Un an et (encore) toutes ses dents !

Elio di Rupo, Premier ministre de Belgique depuis le 6 décembre 2011

Elio di Rupo, Premier ministre de Belgique depuis le 6 décembre 2011

Elio di Rupo a un an ! Entendez par là son gouvernement.

Il y a tout juste un an, le 6 décembre 2011, le Premier ministre et son équipe prêtaient serment au Château de Laeken devant le roi des Belges, Albert II, marquant la fin de dix-huit mois de négociations difficiles entre les deux principaux vainqueurs des élections législatives anticipées de juin 2010, le Parti socialiste francophone et la N-VA, le parti indépendantiste flamand.

Un an après, le bilan du gouvernement de centre-gauche d’Elio di Rupo est contrasté. Certes, les principales familles politiques (les sociaux-chrétiens, les socialistes et les libéraux) ont réussi à s’accorder sur la réforme de l’Etat et sur la politique socio-économique, certains points d’achoppement ont quand même eu lieu notamment concernant le budget 2013 ou bien encore la stratégie à mener face à la crise. A ce titre, le gouvernement d’Elio di Rupo souffre d’une forte impopularité en particulier en Flandre, la région ayant connu de récents plans sociaux comme la fermeture de l’usine Ford de Genk. Face à la crise, les Belges expriment leur scepticisme vis-à-vis la stratégie menée par le Premier ministre francophone, une stratégie vivement critiquée par les nationalistes flamands de Bart de Wever qui semblent toujours en position de force.

En effet, la N-VA, en dépit de son absence au niveau fédéral, semble consolider ses positions et demeure le premier parti en Flandre. Un statut qui a été confirmé lors des élections communales notamment grâce à l’impulsion de son leader qui a récemment conquis la ville d’Anvers (la seconde ville du pays) et qui vient de trouver un accord de gouvernance avec les libéraux et les sociaux-chrétiens. Qui plus est, l’homme reste populaire dans la partie nord du pays et reste déterminé à faire des prochaines législatives de juin 2014, une sorte de référendum sur l’avenir du plat pays afin de mieux parvenir à sa fameuse « révolution copernicienne », à savoir le passage d’une Belgique fédérale à une Belgique confédérale et vidée de son sens.

Bart de Wever, leader indépendantiste flamand, nouveau bourgmestre (maire) d'Anvers

Bart de Wever, leader indépendantiste flamand, nouveau bourgmestre (maire) d’Anvers

Toutefois, bien que Bart de Wever soit un homme politique redoutable, il n’est pas à l’abri d’une grosse fatigue politiquement parlant si on en croit le dernier baromètre réalisé par La Libre Belgique où en dépit d’un solide socle électoral, la N-VA semble connaitre un tassement dans les intentions de vote en Flandre, un tassement qui reste à confirmer. Qui plus est, il a fallu près de deux mois depuis sa victoire nette et sans bavure aux municipales que le leader indépendantiste forme sa coalition et son équipe. Des signes qui en disent long et qui cachent mal quelques failles dans la stratégie de De Wever. Reste à savoir si les autres partis néerlandophones (CD&V et Open VLD en tête) sauront en profiter pour mieux contrer la N-VA dans l’optique des législatives, des régionales et des européennes de juin 2014.

De son côté, Elio di Rupo sait qu’il doit donner des gages et surtout des garanties à ses compatriotes s’il espère durer mais surtout remporter les élections législatives, un scrutin d’ores et déjà réputé difficile en raison de la crise économique. Ce qui suppose au préalable une coalition forte mais surtout solidaire, notamment du côté néerlandophone, les principaux partis flamands restant sous la forte pression des nationalistes flamands. Pour cela, il peut toujours s’appuyer sur une popularité sans faille aussi bien en Wallonie mais également en Flandre, où l’homme reste encore apprécié pour sa personnalité et son côté modéré.

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Caricature de Pierre Kroll parue dans le quotidien francophone, Le Soir, quelques jours après la prestation de serment d’Elio di Rupo

L’année 2013 sera dès lors importante pour l’actuel locataire de la Wetstraat (Rue de la loi, le siège du gouvernement belge à Bruxelles) qui devra se montrer audacieux face à la crise qui ne cesse de sévir mais aussi face à un Bart de Wever qui attend patiemment son heure pour mener à bien son projet de révolution copernicienne. Dans ce cadre, s’il parvient à mener son gouvernement jusqu’au terme de la législature, cela sera déjà un exploit et un détail non négligeable pour la suite.

UE – Belgique : même destin, même combat ?

Bart de Wever, indépendantiste flamand, vainqueur des élections communales (municipales) à Antwerpen (Anvers) en Belgique, le 14 octobre dernier

« Si la Belgique tombe, c’est toute l’Europe qui risque de s’écrouler ». C’est par cette phrase qu’Eric Zemmour avait résumé la situation du Plat pays au lendemain de la chute du gouvernement de centre-droit d’Yves Leterme en avril 2010, suite au départ des libéraux néerlandophones et à l’absence de consensus sur l’avenir électoral et judiciaire de l’arrondissement BHV (Bruxelles – Hal – Vilvorde)

Deux ans après, cette déclaration du célèbre et controversé polémiste et journaliste français semble faire écho, notamment au lendemain des élections communales et de la percée des indépendantistes en Flandre et de leur leader Bart de Wever à Anvers. Dans une tribune du Volkstrant, journal néerlandais, l’historien Thomas von der Dunk partage la même analyse qu’Eric Zemmour et va même plus loin considérant que l’Europe va échouer car le modèle belge (dont elle s’en inspire directement) a échoué.

UE – Belgique, même destin ? Certaines similitudes existent en effet entre les deux entités. Plusieurs communautés vivant dans un même espace fonctionnant sur le principe de solidarité (notamment financière), un principe constamment mis à mal depuis des années, pour ne pas dire des décennies et miné par la question du nationalisme et du régionalisme. Dans le cas de la Belgique, ce sont bien sur les transferts financiers entre Flamands et Francophones qui sont montrés du doigt par certains groupes et leaders politiques (telle la Nieuve Vlaams Alliantie). Au sein de l’UE, la crise de la zone Euro a montré les limites de la solidarité Nord-Sud, certains comme les Allemands ou les Finlandais exigeant de plus en plus des gages de la part des Etats en (grande) difficulté, la Grèce en tête.

