« Le meilleur est à venir »

Barack Obama, lors de sa victoire, le 6 novembre à Chicago (Ilinois, Etats-Unis)

Barack Obama a finalement remporté l’élection présidentielle face au républicain Mitt Romney en obtenant 306 grands électeurs sur 538.

L’actuel et quarante-quatrième président des Etats-Unis prolonge donc son bail à la Maison Blanche pour quatre ans supplémentaires. Une large et belle victoire malgré un contexte national et international difficile qui aurait pu couter à Barack Obama ce nouveau mandat qu’il vient de conquérir.

Le candidat démocrate a su faire preuve de lucidité et surtout d’humilité face à la crise et aux attentes des Américains comme le montre par ailleurs son discours prononcé peu de temps après l’annonce de sa victoire, à Chicago. Il le sait, l’heure n’est plus aux promesses mais aux solutions concrètes pour sortir son pays de l’ornière et retrouver le chemin de la croissance. Face à Mitt Romney, Barack Obama a su rassurer et montré qu’en dépit d’un bilan économique décevant, il était toujours l’homme de la situation et en capacité d’apporter des réponses à ses compatriotes.

Mitt Romney, candidat républicain et ancien gouverneur du Massachusetts, battu par Barack Obam

De son côté, Mitt Romney n’a pas su faire la différence malgré une bien meilleure campagne comparée à celle de John Mc Cain en 2008. Malgré son recentrage stratégique (et en partie payant), l’homme a payé certaines de ses erreurs mais fut également de certaines gaffes et déclarations malheureuses de campagne comme celle de Todd Akin sur le viol ou bien encore la polémique qu’il a lui-même provoqué sur les 47% d’Américains assistés, sans compter sa volonté de démanteler certaines mesures symboliques du président américain (comme la réforme du système de santé). Elire Mitt Romney semblait devenir un risque que nombre d’Américains ne voulaient absolument pas prendre en ces temps incertains.

Barack Obama a gagné haut-la-main, reste à savoir ce qu’il fera de son second (et dernier) mandat. Nombre de dossiers reste encore à traiter pour le président américain aussi bien sur le plan intérieur comme extérieur. Ainsi, l’éducation, la relance de l’industrie automobile, ou bien encore la réduction des inégalités et l’emploi tout comme la sortie de la crise financière, la question palestinienne sans oublier le cas épineux de la Syrie et de l’Iran seront sans aucun doute les thèmes qui domineront le nouveau mandat du locataire de la Maison Blanche mais également les relations entre la Maison Blanche et le Congrès avec un Sénat démocrate mais également et surtout une Chambre des représentants toujours sous contrôle des Républicains et qui n’hésiteront pas à lui compliquer la tâche, même si le Grand Old Party – en raison de la défaite de Romney – devra lui aussi se montrer conciliant avec le président démocrate.

Barack Obama en compagnie de sa femme Michelle et de ses filles, Malia et Sacha

Le président des Etats-Unis a donc obtenu un second mandat mais n’est pas encore entré dans l’Histoire pour reprendre si justement l’opinion de Philippe Labro, journaliste à RTL et spécialiste des Etats-Unis. Il est fort à parier que Barack Obama, libéré par l’objectif d’une nouvelle élection, voudra quelque chose d’utile de son mandat, à l’instar de son fameux « Obamacare » qui a marqué la première partie de sa présidence. Un second mandat qui – par définition – sera bien différent du premier (ne serait-ce qu’en raison d’une administration fortement remaniée) et dans lequel, il s’attachera à marquer les esprits pour laisser une trace, un testament.

Donc, le meilleur est encore à venir. Yes, he (still) can !

Obama peut-il encore gagner ?

Barack Obama, président des Etats-Unis, candidat démocrate à sa propre réélection durant sa campagne électorale

Barack Obama peut-il remporter l’élection présidentielle américaine ?

Encore saugrenue, il y a encore un mois, la question semble de plus en plus sérieuse surtout si on réfère aux sondages d’opinion dans lesquels il fait la plupart du temps jeu égal avec Mitt Romney, le candidat républicain, en bonne position pour s’imposer le 6 novembre prochain.

