La (petite) victoire de Pauline Marois

François Hollande, en compagnie de Pauline Marois, premier ministre du Québec, le 15 octobre dernier

Pauline Marois, chef du gouvernement québécois, est  à Paris pour une visite de travail de trois jours. Au programme, rencontre avec François Hollande, le président de la République, son homologue Jean-Marc Ayrault et la plupart des haut-responsables politiques de l’Hexagone (dont Claude Bartolone et Jean-Pierre Bel, respectivement présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat). Une rencontre qui a lieu dans la foulée du sommet de la Francophonie qui s’est tenu à Kinshasa (République démocratique du Congo)

La visite de Pauline Marois, bien que non officielle n’en demeure pas moins importante dans la mesure où la chef du gouvernement québécois cherche à remettre la France au centre du jeu dans le cadre des relations avec Ottawa et dans laquelle, elle voit une sorte d’alliée naturelle. Une alliée naturelle pour l’aider à défendre ses intérêts et notamment dans la perspective du référendum sur la souveraineté. A cet égard, elle a même parlé de bienveillance à l’égard de l’Hexagone, histoire de rappeler le poids majeur de la France dans l’histoire de la Belle Province mais aussi les liens historiques et profonds qui lient les deux nations.

C’est d’ailleurs sur ce point là que Pauline Marois s’est rappelé au bon souvenir de François Hollande et de Jean-Marc Ayrault, espérant que le nouveau gouvernement français réaffirme sa ligne historique, celle de la « ni ingérence, ni indifférence » à l’égard des relations entre le Canada et le Québec. Une politique qui fut mise à mal durant la présidence de Nicolas Sarkozy qui avait clairement affirmé sa préférence pour le fédéralisme canadien et affiché sa grande proximité avec Jean Ch     arest, le chef du gouvernement libéral de l’époque. Des propos qui avaient ulcéré les milieux souverainistes qui voyaient dans les propos de l’ancien président une forme de mépris et de provocation mais également d’inculture.

Les souhaits de Pauline Marois se sont en partie réalisés dans la mesure où si effectivement le président français n’a pas employé ces termes, il a en revanche y fait clairement référence en déclarant à l’issue de son entretien avec la Première ministre que cela fait trente ans que cette formule existe et qu’une telle formule prévaut encore aujourd’hui, à la différence de son prédécesseur. En effet, il convient de rappeler que le Parti socialiste et le Parti québécois ont toujours eu de forts atomes crochus, bien plus qu’avec la droite française même si les souverainistes se sont toujours efforcés de maintenir des relations cordiales, afin de défendre leurs intérêts. Comme le résume assez bien une source diplomatique française, « entre les programmes de Harper et de Marois, il n’y a pas photo. Les socialistes et les péquistes sont politiquement sur la même longueur d’onde, qu’il s’agisse de politique fiscale, de gaz de schiste, de l’amiante, etc. »

Stephen Harper, premier ministre du Canada, en compagnie de Stephen Harper, le 7 juin dernier, lors de la préparation du G20

L’enthousiasme affiché par les autorités françaises à l’accueil de Pauline Marois en dit en tous cas assez long sur le rapport que le gouvernement de François Hollande entend entretenir avec la Belle Province tout en ménageant au possible le gouvernement canadien de Stephen Harper, beaucoup plus timoré à l’égard du nouvel exécutif français et qui ne voit pas forcément d’un bon œil, cette (nouvelle) complicité affichée entre la France et le Québec au point que les autorités canadiennes auraient demandé à Paris de « n’en faire pas trop » selon la presse outre Atlantique. Qui plus est, si le président français s’affiche sans aucune difficulté avec Pauline Marois, il le fait avec une certaine retenue afin de ne pas froisser inutilement le gouvernement de Stephen Harper. La France et le Canada ont en effet besoin l’un de l’autre notamment sur le dossier syrien ou bien encore concernant la situation actuelle au Mali comme l’a d’ailleurs rappelée la visite du ministre canadien des affaires étrangères John Baird à son homologue Laurent Fabius, la semaine dernière à Paris. A ce titre, ce dernier a pris soin d’éviter tout prix la fameuse formule du « ni – ni », se contentant de rappeler les bonnes relations que la France entretient aussi bien avec Ottawa qu’avec Québec, une manière subtile de ne pas provoquer d’incident diplomatique.

