Un an et (encore) toutes ses dents !

Elio di Rupo, Premier ministre de Belgique depuis le 6 décembre 2011

Elio di Rupo, Premier ministre de Belgique depuis le 6 décembre 2011

Elio di Rupo a un an ! Entendez par là son gouvernement.

Il y a tout juste un an, le 6 décembre 2011, le Premier ministre et son équipe prêtaient serment au Château de Laeken devant le roi des Belges, Albert II, marquant la fin de dix-huit mois de négociations difficiles entre les deux principaux vainqueurs des élections législatives anticipées de juin 2010, le Parti socialiste francophone et la N-VA, le parti indépendantiste flamand.

Un an après, le bilan du gouvernement de centre-gauche d’Elio di Rupo est contrasté. Certes, les principales familles politiques (les sociaux-chrétiens, les socialistes et les libéraux) ont réussi à s’accorder sur la réforme de l’Etat et sur la politique socio-économique, certains points d’achoppement ont quand même eu lieu notamment concernant le budget 2013 ou bien encore la stratégie à mener face à la crise. A ce titre, le gouvernement d’Elio di Rupo souffre d’une forte impopularité en particulier en Flandre, la région ayant connu de récents plans sociaux comme la fermeture de l’usine Ford de Genk. Face à la crise, les Belges expriment leur scepticisme vis-à-vis la stratégie menée par le Premier ministre francophone, une stratégie vivement critiquée par les nationalistes flamands de Bart de Wever qui semblent toujours en position de force.

En effet, la N-VA, en dépit de son absence au niveau fédéral, semble consolider ses positions et demeure le premier parti en Flandre. Un statut qui a été confirmé lors des élections communales notamment grâce à l’impulsion de son leader qui a récemment conquis la ville d’Anvers (la seconde ville du pays) et qui vient de trouver un accord de gouvernance avec les libéraux et les sociaux-chrétiens. Qui plus est, l’homme reste populaire dans la partie nord du pays et reste déterminé à faire des prochaines législatives de juin 2014, une sorte de référendum sur l’avenir du plat pays afin de mieux parvenir à sa fameuse « révolution copernicienne », à savoir le passage d’une Belgique fédérale à une Belgique confédérale et vidée de son sens.

Bart de Wever, leader indépendantiste flamand, nouveau bourgmestre (maire) d'Anvers

Bart de Wever, leader indépendantiste flamand, nouveau bourgmestre (maire) d’Anvers

Toutefois, bien que Bart de Wever soit un homme politique redoutable, il n’est pas à l’abri d’une grosse fatigue politiquement parlant si on en croit le dernier baromètre réalisé par La Libre Belgique où en dépit d’un solide socle électoral, la N-VA semble connaitre un tassement dans les intentions de vote en Flandre, un tassement qui reste à confirmer. Qui plus est, il a fallu près de deux mois depuis sa victoire nette et sans bavure aux municipales que le leader indépendantiste forme sa coalition et son équipe. Des signes qui en disent long et qui cachent mal quelques failles dans la stratégie de De Wever. Reste à savoir si les autres partis néerlandophones (CD&V et Open VLD en tête) sauront en profiter pour mieux contrer la N-VA dans l’optique des législatives, des régionales et des européennes de juin 2014.

De son côté, Elio di Rupo sait qu’il doit donner des gages et surtout des garanties à ses compatriotes s’il espère durer mais surtout remporter les élections législatives, un scrutin d’ores et déjà réputé difficile en raison de la crise économique. Ce qui suppose au préalable une coalition forte mais surtout solidaire, notamment du côté néerlandophone, les principaux partis flamands restant sous la forte pression des nationalistes flamands. Pour cela, il peut toujours s’appuyer sur une popularité sans faille aussi bien en Wallonie mais également en Flandre, où l’homme reste encore apprécié pour sa personnalité et son côté modéré.

181dec1211

Caricature de Pierre Kroll parue dans le quotidien francophone, Le Soir, quelques jours après la prestation de serment d’Elio di Rupo

L’année 2013 sera dès lors importante pour l’actuel locataire de la Wetstraat (Rue de la loi, le siège du gouvernement belge à Bruxelles) qui devra se montrer audacieux face à la crise qui ne cesse de sévir mais aussi face à un Bart de Wever qui attend patiemment son heure pour mener à bien son projet de révolution copernicienne. Dans ce cadre, s’il parvient à mener son gouvernement jusqu’au terme de la législature, cela sera déjà un exploit et un détail non négligeable pour la suite.

UE – Belgique : même destin, même combat ?

Bart de Wever, indépendantiste flamand, vainqueur des élections communales (municipales) à Antwerpen (Anvers) en Belgique, le 14 octobre dernier

« Si la Belgique tombe, c’est toute l’Europe qui risque de s’écrouler ». C’est par cette phrase qu’Eric Zemmour avait résumé la situation du Plat pays au lendemain de la chute du gouvernement de centre-droit d’Yves Leterme en avril 2010, suite au départ des libéraux néerlandophones et à l’absence de consensus sur l’avenir électoral et judiciaire de l’arrondissement BHV (Bruxelles – Hal – Vilvorde)

Deux ans après, cette déclaration du célèbre et controversé polémiste et journaliste français semble faire écho, notamment au lendemain des élections communales et de la percée des indépendantistes en Flandre et de leur leader Bart de Wever à Anvers. Dans une tribune du Volkstrant, journal néerlandais, l’historien Thomas von der Dunk partage la même analyse qu’Eric Zemmour et va même plus loin considérant que l’Europe va échouer car le modèle belge (dont elle s’en inspire directement) a échoué.