Certes, le président en exercice et candidat démocrate semble revenir dans la course et avoir retenu les leçons de sa bizarre et (surtout) décevante prestation lors du premier débat télévisé dans lequel, il fut purement et simplement surclassé par Mitt Romney, marquant par la même occasion des points décisifs. Qui plus est, il a su redresser la barre en se montrant plus incisif et prenant davantage au sérieux son adversaire qu’il ne l’avait fait auparavant. Enfin, sa gestion de crise suite au passage de l’ouragan Sandy sur New-York et la côte Atlantique a été plutôt bonne et bien accueilli par l’opinion publique américaine. Toutefois, le doute subsiste quant à une éventuelle réélection de l’actuel locataire de la Maison Blanche notamment face à un Mitt Romney qui a gagné en crédibilité et semble être une alternative pour nombre d’Américains.

Barack Obama mène campagne dans un contexte difficile marqué par la crise économique qui a lourdement frappé les Etats-Unis. D’ailleurs, ce n’est pas pour rien que les questions économiques occupent le devant de la scène, nombre d’Américains s’interrogeant à juste titre sur la capacité du président démocrate à faire face de nouveau, aux défis qui l’attendent. L’ancien sénateur de l’Illinois a, il faut le dire, déçu nombre de ses partisans qui espéraient des jours meilleurs, sur le plan économique, un sentiment qui a d’une certaine manière, largement profité à Mitt Romney jugé plus crédible sur ce sujet.

Mitt Romney, candidat républicain et Barack Obama, candidat démocrate, durant le second débat télévisé en octobre dernier

A cela, s’ajoute la stratégie du candidat républicain, finalement bien plus efficace qu’on ne l’aurait pensé. Adoptant un discours très à droite durant les primaires, Mitt Romney s’est progressivement recentré, déstabilisant au passage le camp Obama qui ne s’y attendait pas réellement. Une telle stratégie qui ne s’est pas faite sans risques mais qui a d’une certaine manière payée dans la mesure où donné battu il y a seulement quelques semaines, l’ancien gouverneur du Massachusetts a relancé sa campagne, remobilisant par la même occasion camp et profitant des erreurs stratégiques de son rival, sans toutefois infliger un coup fatal au président sortant.

Difficile dans ces conditions pour Barack Obama de mener campagne tout en espérant une réélection sur un fauteuil. L’actuel président américain l’a bien compris et il doit démontrer au peuple américain qu’en dépit d’un bilan mitigé, de la déception qu’il a suscité (semblable à l’espoir qu’il avait provoqué en 2008) et des erreurs stratégiques qu’il a commises, il reste l’homme de la situation, celui qui pourra redresser durablement les Etats-Unis et la diriger sur une nouvelle voie. En clair, Obama doit jouer la carte du rassemblement – stratégie somme toute classique pour tout président sortant en campagne pour un nouveau mandat – face à l’incertitude que laisserait présager une éventuelle victoire de Romney.

De fait, Obama doit, d’une certaine manière, à nouveau faire ses preuves, bien plus qu’il y a quatre ans où il a profité de l’usure du pouvoir et de l’impopularité de George Walker Bush et des errements de John Mc Cain, son adversaire républicain, pour l’emporter. Son inexpérience supposée s’était même avérée comme un atout majeur, ce qui lui permit de mettre encore plus en avant son fameux slogan de campagne « Yes, we can ! ». Il n’en est rien quatre ans après et il sait qu’il devra batailler ferme pour conserver son poste, malgré les tout derniers sondages qui lui sont favorables notamment dans les Etats dits indécis (les fameux « swing States ») tel l’Ohio ou l’Iowa qui feront in fine l’élection.

En jouant la carte du président rassembleur, Barack Obama peut espérer obtenir un second (et dernier) mandat à la Maison Blanche. Toutefois, cela dépendra fortement de sa capacité à mobiliser ses propres troupes mais également de faire preuve de réalisme notamment face à un Mitt Romney qui n’a pas dit son dernier mot et croit sérieusement à ses chances.

« Je suis Troy Davis et je suis libre ! »

Il n’y aura finalement pas eu de miracle. Troy Davis, 42 ans, a finalement été exécuté, la nuit dernière d’une injection létale dans sa prison de Jackson dans l’Etat de Géorgie (Etats-Unis) malgré la vive protestation de son comité de soutien et de la communauté internationale, Union européenne en tête.

