« Le meilleur est à venir »

Barack Obama, lors de sa victoire, le 6 novembre à Chicago (Ilinois, Etats-Unis)

Barack Obama a finalement remporté l’élection présidentielle face au républicain Mitt Romney en obtenant 306 grands électeurs sur 538.

L’actuel et quarante-quatrième président des Etats-Unis prolonge donc son bail à la Maison Blanche pour quatre ans supplémentaires. Une large et belle victoire malgré un contexte national et international difficile qui aurait pu couter à Barack Obama ce nouveau mandat qu’il vient de conquérir.

Le candidat démocrate a su faire preuve de lucidité et surtout d’humilité face à la crise et aux attentes des Américains comme le montre par ailleurs son discours prononcé peu de temps après l’annonce de sa victoire, à Chicago. Il le sait, l’heure n’est plus aux promesses mais aux solutions concrètes pour sortir son pays de l’ornière et retrouver le chemin de la croissance. Face à Mitt Romney, Barack Obama a su rassurer et montré qu’en dépit d’un bilan économique décevant, il était toujours l’homme de la situation et en capacité d’apporter des réponses à ses compatriotes.

Mitt Romney, candidat républicain et ancien gouverneur du Massachusetts, battu par Barack Obam

De son côté, Mitt Romney n’a pas su faire la différence malgré une bien meilleure campagne comparée à celle de John Mc Cain en 2008. Malgré son recentrage stratégique (et en partie payant), l’homme a payé certaines de ses erreurs mais fut également de certaines gaffes et déclarations malheureuses de campagne comme celle de Todd Akin sur le viol ou bien encore la polémique qu’il a lui-même provoqué sur les 47% d’Américains assistés, sans compter sa volonté de démanteler certaines mesures symboliques du président américain (comme la réforme du système de santé). Elire Mitt Romney semblait devenir un risque que nombre d’Américains ne voulaient absolument pas prendre en ces temps incertains.

Barack Obama a gagné haut-la-main, reste à savoir ce qu’il fera de son second (et dernier) mandat. Nombre de dossiers reste encore à traiter pour le président américain aussi bien sur le plan intérieur comme extérieur. Ainsi, l’éducation, la relance de l’industrie automobile, ou bien encore la réduction des inégalités et l’emploi tout comme la sortie de la crise financière, la question palestinienne sans oublier le cas épineux de la Syrie et de l’Iran seront sans aucun doute les thèmes qui domineront le nouveau mandat du locataire de la Maison Blanche mais également les relations entre la Maison Blanche et le Congrès avec un Sénat démocrate mais également et surtout une Chambre des représentants toujours sous contrôle des Républicains et qui n’hésiteront pas à lui compliquer la tâche, même si le Grand Old Party – en raison de la défaite de Romney – devra lui aussi se montrer conciliant avec le président démocrate.

Barack Obama en compagnie de sa femme Michelle et de ses filles, Malia et Sacha

Le président des Etats-Unis a donc obtenu un second mandat mais n’est pas encore entré dans l’Histoire pour reprendre si justement l’opinion de Philippe Labro, journaliste à RTL et spécialiste des Etats-Unis. Il est fort à parier que Barack Obama, libéré par l’objectif d’une nouvelle élection, voudra quelque chose d’utile de son mandat, à l’instar de son fameux « Obamacare » qui a marqué la première partie de sa présidence. Un second mandat qui – par définition – sera bien différent du premier (ne serait-ce qu’en raison d’une administration fortement remaniée) et dans lequel, il s’attachera à marquer les esprits pour laisser une trace, un testament.

Donc, le meilleur est encore à venir. Yes, he (still) can !

Obama peut-il encore gagner ?

Barack Obama, président des Etats-Unis, candidat démocrate à sa propre réélection durant sa campagne électorale

Barack Obama peut-il remporter l’élection présidentielle américaine ?

Encore saugrenue, il y a encore un mois, la question semble de plus en plus sérieuse surtout si on réfère aux sondages d’opinion dans lesquels il fait la plupart du temps jeu égal avec Mitt Romney, le candidat républicain, en bonne position pour s’imposer le 6 novembre prochain.

Certes, le président en exercice et candidat démocrate semble revenir dans la course et avoir retenu les leçons de sa bizarre et (surtout) décevante prestation lors du premier débat télévisé dans lequel, il fut purement et simplement surclassé par Mitt Romney, marquant par la même occasion des points décisifs. Qui plus est, il a su redresser la barre en se montrant plus incisif et prenant davantage au sérieux son adversaire qu’il ne l’avait fait auparavant. Enfin, sa gestion de crise suite au passage de l’ouragan Sandy sur New-York et la côte Atlantique a été plutôt bonne et bien accueilli par l’opinion publique américaine. Toutefois, le doute subsiste quant à une éventuelle réélection de l’actuel locataire de la Maison Blanche notamment face à un Mitt Romney qui a gagné en crédibilité et semble être une alternative pour nombre d’Américains.

Barack Obama mène campagne dans un contexte difficile marqué par la crise économique qui a lourdement frappé les Etats-Unis. D’ailleurs, ce n’est pas pour rien que les questions économiques occupent le devant de la scène, nombre d’Américains s’interrogeant à juste titre sur la capacité du président démocrate à faire face de nouveau, aux défis qui l’attendent. L’ancien sénateur de l’Illinois a, il faut le dire, déçu nombre de ses partisans qui espéraient des jours meilleurs, sur le plan économique, un sentiment qui a d’une certaine manière, largement profité à Mitt Romney jugé plus crédible sur ce sujet.

Mitt Romney, candidat républicain et Barack Obama, candidat démocrate, durant le second débat télévisé en octobre dernier

A cela, s’ajoute la stratégie du candidat républicain, finalement bien plus efficace qu’on ne l’aurait pensé. Adoptant un discours très à droite durant les primaires, Mitt Romney s’est progressivement recentré, déstabilisant au passage le camp Obama qui ne s’y attendait pas réellement. Une telle stratégie qui ne s’est pas faite sans risques mais qui a d’une certaine manière payée dans la mesure où donné battu il y a seulement quelques semaines, l’ancien gouverneur du Massachusetts a relancé sa campagne, remobilisant par la même occasion camp et profitant des erreurs stratégiques de son rival, sans toutefois infliger un coup fatal au président sortant.