UE – Belgique, même destin ? Certaines similitudes existent en effet entre les deux entités. Plusieurs communautés vivant dans un même espace fonctionnant sur le principe de solidarité (notamment financière), un principe constamment mis à mal depuis des années, pour ne pas dire des décennies et miné par la question du nationalisme et du régionalisme. Dans le cas de la Belgique, ce sont bien sur les transferts financiers entre Flamands et Francophones qui sont montrés du doigt par certains groupes et leaders politiques (telle la Nieuve Vlaams Alliantie). Au sein de l’UE, la crise de la zone Euro a montré les limites de la solidarité Nord-Sud, certains comme les Allemands ou les Finlandais exigeant de plus en plus des gages de la part des Etats en (grande) difficulté, la Grèce en tête.

A cela, s’ajoute une montée des nationalismes de plus en plus forte et revendicative. En Belgique comme dans le reste de l’UE, la question nationale devient une arme politique pour remettre en cause un système et mieux défendre ses intérêts. En Flandre, comme en Catalogne, en Lombardie, au Pays Basque ou bien encore en Ecosse, c’est encore la question de l’autonomie fiscale qui est mise en avant pour mieux brandir celle de l’indépendance politique, comme instrument de chantage.

L’UE semble donc connaitre le même destin que la Belgique pour nombre d’analystes tels Zemmour et von der Dunk : l’échec d’un modèle qui nie les réalités et les particularités régionales au profit de davantage d’intégration et de solidarité. La Belgique est donc une sorte de laboratoire pour une Union qui à force de négliger les identités et les aspirations nationales, risque tout bonnement de se retrouver contestée à terme comme le souligne si bien l’historien néerlandais. Pour lui, « si les partis flamands n’ont pas réussi à convaincre leur électorat du bienfait de la solidarité entre Flamands et Wallons, comment une solidarité entre Flamands et Grecs pourrait-elle être possible ? »

La persistance de la question nationale au sein de l’UE est un important révélateur, celle d’une Europe en crise qui peine à se réinventer et aussi à se réformer. Il en est de même pour la Belgique qui est en perpétuelle mutation et qui peine à durablement se stabiliser. Toutefois, la question nationale sert davantage de moyen de pression que comme instrument pour parvenir à un objectif. Autrement dit et comme écrit auparavant, le nationalisme sert plutôt d’arme politique et de moyen de pression pour obtenir d’importantes concessions comme le montre le récent bras de fer entre le gouvernement nationaliste catalan et le gouvernement espagnol de Mariano Rajoy, à propos d’un nouveau transfert de compétences fiscales. Un bras de fer qui s’est conclu par la tenue d’élections anticipées en Catalogne, prévues novembre prochain, aux allures de référendum sur le futur statut de cette province espagnole.

Elio di Rupo, premier ministre belge, recevant son homologue italien, Mario Monti

Aussi, il convient de nuancer les propos de von der Dunk même s’il ne manque pas de pertinence. De fait, tout va dépendre de la capacité aussi bien de la Belgique que de l’UE à se réinventer et surtout à réinventer un projet collectif, tout en n’oubliant pas un objectif essentiel : assurer un espace de paix et de stabilité, un objectif atteint (en partie) mais qui est constamment remis en question notamment via la montée des nationalismes. Face à la crise et à ce qu’elle engendre, l’UE se doit être en mesure d’apporter des réponses, des réponses qui passent – paradoxalement – par les Etats-membres. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien qu’Elio di Rupo, premier ministre de Belgique, a souhaité, en marge du dernier Conseil européen, évoquer ces questions et que son homologue italien, Mario Monti, a proposé la tenue d’un sommet informel ad hoc sur ce sujet. Comme le souligne si bien Béatrice Delvaux dans son éditorial paru dans Le Soir – le quotidien belge francophone de référence – l’Europe est un rempart contre le populisme (et par extension au nationalisme), c’est une de ses raisons d’être et c’est sur ce principe que les Pères fondateurs l’ont imaginé il y soixante ans et que les Etats-membres doivent réaffirmer, notamment face un phénomène qui mine leur cohésion interne, Belgique en tête.

Le triomphe de Bart de Wever ?

Bart de Wever, leader de la NV-A, et vainqueur des communales à Antwerpen (Anvers), le soir de sa victoire, le 14 octobre dernier

Bart de Wever peut afficher un large sourire. Il vient en effet, à l’issue des élections communales, de conquérir Antwerpen (Anvers) face au bourgmestre socialiste sortant Patrick Janssens avec près de 39% des voix contre 32% pour son rival. D’après les premiers résultats fournis par les médias belges, la Nieuwe Vlaams Alliantie, dont il est le leader, renforce sa place de premier parti en Flandre. Outre Antwerpen, elle a conquis d’autres villes comme Aalst (Alost) ou bien encore Ninove. De leur côté, les autres partis néerlandophones, membres du gouvernement fédéral d’Elio di Rupo, semblent avoir plutôt limité la casse notamment le SP.a (socialiste) qui conserve les villes de Brugge (Bruges) et d’Ostende et les sociaux-chrétiens du CD&V qui conservent Kortrijk (Courtrai) et Ieper (Ypres, la ville de l’ancien Premier ministre Yves Leterme) notamment. Les libéraux de l’Open VLD subissent un fort recul et quant au Vlaams Belang, il poursuit son déclin au profit de la NV-A.