Des membres du comité de soutien à Troy Davis, peu de temps après son exécution

Celui qui avait passé plus de vingt ans dans les couloirs de la mort avait été accusé puis rendu coupable du meurtre d’un policier blanc en 1989 alors que des sérieux doutes subsistent quant à la réelle implication de ce jeune noir, alors âgé de 19 ans. La formidable mobilisation de la société civile, des associations luttant contre la peine de mort mais également de responsables politiques comme James Carter – président des Etats-Unis de 1976 à 1980 – mais aussi le revirement de plusieurs témoins n’ont finalement pas eu de poids face à l’entêtement de la justice de l’Etat de Géorgie et de la Cour suprême.

Je dois dire que je suis particulièrement peiné par un tel dénouement montrant une fois de plus, toute l’ambigüité de l’Amérique. Voilà un pays qui n’hésite pas à se montrer sans indulgence avec toute personne qui se bat en faveur de l’avortement ou pour l’euthanasie (en raison du caractère sacré de la vie, pour certains) mais qui ne se pose pas de questions quant il s’agit de mettre à mort quelqu’un, au nom de la justice (comme si, ôter la vie d’un condamné avait moins de valeur que celle d’autrui)

L’exécution de Troy Davis laissera en tout cas des traces notamment dans l’opinion publique américaine. Les Américains restent encore partagés entre le maintien ou l’abolition de la peine capitale et la mort de Davis donnera sans doute l’occasion de relancer ce débat, surtout s’il avère que l’homme de 42 ans n’avait effectivement rien à se rapprocher.

La mort de Troy Davis ne manquera pas d’avoir des conséquences sur le plan politique notamment pour Barack Obama. Même s’il convient de rappeler que l’actuel président des Etats-Unis n’est pas connu pour être abolitionniste convaincu (bien au contraire !), son silence restera incompréhensible en particulier pour l’électorat afro-américain (voire latino) qui risque bien de lui en tenir rigueur lors de l’élection de novembre 2012. Autrement dit, c’est son image de progressiste qui risque d’en prendre un coup, même si juridiquement parlant, rien ne peut lui être reproché, en raison du principe de séparation des pouvoirs.

Enfin, l’exécution d’hier va, à coup sur, ternir l’image des Etats-Unis, si ce n’est pas déjà fait ! En effet, comment peut-on se prétendre comme défenseurs des Droits de l’Homme, comme à l’avant-garde des actuels Printemps arabes et dans le même sens, avoir des pratiques judiciaires qui n’ont rien à envier aux régimes autoritaires ? Au bout du compte, ce qui rapproche la démocratie et les dictatures, c’est bien la peine capitale.

Alors Troy Davis n’est plus mais il n’est pas mort pour rien. Enfin espérons-le. Comme je l’ai dit plus haut, son décès doit être l’occasion pour les Etats-Unis de se remettre en cause et s’interroger sur le bien-fondé d’un système qui me semble bien difficilement compatible avec les Droits de l’Homme et les valeurs de liberté qu’on aime tant défendre à l’extérieur (moyennant quelques juteuses contreparties bien évidemment). Un système que, de plus, Dave Zirin (journaliste) résume ainsi et de manière lapidaire : [Troy Davis] « avait la mauvaise couleur de peau, au mauvais endroit, au mauvais moment, avec le mauvais compte en banque et la mauvaise équipe d’avocats ». Un système qui n’empêche pas de dormir James Richard Perry, actuel gouverneur du Texas et candidat à l’investiture républicaine pour la prochaine course à la Maison Blanche, tout content de ses 234 exécutions depuis sa prise de fonction en 2000.

Et là, j’espère que là, on pourra dire : « Je suis Troy Davis et je suis libre »

Troy Davis (1968 - 2011) durant son procès en 1991

They got him ! Et maintenant ?

« They shot Bin Laden[1] ». C’est par ces mots prononcés par Antek, mon camarade polonais au Collège d’Europe, que j’ai appris, lors du petit déjeuner, la mort d’Oussama Ben Laden.

Le leader d’Al-Qaeida, commanditaire présumé des attentats du 11 septembre 2001, aurait été fusillé d’une balle dans la tête dans le cadre d’une opération menée par les services secrets américains au Pakistan, non loin d’Islamabad, la capitale du pays.