A cela, s’ajoute une montée des nationalismes de plus en plus forte et revendicative. En Belgique comme dans le reste de l’UE, la question nationale devient une arme politique pour remettre en cause un système et mieux défendre ses intérêts. En Flandre, comme en Catalogne, en Lombardie, au Pays Basque ou bien encore en Ecosse, c’est encore la question de l’autonomie fiscale qui est mise en avant pour mieux brandir celle de l’indépendance politique, comme instrument de chantage.

L’UE semble donc connaitre le même destin que la Belgique pour nombre d’analystes tels Zemmour et von der Dunk : l’échec d’un modèle qui nie les réalités et les particularités régionales au profit de davantage d’intégration et de solidarité. La Belgique est donc une sorte de laboratoire pour une Union qui à force de négliger les identités et les aspirations nationales, risque tout bonnement de se retrouver contestée à terme comme le souligne si bien l’historien néerlandais. Pour lui, « si les partis flamands n’ont pas réussi à convaincre leur électorat du bienfait de la solidarité entre Flamands et Wallons, comment une solidarité entre Flamands et Grecs pourrait-elle être possible ? »

La persistance de la question nationale au sein de l’UE est un important révélateur, celle d’une Europe en crise qui peine à se réinventer et aussi à se réformer. Il en est de même pour la Belgique qui est en perpétuelle mutation et qui peine à durablement se stabiliser. Toutefois, la question nationale sert davantage de moyen de pression que comme instrument pour parvenir à un objectif. Autrement dit et comme écrit auparavant, le nationalisme sert plutôt d’arme politique et de moyen de pression pour obtenir d’importantes concessions comme le montre le récent bras de fer entre le gouvernement nationaliste catalan et le gouvernement espagnol de Mariano Rajoy, à propos d’un nouveau transfert de compétences fiscales. Un bras de fer qui s’est conclu par la tenue d’élections anticipées en Catalogne, prévues novembre prochain, aux allures de référendum sur le futur statut de cette province espagnole.

Elio di Rupo, premier ministre belge, recevant son homologue italien, Mario Monti

Aussi, il convient de nuancer les propos de von der Dunk même s’il ne manque pas de pertinence. De fait, tout va dépendre de la capacité aussi bien de la Belgique que de l’UE à se réinventer et surtout à réinventer un projet collectif, tout en n’oubliant pas un objectif essentiel : assurer un espace de paix et de stabilité, un objectif atteint (en partie) mais qui est constamment remis en question notamment via la montée des nationalismes. Face à la crise et à ce qu’elle engendre, l’UE se doit être en mesure d’apporter des réponses, des réponses qui passent – paradoxalement – par les Etats-membres. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien qu’Elio di Rupo, premier ministre de Belgique, a souhaité, en marge du dernier Conseil européen, évoquer ces questions et que son homologue italien, Mario Monti, a proposé la tenue d’un sommet informel ad hoc sur ce sujet. Comme le souligne si bien Béatrice Delvaux dans son éditorial paru dans Le Soir – le quotidien belge francophone de référence – l’Europe est un rempart contre le populisme (et par extension au nationalisme), c’est une de ses raisons d’être et c’est sur ce principe que les Pères fondateurs l’ont imaginé il y soixante ans et que les Etats-membres doivent réaffirmer, notamment face un phénomène qui mine leur cohésion interne, Belgique en tête.

Le triomphe de Bart de Wever ?

Bart de Wever, leader de la NV-A, et vainqueur des communales à Antwerpen (Anvers), le soir de sa victoire, le 14 octobre dernier

Bart de Wever peut afficher un large sourire. Il vient en effet, à l’issue des élections communales, de conquérir Antwerpen (Anvers) face au bourgmestre socialiste sortant Patrick Janssens avec près de 39% des voix contre 32% pour son rival. D’après les premiers résultats fournis par les médias belges, la Nieuwe Vlaams Alliantie, dont il est le leader, renforce sa place de premier parti en Flandre. Outre Antwerpen, elle a conquis d’autres villes comme Aalst (Alost) ou bien encore Ninove. De leur côté, les autres partis néerlandophones, membres du gouvernement fédéral d’Elio di Rupo, semblent avoir plutôt limité la casse notamment le SP.a (socialiste) qui conserve les villes de Brugge (Bruges) et d’Ostende et les sociaux-chrétiens du CD&V qui conservent Kortrijk (Courtrai) et Ieper (Ypres, la ville de l’ancien Premier ministre Yves Leterme) notamment. Les libéraux de l’Open VLD subissent un fort recul et quant au Vlaams Belang, il poursuit son déclin au profit de la NV-A.

Chez les francophones, aucune formation politique ne semble avoir tiré son épingle du jeu même si le Parti socialiste a résisté en conservant ses bastions (Liège, Bruxelles-Ville, Charleroi, Mons…) et en conquérant de nouveaux comme Anderlecht ou Mouscron tout comme les écologistes et dans une moindre mesure les sociaux-chrétiens du cdH qui conservent Namur, la capitale de la région wallonne.

Le leader nationaliste flamand a donc réussi son pari : transformer les communales – un scrutin local par définition – en une élection nationale, moins d’un an seulement après la formation du gouvernement de centre-gauche d’Elio di Rupo, au terme de dix-huit mois de négociations difficiles entre francophones et néerlandophones au lendemain des élections législatives de juin 2010. En faisant d’Anvers, un enjeu national, Bart de Wever continue à exercer une pression importante sur l’actuel chef du gouvernement belge pour mieux le mettre au pied du mur notamment dans la perspective d’une nouvelle réforme de l’Etat, comprenez, un nouveau transfert de compétences du fédéral aux entités fédérées. A ce titre, le désormais nouveau bourgmestre a même parlé de point de non-retour et a d’ores et déjà appelé les partis francophones à négocier le passage d’une Belgique fédérale à une Belgique confédérale, préalable avant toute scission de la Belgique.