Chez les francophones, aucune formation politique ne semble avoir tiré son épingle du jeu même si le Parti socialiste a résisté en conservant ses bastions (Liège, Bruxelles-Ville, Charleroi, Mons…) et en conquérant de nouveaux comme Anderlecht ou Mouscron tout comme les écologistes et dans une moindre mesure les sociaux-chrétiens du cdH qui conservent Namur, la capitale de la région wallonne.

Le leader nationaliste flamand a donc réussi son pari : transformer les communales – un scrutin local par définition – en une élection nationale, moins d’un an seulement après la formation du gouvernement de centre-gauche d’Elio di Rupo, au terme de dix-huit mois de négociations difficiles entre francophones et néerlandophones au lendemain des élections législatives de juin 2010. En faisant d’Anvers, un enjeu national, Bart de Wever continue à exercer une pression importante sur l’actuel chef du gouvernement belge pour mieux le mettre au pied du mur notamment dans la perspective d’une nouvelle réforme de l’Etat, comprenez, un nouveau transfert de compétences du fédéral aux entités fédérées. A ce titre, le désormais nouveau bourgmestre a même parlé de point de non-retour et a d’ores et déjà appelé les partis francophones à négocier le passage d’une Belgique fédérale à une Belgique confédérale, préalable avant toute scission de la Belgique.

Elio di Rupo, Premier ministre socialiste de Belgique depuis décembre 2011

Si la victoire de Bart de Wever est sans appel, elle n’en demeure pas moins symbolique pour autant, sans compter qu’on reste encore loin du triomphe annoncé. Au niveau local, tout d’abord, le leader nationaliste n’obtient pas de majorité absolue et devra probablement nouer des alliances pour diriger la seconde ville de Belgique, ce qui ne sera pas une mince affaire. Qui plus est, au niveau régional, le parti nationaliste ne fait que renforcer ses positions acquises lors des législatives de 2010 sans compter que les autres formations néerlandophones – telles le CD&V, le SP.a, et dans une moindre mesure les écologistes de Groen! – ont suffisamment limité les dégâts pour espérer encore peser face aux nationalistes flamands notamment dans la perspective des élections régionales et législatives de 2014. Enfin, en se focalisant sur Anvers, médias et analystes politiques (surtout du côté francophone) ont fait du duel Janssens – De Wever, un enjeu national, pour ne pas dire capital pour l’avenir de la Belgique, comme si de ce scrutin (pourtant local) dépendait l’avenir du plat pays.

En se focalisant (un peu trop) sur Anvers, les médias francophones ont donné une large tribune au leader indépendantiste lui permettant au passage de confondre enjeu local et enjeu national. Bart de Wever a su habilement cultiver l’ambiguïté comme le montre d’ailleurs son discours de victoire où il s’adresse par exemple à Elio di Rupo en lieu et place des Anversois. Une stratégie habile et efficace dans la mesure où cela a fortement déstabilisé les Francophones, soumis au rythme et au tempo du leader nationaliste, déjà en piste pour les élections législatives de 2014, des législatives qui s’annoncent, pour le coup, à (très) haut risque pour le gouvernement.

Dès lors, il convient de (fortement) nuancer la portée de la victoire de Bart de Wever à Anvers et la percée incontestable de son parti en Flandre, même si elles doivent être considérées avec attention. Le futur bourgmestre sait qu’il engage une sorte de guerre psychologique avec les partis francophones, Parti socialiste en tête, pour arriver à ses fins et fera tout pour atteindre son but, sa fameuse « révolution copernicienne ». Face à cela, il est de la responsabilité des Francophones de réagir en engageant un bras de fer avec la NV-A mais surtout en apportant des résultats concrets en particulier dans le cadre du gouvernement fédéral. A ce propos, l’attitude et surtout la stratégie d’Elio di Rupo dans les semaines et mois à venir seront déterminantes notamment face à un Bart de Wever, intelligent et surtout redoutable politiquement parlant.

Bart de Wever, saluant ses partisans lors de sa victoire, à Antwerpen (Anvers)

Malgré tout, le plus dur reste à venir pour un Bart de Wever qui rêve de faire de la Flandre un Etat indépendant, membre de l’Union européenne[1]dans la mesure où il doit tout d’abord démontrer qu’il saura gérer Anvers, lui qui n’avait jamais de mandat exécutif jusqu’ici, ce qui n’est pas gagné d’avance, surtout qu’il sait qu’il sera jugé sur des résultats et qu’il sera comparé à son prédécesseur et à son bilan pourtant plébiscité par les Anversois. Qui plus est, à force de mélanger enjeux locaux et nationaux et à se mettre en campagne permanente, il prend le risque non seulement de brouiller son message mais également de voir sa stratégie se retourner contre lui, tôt ou tard.


[1] A ce titre, je vous invite à lire l’excellent papier de Vincent Laborderie, doctorant français en sciences politiques à l’Université Catholique de Louvain (UCL, Belgique), un papier datant de juillet 2012 mais qui reste toujours autant d’actualité, surtout dans le contexte immédiat.

Anvers, une élection nationale ?

Petit détour chez nos voisins outre Quiévrain

La Belgique est à nouveau en campagne à l’occasion des communales (l’équivalent des municipales chez nous) qui se dérouleront le 14 octobre prochain. Un scrutin qui a valeur d’élection-test pour le gouvernement de centre-gauche d’Elio di Rupo, moins d’un an après son investiture mais surtout après la crise politique qui a plongé le Plat pays au lendemain des élections législatives de juin 2010, donnant lieu des négociations difficiles entre le Parti socialiste francophone et la Nieuwe Vlaams Alliantie (La Nouvelle Alliance flamande), les deux grands vainqueurs du scrutin.