Difficile dans ces conditions pour Barack Obama de mener campagne tout en espérant une réélection sur un fauteuil. L’actuel président américain l’a bien compris et il doit démontrer au peuple américain qu’en dépit d’un bilan mitigé, de la déception qu’il a suscité (semblable à l’espoir qu’il avait provoqué en 2008) et des erreurs stratégiques qu’il a commises, il reste l’homme de la situation, celui qui pourra redresser durablement les Etats-Unis et la diriger sur une nouvelle voie. En clair, Obama doit jouer la carte du rassemblement – stratégie somme toute classique pour tout président sortant en campagne pour un nouveau mandat – face à l’incertitude que laisserait présager une éventuelle victoire de Romney.

De fait, Obama doit, d’une certaine manière, à nouveau faire ses preuves, bien plus qu’il y a quatre ans où il a profité de l’usure du pouvoir et de l’impopularité de George Walker Bush et des errements de John Mc Cain, son adversaire républicain, pour l’emporter. Son inexpérience supposée s’était même avérée comme un atout majeur, ce qui lui permit de mettre encore plus en avant son fameux slogan de campagne « Yes, we can ! ». Il n’en est rien quatre ans après et il sait qu’il devra batailler ferme pour conserver son poste, malgré les tout derniers sondages qui lui sont favorables notamment dans les Etats dits indécis (les fameux « swing States ») tel l’Ohio ou l’Iowa qui feront in fine l’élection.

En jouant la carte du président rassembleur, Barack Obama peut espérer obtenir un second (et dernier) mandat à la Maison Blanche. Toutefois, cela dépendra fortement de sa capacité à mobiliser ses propres troupes mais également de faire preuve de réalisme notamment face à un Mitt Romney qui n’a pas dit son dernier mot et croit sérieusement à ses chances.

Une campagne estivale

Assemblée nationale du Québec (Canada)

Après plusieurs semaines de tergiversations, de rumeurs et de déclarations en tout genre, le Premier ministre et leader du PLQ (le Parti libéral du Québec), Jean Charest, a annoncé, le 1er août,  la tenue d’élections anticipées pour le 4 septembre prochain.

C’est la fin d’un vrai-faux suspense politique qui durait depuis plusieurs semaines, pour ne pas dire plusieurs mois dans la Belle Province entre affaires de corruption présumée ou avérée (notamment dans le domaine de la construction) et bras de fer entre le gouvernement et les étudiants à propos de la hausse des frais de scolarité.

Jean Charest, premier ministre sortant et chef du Parti libéral québécois

Les Québécois retournent donc aux urnes et les principaux leaders des forces politiques en présence battent le passé pour convaincre les électeurs notamment Jean Charest qui vise un quatrième mandat d’affilé à la tête de la province francophone malgré un bilan plus que mitigé et une usure du pouvoir de plus en plus évidente. Un pari quelque peu insensé dans la mesure où le chef de file des Libéraux québécois est au pouvoir depuis neuf ans et qu’il aurait pu profiter de ces nouvelles élections pour passer la main. A cela s’ajoute un contexte social très tendu sans oublier les différentes affaires de corruption – notamment dans le secteur de la construction – qui pourraient avoir raison de Jean Charest et le priver d’une réélection.

Pauline Marois, chef du Parti québécois et chef de l’opposition officielle

De fait, si le PLQ – usé par neuf ans de pouvoir quasi sans partage – est sur la sellette, ce dernier peut sérieusement croire en ses chances notamment face à une opposition souverainiste en ordre dispersé et surtout divisé. Si le Parti Québécois de Pauline Marois reste la force centrifuge et un concurrent sérieux pour prendre la tête du gouvernement provincial, d’autres mouvements ont émergé comme Option Nationale de Jean-Martin Aussant, un parti né d’une scission avec le PQ dont les membres reprochent le manque de clarté et surtout d’engagement quant à la tenue d’un nouveau référendum portant sur l’indépendance du Québec, dix-sept après celui de 1995. Qui plus est, Pauline Marois, chef du l’opposition officielle depuis 2007, a du batailler ferme pour rester à la tête d’un parti dans lequel certains – et non des moindres – réclamaient encore sa tête pour finalement la sauver in extrémis. Au coude à coude avec le PLQ, Pauline Marois qui a choisi une attaque frontale face à Jean Charest – en évoquant les affaires et la corruption – a beaucoup à perdre comme à gagner, sans compter qu’une contre-performance hypothèquerait ses chances de rester à la tête du Parti québécois tout comme une victoire lui permettrait de devenir la première femme du chef de gouvernement au Québec.

Jean-François Legault, chef de la Coalition Avenir Québec

Malgré tout, une troisième formation politique espère tirer son épingle du jeu et mettre tout le monde d’accord. C’est la Coalition Avenir Québec de François Legault, fondée en 2011 et ayant intégré par la suite l’Action démocratique du Québec. Clairement situé au centre-droit, son leader, ancien péquiste et ministre sous le gouvernement de Jacques Parizeau (notamment) cherche à incarner une troisième voie et proposer des solutions nouvelles en renvoyant libéraux et souverainistes dos à dos, notamment dans des sujets sensibles concernant la santé par exemple. Se voulant comme le champion de la classe moyenne, François Legault axe également sa campagne sur la corruption et se paye même le luxe d’enrôler dans ses rangs, Jacques Duchesneau, ancien directeur de l’Unité anti-collusion, véritable figure emblématique dans la Belle Province. De par ce coup politique, le leader de la CAQ compte bien peser et – pourquoi pas – créer la surprise le 4 septembre prochain.

Les élections québécoises se déroulent dans un contexte assez particulier où nombre de sujets et d’enjeux ne manqueront pas être mis en avant comme la place et l’avenir du Québec au sein du Canada mais également son développement économique et des choix qui ont été faits ces dernières années, en particulier par le gouvernement Charest. Si le Parti québécois semble faire figure de favori, il est encore trop tôt pour dire avec certitude qui l’emportera en septembre prochain. Tout va dépendre de la tonalité de la campagne mais aussi des stratégies qui seront menées. En déclenchant des élections le 1er aout dernier, Jean Charest compte bien couper de l’herbe sous le pied à ses deux principaux rivaux et jouer sur les incertitudes quant à l’avenir afin que les Québécois fassent, preuve, au final d’un peu plus de réalisme. Un pari somme toute risqué mais finalement loin d’être insensé dans la mesure où la victoire comme la défaite du Premier ministre sortant dépendra de la capacité du PQ et la CAQ de proposer et surtout défendre une politique alternative et ambitieuse, PQ en tête.

A suivre : le changement, c’est maintenant ?