Elio di Rupo, Premier ministre socialiste de Belgique depuis décembre 2011

Si la victoire de Bart de Wever est sans appel, elle n’en demeure pas moins symbolique pour autant, sans compter qu’on reste encore loin du triomphe annoncé. Au niveau local, tout d’abord, le leader nationaliste n’obtient pas de majorité absolue et devra probablement nouer des alliances pour diriger la seconde ville de Belgique, ce qui ne sera pas une mince affaire. Qui plus est, au niveau régional, le parti nationaliste ne fait que renforcer ses positions acquises lors des législatives de 2010 sans compter que les autres formations néerlandophones – telles le CD&V, le SP.a, et dans une moindre mesure les écologistes de Groen! – ont suffisamment limité les dégâts pour espérer encore peser face aux nationalistes flamands notamment dans la perspective des élections régionales et législatives de 2014. Enfin, en se focalisant sur Anvers, médias et analystes politiques (surtout du côté francophone) ont fait du duel Janssens – De Wever, un enjeu national, pour ne pas dire capital pour l’avenir de la Belgique, comme si de ce scrutin (pourtant local) dépendait l’avenir du plat pays.

En se focalisant (un peu trop) sur Anvers, les médias francophones ont donné une large tribune au leader indépendantiste lui permettant au passage de confondre enjeu local et enjeu national. Bart de Wever a su habilement cultiver l’ambiguïté comme le montre d’ailleurs son discours de victoire où il s’adresse par exemple à Elio di Rupo en lieu et place des Anversois. Une stratégie habile et efficace dans la mesure où cela a fortement déstabilisé les Francophones, soumis au rythme et au tempo du leader nationaliste, déjà en piste pour les élections législatives de 2014, des législatives qui s’annoncent, pour le coup, à (très) haut risque pour le gouvernement.

Dès lors, il convient de (fortement) nuancer la portée de la victoire de Bart de Wever à Anvers et la percée incontestable de son parti en Flandre, même si elles doivent être considérées avec attention. Le futur bourgmestre sait qu’il engage une sorte de guerre psychologique avec les partis francophones, Parti socialiste en tête, pour arriver à ses fins et fera tout pour atteindre son but, sa fameuse « révolution copernicienne ». Face à cela, il est de la responsabilité des Francophones de réagir en engageant un bras de fer avec la NV-A mais surtout en apportant des résultats concrets en particulier dans le cadre du gouvernement fédéral. A ce propos, l’attitude et surtout la stratégie d’Elio di Rupo dans les semaines et mois à venir seront déterminantes notamment face à un Bart de Wever, intelligent et surtout redoutable politiquement parlant.

Bart de Wever, saluant ses partisans lors de sa victoire, à Antwerpen (Anvers)

Malgré tout, le plus dur reste à venir pour un Bart de Wever qui rêve de faire de la Flandre un Etat indépendant, membre de l’Union européenne[1]dans la mesure où il doit tout d’abord démontrer qu’il saura gérer Anvers, lui qui n’avait jamais de mandat exécutif jusqu’ici, ce qui n’est pas gagné d’avance, surtout qu’il sait qu’il sera jugé sur des résultats et qu’il sera comparé à son prédécesseur et à son bilan pourtant plébiscité par les Anversois. Qui plus est, à force de mélanger enjeux locaux et nationaux et à se mettre en campagne permanente, il prend le risque non seulement de brouiller son message mais également de voir sa stratégie se retourner contre lui, tôt ou tard.


[1] A ce titre, je vous invite à lire l’excellent papier de Vincent Laborderie, doctorant français en sciences politiques à l’Université Catholique de Louvain (UCL, Belgique), un papier datant de juillet 2012 mais qui reste toujours autant d’actualité, surtout dans le contexte immédiat.

Anvers, une élection nationale ?

Petit détour chez nos voisins outre Quiévrain

La Belgique est à nouveau en campagne à l’occasion des communales (l’équivalent des municipales chez nous) qui se dérouleront le 14 octobre prochain. Un scrutin qui a valeur d’élection-test pour le gouvernement de centre-gauche d’Elio di Rupo, moins d’un an après son investiture mais surtout après la crise politique qui a plongé le Plat pays au lendemain des élections législatives de juin 2010, donnant lieu des négociations difficiles entre le Parti socialiste francophone et la Nieuwe Vlaams Alliantie (La Nouvelle Alliance flamande), les deux grands vainqueurs du scrutin.

Ce scrutin, très important chez nos voisins – en raison du poids politique des bourgmestres (maires) – sera scruté à la loupe notamment par les partis participants au gouvernement fédéral actuel. Les socialistes, sociaux-chrétiens et libéraux espèrent en effet limiter la casse notamment dans un contexte de crise économique assez dure mais également de poussée de la NV-A, le parti indépendantiste flamand demeurant la première force politique dans le nord du pays avec 40% d’intentions de vote si on se réfère au récent baromètre réalisé par Dedicated pour La Libre Belgique et la RTBF début septembre.

La NV-A souhaite en effet faire de scrutin local un enjeu national notamment dans la perspective des législatives de juin 2014 où elle espère renforcer sa position de premier parti de Flandre, et pourquoi pas, décrocher la majorité absolue. A ce titre, elle compte sur un contexte économique et social difficile et du fait qu’elle se situe dans l’opposition pour renforcer ses gains et conquérir de nouvelles villes, notamment Antwerpen (Anvers) où son leader, Bart de Wever se présente face au bourgmestre socialiste sortant, Patrick Janssens. Pour le leader indépendantiste, détenir Anvers, serait un formidable coup politique dans la mesure où il aurait une basse arrière, un fief électoral pour exister politiquement mais également pour mieux se préparer aux prochaines élections législatives, certaines problématiques nationales (comme l’intégration, les questions sociales ou l’emploi) touchant de près, la seconde ville de Belgique.