Peu de temps après la confirmation de la mort de Ben Laden, le président des Etats-Unis, Barack Obama, s’est adressé à la nation américaine pour annoncer la nouvelle. S’en est suivi alors une explosion de joie de la part des Américains devant la Maison Blanche à Washington mais également dans les rues de New-York, non loin de Ground Zero, où des centaines, voire des milliers de personnes exprimaient leur bonheur sur fond de « USA, USA ! »

Je dois vous dire que j’ai été surpris par la mort de Ben Laden sans compter que l’homme semblait être imprenable et finalement oublié avec le temps. Toutefois, je dois vous avouer que si j’ai été surpris par la mort du patron d’Al-Qaeida, j’ai également été surpris, voire choqué par les réactions de joie spontanées des Américains, même si on peut les comprendre ! Même son cloche de la part de la presse américaine qui ne se prive pas de mots durs en qualifiant Ben Laden de « bastard » (« enfoiré » en français) comme le montre la « une » du New York Post :

Une du "New York Post" du 2 mai 2011 avec pour titre : "Got Him !" ("On l'a eu !")

En effet, Ben Laden exécuté, les Américains donnent l’impression qu’ils ont rendu la monnaie de leur pièce à un homme qui symbolisait toutes les peurs mais aussi les dérives des Etats-Unis durant ces dix dernières années. Or, ces instants de joie, aussi légitimes soient-ils, ne doivent pas nous faire oublier qu’avec la disparition de Ben Laden s’ouvre une grande période d’incertitudes.

Réactions de joie des Américains devant la Maison Blanche (la résidence du Président des Etats-Unis) dans la nuit du 1er au 2 mai à Washington

La guerre en Afghanistan, ni même que le terrorisme international ne s’arrêtera pas de sitôt sans compter que les groupuscules et autres filiales d’Al-Qaeida (style, « AQMI » pour Al-Qaieda au Maghreb Islamique) ne se sentiront déstabilisés par la mort du patron. Pire, ils se sentiraient galvanisés par la mort du chef, transformé en rang de légende, de mythe. Enfin, ces groupes pourraient être tentés par représailles sur tout ce qui touche de près ou de loin les intérêts occidentaux ou sur tout ce qui ressemble de près ou de loin à un Occidental, Américain de surcroît.

Qui plus est, Ben Laden mort, des zones d’ombres subsistent notamment concernant la photo de son cadavre qui semble en réalité avoir été montée de toute pièce. Toutefois, là n’est pas le problème ! Tout réside dans le fait qu’en tuant Ben Laden, les Etats-Unis, certes, ont accompli leur désir de vengeance mais ont sans doute manqué l’occasion historique de juger le responsable présumé des attentats de New-York et de Washington. Comme l’explique le Belge Jean-Paul Marthoz, chroniqueur au Soir sur son blog : « La mort de Ben Laden empêche la tenue d’un procès exemplaire, car il aurait été essentiellement celui du terrorisme international. Il aurait permis, en opposant la force du droit à la violence des bombes, de fixer clairement les lignes de partage. Rassurés par leur victoire, les Etats-Unis auraient pu saisir cette occasion pour revenir aux valeurs éthiques et aux normes juridiques qu’ils avaient délaissées après le 11 septembre, lorsqu’ils créèrent un système de prisons, d’interrogatoires et de tribunaux, en porte-à-faux avec la Constitution américaine et avec le droit international[2]. »

Barack Obama, président des Etats-Unis élu en novembre 2008, en fonction depuis janvier 2009

Aussi, Al-Qaeida décapité, Ben Laden liquidé, reste à savoir ce qu’il va suivre. Toujours est-il qu’il s’agit dans l’immédiat d’une victoire sans conteste pour le président des Etats-Unis, le démocrate Barack Obama, qui devrait voir sa courbe de popularité remonter spectaculairement en flèche après avoir dangereusement piqué du nez durant un temps, à un an et demi de la présidentielle de novembre 2012. Mais croire que la mort de Ben Laden est un coup porté au terrorisme international, cela serait faire preuve de naïveté. A ce titre, l’actuel locataire de la Maison Blanche en est lui-même conscient !