Ce scrutin, très important chez nos voisins – en raison du poids politique des bourgmestres (maires) – sera scruté à la loupe notamment par les partis participants au gouvernement fédéral actuel. Les socialistes, sociaux-chrétiens et libéraux espèrent en effet limiter la casse notamment dans un contexte de crise économique assez dure mais également de poussée de la NV-A, le parti indépendantiste flamand demeurant la première force politique dans le nord du pays avec 40% d’intentions de vote si on se réfère au récent baromètre réalisé par Dedicated pour La Libre Belgique et la RTBF début septembre.

La NV-A souhaite en effet faire de scrutin local un enjeu national notamment dans la perspective des législatives de juin 2014 où elle espère renforcer sa position de premier parti de Flandre, et pourquoi pas, décrocher la majorité absolue. A ce titre, elle compte sur un contexte économique et social difficile et du fait qu’elle se situe dans l’opposition pour renforcer ses gains et conquérir de nouvelles villes, notamment Antwerpen (Anvers) où son leader, Bart de Wever se présente face au bourgmestre socialiste sortant, Patrick Janssens. Pour le leader indépendantiste, détenir Anvers, serait un formidable coup politique dans la mesure où il aurait une basse arrière, un fief électoral pour exister politiquement mais également pour mieux se préparer aux prochaines élections législatives, certaines problématiques nationales (comme l’intégration, les questions sociales ou l’emploi) touchant de près, la seconde ville de Belgique.

Affiche électorale de Bart de Wever, candidat NV-A à la fonction de bourgmestre (maire), à Antwerpen (Anvers)

Dès lors, la situation anversoise est particulièrement suivie notamment par la presse francophone qui n’hésite pas à faire de la prochaine élection communale, un enjeu national en particulier pour l’avenir de la Belgique et des relations tumultueuses entre Francophones et Néerlandophones. Ainsi, Béatrice Delvaux, éditorialiste en chef au Soir voit l’élection à venir, un défi pour Patrick Janssens qui, selon elle, « tient le sort de la Belgique entre ses mains » ajoutant ensuite : « Si Bart De Wever perd contre celui qui affiche, de l’avis général, un excellent bilan pour sa ville, tout le monde y verra le premier coup d’arrêt à la progression du leader tout-puissant de la N-VA. Il démontrera que Bart De Wever est contournable, et que la N-VA n’est pas invincible[1]. Si par contre, De Wever l’emporte sur Janssens, et que la N-VA score partout ailleurs en Flandre, l’après-scrutin risque d’être meurtrier pour les partis flamands du gouvernement Di Rupo. Et les francophones auront de quoi se faire bien du souci. »

Elio di Rupo, Premier ministre socialiste de Belgique, depuis décembre 2011

Même si Bart de Wever souhaite faire d’Anvers, une rampe de propulsion pour les élections de 2014, il est encore trop tôt pour faire de tels pronostics en la matière. En effet, le gouvernement Di Rupo sait qu’il sera jugé sur ses résultats en particulier sur le plan économique et social. Les trois familles politiques membres de la coalition de centre-gauche ne le savent que trop bien et la popularité toujours intacte du Premier ministre socialiste ne suffira pas pour calmer voire stopper la progression de la N-VA, ni même une éventuelle défaite de son leader à Anvers. Qui plus est, tout dépendra de la capacité des partis néerlandophones membres du gouvernement (et tout particulièrement du CD&V, le parti social-chrétien) de se démarquer efficacement de Bart de Wever en se montrant solidaire d’Elio di Rupo tout en défendant au mieux et de manière réaliste et responsable, les intérêts de la Flandre et des néerlandophones notamment au lendemain des communales.

Façade de l’Hôtel de ville d’Antwerpen (Anvers)

C’est donc un scrutin à haut risque qui se profile en Belgique et tout particulièrement à Anvers pour le gouvernement Di Rupo qui, d’une certaine manière, pourra difficilement échapper à vote-sanction, notamment dans le nord de la Belgique. De son côté, si Bart de Wever compte sur Anvers pour renforcer son parti en vue des élections législatives de 2014, il sait que la route est encore longue pour arriver cette « révolution copernicienne » (à savoir le passage d’une Belgique fédérale à une Belgique confédérale, prélude à une éventuelle séparation) qu’il souhaite tant.


[1] A l’instar du précédent scrutin de 2006 où le candidat socialiste, menant une coalition avec le CD&V (le parti social-chrétien néerlandophone), Groen! (les écologistes néerlandophones) et l’Open VLD (le parti libéral néerlandophone), battait finalement le Vlaams Belang de Filip de Winter qui avait réalisé près de 28% sur l’ensemble de la ville (dont 40% dans certains arrondissements)

« Papa » est mort

Michel Daerden, ancien ministre socialiste belge, mort ce dimanche à Fréjus (Var)

Ce dimanche, j’ai appris la mort de Michel Daerden à l’âge de 62 ans.

En vacances à Fréjus (Var), l’ancien ministre socialiste belge (notamment des Transports puis des Pensions au niveau fédéral, puis du Budget au sein de la région wallonne) était hospitalisé depuis le 26 juillet des suites d’une crise cardiaque et d’un accident vasculaire cérébral. Plongé dans un coma artificiel, il a succombé des suites d’une infection pulmonaire.