Affiche électorale de Bart de Wever, candidat NV-A à la fonction de bourgmestre (maire), à Antwerpen (Anvers)

Dès lors, la situation anversoise est particulièrement suivie notamment par la presse francophone qui n’hésite pas à faire de la prochaine élection communale, un enjeu national en particulier pour l’avenir de la Belgique et des relations tumultueuses entre Francophones et Néerlandophones. Ainsi, Béatrice Delvaux, éditorialiste en chef au Soir voit l’élection à venir, un défi pour Patrick Janssens qui, selon elle, « tient le sort de la Belgique entre ses mains » ajoutant ensuite : « Si Bart De Wever perd contre celui qui affiche, de l’avis général, un excellent bilan pour sa ville, tout le monde y verra le premier coup d’arrêt à la progression du leader tout-puissant de la N-VA. Il démontrera que Bart De Wever est contournable, et que la N-VA n’est pas invincible[1]. Si par contre, De Wever l’emporte sur Janssens, et que la N-VA score partout ailleurs en Flandre, l’après-scrutin risque d’être meurtrier pour les partis flamands du gouvernement Di Rupo. Et les francophones auront de quoi se faire bien du souci. »

Elio di Rupo, Premier ministre socialiste de Belgique, depuis décembre 2011

Même si Bart de Wever souhaite faire d’Anvers, une rampe de propulsion pour les élections de 2014, il est encore trop tôt pour faire de tels pronostics en la matière. En effet, le gouvernement Di Rupo sait qu’il sera jugé sur ses résultats en particulier sur le plan économique et social. Les trois familles politiques membres de la coalition de centre-gauche ne le savent que trop bien et la popularité toujours intacte du Premier ministre socialiste ne suffira pas pour calmer voire stopper la progression de la N-VA, ni même une éventuelle défaite de son leader à Anvers. Qui plus est, tout dépendra de la capacité des partis néerlandophones membres du gouvernement (et tout particulièrement du CD&V, le parti social-chrétien) de se démarquer efficacement de Bart de Wever en se montrant solidaire d’Elio di Rupo tout en défendant au mieux et de manière réaliste et responsable, les intérêts de la Flandre et des néerlandophones notamment au lendemain des communales.

Façade de l’Hôtel de ville d’Antwerpen (Anvers)

C’est donc un scrutin à haut risque qui se profile en Belgique et tout particulièrement à Anvers pour le gouvernement Di Rupo qui, d’une certaine manière, pourra difficilement échapper à vote-sanction, notamment dans le nord de la Belgique. De son côté, si Bart de Wever compte sur Anvers pour renforcer son parti en vue des élections législatives de 2014, il sait que la route est encore longue pour arriver cette « révolution copernicienne » (à savoir le passage d’une Belgique fédérale à une Belgique confédérale, prélude à une éventuelle séparation) qu’il souhaite tant.


[1] A l’instar du précédent scrutin de 2006 où le candidat socialiste, menant une coalition avec le CD&V (le parti social-chrétien néerlandophone), Groen! (les écologistes néerlandophones) et l’Open VLD (le parti libéral néerlandophone), battait finalement le Vlaams Belang de Filip de Winter qui avait réalisé près de 28% sur l’ensemble de la ville (dont 40% dans certains arrondissements)

La NV-A se porte comme un charme

Avertissement : j’avais prévu de rédiger cet article et de le publier pour le 14 mars dernier. Mais suite à la tragédie qui a touché la Belgique – le terrible accident de car à Sienne (Suisse) dans lequel vingt-huit personnes dont vingt-deux enfants y ont laissé la vie – et en guise de solidarité avec les familles, j’ai décidé de le publier un peu plus tard, histoire de m’associer au deuil de nos voisins d’Outre Quiévrain.

Maintenant place à l’article

Gilles

Bart de Wever, leader de la Nieuwe Vlaams Alliantie (la Nouvelle Alliance flamande), le parti nationaliste flamande

La Nieuwe Vlaams Alliantie se porte comme un charme ! Non seulement son leader, Bart de Wever, a énormément perdu de poids (un peu comme François Hollande) et qui plus est son parti progresse et a toujours le vent en poupe. Selon le récent baromètre trimestriel réalisé par IPSOS pour Le Soir et RTL-TVI, la formation nationaliste flamande totaliserait près de 38% des voix, si des élections étaient organisées dans le plat pays. Du jamais vu pour cette formation politique qui n’a seulement que onze années d’existence et qui se trouve dans l’opposition au niveau fédéral. De leur côté, les partis de la coalition de centre-gauche (socialistes, sociaux-chrétiens et libéraux) semblent perdre en puissance aussi bien en Wallonie qu’en Flandre, notamment le Parti socialiste francophone qui subit un net recul ainsi que l’Open VLD (les libéraux flamands) et le CD&V (les sociaux-chrétiens flamands) qui poursuit son déclin tout comme le Vlaams Belang, le parti d’extrême droite

La bonne santé électorale de la N-VA s’explique par un gouvernement Di Rupo qui, semble-t-il, n’a toujours pas réussi à satisfaire bon nombre de Belges, notamment en Flandre, malgré quelques résultats tangibles comme le récent accord concernant le budget. A cela s’ajoute la stratégie des nationalistes flamands qui, via leur chef de file, vise à critiquer tous azimuts la politique de l’équipe fédérale afin d’engranger des soutiens supplémentaires.

Ce bon maintien de la NV-A est en tout cas un sérieux avertissement pour le socialiste Elio Di Rupo et son équipe qui doit encore ses preuves et surtout se montrer davantage pédagogue, notamment en raison de réformes souvent difficiles à accepter comme notamment celle des retraites. Un gouvernement et un Premier ministre qui sait pertinemment que les nationalistes flamands ne laisseront rien passer et ne lui accordera aucun répit pour mieux le pousser à la faute et donc provoquer sa chute. C’est en tout cas le pari que fait Bart de Wever qui compte sur la fragilité de la coalition de centre-gauche et démontrer une fois encore que la Belgique n’est plus viable en l’état et qu’il faut enfin passer à cette « révolution copernicienne » qu’il exprime de ses vœux, à savoir une confédération à la suisse (pour ne pas dire une confédération tout court). Un vœu qui pourrait séduire nombre de Flamands pourtant davantage excédés par la politique menée par le gouvernement actuel plutôt que par une véritable envie de prendre le large et de souscrire à cette fameuse République de Flandre. Bart de Wever le sait pertinemment et est conscient que si son parti est le premier de Flandre, c’est plus en raison de son statut de parti d’opposition que pour son projet et ses idées.

Elio di Rupo, actuel premier ministre de la Belgique, le 30 novembre dernier à Bruxelles

De son côté, Elio di Rupo sait que le temps lui est compté et qu’il ne lui reste plus que deux ans et quelques mois pour prouver que la Belgique nouvelle version (celle qui a émergé lors des précédentes négociations institutionnelles) est bel et bien viable et surtout profitable aux néerlandophones comme aux francophones. La tâche est ardue mais le défi en vaut sacrément la peine surtout quand une large majorité de Belges souhaitent une consolidation de la Maison Belgique. Les élections municipales prévues en octobre 2012 devraient servir de test pour les partis membres de la coalition, surtout en Flandre où Bart de Wever – visant la mairie d’Antwerpen (Anvers) – fera tout pour faire de ce scrutin, un référendum pro ou anti Di Rupo.