 

PS : je vous mets en ligne l’intervention de Barack Obama annonçant la mort de Ben Laden diffusée par France 24 (avec un traducteur) et par CNN pour ceux qui préfèrent la version originale bonne lecture !

Bowling for Tucson

Gabrielle Griffords, représentante (députée) démocrate de l'Arizona, grièvement blessée lors de la fusillade du 9 janvier dernier

Comme bon nombre de personnes, j’ai été frappé et horrifié par la fusillade de Tucson (Arizona, Etats-Unis) de dimanche dernier, qui a couté la vie de six personnes et sérieusement blessé la représentante (députée) démocrate,  Gabrielle Giffords, la parlementaire dont l’état de santé reste grave même si de nettes améliorations se sont produites depuis son opération.

Cette nouvelle et énième fusillade a eu lieu dans un contexte où le climat politique est plus ou moins délétère dans la perspective de l’élection présidentielle prévue en novembre 2012. En effet, le torchon brûle entre démocrates et républicains mais également avec le mouvement du Tea Party, un mouvement ultraconservateur au discours bien trempé et parfois haineux.

Cependant – et à mon sens – la vérité est ailleurs et le climat politique actuel aux Etats-Unis ne saurait expliquer à lui seul cette tuerie.

Tucson s’inscrit dans la triste série de fusillades qu’a connu l’Amérique dans la lignée de Virginia Tech (2007) et de Columbine (1999). Dans ces deux précédents drames, ce sont des lycéens qui avaient ouvert le feu sur leurs camarades et professeurs, tuant ainsi nombre d’innocents victimes de déséquilibrés. A Tucson, ce fut cette parlementaire qui a été clairement la cible d’un jeune de 22 ans à peine qui risque en tout et pour tout la peine capitale pour son geste.

Après les tragédies de Columbine et de Virginia Tech, l’émotion s’était emparée des Etats-Unis et tous se déclaraient désolés de l’évènement. Mais au bout du compte, aucune réflexion sérieuse et courageuse n’a été menée par les responsables politiques outre-Atlantique quant à l’utilisation et à la libre-circulation des armes.

Barack Obama, président des Etats-Unis en compagnie de son épouse, Michelle, lors de l'hommage national rendu aux victimes de la fusillade de Tucson, le 12 janvier dernier

Car c’est tout le nœud du problème : les Américains sont très attachés à un amendement de la Constitution de 1787 qui autorise tout citoyen à se procurer et à posséder une arme afin d’assurer sa protection et celle de ses proches. A cette époque, cet amendement fut rédigé dans un contexte où l’Etat de droit (et l’Etat tout court) n’existait pas réellement et de conquête vers l’Ouest. Or, il demeure bien évidemment que cet article ne devrait plus avoir cours en 2011 et qu’il devrait être par conséquent, sérieusement modifié.

Or, au nom de la liberté, nombreuses sont les associations et les lobbies qui refusent la moindre modification du second amendement. Parmi elles, la NRA (pour National Rifle Association), le très lobby des armes, argentier du Parti républicain et qui assure justement sa prospérité grâce au second amendement.

Dès lors, le résultat est tel que nous le connaissons et on en arrive à des tragédies de type Columbine ou bien encore Tucson. Combien de drames de ce style faudra-t-il encore pour que les responsables politiques américains aient le courage de revoir un amendement totalement obsolète ? Faudra-t-il l’assassinat d’une personnalité politique plus haut-placée pour que l’Amérique se décide enfin à revoir son amendement ?

Certains pointeraient volontiers la sécurité défaillante durant la réunion publique de Gabrielle Giffords. Or, cette sécurité ne pourra être qu’efficace que si on limite de manière draconienne la libre-circulation des armes à feu dans le pays de l’Oncle Sam. En clair, une Révolution copernicienne devient essentielle pour qu’une telle tragédie ne se reproduise plus, ce qui suppose un énorme courage politique. Auquel cas, la NRA aura un bel avenir devant elle.

L’espoir déçu

Barack Obama, actuel président des Etats-Unis

Les « Midterm Elections » (Elections de mi-mandat) qui se tiennent ce mardi aux Etats-Unis ne s’annoncent pas de tout repos pour Barack Obama.