Son nom ne vous dira peut-être rien mais Michel Daerden était connu pour son côté décalé, atypique et assez populo. Grand amateur de bière (c’est le moins qu’on puisse dire !), l’homme était surtout apprécié et aimé des Liégeois et tout particulièrement d’Ans, la ville le fut le maire durant des années. Celui qui se surnommait « Papa » n’avait pas que des adeptes (notamment en Flandre) mais qui donnait à la vie politique belge, une coloration particulière, pétillante même, tant les interventions de l’homme politique étaient attendues moins pour leur contenu que pour la forme, comme j’ai pu m’en rendre compte par moi-même en 2008-2009 lorsque je vivais dans le plat pays.

C’est un homme hors du commun qui nous a quittés et qui a quitté la vie politique belge à jamais. Le Gainsbourg de la politique (comme on avait l’habitude de dire dans le plat pays) a tiré sa révérence et j’en profite pour adresser toutes mes condoléances à sa famille, à ses proches ainsi qu’à l’ensemble du Parti socialiste belge francophone.

PS : en guise de conclusion, un extrait vidéo du journal de RTL-TVi (l’équivalent de TF1 en Belgique francophone), consacré à la personnalité de Michel Daerden.

Mise(s) à nu

Nombre d’entre vous ont entendu parler de l’histoire de Sofie Peeters, cette jeune étudiante belge qui, excédée de se faire aborder dans les rues de Bruxelles de manière inélégante par certains hommes (et tout particulièrement dans le quartier populaire d’Anneessens, à proximité de Zuidstation (Gare du Midi)), a réalisé un documentaire, « Femme de la rue » afin de dénoncer ce machisme ordinaire.

La mésaventure de Sofie Peeters fut largement médiatisée dans le plat pays mais également en France et fait étrangement écho à la mésaventure de Cécile Duflot, ministre du logement, lors d’une séance de question au gouvernement en juillet dernier. A ce titre, les pouvoirs publics semblent (enfin) réagir puisque Philippe Close, échevin socialiste (l’équivalent du maire-adjoint en France) de Bruxelles-Ville, interrogé par la RTBF (la radio télévision belge francophone), a annoncé la mise en place de sanctions visant à réprimer le harcèlement de rue.

L’histoire de Sofie Peeters a eu un impact important dans la mesure où la parole s’est libérée et que nombre de femmes n’hésitent plus à pointer du doigt de tels comportements de la part de certains hommes. Des pratiques qui en disent long sur la place des femmes au sein de notre société mais aussi sur la nécessité de prendre à bras le corps, cette question du machisme primaire et ordinaire, véritable poison sociétal et politique.

Une histoire qui me fait également penser au combat d’Aliaa Magda el-Mahdy, cette jeune femme égyptienne qui, en automne 2011, n’avait pas hésité à poster une photo d’elle, nue, sur son blog afin de dénoncer les atteintes faites aux femmes dans son pays, en pleine révolution post-Moubarak. Des clichés qui avaient fait le tour du monde et suscité un vif débat en Egypte. A l’époque, l’action de la jeune bloggeuse, si elle fut saluée par certains activistes et défenseurs des droits de l’Homme, elle fut également et fortement critiquée aussi bien par les groupes fondamentalistes mais également par des militants anti-Moubarak craignant que l’initiative d’Aliaa ne fasse le jeu des mouvements islamistes, en profitant pour se présenter comme étant les défenseurs des bonnes mœurs comme l’explique si bien Marie Simon dans son article paru en novembre dernier dans l’Express.

« La vérité nue… notre corps nous appartient » (source photo : blog d’Aliaa Elmadhy)

Le cas de Sofie Peeters et de la jeune bloggeuse égyptienne sont bien différents mais se rejoignent sur le même point : celui de l’atteinte de la dignité des femmes et du droit de disposer de leur corps, comme elles le souhaitent notamment face à tous les intégrismes et dérives machistes de toutes sortes. L’un comme l’autre, il s’agit de dénoncer des pratiques intolérables et surtout injustifiables aussi bien en Egypte qu’au coeur même de Bruxelles, siège des institutions européennes. Dans les deux cas, c’est bien la liberté de l’autre sexe qui est remis en question, du droit de s’exprimer en tant que tel et surtout d’être respecté quelque soit ses choix. Une vision que ne semble pas partager certains groupes et autres groupuscules aussi bien en Egypte qu’en Belgique où le mouvement Sharia4Belgium n’hésite pas à qualifier la jeune réalisatrice de « prostituée », considérant même qu’elle se promène à moitié nue et qu’elle ne doit pas être étonnée par de telles réactions.

Sofie Peeters, réalisatrice du documentaire, « Femme de la rue »

Comme je l’ai écrit plus haut, la Ville de Bruxelles a décidé de prendre les taureaux par les cornes en votant un décret punissant d’une forte amende toute personne prise en flagrant délit. Un acte politique fort symbolique mais qui ne suffira malheureusement pas pour mettre un terme à ce genre de pratique machiste. De fait, c’est un travail en amont qui doit se faire notamment en réaffirmant l’égalité des genres mais aussi et surtout en faisant preuve de pédagogie en particulier envers les générations actuelles afin de délégitimer certains propos et actes comme ceux tenus par Sharia4Belgium en Belgique. A ce titre, certaines initiatives valent le détour comme celle menée par Filmor, une association féministe que j’ai eu l’honneur de rencontrer lors de mon voyage d’études à Istanbul, il y a bientôt deux ans.

PS : histoire de finir sur une note d’humour, je n’ai pas pu m’empêcher de vous mettre en ligne, le sketch de Bérengère Krief – connue pour jouer le rôle de Marla dans « Bref » – où elle donne justement des cours pour contrer les hommes un peu trop insistants. Très mordant et surtout très vrai !