Dès lors, si la NV-A se porte comme un charme, c’est moins à cause de ses idées mais plus en raison du fait qu’il constitue une force d’opposition majeure, l’ensemble des partis traditionnels néerlandophones – exception faite des écologistes – participant au gouvernement fédéral. Une force d’opposition qui écrase d’ailleurs les autres mouvements et partis contestataires tel le Vlaams Belang qui ne pèse désormais plus de 10 à 12%. Autrement dit, si la N-VA gagne en soutien, elle demeure incapable de se présenter comme force alternative et son pari du confédéralisme est un pari à double-tranchant car dépendant totalement des résultats du gouvernement Di Rupo à terme.

Caricature réalisée par Pierre Kroll pour Le Soir, quotidien francophone

Parlez-vous néerlandais monsieur Di Rupo ?

Bart de Wever, leader de la Nieuwe Vlaams Alliantie (NV-A), du soir du résultat des élections législatives, le 13 juin 2010 à Bruxelles

Bart de Wever met sa femme de ménage à l’honneur ! (Décidément, ça risque de devenir une mode, chez nos responsables politiques !)

Dans un entretien à Huma, un magazine néerlandophone, le leader de la Nieuwe Vlaams Alliantie, le parti flamand indépendantiste, vainqueur des dernières législatives belges, s’en est pris, outre aux libéraux et sociaux-chrétiens flamands, au formateur royal, le socialiste francophone Elio di Rupo déclarant non sans rire que sa femme de ménage, originaire du Nigéria, savait mieux parler le néerlandais que lui. Une petite phrase qu’a sans doute du apprécier l’intéressé qui a préféré ne pas réagir.

Il faut dire que les Flamands sont tout particulièrement pointilleux quant à l’usage et à la place du néerlandais chez les Francophones et notamment les responsables politiques. Déjà en 2006, le ministre-président de la région flamande – un certain… Yves Leterme – avait fait sensation en déclaration au journaliste français Jean Quatremer que les Belges francophones étaient intellectuellement incapables d’apprendre la langue de Vondel, des propos qui avaient suscité une vive émotion et une forte polémique, contraignant le futur Premier ministre à mettre de l’eau dans son vin, histoire de mieux calmer les esprits. Puis, récemment – c’est-à-dire en juin dernier –, ce sont les propos de Vic Van Aelst, avocat qui avaient créés la polémique en pleine crise politique, ce dernier considérant que Laurette Onkelinx, ministre francophone de la Santé et des affaires sociales, violait le néerlandais, à force de ne pas le parler correctement. Une remarque qui valait également à Elio di Rupo.

Elio di Rupo, président du PS belge francophone et actuel formateur royal

Aussi, la dernière sortie de Bart de Wever ne devrait pas surprendre, celle-ci ayant pour but de déstabiliser un probable chef du gouvernement qui a toujours exprimé d’importances lacunes en néerlandais et qui ne s’en cache même plus. Des lacunes qui s’expliquent par un important handicap auditif – Elio di Rupo n’entend pas les sons aigus – que le leader des socialistes francophones tente de gommer, malgré tout en suivant vaille que vaille des cours de langue et s’exprimant de plus en plus dans la première langue du pays (en terme de locuteurs) comme récemment à la VRT, la télévision publique flamande.

Toutefois, la petite phrase du chef de file des indépendantistes flamands, bien que sacrément maladroite et pouvant être considérée comme un excès de zèle, soulève bel et bien un problème de fond : le rapport des Wallons et des Bruxellois au néerlandais, un rapport quelque compliqué. Et s’il est faux de considérer que les Francophones (du moins leurs responsables politiques) se désintéressent du néerlandais, il n’en demeure pas moins que la petite phrase d’Yves Leterme prononcée en 2006 ne manque pas de pertinence, surtout sur le plan du symbole.

Car le Premier ministre, selon la constitution belge, est neutre, c’est-à-dire qu’il représente l’Etat fédéral et non les entités fédérées, un détail qui compte car son « origine linguistique » n’est pas pris en compte dans la composition du gouvernement, un gouvernement qui veille à la parité entre francophones et néerlandophones. De ce fait, plus que les autres membres de l’exécutif, il se doit d’être capable de parler les deux langues officielles du pays comme cela est le cas dans des pays comme la Suisse ou le Canada. En clair, le niveau de bilinguisme de tel ou tel responsable politique se transforme en enjeu politique majeur, comme préalable à sa capacité de remplir sa fonction dignement, en toute impartialité.

C’est tout le problème concernant Elio di Rupo qui, malgré les critiques, tend à démontrer à ses compatriotes du nord qu’il sera capable de les représenter et surtout dans leur langue, ce qui constitue une première. Depuis 1978, en effet, aucun francophone n’avait occupé le poste de Premier ministre en Belgique à tel point qu’une sorte de règle non-écrite s’est comme instaurée, une règle qui voulait que le chef du gouvernement soit un néerlandophone, les Flamands étant de toute façon, majoritaires dans le pays.

Mais les élections de 2010 et surtout la popularité d’Elio di Rupo en Flandre ont changé la donne. Le probable successeur d’Yves Leterme le sait et s’emploie à cette fin à améliorer ses connaissances en néerlandais pour mieux séduire les habitants du Nord, tout comme la plupart des personnalités politiques francophones d’ailleurs. C’est sans doute une des conséquences de la crise politique qui secoue le plat pays depuis 2007 (avec quelques périodes de répit néanmoins) : les hommes et femmes politiques du sud veulent absolument montrer qu’ils sont capables de s’exprimer dans la langue de Vondel même si leur bilinguisme est d’être optimal à l’instar des Flamands.

Aussi, c’est tout le défi pour Elio di Rupo, lui qui devra incarner et assurer la fameuse unité de la Belgique, sans cesse mise à mal, ce qui passe inévitablement par la maitrise mais aussi l’intérêt d’une langue qui n’est pas notre langue maternelle. Trop longtemps, les Flamands considéraient – souvent à juste titre – que les Wallons méprisaient leur langue et notamment leurs responsables politiques. Dans cette Belgique 2.0 qui se dessine, il parait clair que la langue jouera un rôle politique, à l’instar de ce qui se passe au Canada, à propos de la place du Français au sein de la province du Québec mais aussi de la Confédération. Et parler la langue de l’autre (même maladroitement) est plutôt un premier geste positif, un geste auquel personne n’est insensible et qui devraient sans doute amener certains à mettre de l’eau dans leur vin.