Une loi spéciale

Jean Charest, premier ministre du Québec, durant les débats à l’Assemblée nationale relatif à la loi 78

Jean Charest a décidé de frapper fort. Très fort même.

Le premier ministre du Québec a en effet décidé de mettre en place une loi spéciale visant à permettre le déblocage des universités et Cégep (l’équivalent des lycées) touchés par le conflit relatif à l’augmentation des frais de scolarité et donc de mettre un terme à la grève qui touche la province canadienne depuis plus de trois mois.

Le dispositif, plus connu sous le nom de loi 78, a été adopté à une large majorité (68 contre 48), le Parti Libéral du Québec étant majoritaire à l’Assemblée nationale. Il prévoit entre autres un encadrement un peu plus sévère des manifestations, afin notamment de rendre plus compliqué toute mobilisation de la part des étudiants qui depuis trois semaines consécutives font des marches nocturnes dans les rues de Montréal.

Jean Charest a donc décidé de montrer les crocs et d’employer la manière forte pour briser un mouvement étudiant qui est, en dépit de nombreuses spéculations, loin de s’essouffler et surtout d’avoir dit son dernier mot, fort de ses représentants et des fédérations étudiantes et lycéennes qui demeurent unies mais également des étudiants eux-mêmes qui restent massivement opposés à toute hausse des frais de scolarité, même compensée par une hausse du nombre de prêts et de bourses comme cela fut un temps envisagé.

En agissant de la sorte, le Premier ministre québécois espère mettre fin à un conflit qui le dessert d’une certaine manière dans la mesure où il demeure dans l’impasse et que cela lui a coûté la démission de Line Beauchamp, le ministre de l’Education. Qui plus est, il y voit là un calcul politique dans la perspective des prochaines élections provinciales, histoire de montrer qu’en dépit de l’usure du pouvoir – Jean Charest dirige le Québec depuis mars 2003 – l’homme a encore de la ressource et surtout de l’autorité, ce qui ne peut que plaire à une partie importante de son électorat. Enfin, c’est également un moyen de faire diversion par rapport à certaines affaires de corruption – notamment dans le secteur de la construction et le financement du PLQ – qui touchent le Premier ministre québécois, de près comme de loin. Une diversion qui se voit notamment en montant les étudiants les uns contre les autres, entre les « rouges » qui optent pour le blocage des établissements secondaires et universitaires et les « verts » qui souhaitent reprendre les cours pour s’assurer de leur réussite aux examens, comme cela fut le cas il y a quelques années en France, lors des manifestations relatives au CPE, le contrat première embauche.

Un manifestant dans les rues de Montréal brandissant une pancarte sur lequel est écrit : « Démocratie à vendre », peu de temps après l’adoption de la loi 78 par l’Assemblée nationale du Québec

Toutefois, il est fort à parier que cette loi spéciale ne changera pas tellement la donne. D’une part parce que la détermination des syndicats est telle que ces derniers n’ont au bout du compte, plus rien à perdre, comme le montrent les péripéties antérieures. Et quand bien même la loi 78 aura raison du combat des étudiants contre l’augmentation des frais de scolarité, il n’en demeure pas moins qu’un ressort a été brisé par le gouvernement libéral et que l’attitude du Premier ministre et leader libéral laissera des traces et des souvenirs que les étudiants n’oublieront pas de sitôt.

De fait, Jean Charest, en jouant délibérément la carte du pourrissement et de la fermeté a, certes soudé son camp et flatté ses électeurs, mais a dans le même temps manqué une véritable occasion de sortir de ce conflit la tête haute. Car derrière la polémique engendrée par une hausse substantielle des frais de scolarité, se cache une vision de la société vue par la jeunesse québécoise qui exprime ses espoirs mais aussi ses craintes. C’est d’ailleurs dans le même esprit qu’en 2006, des millions de jeunes étudiants et lycéens s’étaient largement et fortement mobilisés contre le CPE en France, afin de protester contre un contrat dans lequel ils ne voyaient que précarité et difficultés supplémentaires à intégrer le monde du travail. Un cri du cœur qui ne fut compris que bien tard et qui a causé la chute du Premier ministre de l’époque, Dominique de Villepin, sur ce dossier.

Et il en sera de même pour Jean Charest s’il ne prend pas suffisamment conscience des inquiétudes et des aspirations de la jeunesse québécoise qui ne cesse de montrer toute sa détermination. De fait, l’attitude du Premier ministre qui tente d’imposer son projet par tous les moyens cache assez mal une usure du pouvoir qui rogne son gouvernement et qui pourrait très rapidement se retourner contre lui, pourvu que le Parti Québécois – le premier parti d’opposition – saisisse la balle au bond, tout en étant conscient qu’une simple dénonciation de Jean Charest ne suffira pas pour s’assurer un éventuel retour aux affaires.

Un printemps québécois ?

Manifestation d'étudiants de l'UdM (Université de Montréal) contre la hausse des frais d'inscription en octobre 2011

Et si le printemps était arrivé au Québec ?

Bien évidemment, la saison est belle et bien là si on réfère au calendrier mais au vue de l’actualité politique, il semble bien que la province francophone du Canada soit en pleine ébullition.

Ce samedi, près de 30 000 personnes ont défilé dans les rues de Montréal pour porter une large palette de revendications allant de la dénonciation de l’augmentation des frais de scolarité à la privatisation des services publics en passant par les affaires de corruption. Une manifestation qui intervient alors que les étudiants de la Belle province entament leur neuvième semaine de grève et qu’ils n’entendent pas céder face au gouvernement de Jean Charest, en dépit de quelques signes d’essoufflement et de désaccord entre les principaux syndicats.

La mobilisation et la détermination des étudiants sont telles que certains commencent à parler d’un printemps québécois. Un printemps qui n’est pas comparable aux printemps arabes de 2011 mais qui a un impact tout aussi important sur la société québécoise, la grève des étudiants en lutte contre l’augmentation des frais de scolarité étant le moteur mais pas seulement.

En effet, depuis plusieurs semaines, pour ne pas dire des mois, la vie de la Belle province est dominée par des affaires et des polémiques en tout genre touchant parfois le cœur du pouvoir. Ainsi, les multiples affaires de corruption (avérées ou suspectes) qui touche le milieu de la construction immobilière, certains accusant le gouvernement libéral d’avoir fermé les yeux sur certaines pratiques ainsi que de fort soupçons sur un financement occulte du Parti libéral du Québec (PLQ), le parti au pouvoir. Le malaise est tel que Jean Charest fut contraint d’autoriser la constitution d’une commission d’enquête afin de faire la lumière.