La NV-A se porte comme un charme

Avertissement : j’avais prévu de rédiger cet article et de le publier pour le 14 mars dernier. Mais suite à la tragédie qui a touché la Belgique – le terrible accident de car à Sienne (Suisse) dans lequel vingt-huit personnes dont vingt-deux enfants y ont laissé la vie – et en guise de solidarité avec les familles, j’ai décidé de le publier un peu plus tard, histoire de m’associer au deuil de nos voisins d’Outre Quiévrain.

Maintenant place à l’article

Gilles

Bart de Wever, leader de la Nieuwe Vlaams Alliantie (la Nouvelle Alliance flamande), le parti nationaliste flamande

La Nieuwe Vlaams Alliantie se porte comme un charme ! Non seulement son leader, Bart de Wever, a énormément perdu de poids (un peu comme François Hollande) et qui plus est son parti progresse et a toujours le vent en poupe. Selon le récent baromètre trimestriel réalisé par IPSOS pour Le Soir et RTL-TVI, la formation nationaliste flamande totaliserait près de 38% des voix, si des élections étaient organisées dans le plat pays. Du jamais vu pour cette formation politique qui n’a seulement que onze années d’existence et qui se trouve dans l’opposition au niveau fédéral. De leur côté, les partis de la coalition de centre-gauche (socialistes, sociaux-chrétiens et libéraux) semblent perdre en puissance aussi bien en Wallonie qu’en Flandre, notamment le Parti socialiste francophone qui subit un net recul ainsi que l’Open VLD (les libéraux flamands) et le CD&V (les sociaux-chrétiens flamands) qui poursuit son déclin tout comme le Vlaams Belang, le parti d’extrême droite

La bonne santé électorale de la N-VA s’explique par un gouvernement Di Rupo qui, semble-t-il, n’a toujours pas réussi à satisfaire bon nombre de Belges, notamment en Flandre, malgré quelques résultats tangibles comme le récent accord concernant le budget. A cela s’ajoute la stratégie des nationalistes flamands qui, via leur chef de file, vise à critiquer tous azimuts la politique de l’équipe fédérale afin d’engranger des soutiens supplémentaires.

Ce bon maintien de la NV-A est en tout cas un sérieux avertissement pour le socialiste Elio Di Rupo et son équipe qui doit encore ses preuves et surtout se montrer davantage pédagogue, notamment en raison de réformes souvent difficiles à accepter comme notamment celle des retraites. Un gouvernement et un Premier ministre qui sait pertinemment que les nationalistes flamands ne laisseront rien passer et ne lui accordera aucun répit pour mieux le pousser à la faute et donc provoquer sa chute. C’est en tout cas le pari que fait Bart de Wever qui compte sur la fragilité de la coalition de centre-gauche et démontrer une fois encore que la Belgique n’est plus viable en l’état et qu’il faut enfin passer à cette « révolution copernicienne » qu’il exprime de ses vœux, à savoir une confédération à la suisse (pour ne pas dire une confédération tout court). Un vœu qui pourrait séduire nombre de Flamands pourtant davantage excédés par la politique menée par le gouvernement actuel plutôt que par une véritable envie de prendre le large et de souscrire à cette fameuse République de Flandre. Bart de Wever le sait pertinemment et est conscient que si son parti est le premier de Flandre, c’est plus en raison de son statut de parti d’opposition que pour son projet et ses idées.

Elio di Rupo, actuel premier ministre de la Belgique, le 30 novembre dernier à Bruxelles

De son côté, Elio di Rupo sait que le temps lui est compté et qu’il ne lui reste plus que deux ans et quelques mois pour prouver que la Belgique nouvelle version (celle qui a émergé lors des précédentes négociations institutionnelles) est bel et bien viable et surtout profitable aux néerlandophones comme aux francophones. La tâche est ardue mais le défi en vaut sacrément la peine surtout quand une large majorité de Belges souhaitent une consolidation de la Maison Belgique. Les élections municipales prévues en octobre 2012 devraient servir de test pour les partis membres de la coalition, surtout en Flandre où Bart de Wever – visant la mairie d’Antwerpen (Anvers) – fera tout pour faire de ce scrutin, un référendum pro ou anti Di Rupo.

Dès lors, si la NV-A se porte comme un charme, c’est moins à cause de ses idées mais plus en raison du fait qu’il constitue une force d’opposition majeure, l’ensemble des partis traditionnels néerlandophones – exception faite des écologistes – participant au gouvernement fédéral. Une force d’opposition qui écrase d’ailleurs les autres mouvements et partis contestataires tel le Vlaams Belang qui ne pèse désormais plus de 10 à 12%. Autrement dit, si la N-VA gagne en soutien, elle demeure incapable de se présenter comme force alternative et son pari du confédéralisme est un pari à double-tranchant car dépendant totalement des résultats du gouvernement Di Rupo à terme.

Caricature réalisée par Pierre Kroll pour Le Soir, quotidien francophone

Rumeur d’outre Quiévrain

Petit détour chez nos voisins outre Quiévrain, histoire de couper avec la folle élection présidentielle.

Le roi des Belges, Albert II

Depuis quelques jours, le plat pays est secoué par une info essentielle pour l’avenir de la Belgique. Le roi, Albert II, projetterait d’abdiquer, le 21 juillet 2013, jour de la fête nationale. Un accord aurait même été trouvé avec l’actuel Premier ministre Elio di Rupo afin de faciliter l’avènement du duc de Brabant – plus connu sous le nom de Philippe – sur le trône.