Caricature de Pierre Kroll, parue le 13 octobre dernier dans le Soir, le quotidien francophone

La colère d’Olivier Maingain

Olivier Maingain, président des Fédéralistes démocrates francophones, une composante du Mouvement réformateur, le parti libéral belge francophone

Olivier Maingain ne décolère pas et il le fait (vertement) savoir. Alors que les négociations institutionnelles viennent de reprendre en Belgique, le patron des Fédéralistes démocrates francophones (FDF) ne cache pas son mécontentement envers les négociateurs francophones et tout particulièrement envers Charles Michel, le patron du Mouvement réformateur – le parti libéral francophone – suite à la scission de BHV, l’arrondissement électoral et judiciaire. A tel point que le chef de file des fédéralistes francophones envisage de plus en plus de faire cavalier seul et de rompre ainsi son alliance avec les libéraux, ce qui – sauf énorme surprise – devrait être effectif dans les jours à venir.

En effet, nombreux sont ceux comme Maingain qui considèrent que les négociateurs francophones se sont vendus aux négociateurs néerlandophones dans le cadre de la scission de BHV, certains considérant même que celle-ci comme le top départ du démantèlement de la Belgique. Mieux, les fédéralistes francophones fustigent le Mouvement réformateur mais également l’ensemble des responsables politiques francophones qui s’étaient pourtant fait un point d’honneur à obtenir l’élargissement de la région de Bruxelles-Capitale en échange de la scission de BHV, notamment lors de la campagne législative de 2007 (qui a vu le triomphe des sociaux-chrétiens flamands alliés aux nationalistes et des libéraux francophones)

BHV, prélude à la scission de la Belgique ? La question mérite d’être prise en considération même s’il y a d’importants bémols. De fait, nombreux s’interrogent sur les clauses même de l’accord qui à long terme risquent d’être préjudiciable aux Francophones notamment sur le plan électoral et dans leur vie quotidienne. Aussi, on peut comprendre la colère de Maingain qui s’estime lésé par des formations politiques qui, pour lui, ne sont pas suffisamment battus face à leurs alter-egos néerlandophones afin d’obtenir de solides compensations, voire d’imposer leurs propres conditions.

Toutefois, et ce que semble oublier Olivier Maingain, c’est l’actuel rapport de force entre francophones et néerlandophones, rapport qui pour l’heure, est clairement favorable aux seconds et qui a pour origine les résultats des dernières élections fédérales. Dans ce cadre, les premiers avaient peu de marge de manœuvre et se devaient de modifier leur stratégie, celle du refus mordicus ayant trouvé rapidement ses limites. D’où l’intérêt de placer quelques garde-fous rendant plus difficile un démantèlement effectif de la Belgique.

Francophones et néerlandophones à la table des négociations au Parlement belge, en août dernier

Des garde-fous qui auraient été impensables d’envisager si les Milquet, Onkelinx, Javaux et Michel avaient eu en face d’eux un certain Bart de Wever, le leader de la Nieuwe Vlaams Alliantie, le vainqueur avec le socialiste francophone Elio di Rupo des élections de juin 2010. Il est fort à parier, en raison de son poids électoral et de son influence, que les autres formations néerlandophones se seraient montrées beaucoup plus frileuses à lâcher du lest, ce qui fut démontré à maintes reprises durant les actuelles négociations.

Aussi – et ce fut là le génie politique du formateur Elio di Rupo – il devenait plus que nécessaire de négocier et d’obtenir la scission de BHV en l’absence des nationalistes flamands, seul moyen pour les francophones de placer quelques garde-fous. Sans cela, les discussions à venir sur le sujet auraient été beaucoup moins favorables aux francophones qui auraient perdu toute possibilité de revendications futures, notamment l’élargissement de la région de Bruxelles-Capitale, en cas de nouvelles requêtes flamandes notamment. Qui plus est, un tel accord permet – dans l’immédiat – de couper de l’herbe sous le pied des nationalistes et autres extrémistes flamands désormais réduits à la posture comme en témoigne, il y a quelques jours, la manifestation du Taal Aktie Komitee (TAK) à Linkebeek (commune flamande à facilité linguistique de l’arrondissement BHV) pour dénoncer un compromis qu’il jugeait bien trop favorable aux Francophones !

Manifestation du Taal Aktie Komitee (TAK) soutenu par la Nieuwe Vlaams Alliantie et le Vlaams Belang à Linkebeek, en périphérie bruxelloise, le 18 septembre dernier

Dès lors, on peut facilement concevoir que la scission de BHV ne constitue pas un gain politique pour Olivier Maingain, BHV et la défense des Francophones de la périphérie néerlandophone de Bruxelles étant son principal fonds de commerce. Ce qui explique d’ailleurs les raisons du départ imminent du FDF du Mouvement réformateur en tant que composante de celui-ci[1], histoire de limiter la casse électorale à venir notamment lors des élections municipales d’octobre 2012. Néanmoins, l’intransigeance sans bornes de Maingain à l’égard des (nationalistes) flamands aurait pu donner un coup fatal aux négociations, un peu comme les provocations à répétition de De Wever en direction des (socialistes) francophones, et tout particulièrement les Wallons.

Et comme toute négociation, il est primordial d’écarter les radicaux et laisser les modérés afin de parvenir à un accord. A ce titre, le départ du FDF du Mouvement réformateur n’est pas forcément une mauvaise nouvelle pour le second dans la mesure où cette scission pourrait même avoir un effet « libérateur » tant le MR était plus ou moins coulant vis-à-vis des exigences de son partenaire fédéraliste francophone[2] (pour des considérations essentiellement électorales, principalement dans la région de Bruxelles-Capitale et sa périphérie flamande), un peu comme le CD&V restait collé aux basques du N-VA, particulièrement en raison de son poids électoral.