Autre élément, évoqué plus haut, la grève des étudiants des Cégep (l’équivalent des collèges et lycées en France) et des universités qui protestent vigoureusement contre une hausse substantielle des frais d’inscriptions. Un conflit qui met à mal le Premier ministre et les ministres concernés – comme la vice-premier et ministre de l’Education Line Beauchamp, dont la démission est clairement exigée – et qui fait penser au conflit relatif au Contrat première embauche en France. Proposé en 2006 par Dominique de Villepin, Premier ministre de Jacques Chirac, le texte destiné à donner des réponses concrètes contre le chômage des jeunes, fut finalement retiré sous la pression des étudiants qui furent également en grève, affaiblissant de fait le chef du gouvernement.

Jean Charest, premier ministre du Canada depuis 2003

S’il me semble prématuré de parler d’un printemps québécois, le contexte actuel semble pourtant s’y prêter. En effet, il faut rappeler que Jean Charest subit une certaine usure du pouvoir, lui qui dirige le Québec depuis avril 2003 et qui est à la tête d’un gouvernement majoritaire depuis décembre 2008. Qui plus est, les relations entre Québec et le ROC (Rest of Canada) semblent se compliquer notamment depuis que Stephen Harper, le premier ministre conservateur du Canada, est à la tête gouvernement fédéral majoritaire, une majorité qui semble peu disposée à faire quelconque concession ou geste à l’égard du Québec.

Ce qui explique sans doute pourquoi Jean Charest n’est pas pressé d’organiser les élections provinciales (qui doivent se tenir au plus tard en décembre 2013 malgré de récentes rumeurs), lui qui aurait pu les provoquer afin de prendre l’opposition officielle – à savoir les souverainistes du Parti québécois – de court en usant de la même stratégie que Stephen Harper en 2011 (sur le plan fédéral). Le Premier ministre et leader du PLQ craint sans doute d’être lourdement sanctionné sans compter que le PQ de Pauline Marois semble reprendre des couleuvres après avoir connu de fortes turbulences. Quant à la Coalition Avenir Québec de François Legault, elle peine à exister après avoir suscité à un vif intérêt lors de sa création, il y a quelques mois.

Manifestation du 14 avril à Montréal (photo : Le Devoir)

Toujours est-il que Jean Charest, en jouant la stratégie du pourrissement dans la question étudiante (et pas seulement) risque bel et bien de connaître ce printemps québécois notamment dans les urnes, surtout s’il est disposé à ne rien faire de concret pour stopper un mouvement qui semble déterminé à en découdre.

Le blues des souverainistes (suite)

Note au lecteur :

Nouvelle vague de mes articles consacrés à la vie politique canadienne aussi bien sur le plan fédéral que québécois. L’occasion dans les semaines qui vont suivre de donner mon sentiment sur cette vie politique outre-Atlantique qui ne cesse d’être dynamique et très intéressante en espérant qu’elle vous donne envie de vous informer sur ce qui se passe chez nos cousins d’Amérique. Ces articles s’inscrivent également dans un projet personnel puisque j’envisage de me rendre au Canada à l’automne prochain. Bonne lecture !

Gilles

La chambre des communes du Canada, à Ottawa (la capitale fédérale)

De l’autre côté de l’Atlantique, la vie politique canadienne suit son cours, une vie politique dominée par le Parti conservateur de l’actuel Premier ministre Stephen Harper mais également par le coup de blues des souverainistes sur la scène québécoise.

Et rien ne va plus pour le Parti québécois (PQ) et sa chef de file, Pauline Marois, qui ne compte plus les défections et autres démissions sans oublier les ralliements, notamment celui d’un jeune député qui a rejoint les rangs de la CAQ (Coalition Avenir Québec) mise sur pied par François Legault, lui-même ancien membre du PQ et grand partisan de l’indépendance du Québec avant de finalement mettre de l’eau dans son vin. Un départ largement commenté et qui est révélateur du désarroi dans lequel se trouvent les souverainistes québécois à tel point que l’un d’entre eux, Bernard Drainville, s’est publiquement inquiété de la situation de son mouvement en prophétisant la mort du PQ, ce qui tranchait avec les discours optimistes et enjoués de Pauline Marois, dont on se demande parfois si elle a encore une certaine lucidité.

Les souverainistes ne semblent pas toujours avoir digéré la débâcle du 2 mai dernier, date à laquelle le Bloc Québécois (le pendant du PQ sur la scène fédérale canadienne) a été littéralement balayé lors des élections. Pire, le mouvement souverainiste semble désormais à la dérive, miné par ses divisions, certains reprochant au PQ de ne pas s’engager franchement sur la question de l’indépendance, voire à y renoncer totalement.

Pauline Marois, actuel leader du Parti Québécois

Ce qui explique la situation actuelle et peu enviable dans laquelle se trouve le Parti Québécois, un mouvement qui fut durant de nombreuses années (c’est-à-dire dès sa fondation en 1968 par René Lesveque), le moteur, la figure de proue du combat pour l’indépendance de la Belle Province. Cela n’est plus le cas aujourd’hui, le PQ devant compter avec d’autres mouvements – tels que Québec Solidaire, le Parti indépendantiste ou bien encore Option nationale – qui se réclament également de la souveraineté, et qui sont fondés par d’anciens membres qui jugent leur ancien parti bien trop timide quant à la stratégie à adopter, voire le soupçonnent d’avoir implicitement renoncé à ce but ultime. A cela s’ajoute un mouvement de lassitude chez certains Québécois, sentiment accentué par la crise économique actuelle comme me l’a confirmé Jack, un ami de d’une amie française vivant à Montréal et que j’ai rencontré en décembre dernier à Paris. A cela s’ajoutent d’autres phénomènes tel la mondialisation qui touche directement la Belle Province notamment sur un plan interne avec l’arrivée d’une nouvelle immigration au Canada issue principalement d’Asie et du Moyen-Orient et qui pèse sur le poids et la place du Français au sein de la Confédération, et place le Québec dans une situation bien différente de celle qu’elle a connu, il y a encore quinze ans.

Aussi, le mouvement souverainiste semble bel et bien à la peine et fait un peu de peine à voir sans compter qu’il ne profite absolument pas de l’usure du pouvoir du gouvernement provincial de Jean Charest au Québec – un gouvernement libéral miné par les scandales et autres soupçons de corruption – et du coup de mou des néo-démocrates au plan fédéral, le parti de feu Jack Layton subissant une chute vertigineuse dans les sondages moins d’un an après leur percée historique aux élections fédérales.