Traditionnellement, ces élections législatives ne sont pas favorables pour le parti majoritaire au pouvoir, les électeurs profitant de ce scrutin pour sanctionner la politique du gouvernement fédéral. Barack Obama ne devrait donc échapper à la règle, les analystes et autres journalistes politiques étant en effet unanimes : le parti démocrate devrait connaitre une défaite importante à l’issue d’un scrutin jugé à haut risque et qui devrait sanctionner la politique de l’actuel locataire de la Maison Blanche, la question se portant désormais sur l’ampleur de cette défaite et les conséquences de celle-ci sur la suite du mandat d’Obama.

Affiche de campagne de Barack Obama durant la campagne présidentielle de 2008

Il faut dire que le fol espoir suscité par l’élection de l’ancien sénateur de l’Illinois, premier homme de couleur à accéder à la Maison Blanche, est quelque peu contrarié. Deux ans après son triomphe et une victoire nette et sans bavure, les Américains peinent à percevoir les changements qu’a initié Barack Obama en dépit d’une politique qui ne pêche pas par volontarisme. Qui plus est, ce dernier avait mis en garde ses concitoyens en leur expliquant que le chemin serait difficile et parsemé d’embuches.

A titre personnel, je dois vous avouer que je ne suis qu’à moitié surpris dans la mesure où la déception (ou du moins la contrariété des Américains) est à la hauteur des attentes immenses suscitées par Barack Obama. Je me souviens, pour l’anecdote, de ces images historiques diffusées dans les quatre coins du monde et de l’enthousiasme mondial qui régnait quelques jours après sans oublier la délirante cérémonie d’investiture.

Cependant, on a oublié que si l’avènement de Barack Obama constituait une rupture, le changement tant promis et attendu n’allait pas se faire en un coup de baguette magique, ne serait-ce en raison d’une Amérique divisée et éreintée par huit années d’administration Bush. Les Américains (du moins ceux qui ont voté pour lui, c’est-à-dire les milieux défavorisés ainsi que les classes moyennes) ont rapidement pensé qu’Obama révolutionnerait les Etats-Unis en promettant prospérité et plein-emploi.

Un enthousiasme qui se paye aujourd’hui pour l’actuel président des Etats-Unis qui est d’une certaine manière, « victime » de la pression qu’il a subi avant et surtout après son élection dans la mesure où il ne devait absolument pas avoir droit à l’erreur. Cela se ressent dès lors dans sa politique actuelle qui, outre le mécontentement de ses adversaires plus ou moins revanchards (des Républicains) voire fanatiques (les militants et sympathisants des fameux Tea Parties, propulsé par Sarah Palin, ex-colistière de John Mc Cain à la présidentielle de 2008 et véritable égérie du mouvement) provoque également une certaine déception chez ses propres partisans qui en attendaient beaucoup plus.

Manifestation du mouvement des Tea Parties contre la politique actuelle de Barack Obama

Quelque soit l’issue du scrutin, il paraît désormais primordial pour Barack Obama de renouer avec ses fondamentaux et d’exploiter au maximum ses atouts que son volontarisme, son charisme mais aussi sa capacité à tenir un discours particulier aux Américains. Leur rappeler que le changement ne peut se faire d’un seul coup et que si changement il y a, il implique de toutes les façons une part d’incertitude et de risques. Charge désormais pour le président américain de limiter les dégâts et de faire en sorte que le Sénat reste sous contrôle démocrate, ce qui semble le scénario le plus probable

C’est finalement gagné !

Le président des Etats-Unis, Barack Obama, au moment de la signature de la loi sur la réforme de santé. (www.lemonde.fr)

Barack Obama a finalement tenu son pari : la chambre des représentants a en effet validé la réforme du système de santé américain qui doit permettre à près de 36 millions de personnes de bénéficier d’une couverture santé et donc de bénéficier de soins.

Cette mesure-phare de l’actuel hôte de la Maison Blanche marque un tournant dans l’histoire américaine dans la mesure où Obama a réussi là où tous les présidents démocrates avaient échoué jusqu’à présent : permettre à tous les Américains d’avoir le droit de bénéficier de soins et d’être tout simplement pris en charge.