Olivier Maingain en compagnie de Charles Michel, président du Mouvement réformateur

Dès lors, ceux qui pensent que l’accord sur BHV ressemble aux accords de Munich de 1938 (ce qui me semble bien hasardeux au passage !) devront revoir leur jugement et attendre la fin des négociations institutionnelles.  Car si BHV constitue incontestablement un succès pour les partis néerlandophones, ces derniers savent qu’ils devront encore fournir une large contrepartie, préalable à la mise en place d’une nouvelle réforme de l’Etat et donc à l’application dudit accord. Aussi, charge pour les francophones de se montrer habiles et stratégiques notamment sur la loi de financement ainsi que les transferts de compétences à venir du fédéral aux entités fédérées (c’est-à-dire régions et communautés) afin que la réforme de l’Etat belge marque l’avènement d’un plat pays débarrassé de ses querelles communautaires pour un certain temps.

Caricature de Pierre Kroll, parue le 20 septembre dans le Soir, le quotidien francophone


[1] Le Mouvement réformateur est en réalité la réunion, en 1998, de trois mouvements francophones de centre-droit et de droite que sont le Parti réformateur libéral (descendant du Parti de la liberté et du progrès/Partij voor Vrijheid en Vooruitgang), le Front démocratique des francophones et le Mouvement des citoyens pour le changement (MCC, issue d’une dissidence de certains membres du Parti social-chrétien francophone, actuel Centre démocrate et humaniste)

[2] Notamment sous Didier Reynders, l’actuel ministre démissionnaire des Finances

Mais que veut la NV-A (et le CD&V par la même occasion) ?

"Une" du Soir (le principal quotidien francophone de Belgique) de ce vendredi 8 juillet

Une fois encore c’est non ! Bart de Wever, le leader de la Nieuwe Vlaams Alliantie (NV-A), le parti indépendantiste flamand vainqueur des élections législatives belges de juin 2010, a rejeté la note de compromis proposée par Elio di Rupo, le président du Parti socialiste francophone, l’autre vainqueur. La raison ? On ne sait pas tellement en fait, hormis l’habituel couplet : « les concessions ne vont pas très loin, il n’y a pas de véritables avancées, etc. »

De son côté, le Christen-Democratisch en Vlaams (CD&V), le parti social-chrétien néerlandophone a également rejeté la note de di Rupo, justifiant le fait qu’il est inenvisageable d’entamer des négociations sans la présence des nationalistes flamands. En clair, si la NV-A dit « nee », les sociaux-chrétiens flamands font de même.

Une telle situation plonge encore un peu plus une Belgique dans une crise politique sans fin même si le résultat était un peu prévisible. Le rejet de la note de compromis, pourtant très audacieuse et équilibrée, montre une fois de plus – et pour ceux qui ne l’auraient pas compris – que les nationalistes flamands ne sont pas prêts de s’inscrire dans une logique de conciliation et donc faire des concessions majeures afin de préserver l’essentiel et surtout préparer la liste des revendications futures.

L’attitude de la NV-A pose dès lors, la question suivante : que veut le parti indépendantiste flamand ? Que veut-il concrètement ? De fait, il s’agit moins d’une question de volonté mais plutôt de capacité et à ce jeu-là, il devient clair que les nationalistes flamands sont incapables de s’inscrire dans une logique autre que celle de l’intransigeance tous azimuts. Une stratégie qui, jusqu’ici, pouvait plaire aux Belges néerlandophones mais qui pourrait bien se retourner contre Bart de Wever, tant les résultats ne sont pas au rendez-vous.

Comme l’a si bien dit un responsable politique francophone (un libéral ou un écologiste, il me semble), la NV-A ne sait pas ce qu’elle veut concrètement car elle ne sait pas quoi faire de sa victoire nette et sans bavures de l’été 2010. Par conséquent, elle a raté une occasion historique d’accepter le compromis accepté par le leader socialiste wallon, prenant ainsi le risque de s’isoler sur un plan politique, notamment face à des libéraux néerlandophones qui tentent de se refaire une virginité politique en se montrant comme un parti de droite responsable.

Sans doute que la NV-A est tétanisée par la perspective de participer à un gouvernement fédéral, car sachant qu’il sera jugé de toutes pièces, ce parti n’ayant véritablement jamais été un parti de gouvernement. Un sentiment qui est également valable pour les sociaux-chrétiens néerlandophones toujours marqués par leur déroute électorale de juin 2010 et qui connait une importante crise de confiance quitte à déclarer avoir peur de l’ex-Front démocratique des francophones (FDF, branche autonome du Mouvement réformateur, le parti libéral francophone), sa présence dans les négociations à venir pouvant capoter celles-ci !

Wouter Beke, président du CD&V, le parti social-chrétien néerlandophone

L’apparente arrogance et intransigeance de la Nieuwe Vlaams Alliantie et de son leader, Bart de Wever, cache mal un certain manque de solidité quant à la stratégie, ou du moins une stratégie qui a clairement atteint ses limites. Il est en de même pour le CD&V qui ne semble même pas disposé à voter la dissolution du Parlement belge, prélude à de nouvelles élections anticipées dont tout le monde s’accorde pour souligner le caractère plus ou moins périlleux.

Alors que veut la NV-A ? A Bart de Wever de répondre concrètement et de faire cartes sur table, une bonne fois pour toutes !

Caricature réalisée par Pierre Kroll pour le quotidien "Le Soir"

Un joyeux chaos

Caricature de Pierre Kroll, parue dans le quotidien francophone "Le Soir"

C’est avec un léger retard – fin d’année au Collège d’Europe et préparation du retour en France obligent – que je souhaite un joyeux anniversaire à la Belgique qui depuis le 13 juin 2010 n’a toujours pas formé de gouvernement en plein exercice.

En effet, suite aux élections anticipées de cette date, néerlandophones et francophones peinent toujours à se mettre d’accord sur un programme gouvernemental de majorité, les uns réclamant plus d’autonomie (pour ne pas dire l’indépendance selon certains) et les autres, des garanties pour le maintien de l’Etat belge tel qu’il existe aujourd’hui.

Une crise qui laisse place à un joyeux chaos dans le sens où celle-ci ne semble pas véritablement affecter les Belges dans leur quotidien au grand étonnement des étrangers que nous sommes. Ainsi, lorsque je rencontre mes amis belges que cela soit en France (je pense notamment à Isabelle), à Bruxelles et même au Collège d’Europe, tout Belge qui se respecte ne se montrera pas particulièrement préoccupé ni même bouleversé par la situation politique de son pays.