Dès lors, reste à savoir si le mouvement souverainiste, Parti Québécois en tête, saura réagir et surtout s’unir pour éviter la bérézina annoncée. En effet, les analystes politiques semblent pronostiquer, en cas d’élections provinciales anticipées, une large victoire de la CAQ de François Legault au détriment du Parti Libéral du Québec de Jean Charest mais aussi du PQ, ce qui pourrait coûter la tête d’une Pauline Marois qui se sait en sursis. Qui plus est, il est plus facile d’être une ministre compétente et capable d’être un Premier ministre que de diriger un parti et le mener à la victoire, c’est d’ailleurs tout le problème de la chef de file souverainiste actuellement. De fait, l’avenir du mouvement souverainiste au Québec est aux mains des souverainistes eux-mêmes qui doivent mettre leurs querelles de côté tout en redéfinissant leurs priorités et une stratégie pour attendre leur objectif, ce qui suppose un chef incontesté et incontestable, mais aussi compter sur les excès de confiance et d’arrogance d’un Stephen Harper qui semble toujours accorder bien peu de considération aux Francophones depuis sa réélection. Vaste programme !

A suivre : le blues des néo-démocrates

Le courage de Layton et la sensation Legault

Je ne pouvais pas conclure 2011 sans vous parler de la vie politique canadienne et québécoise, une vie politique que je découvre de plus en plus et qui me passionne en raison de sa compréhension et de sa vitalité mais aussi de son dynamisme.

Une vie politique qui fut marquée par des élections anticipées provoquée par la chute du gouvernement conservateur de Stephen Harper et qui ont la victoire nette et sans bavure de ce dernier, le 2 mai dernier, provoquant la déroute des libéraux mais aussi et surtout celle des souverainistes québécois qui ont toujours du mal à se remettre de leur défaite encore aujourd’hui.

Jack Layton (1950 – 2011), chef du Nouveau Parti démocratique (NPD) durant son discours le 2 mai dernier au soir des résultats des élections canadiennes anticipées

Mais l’élection anticipée du 2 mai dernier a surtout été marquée par la belle performance de Jack Layton, le leader du Nouveau Parti démocratique (NPD, l’équivalent du Parti socialiste chez nous) qui avec 102 sièges à la Chambre des communes est devenu le premier parti d’opposition, une position qu’il doit largement au Québec, plus de la moitié des élus néo-démocrates étant issus de la Belle province.

Le succès de Jack Layton fut largement commenté dans la mesure où il fut inattendu. Tout comme l’annonce par ce même Jack Layton d’un nouveau cancer en juillet dernier, le contraignant à s’éloigner de la vie politique pour se soigner, espérant revenir au plus vite. Malheureusement, le destin a en décidé autrement, le leader néo-démocrate étant finalement décédé le mois suivant, provoquant une vague d’émotion dans l’ensemble de la classe politique et de la société canadienne, peu importe les opinions politiques des uns et des autres. D’ailleurs, ce n’est pas pour rien que Jack Layton fut élu homme de l’année dans un sondage paru en début de mois. Reste à savoir comment le NPD va pouvoir survivre à son chef disparu, la course à la chefferie étant lancée depuis un bail, une course dont je vois Thomas Mulcair, numéro deux de Jack Layton, largement l’emporter.

Une année politique marquée également par un phénomène – ou plutôt une sensation – celle de François Legault, qui vient de créer un nouveau parti québécois, Coalition Avenir Québec. Un parti de droite – ce qui fait tâche d’huile dans une province majoritairement à gauche et portant haut des valeurs progressistes – qui ne cesse de percer dans les enquêtes d’opinion et dont son chef – un ancien membre du Parti québécois (PQ), parti qui milite en faveur de l’indépendance du Québec – pourrait bien devenir le futur Premier ministre de la province francophone. Legault semble bénéficier d’une bonne image dans l’opinion québécoise et surtout affiche une certaine « nouveauté » en proposant une sorte de troisième voie après bientôt neuf ans de gouvernement libéral et face à une opposition souverainiste qui peine à calmer ses contradictions et ses propres divisions internes notamment au sein du PQ où l’autorité de Pauline Marois est clairement contestée. Reste à savoir si Legault, qui n’a au fond rien proposé de concret et reste encore assez flou sur ses intentions, saura véritablement répondre présent et faire la différence le moment venu.

François Legault, lors de la présentation de son nouveau parti, Coaliton Avenir Québec (CAQ), le 14 novembre dernier

Alors voilà ! Une vie politique canadienne et québécoise largement mouvementée et dynamique dont je vous souhaite vous faire découvrir et partager et ce, dès l’année prochaine sur ce blog dans la perspective des élections québécoises qui devraient se tenir selon toute vraisemblance en automne prochain. Une élection que j’espère bien suivre non pas seulement de mon ordinateur à Paris mais bel et bien sur place. En effet, j’envisage de me rendre pour la première dans la Belle province mais aussi dans le Rest of Canada (en clair, le Canada anglophone), histoire de découvrir ce pays aux multiples opportunités.

Et j’en profite pour saluer tous mes amis canadiens anglophones comme francophones ainsi que celles et ceux qui ont accepté de me faire part de leur opinion sur leur pays à travers les entretiens que j’ai réalisé pour mon carnet d’été en remerciant notamment Emilie, Evrim, Claude Dupras, Marilène Pilon et en faisant un coucou à Eren (mon camarade du Collège d’Europe), Jonathan, et Sarah (dont j’espère revoir très bientôt)

« Je suis Troy Davis et je suis libre ! »

Il n’y aura finalement pas eu de miracle. Troy Davis, 42 ans, a finalement été exécuté, la nuit dernière d’une injection létale dans sa prison de Jackson dans l’Etat de Géorgie (Etats-Unis) malgré la vive protestation de son comité de soutien et de la communauté internationale, Union européenne en tête.

Des membres du comité de soutien à Troy Davis, peu de temps après son exécution

Celui qui avait passé plus de vingt ans dans les couloirs de la mort avait été accusé puis rendu coupable du meurtre d’un policier blanc en 1989 alors que des sérieux doutes subsistent quant à la réelle implication de ce jeune noir, alors âgé de 19 ans. La formidable mobilisation de la société civile, des associations luttant contre la peine de mort mais également de responsables politiques comme James Carter – président des Etats-Unis de 1976 à 1980 – mais aussi le revirement de plusieurs témoins n’ont finalement pas eu de poids face à l’entêtement de la justice de l’Etat de Géorgie et de la Cour suprême.