Opposants américains à la réforme de santé (www.lemonde.fr)

Bien évidemment, nombre de personnes veulent encore tirer à boulet rouges contre une réforme qu’ils considèrent comme inique, voire liberticide, ce qui conforme au bel esprit américain ! En effet, pour nombre d’Américain, cette réforme est avant synonyme de taxes mais surtout contraire à l’esprit selon lequel chacun doit s’occuper de sa protection sociale, point barre ! En gros, là où le président Obama cherche à mettre en avant l’esprit de solidarité, certains voient avant tout dans cette nouvelle loi une nouvelle prédominance de l’Etat fédéral qui cherche à imposer ses vues. D’ailleurs, douze Etats fédérés – via leur attorney général – ont décidé de saisir la Cour suprême et d’attaquer l’Etat fédéral en justice pour dénoncer une remise en cause de leur « souveraineté »

Malgré tout, cette réforme du système de santé symbolise un succès indéniable pour Barack Obama qui – il faut le dire – revient de loin ! L’été dernier, je m’étais montré plutôt sceptique quant à la capacité de l’ancien sénateur de l’Illinois de faire imposer ses vues d’autant plus que sa majorité était bien peu stable notamment en raison des « blue dogs », les parlementaires démocrates modérés bien peu partisans de la réforme. Une difficulté qui finalement semble avoir été surmontée, résultat sans doute d’une pédagogie mais aussi de discussion avec l’ensemble des parlementaires démocrates.

La réforme adoptée, Barack Obama doit rester vigilant néanmoins dans la mesure où certains Etats fédérés n’ont pas dit leur dernier mot comme je l’ai indiqué un peu plus haut. Une décision de la Cour suprême en leur faveur pourrait se traduire par un désaveu pour l’actuel hôte de la Maison Blanche, la censure de la loi équivalant à une abrogation de celle-ci. Malgré tout, Obama démontre finalement qu’il habite bel et bien sa tenue de président des Etats-Unis, président de tous les Américains.

Caricature de Kroll paru dans le quotidien belge Le Soir (www.lesoir.be)

Yes, he (still) can ? [1]

Il y a un an, le monde et les Américains étaient en effervescence : Barack Obama, élu 44ème président des Etats-Unis, était investi à Washington devant des milliards de téléspectateurs qui scandaient le désormais célèbre : « Yes, we can ! » [2]

Un an après, l’enthousiasme et la folie des débuts sont quelque peu retombés : Obama reste encore populaire mais sa côté n’a cessé de décliner durant sa première année de mandat. L’hôte de la Maison Blanche a été rapidement confronté aux réalités du pouvoir et à la difficulté de changer l’aiguillage de la politique américaine. Certes, sur le plan extérieur, il y a la volonté des Etats-Unis de se montrer moins arrogants et plus coopératifs avec les pays amis et partenaires. Il y a également eu la main tendue à l’Iran et aux pays du monde arabe (comme cela fut le cas en Egypte en mai dernier lorsque Barack Obama prononça un discours à l’Université du Caire). Puis, il y a ce prix Nobel de la Paix attribué avec surprise au président américain, mais qui fait plus office de cadeau empoisonné (ou plutôt de pari sur l’avenir)

Car dans le même temps, Barack Obama poursuit l’effort de guerre en Afghanistan tant que les Talibans regagnent de plus en plus du terrain et semble réaffirmer sa fermeté dans la lutte contre le terrorisme si on en croit sa mise en garde contre le Yémen. Enfin, sur le plan intérieur, l’hôte de la Maison Blanche semble piétiner dans sa réforme du système de santé et les choses sont d’autant plus compliquées depuis que ce dernier a perdu sa super-majorité au Sénat, dimanche dernier, le candidat républicain ayant conquis le siège occupé durant plus de quarante ans par Robert Kennedy jusqu’à sa mort en août dernier.

En clair, un an après, les Américains sont quelque peu sur leur faim et si Barack Obama n’est pas le Messie que tout le monde a attendu, il n’en demeure pas que son action est finalement bien meilleure que celle de son prédécesseur. De toute façon, il ne pouvait pas faire pire à mon sens. Au bout du compte, les déceptions de certains sont à la hauteur du fol espoir qu’il a suscité il y a un peu plus d’un an et cela est finalement logique dans la mesure où le principe de réalité a vite repris ses droits.