Car il faut dire que depuis un an, le gouvernement démissionnaire a plus ou moins les coudées franches pour exister politiquement et ne plus seulement se contenter d’expédier les affaires courantes. Ainsi sur la base de la majorité la composant, le gouvernement social-chrétien, libéral et socialiste d’Yves Leterme mène diverses actions ou se met d’accord sur telle ou telle orientation et ce avec l’appui d’un Parlement où il y a ni majorité ni opposition fixe, les clivages existant de manière ponctuelle. Ainsi, et en fonction des sujets, une majorité de centre-droit (sociaux-chrétiens et libéraux avec le concours des nationalistes flamands) peut se dégager ainsi qu’une majorité de centre-gauche (sociaux-chrétiens, socialistes et écologistes), permettant à la Chambre des députés belge d’être le véritable lieu de concentration du pouvoir.

Elio di Rupo, président du Parti socialiste belge francophone et Bart de Wever, leader de la Nieuwe Vlaams Alliantie (Nouvelle Alliance Flamande, NV-A), les deux vainqueurs des élections législatives de juin 2010, en septembre dernier

Une crise belge qui est sans doute appelée à se poursuivre tant elle semble profiter aux nationalistes flamands menés par Bart de Wever qui cherche à démontrer par l’absurde que la Belgique est belle et bien ingouvernable et qu’il faudrait songer à dresser son acte de décès. Toutefois, et de manière paradoxale, cette crise semble également profiter à la Belgique notamment si on considère qu’un nouveau mode de gouvernance est en train d’émerger, un peu sur le modèle de la Suisse contemporaine avec un gouvernement fédéral limité aux fonctions régaliennes et des exécutifs régionaux renforcés, ce qui va finalement à l’encontre des intérêts d’un Bart de Wever qui escompte sur un chaos généralisé pour valider sa théorie et faciliter l’avènement d’une république de Flandre indépendante.

Mais un an après, la Belgique tourne toujours à tel point qu’on pourrait oublier que celle-ci vit sans exécutif de plein exercice. Sans doute que celle-ci ne s’exprime pas de manière violente, c’est-à-dire par des affrontements entre Wallons, Bruxellois et Flamands. Sans doute qu’il faudra encore du temps pour les deux principales communautés linguistiques du pays de parvenir à un accord. Toujours est-il que l’actuel blocage politique montre une nouvelle fois de plus que la Belgique est bel et bien la patrie du surréalisme !

Caricature de Pierre Kroll, parue dans "Le Soir" peu de temps après les législatives de juin 2010

Le « re-tour » d’Elio

Elio di Rupo, président du Parti socialiste belge francophone, nommé formateur par le roi des Belges, Albert II

La boucle est-elle bouclée chez nos voisins belges ? Le président du Parti socialiste francophone, Elio di Rupo, (l’autre) grand vainqueur des élections législatives de juin 2010, a été chargé par le roi des Belges, Albert II, d’une mission afin de former un gouvernement.

Un gouvernement que les Belges attendent depuis plus d’un an et qui peine toujours à émerger, néerlandophones et francophones s’invectivant toujours sur le devenir institutionnel de la Belgique. En effet, depuis le verdict des urnes du 13 juin dernier, Flamands et francophones (Wallons et Bruxellois) continuent à négocier tout en ayant une méfiance (voire une défiance réciproque) sans compter que jusqu’ici toutes les tentatives de déblocage de la situation ont plus ou moins capotés, la faute ayant souvent été imputable aux nationalistes flamands menés par Bart de Wever dont on se demande toujours s’il souhaite véritablement un compromis ou bien démontrer (par l’absurde) que la Belgique est bel et bien ingouvernable et qu’il faut passer par une sorte de « révolution copernicienne », autrement dit une Belgique s’engageant dans la voie du confédéralisme (avec deux entités clairement distinctes), prélude à une Flandre entièrement indépendante.

Bart de Wever, leader de la Nieuwe Vlaams Alliantie, le parti indépendantiste flamand

Dès lors, les avis sont plutôt mesurés sur les chances de l’actuel chef de file des socialistes francophones de parvenir à sa mission. A ce propos, tous les scénarii sont envisagés tant les espoirs et les attentes furent nombre de fois refroidis lors des précédentes tentatives de compromis. Aussi, la prudence est clairement de mise pour enfin espérer la mise sur pied de véritables négociations entre les partis francophones et néerlandophones qui composeront le futur gouvernement belge.

Un gouvernement dont sa direction est d’ores et déjà promis à Elio di Rupo, s’il parvient à ce fameux compromis que tout le monde attend. Une sorte de consécration dans la mesure où cela serait la première fois depuis 1978 qu’un francophone accèderait au poste de Premier ministre de Belgique mais également une consécration pour un homme qui reste encore bien vu des Flamands, ces derniers devenant moins réticents à le voir succéder à Yves Leterme pourvu qu’il reste sensible aux revendications de la partie nord du pays.

Aussi, tous les regards seront une nouvelle fois portés sur Bart de Wever et ses partisans mais également le CD&V, le parti social-chrétien néerlandophone, dirigé par Wouter Beke, le précédent négociateur royal qui a transmis le flambeau à Elio di Rupo. Un parti toujours divisé sur la marche à suivre aux nationalistes flamands tout comme le reste des autres formations politiques à l’exception (dans une moindre mesure) du SP.a (le parti socialiste néerlandophone) et de Groen ! (le parti écologiste néerlandophone), l’un des rares à se considérer comme belge et ce, de manière explicite.

Dès lors, c’est un véritable défi qui attend le patron du Parti socialiste francophone. S’il réussit, il aura mis un terme à la plus longue et la plus profonde crise politique et institutionnelle qu’aura connu le plat pays durant ses 181 ans d’existence. S’il échoue, il pourra toujours qu’il aura vraiment tout essayé, rejetant ainsi la faute sur les nationalistes flamands, les sociaux-chrétiens néerlandophones mais également les libéraux flamands, à l’origine de la crise. Dès lors, de nouvelles élections tiendraient la corde même si ces scénarii alternatifs semblent avoir été mis sur pied comme la mise sur pied d’une sorte de gouvernement provisoire sous la direction de l’actuel Premier ministre en affaires courantes, Yves Leterme.

Caricature de Pierre Kroll, parue dans le journal francophone "Le Soir", le 27 avril dernier