Une info aussitôt démentie aussi bien par la Rue de la Loi (le siège du gouvernement à Bruxelles) que par le Palais. Toutefois, certains n’en démordent pas, une succession se prépare bel et bien à la tête du pays.

Bien que cette nouvelle soit à mettre sous le compte de la rumeur, il n’en demeure pas qu’elle reste essentielle surtout quand on connait la complexité de ce pays qu’est la Belgique sans compter que l’affaire n’est pas ancienne. Depuis plusieurs années en effet, le prince Philippe se prépare à succéder naturellement à son père dans la mesure où il est le premier dans l’ordre de succession. Il faut même préparé à cette tâche bien des années auparavant en compagnie de son oncle, le roi Baudouin I°, qui l’avait désigné comme son dauphin pour bon nombre d’observateurs. La mort brutale de ce dernier, le 31 juillet 1993 en Espagne, changea la donne.

L’affaire est prise au sérieux notamment pour des questions politiques et communautaires. Chef de l’Etat, le roi des Belges est aussi le garant de l’unité du plat pays, une unité sans cesse ébranlée par les bisbilles interminables entre néerlandophones et francophones, des bisbilles qui se sont intensifiées d’années en années. A ce titre, le roi a toujours constitué une valeur sure en raison de son prestige mais aussi de son autorité morale. Cela fut le cas de Baudouin I° (entre 1951 et 1993), cela l’est encore plus sous Albert II qui depuis 1993 s’est beaucoup exposé et joué à fond son rôle en particulier sur le plan communautaire, le roi voulant apparaître comme une personnalité qui rassure et surtout rassemble.

Le prince Philippe de Belgique, duc de Brabant, premier dans l'ordre de succession au trône

D’où les interrogations sur une éventuelle abdication d’un monarque qui a toujours su faire de patience mais aussi d’autorité pour maintenir l’unité de la Belgique, malgré un style très différent comparé à son frère et prédécesseur. La dernière crise politique – la plus longue qu’ait connue le plat pays – l’a prouvée. Un trait de caractère dont beaucoup craignent qu’il fasse défaut à Philippe si ce dernier devait accéder au trône au tel point que beaucoup s’interrogent sur sa capacité à diriger le pays et à incarner la fonction.

Car le prince Philippe a plutôt mauvaise presse, surtout du côté de certains Flamands, qui en voient en lui un homme sans envergure, incapable de s’exprimer correctement en néerlandais et qui doutent de sa réelle préparation à la tâche qu’il attend. Pour d’autres, une accession prématurée de Philippe au trône de Belgique est bien risquée surtout eu égard de la situation politique et institutionnelle du plat pays qui reste encore précaire, malgré une certaine accalmie, elle-même précaire.

On ne sait finalement pas si Albert II pense bel et bien à passer la main et donc se retirer. Toujours est-il qu’il y pense, l’âge (il a 79 ans) mais aussi et surtout une certaine lassitude causée par la lourdeur de la tâche, les bisbilles communautaires et autre crise politique y étant surement pour beaucoup. Toujours est-il que, quelque soit l’humeur actuelle d’Albert II, ce dernier sait pertinemment qu’il devra préparer effectivement Philippe et Philippe sait qu’il devra être à la hauteur. Une équation assez complexe qui montre malgré un calme précaire, les incertitudes demeurent notamment sur l’évolution future de la Belgique.

Caricature de Pierre Kroll, parue dans Le Soir, quotidien francophone

W comme Wallonie

Depuis que la Belgique a (enfin) un gouvernement en plein exercice, dirigé par le socialiste francophone, Elio di Rupo, les choses semblent se calmer – disons que la routine a repris le dessus.

Mais cela n’est qu’une apparence et c’est en lisant une chronique de Béatrice Delvaux, l’ancienne éditorialiste du Soir (l’équivalent du Monde en Belgique) que je suis tombé sur une info détonante.

En effet, certains responsables politiques francophones envisagent de plus en plus l’avenir de la Wallonie, la région située dans la partie sud du pays, notamment dans le cadre d’un démantèlement du plat pays. Pour eux, bien que la Belgique soit sauvée, celle-ci demeure encore dans un état précaire et tous les scénarii restent encore possibles sans compter que la méfiance envers la Flandre reste de mise (justifiée notamment par l’apparente bonne santé politique de la Nieuwe Vlaams Alliantie de Bart de Wever qui ne cesse d’engranger des soutiens), qui plus est, la sixième réforme de l’Etat renforce le système fédéral dans lequel les régions doivent faire preuve de davantage de responsabilisation notamment financière.

Dès lors, tous les hypothèses sont envisagées notamment celle d’une large autonomie de la Wallonie, préalable à une éventuelle indépendance au grand étonnement des néerlandophones mais aussi des Bruxellois qui n’ont pas tellement apprécié cette soudaine velléité autonomiste alors même que la Belgique a eu droit à une nouvelle chance.

Ce n’est pas la première fois pourtant que certains wallons sont animés par une fibre nationaliste pour ne pas dire indépendantiste. Dans les années 1960, certains membres du Parti socialiste belge avaient plus ou moins opté pour la voie régionaliste tel André Cools. A la même période, le mouvement régionaliste wallon avait émergé à la suite de la grève générale de 1961 qui avait certes touché l’ensemble de la Belgique mais également montré les profondes divergences de vues entre syndicalistes flamands et wallons, prélude à la scission des partis politiques traditionnels en une aile francophone et une aile néerlandophone.

