde. A la télé, les scènes de consternation se succédaient mais j’ai été frappé de la réaction de la rue dans les Territoires occupés où des enfants dansaient de joie. Avec du recul, je pense qu’ils ne mesuraient pas alors l’importance de ce 11 septembre.

Le lendemain, ainsi que les jours suivants, le 11 septembre a alimenté les sujets de conversations ainsi que les spéculations. D’ailleurs mon cours d’anglais avait un goût bien particulier. Ma professeur, étant d’origine américaine, eut le souffle coupé et la mine grave. Elle a parlé puis a terminé en disant : « j’ai bien peur que nous allions droit vers un troisième conflit mondial ».

Cinq ans après, la vie semble avoir repris son cours. On a souvent dit à propos de l’après-11 septembre que plus rien ne sera comme avant. C’est à la fois vrai et faux. Vrai car le 11 septembre 2001 a marqué une coupure et nous a plongés dans une cruelle réalité. Faux car le 11 septembre m’a démontré à quel point la liberté est un bien précieux et qu’il faut en jouir à chaque instant. Je n’ai pas changé mon mode de vie et je pars l’esprit libre. C’est sans doute cela ma réponse à ceux qui veulent installer la terreur.

Le temps du bilan

2001 – 2006 : cinq ans après le 11 septembre, le monde s’est replongé lundi dernier dans l’horreur que furent les attentats de New York et de Washington. Mais l’heure est aujourd’hui aux bilans. Il ne s’agit pas de faire des procès d’intentions à qui que ce soit mais de faire un constat parfois sévère de la situation. C’est tout l’objet de ce « dossier spécial » que je vous propose. Je ne pouvais bien évidemment passer à côté de cet évènement, mais j’ai volontairement laissé passer tout le côté commémoratif et émotionnel pour avoir un certain recul. Voici donc les articles!

Gilles

Une des deux tours du World Trade Center, le 11 septembre 2001

3 000 morts, 2 guerres et toujours pas de Ben Laden. Le 12 septembre 2001, le président des Etats-Unis, George Walker Bush, déclarait solennellement : « L’Amérique est en guerre. Ceux qui ne sont pas avec nous sont contre nous ». Il a par la suite déclaré que la lutte contre le terrorisme durerait des années tout en insistant sur une fibre patriotique exacerbée. On nous a alors dit que le régime de Saddam Hussein (Irak) n’était pas étranger aux violentes attaques de ce mardi 11 septembre 2001 et qu’il était du devoir des Etats-Unis de lutter contre ceux qui inspiraient la terreur et les régimes qui les protègent.

5 ans ont passé et force est de constater que les Etats-Unis ont raté une belle occasion. Non pas de prendre la tête des nations mais celle d’afficher ce qui était jusqu’en 2001 sa raison d’être : un pays libre. Aujourd’hui, les Etats-Unis vivent dans la peur. C’est du moins une impression délibérément véhiculée. Comme on dit en anglais, « life must go on » (la vie doit suivre son cours). On a souvent martelé que rien ne sera plus comme avant, que les Etats-Unis ne seront en paix que lorsque le terrorisme ne sera qu’un mauvais souvenir.

Mais la lutte contre le terrorisme ne se résume en une vision manichéenne du monde (« La lutte du bien contre le Mal ») et en une juxtaposition de préjugés. Où est l’Amérique tolérante, fière de ses valeurs de 1776, celle qui – par l’oeuvre de Franklin, Washington et Jefferson – se veut exemplaire? Cette Amérique-là me semble être un lointain souvenir. C’est pourtant cette Amérique qui doit se montrer à travers le monde non pas celle qui ne soucie que peu de ses partenaires, celle qui ne respecte plus les conventions de Genève et des principes évidents comme celui de la souveraineté et de l’intégrité d’un Etat. La force des Etats-Unis fut justement de montrer une image alternative en se présentant comme le garant d’un monde libre durant la Guerre froide. Force est de constater qu’aujourd’hui, les Etats-Unis ont oublié ce qui constitue un fondement de leur existence.

Face à ceux qui se montrent radicaux, les Etats-Unis auraient du se montrer insolents dans leur volonté de liberté. Celle-ci a reculé d’une manière inégalée et cela est incomparable (même du temps de la fameuse « Chasse aux sorcières » (1947 – 1954), les Etats-Unis se sont souciés de ne pas tomber dans l’arbitraire en garantissant un procès équitable à ceux qui étaient suspectés de liens avec les communistes). Ce n’est pas par le Patriot Act que l’Amérique de Walker Bush retrouvera la sérénité. 5 ans après, elle a en quelque sorte perdue.

Cela veut-il dire pour autant que le terrorisme de Ben Laden est triomphant? Non, car bizarrement les attentats de septembre 2001 semblent avoir marqué un coup d’arrêt au fanatisme d’Al-Qaeida. Tout au long de ces cinq dernières années, il n’a été que verbal et même si des attaques ont eu lieu en 2004 à Madrid et en 2005 à Londres, rien n’est comparable au 11 septembre. L’existence d’Al-Qaeida sur la scène mondiale est signe de défi pour l’islam et les pays arabes et de confession musulmane tant que le discours de Ben Laden appelant au Djihad interpelle des jeunes en manque de repère. Les pays occidentaux doivent également se sentir concernés par cet état de fait. La meilleure arme contre le terrorisme est la tolérance.

Le 11 septembre 2001 fut un évènement majeur sous forme de défi. Au mois de mars dernier, lorsque je passais le concours d’entrée en seconde année à Sciences Po Aix-en-Provence, le sujet de Culture Générale fut le suivant : commentez la citation du philosophe russe chrétien Dostoveski : « la démocratie est indifférente au Bien et au Mal ». Moi, je dirais après coup ceci : la démocratie n’incarne ni le Bien, ni le Mal. Pour exister, elle doit être équilibrée entre ces deux extrêmes car à force de rechercher le Bien et combattre sans retenue le Mal, on ne fait que produire du Mal.