Je dois dire que je suis particulièrement peiné par un tel dénouement montrant une fois de plus, toute l’ambigüité de l’Amérique. Voilà un pays qui n’hésite pas à se montrer sans indulgence avec toute personne qui se bat en faveur de l’avortement ou pour l’euthanasie (en raison du caractère sacré de la vie, pour certains) mais qui ne se pose pas de questions quant il s’agit de mettre à mort quelqu’un, au nom de la justice (comme si, ôter la vie d’un condamné avait moins de valeur que celle d’autrui)

L’exécution de Troy Davis laissera en tout cas des traces notamment dans l’opinion publique américaine. Les Américains restent encore partagés entre le maintien ou l’abolition de la peine capitale et la mort de Davis donnera sans doute l’occasion de relancer ce débat, surtout s’il avère que l’homme de 42 ans n’avait effectivement rien à se rapprocher.

La mort de Troy Davis ne manquera pas d’avoir des conséquences sur le plan politique notamment pour Barack Obama. Même s’il convient de rappeler que l’actuel président des Etats-Unis n’est pas connu pour être abolitionniste convaincu (bien au contraire !), son silence restera incompréhensible en particulier pour l’électorat afro-américain (voire latino) qui risque bien de lui en tenir rigueur lors de l’élection de novembre 2012. Autrement dit, c’est son image de progressiste qui risque d’en prendre un coup, même si juridiquement parlant, rien ne peut lui être reproché, en raison du principe de séparation des pouvoirs.

Enfin, l’exécution d’hier va, à coup sur, ternir l’image des Etats-Unis, si ce n’est pas déjà fait ! En effet, comment peut-on se prétendre comme défenseurs des Droits de l’Homme, comme à l’avant-garde des actuels Printemps arabes et dans le même sens, avoir des pratiques judiciaires qui n’ont rien à envier aux régimes autoritaires ? Au bout du compte, ce qui rapproche la démocratie et les dictatures, c’est bien la peine capitale.

Alors Troy Davis n’est plus mais il n’est pas mort pour rien. Enfin espérons-le. Comme je l’ai dit plus haut, son décès doit être l’occasion pour les Etats-Unis de se remettre en cause et s’interroger sur le bien-fondé d’un système qui me semble bien difficilement compatible avec les Droits de l’Homme et les valeurs de liberté qu’on aime tant défendre à l’extérieur (moyennant quelques juteuses contreparties bien évidemment). Un système que, de plus, Dave Zirin (journaliste) résume ainsi et de manière lapidaire : [Troy Davis] « avait la mauvaise couleur de peau, au mauvais endroit, au mauvais moment, avec le mauvais compte en banque et la mauvaise équipe d’avocats ». Un système qui n’empêche pas de dormir James Richard Perry, actuel gouverneur du Texas et candidat à l’investiture républicaine pour la prochaine course à la Maison Blanche, tout content de ses 234 exécutions depuis sa prise de fonction en 2000.

Et là, j’espère que là, on pourra dire : « Je suis Troy Davis et je suis libre »

Troy Davis (1968 - 2011) durant son procès en 1991

Questions à Emilie Blackburn

Emilie Blackburn est une québécoise de 25 ans que j’ai rencontré lors de mon échange universitaire à l’Université Libre de Bruxelles en Belgique, il y a trois ans. Depuis, nous avons gardé contact et c’est tout naturellement que je l’ai interrogée sur l’avenir du Canada. Un point de vue pertinent que je vous invite à lire, en remerciant Emilie de sa collaboration et de son entière confiance !

Gilles JOHNSON : Tout d’abord, présente-toi.

Emilie BLACKBURN : Émilie Blackburn, 25 ans, étudiante en master sur la migration et les relations interculturelles

As-tu un cheminement ou un engagement politique ? Si oui, lequel ?

Non pas vraiment. Je m’intéresse à  la politique en tant que citoyenne, mais je n’ai pas encore trouvé une bataille  où mes convictions puissent se développer. Quoique les politiques publiques sur la migration soient littéralement passionnantes et s’il y avait bien un domaine où j’aimerais beaucoup m’impliquer ce serait celui-là.

Actuellement, près de 40% des Québécois sont favorables à la souveraineté et donc au départ de la Belle Province de la fédération canadienne. Quel est l’intérêt du Québec et des Québécois de quitter le Canada et quels avantages (ou quels inconvénients) en tirerait-il, selon toi ?

40% ? En es-tu certain ?

Le gouvernement fédéral tient rarement en compte les intérêts d’une minorité. Le  Québec est généralement mal perçu d’un point du vu anglophone ou plutôt interprovincial.  Marginalisé, les québécois se sentent rarement interpelés par les positions du gouvernement fédéral. Je crois que la majorité  des gens ne se sentent pas écouté, ni concerné. Une séparation aurait l’avantage de ne plus devoir rendre des comptes à un gouvernement qui ne réussi pas à générer un sentiment d’appartenance pancanadien.  Certain vous parleront aussi d’impôts et de taxes ; plusieurs en ont marre de devoir en payer aux deux niveaux de gouvernement (provincial et fédéral). Il s’agit aussi, même si nous avons quand même une grande liberté sur le fonctionnement de nos institutions, de prendre en charge la totalité des éléments de notre province  qui pourraient être déterminant pour la création d’un pays, mais aussi de ce qui fait de nous tous des québécois.  Une séparation aurait donc l’avantage de générer une plus grande liberté pour le Québec et d’obtenir un statut de nation, ce qui lui permettrait non plus de n’être seulement qu’une province minoritaire, mais un interlocuteur à part entière.

Comme inconvénient, il serait important de se demander si nous nous séparons pour les bonnes raisons ; par mépris ou dépit  du Canada est une raison que je trouve un peu archaïque.  J’aimerais une séparation  qui ne soit pas associée à la négation de l’autre. Les questions sur l’indépendance ont longtemps  été en lien avec le problème des classes sociales ; Anglophones riches et francophones pauvres. Or, ces catégories ont fondamentalement changées aujourd’hui. Les francophones sont aussi riches ou pauvres que les anglophones. Dans cette perspective, une séparation basée sur ces principes serait une erreur. Il est aussi possible de voir un accroissement de la corruption. (S’il ne s’agit pas d’un accroissement, plusieurs scandales ont tout de même été mis à jour) Cet état des choses nous fait nous demander s’il est  possible de faire confiance à nos élus et s’ils peuvent réellement nous guider vers un projet viable et transparent  de société. Nous avons aussi beaucoup de problème  au niveau de nos institutions  publiques ; les routes sont littéralement en train de s’effondrer,  le système de santé est au ralenti, manque de personnels qualifiés, accroissement de la paperasse administrative qui  alourdit  tout le processus de services. Dans cette situation pouvons-nous faire face  aux coûts de plus en plus exorbitants de notre  État-providence ? Avons-nous besoins ou non du gouvernement fédéral pour le faire ? Je ne peux pas répondre à ces questions. Il est étonnamment difficile de savoir qui a raison ou tort dans ce type de débat ; nous avons accès à beaucoup d’informations mais il est difficile de savoir laquelle est  biaisée ou non.