Caricature de Cécile Bertrand parue sur site Internet du quotidien belge "La Libre Belgique", le 30 décembre 2009 (www.lalibre.be)

Malgré tout, « yes, he still can ? » Je crois qu’on aura la réponse à notre question plutôt sur la longue durée. Il est en effet, trop tôt pour se faire une opinion tranchée sur l’action de Barack Obama tout comme il me paraît bien prématuré et je dirai même stupide de faire un bilan de la politique du patron de la Maison Blanche. Charge pour ce dernier de montrer qu’il peut toujours le faire !

[1] Peut-il toujours le faire ?

[2] Oui, nous le pouvons !

Le choc des photos

Dans les années 1980, le slogan de « Paris-Match » était : « le poids des mots, le choc des photos ».

Je ne sais pas si les publicistes se sont inspirés de ce magazine people mais on pourrait le penser lorsqu’on voit les deux photos suivantes :

On y voit Nicolas Sarkozy et Barack Obama, vieillis de dix ans et qui demandent pardon pour ne pas avoir stoppé le changement climatique alors qu’ils en avaient la possibilité. Une campagne choc mais sans doute utile tant que l’urgence est là !

En espérant que Sarkozy et Obama verront ces affiches en chemin !

Un pari sur l’avenir

Le Comité Nobel à Oslo (Norvège), lors de l'annonce du Prix Nobel de la paix.

Lorsque j’ai reçu, hier sur mon I Phone, une alerte du Monde m’annonçant le nom du Prix Nobel de la paix, j’ai été fortement surpris. Il s’agissait de Barack Obama, président des Etats-Unis.

D’habitude, le Prix est décerné pour une personnalité et/ou une organisation qui a œuvré en faveur de la paix. Mais là, il s’est trouvé que le comité d’Oslo (Norvège) ait décidé d’adopter une logique différente, à savoir, décerner le Prix Nobel à un homme dont on attend beaucoup sur le plan de la paix et de la réconciliation entre les peuples.

Dès lors, les réactions sont assez mitigées aussi bien sur la blogosphère que dans la presse notamment américaine qui juge la décision prématurée et assez peu justifiée. Pour ma part, je reste quelque peu circonspect face à cette décision. En effet, je pense que l’actuel président des Etats-Unis n’était pas forcément le mieux placé (cela ne fait que dix mois seulement qu’il est au pouvoir et qu’il n’a rien fait de concret jusqu’ici) sans compter qu’une telle distinction risque de le desservir à terme.

En effet, le Prix Nobel a été accordé à Obama non pas pour ce qu’il a fait mais ce qu’il peut faire (ou, si vous préférez, ce qu’on attend de lui). Aussi, je n’aimerais pas trop être à la place du locataire de la Maison Blanche qui a désormais une charge supplémentaire sur ses épaules à savoir contribuer résolument à la paix, ce qui suppose d’une certaine manière une obligation de résultats en particulier en Afghanistan mais aussi en Iraq sans oublier le terrorisme de toutes sortes. Barack Obama sait qu’il n’a pas droit à l’erreur manifeste et, qu’à défaut de solution toute trouvé, il devra afficher un changement de cap. Ce Prix Nobel peut donc être un fardeau sur le long terme tant qu’il engage moralement Barack Obama.

Dès lors, je m’interroge et après réflexion, il faut voir dans la création du Comité Nobel, un pari sur l’avenir en la personne d’Obama. Le pari de voir une Amérique soucieuse de contribuer à l’établissement d’un espace de sécurité et de paix. Mais aussi, l’espoir de voir cette nouvelle Amérique, incarnée par Obama, se décliner et exister concrètement. Car au bout du compte, à travers l’actuel président des Etats-Unis, c’est le peuple américain qu’on cherche à atteindre en la félicitant d’avoir réalisé l’impensable, il y a encore cinq ans, à savoir élire démocratiquement un homme de couleur.

Bref, bien que je m’interroge sur le bien-fondé de ce Prix Nobel pour Barack Obama, je dois bien vous avouer que je suis malgré tout content et que je ne vais pas bouder mon plaisir en imaginant le locataire de l’Elysée vert de jalousie mais les néo-nazis et autres allumés qui n’ont toujours pas digéré la victoire d’Obama et qui doivent l’avoir dans le baba !!! Rien que d’imaginer leur réaction, cela me fait finalement plaisir que le Nobel de la paix revienne au locataire de la Maison Blanche.