André Cools, ancien leader du Parti socialiste belge (PSB) puis du PS francophone (1927 – 1991)

Depuis cette date, le mouvement régionaliste wallon restait assez peu marginal tout en menant certaines initiatives comme la rédaction d’une Constitution en 2006, projet là aussi porté des socialistes régionalistes tels que José Happart, Jean-Claude Van Cauwenberghe et Robert Collignon (ancien président de la région wallonne, désormais membre du RWF, un parti militant pour le rattachement de la Wallonie à la France). Toutefois, la révélation de ce nouveau plan B (ou plutôt W) soutenu par certaines membres du PS tel  Guy Spitaels, montre une nouvelle fois toute la méfiance qu’ont certains socialistes envers la Flandre surtout inquiets des évolutions à venir.

Mais plutôt que d’envisager un démantèlement de la Belgique, le plan W a plutôt vocation à assurer une certaine garantie à la région francophone qui n’aura pas d’autres solutions que de se réformer, crise oblige mais aussi nouvelle loi de financement oblige, les transferts entre le nord et le sud du pays devant prendre fin à l’horizon 2020 selon l’accord institutionnel conclu entre néerlandophones et francophones. De fait, tout va dépendre des politiques que va mener le gouvernement d’Elio di Rupo qui sait qu’il n’a que deux ans et demi pour faire ses preuves et surtout montrer que la Belgique reste la meilleure garantie d’avenir pour les entités fédérées. Un délai assez court mais tout à fait jouable notamment pour répondre à celles et ceux qui préparent déjà un plan alternatif. Quant au plan W, s’il a le mérite de poser toutes les éventualités, ce dernier reste encore théorique. Bien théorique !

Un gouvernement. Jusqu’à quand ?

La Belgique tient enfin son gouvernement. Après 541 jours, elle a enfin un gouvernement de plein exercice mettant pratiquement fin à la crise politique la plus longue et (sans doute) la plus profonde de son histoire.

Elio di Rupo, nouveau Premier ministre de Belgique, prêtant serment devant Albert II, roi des Belges au Château de Laken, ce mardi 6 décembre

Un gouvernement tripartite composé des libéraux, des sociaux-chrétiens et des socialistes sous la conduite du patron du Parti socialiste francophone Elio di Rupo, premier francophone à prendre les rênes du plat pays depuis 1978. Un Elio di Rupo qui aura pour lourde tâche de mettre en œuvre la sixième réforme de l’Etat – qui donne renforce le cadre fédéral au profit des régions et communautés – mais aussi faire face à la crise économique qui sévit actuellement.

A ce titre, le futur locataire de la rue de la Loi a été accueilli par une forte mobilisation des syndicats dans le cadre d’une journée de mobilisation de lutte contre l’austérité, histoire de mieux dénoncer le plan d’un gouvernement de coalition qui vient de prêter serment au roi Albert II. Un premier test pour l’équipe Di Rupo dont certains spéculent déjà sur sa durée d’existence.

En effet, bien que la Belgique ait désormais un gouvernement, les dissensions entre membres de la coalition n’ont pas manqué. Cela fut notamment le cas lors des discussions relatives au budget où les libéraux (tant les francophones du Mouvement réformateur que les néerlandophones de l’Open VLD) n’ont pas hésité à mettre à mal les négociations provoquant la démission d’Elio di Rupo, alors en charge de former le gouvernement. A cela, s’ajoute une certaine méfiance réciproque entre les membres de la coalition eux-mêmes, une méfiance qui peut se révéler à tout instant et qui peut provoquer des réactions en chaînes, ce qui fut le cas en avril 2010 avec le retrait des libéraux néerlandophones du gouvernement Leterme, prélude à la démission de ce dernier et à la situation actuelle.

Bart de Wever, leader de la NV-A, le parti nationaliste flamand et député régional flamand

Qui plus est, il est fort à parier que l’opposition ne fera pas de cadeau au désormais homme fort de la Belgique. Une opposition composée des éléments les plus virulents de la scène politique belge, exception faite des Ecologistes (qui ont participé durant un temps aux négociations institutionnelles) et qui donnera du fil à retordre au gouvernement d’Elio di Rupo. C’est du moins la promesse faite par la Nieuwe Vlaams Alliantie de Bart de Wever, désormais la principale force d’opposition mais également de l’ex-Front démocratique des francophones d’Olivier Maingain qui doivent parier sur l’instabilité à venir au sein de la coalition pour engranger des suffrages supplémentaires lors des prochaines élections fédérales.

C’est donc une nouvelle page de la Belgique qui s’ouvre avec désormais à la tête de son gouvernement, un homme à la fois respecté et respectable pour les francophones comme pour les Flamands. Une donnée non négligeable quand on sait que celui qui s’installe désormais au 16 de la Wetstraat/Rue de la Loi a de sérieuses lacunes en néerlandais et qu’il devra faire preuve de son sens politique pour séduire ses compatriotes du nord. Dans le même temps, il devra incarner et rendre crédible cette Belgique 2.0 qu’il vient de mettre sur les rails. S’il y parvient, Elio di Rupo connaîtra peut-être un destin à la Jean-Luc Dehaene ou à la Guy Verhofstadt (c’est-à-dire un long gouvernement). Au contraire, il connaîtra un destin à la Yves Leterme, ce qui ne serait pas synonyme de bonne nouvelle pour la Belgique.

C’est désormais à l’homme au nœud-papillon de jouer !

Photo de famille du nouveau gouvernement belge