Que t’inspire les résultats électoraux du 2 mai dernier et notamment la percée du NPD au Québec ? Y doit-on voir là fin du mouvement souverainiste, du moins tel qu’il s’est toujours exprimé ?

Espérons-le.  Il nous faut du changement. Le fait que les gens ont massivement voté pour un parti fédéraliste prouve que quelque chose se brise. Attention par contre. Il ne faut pas mélanger le Bloc québécois et  souveraineté. Le bloc représentait l’intérêt des québécois au niveau fédéral, il ne faisait pas nécessairement la promotion de son indépendance.  Les gens ont massivement voté NPD, pas conservateur.  Si les valeurs canadiennes continuent de s’éloigner considérablement des valeurs des québécois je ne vois pas pourquoi la question de l’indépendance  ne serait pas remise sur le tapis.  Elle y est toujours d’ailleurs. Un groupe dissident du PQ refuse son allégeance envers Pauline Marois en ce moment et tente de relancer l’idée d’indépendance. Les jeunes ne sont peut-être pas intéressés par l’histoire, mais plusieurs questions sociales dont Harper veut faire de la mouler pour chien touchent toutes les classes d’âges.  Ce qui est positif dans tout cela est que cela bouge enfin un peu ; espérons que cela portera fruit.

Qu’attends-tu du gouvernement fédéral de Stephen Harper ?

Rien.

Nombre de Québécois furent séduits par les propositions de Jack Layton notamment en matière de politique familiale, ou bien encore de santé en lien avec les intérêts du Québec. De l’autre, les souverainistes ont – semble-t-il – davantage axé leur campagne sur la question de l’indépendance plutôt que sur la défense des intérêts de la province… Y’a-t-il pas eu une erreur d’appréciation selon toi, ce qui explique le score inattendu des néo-démocrates ?

Je crois plutôt que la majorité des gens s’informent mal des enjeux politiques en général. Je m’inclus là-dedans. S’intéresser à la politique ne signifie pas seulement feuilleter le pamphlet du parti, d’y lire les promesses  électorale et de voter selon ses perceptions. S’intéresser à la politique c’est lire les journaux, assister aux assemblées,  poser des questions,  interpeler, regarder l’historique politique des candidats, mais aussi des membres du parti. Tout cela requiert du temps et de l’implication. La majorité des gens ne font pas cela ; ils ne possèdent  pas nécessairement les outils adéquats pour y participer. Ils votent donc selon ce qu’on leur donne comme informations,  selon ce qui affecte leur quotidien.  Je crois que très peu sont conscient des conséquences  que peuvent entraîner la fin du Bloc québécois comme représentant du Québec au niveau fédéral. Jack Layton lui-même (il est décédé soi dit en passant), et non pas son parti a été élu. Les gens ont aimé l’image de Jack Layton et l’homme ; or quasi tous les membres de son parti sont majoritairement des gens avec peu d’expériences en politique et on peut se demander sérieusement maintenant  que le leader est mort, s’ils sauront  jouer avec les vieux roublards de la politique canadienne.  Une erreur d’appréciation tu me diras ? Probablement. Mais en même temps  voter pour les souverainistes  aux prochaines élections provinciales  est peut-être aussi une erreur d’appréciation… Quoi qu’il en soit, ils semblent que les Québécois  avaient besoin de changement ; la dichotomie libéral-PQ tout le monde en a marre. Cela fait plus de trente ans qu’ils fouillent dans le même carré de sable (Pour être poli….) Les jeunes sont moins concernés par les questions historiques comme je le disais plus haut, ils ne se reconnaissent pas nécessairement  dans cette idéologie dominant-dominé. Il serait peut-être le temps de faire fonctionner nos méninges et de penser à d’autres alternatives politiques… il faut  savoir se renouveler. Cette décision politique éveillera peut-être les esprits sur l’inutilité de s’empâter dans nos vieilles habitudes.

Certains considèrent que le débat sur la souveraineté doit avoir lieu au Québec et uniquement au Québec. Que penses-tu de cette affirmation ?

Je crois qu’il ne tient qu’à ceux qui veulent se séparer de décider, mais il faudrait quand même pouvoir faire mieux comprendre aux autres, à ceux qui sont exclus pourquoi nous le faisons.  Mais il est bien difficile de faire entériner par un pays et par le monde entier une indépendance  nationale au sein d’une autre nation, aux frontières déjà définies.  D’un autre côté, si le Québec se sépare, sa décision sépare le Canada en deux (sépare les provinces des maritimes du reste canadien). Ont-ils aussi leur mot à dire ? Il faudrait probablement en discuter….

Si tu devais te déterminer entre fédéralisme et souverainisme, quelle serait ta préférence et pourquoi ? (Note, d’autres réponses sont possibles)

Moi ce que j’aimerais c’est construire, non pas défaire tout le temps.  Je crois que le problème majeur aujourd’hui n’est pas une diachronie fédéraliste/souverainiste, mais bien la politique en générale.  La politique est un jeu d’égo, je ne vois plus où se situe la population dans cette course à l’élection. Comment se fait-il que les politiciens jonglent d’élections en élections avec nos institutions et que celles-ci en pâtissent ? J’aimerais une façon de faire de la politique  qui ne laisserait pas le jeu politique désorganiser à chaque fois les acquis d’une société. Enfin, est-ce utopique de ma part de penser ainsi ? Je n’en pense pas moins pour autant.

Quel est l’opinion des jeunes canadiens et des jeunes québécois concernant la question de la souveraineté ? Voient-ils l’indépendance du Québec comme quelque chose de souhaitable ou de complètement dépassé ?

Comme je le disais plus haut,  je crois que les jeunes ne comprennent plus cette rancœur dominants/dominés.  Les gens veulent parler plusieurs langues, voyager  etc., donc ils sont peut-être moins concerné par les débats français/ anglais  aussi puisque beaucoup sont bilingues ou encore polyglottes.  Sont-ils aussi moins concernés en général ? Peut-être. Il faudrait leur demander. Est-ce qu’une vision de groupe existe encore ou les individus sont devenus trop individualiste pour pouvoir porter un projet comme l’indépendance ?  Je sais que beaucoup de jeunes de mon âge sont encore actifs en politique et confiant de pouvoir mener à bien un projet comme celui-ci. Sauront-ils motiver  les troupes ? Ça c’est une autre histoire.   

En 2009, Nicolas Sarkozy avait qualifié de sectaires, les partisans de l’indépendance du Québec, remettant ainsi en cause la fameuse politique de « non ingérence, ni indifférence » à l’égard du Canada et des affaires québécoises. Un an plus tard, Pauline Marois était partie rencontrer les dirigeants du Parti socialiste et de l’UMP afin de défendre le projet de souveraineté du Québec. Que doit être selon toi, la véritable attitude de la France ?

La France on s’en fout.  À moins que Pauline Marois ai en tête l’idée d’en faire des partenaires prioritaires du Québec si celui-ci se sépare. Il semble que ce ne sera certainement pas avec le concours de monsieur Sarkozy. De toute façon, si le Québec veut être séparatiste il devra apprendre à défendre ses intérêts à l’international et ce sera certainement sans l’aide des pays qui refusent l’indépendance intra-territoriale.

Cite-moi trois personnalités politiques canadiennes (anglophones et/ou francophones, vivantes ou décédées) en indiquant leur force et leur faiblesse.

Pierre-Eliot Trudeau : grand détesté des québécois, en parti responsable de l’échec de L’accord du Lac Meech pour le Québec, il est aussi un personnage avec énormément de caractère, arrogant et capable de supporter de se faire haïr. Même si je ne partage pas nécessairement ses idées, je crois qu’il faudrait plus de gens frondeurs en politique au lieu des menteurs.

Amir Khadir ; j’adore son franc parler, le fait qu’il ne baisse jamais l’échine devant ses détracteurs. J’aime moins  le fait qu’il soit de toutes les batailles,  ça fait un peu « too much ». Un des seuls politiciens du moment qui semble généralement intègre ; espérons que cela soit vrai.

Jean Charest. Le menteur le plus convaincant que la politique canadienne n’est jamais connu. Il a des dizaines d’années de pratique à son actif,  ça paraît. Il a récemment refusé d’ouvrir un moratoire sur la corruption dans le milieu de la construction. Excuse mon langage mais ça pue du cul. Et bien d’autres encore. Ce que j’aime surtout de Charest c’est le détester et se moquer de sa coupe de cheveux. Vraiment je ne comprends pas pourquoi il est constamment élu.

Comment vois-tu le Québec dans vingt ans ?

Bonne question.  J’aimerais  surtout que notre gouvernement se pose cette question. Il faut cesser la vision à court terme,  construire,  penser en termes d’élection et de moindre coût. Pour créer du durable il faut investir dans le durable. Donc j’aimerais voir le Québec dans vingt ans comme un endroit qui réfléchit concrètement à l’avenir de tous.  Utopique ? Oui, oui, complètement.

Entretien réalisé le 5 août et publié le 11 septembre dernier

Un jour de septembre

Que dire sur le 11 Septembre ?

Je vois bien vous avouer que j’ai bien essayé de pondre un article, de développer une idée, d’exprimer mes sentiments sur cet évènement planétaire. Mais rien de bien satisfaisant.

Non pas que je m’en fiche, bien au contraire ! Le 11 septembre 2001 est un évènement que j’ai vécu en direct et qui me marque encore. Je ne pourrai jamais oublier ces deux tours encastrées et qui se sont effondrées tout comme ses personnes qui se sont jetés dans le vide afin d’échapper à une mort horrible pour mieux rejoindre l’au-delà.

Dix ans après que dire ? Vraiment, que dire ? Rien de plus que les analyses faites par les journalistes, rien de plus que les émissions spéciales qui ont lieu depuis cet après-midi, rien de plus que les témoignages des familles de victimes, rien de plus que ceux qui feront un bilan des attentats et un parallèle avec l’actualité immédiate.

Dix après que dire ? Que le monde se porte mieux sans Ben Laden, que la lutte contre le terrorisme a toujours un sens au point de sacrifier des pans entiers de nos libertés fondamentales au nom de la sécurité et de notre bien-être ? Qu’on sait réellement pourquoi on fait la guerre contre certains despotes et qu’on est plus ou moins coulant avec d’autres ?

Barack Obama, président des Etats-Unis en compagnie de son prédécesseur, George Walker Bush se recueillant au mémorial dédié aux victimes des attentats de New York, ce dimanche 11 septembre

Le 11 septembre a marqué notre entrée de plain-pied dans le XXI° siècle, siècle qui a commencé à 8h46 à New York, il y a dix ans.  Selon certains, ce jour devait donner le coup d’envoi d’une guerre de civilisation, une guerre idéologique et meurtrière. En réalité, il n’en a presque rien été. On nous avait prédit un choc des civilisations, l’affrontement final, et finalement la vie poursuit son cours.

Salvador Allende, président de la République du Chili de 1970 à 1973

Au fait, je pense au 11 septembre. Celui de 2001 bien évidemment tant cet évènement m’avait médusé et même effrayé du haut de mes seize ans. Toutefois, je pense à un autre 11 septembre qui mérite d’être évoqué et qu’on a tendance à oublier avec le temps. C’est le 11 septembre 1973 date à laquelle, le président chilien, Salvador Allende, a été renversé par une rébellion armée menée par le général Augusto Pinochet sous l’œil bienveillant des Etats-Unis, au nom de la lutte contre le communisme, justement !

Une piqure de rappel qu’a faite ma camarade et amie Sylvine Thomassin. Non pas qu’il s’agisse d’affirmer que le 11 septembre 1973 est plus important que le 11 septembre 2001 mais que ces deux évènements restent et resteront une plaie béante dans l’Histoire. Dans les deux cas, des peuples ont souffert et perdu de leur innocence.

Un jour de septembre qu’il convient de se rappeler tout en allant de l’avant. C’est un peu le sens de ces deux évènements. Ne pas oublier. Mais regarder l’avenir, c’est la meilleure façon de tenir tête à tous les obscurantismes et autres totalitarismes.

Au mémorial dédié aux victimes du 11 septembre, le 11 septembre 2011 à New-York