Pauline Marois en compagnie de François Hollande, sur le perron de l’Elysée, le 15 octobre dernier

La France, de part la voix de son président, semble renouer – sans le dire – avec la politique du « ni – ni » pour caractériser ses relations avec le Canada et sa province francophone, tout en jouant un formidable numéro d’équilibriste comme cela fut déjà le cas dans le passé, realpolitik oblige, comme l’a si bien rappelé l’ancien premier ministre français, Michel Rocard. De fait, il s’agit d’une (petite) victoire pour Pauline Marois dans la mesure où non seulement la France revient sur un principe durement remis en cause durant ces dernières années mais également réaffirme son soutien au Québec comme partenaire majeur sur le plan économique comme culturel.

Les défis de Pauline Marois

Comme l’avaient prévu les instituts de sondages, le Parti québécois (PQ) de Pauline Marois a remporté les élections législatives au Québec, permettant un retour des souverainistes au pouvoir après neuf ans d’opposition. De son côté, Jean Charest, Premier ministre libéral sortant, a annoncé sa démission en tant que chef du Parti libéral du Québec (PLQ) et son retrait de la vie politique après près de trente ans de présence sur la scène fédérale puis provinciale

Une victoire endeuillée par un attentat réalisé par Richard Henry Bain, un anglophone de 63 ans, qui a tenté d’incendier le Métropolis, la grande salle où s’étaient rassemblés les partisans de Pauline Marois, et tiré sur deux personnes dont une est décédée des suites de ses blessures. Un évènement qui a bien évidemment jeté un froid sur l’euphorie qui avait gagné les péquistes du moment de savourer la victoire et qui met en filigrane les incertitudes, voire les inquiétudes de certains Québécois anglophones quant à la future politique du PQ à leur égard mais également vis-à-vis de la question lancinante de la souveraineté, qui devrait être à nouveau débattue dans les années à venir.

Les militants du Parti Québécois et partisans de Pauline Marois, fêtant leur victoire, le 4 septembre au Métropolis de Montréal (Québec, Canada)

Le PQ revient donc aux responsabilités permettant ainsi à sa chef, Pauline Marois, de devenir la première femme à devenir Premier ministre du Québec. A 63 ans, il s’agit d’une véritable consécration pour une femme qui n’avait pas ménagé ses efforts pour conquérir la chefferie de son parti et devenir la patronne de son mouvement. Désormais Premier ministre, Pauline Marois sait que de nombreux défis l’attendent et que sa tâche sera beaucoup plus hardie que prévue.

En effet, avec une majorité relative et un gouvernement minoritaire, la marge de manœuvre de la nouvelle chef du gouvernement québécois, parait bien étroite, notamment en raison du poids de la Coalition Avenir Québec de François Legault qui décroche vingt sièges à l’Assemblée nationale mais surtout en raison de la forte présence du PLQ qui avec 50 sièges (contre seulement 54 pour le PQ) va demeurer une forte opposition officielle au gouvernement péquiste, malgré la défaite de Jean Charest et son départ de la vie politique. Pauline Marois avait à ce titre prévenu : avec un gouvernement minoritaire, ses moyens d’actions seraient limités, ce qui devrait avoir un impact sur la politique qu’elle entend mener dans les semaines et les mois à venir.

Jean Charest, chef du PLQ, et premier ministre sortant, battu lors des élections du 4 septembre dernier

Ainsi, si sur certains sujets, le Premier ministre semble avoir déjà imprimé sa marque (comme la suppression de la hausse des frais de scolarité), la chef péquiste sait que d’autres sujets, elle devra user d’une certaine diplomatie et d’un art du compromis afin de ne pas (trop) subir les assauts d’une opposition qui ne manquera pas de la déstabiliser.

Autre sujet sur lequel, Pauline Marois devra sans doute mettre de l’eau dans son vin (du moins dans un premier temps) : la question de la souveraineté du Québec. De fait, les résultats de mardi dernier ont moins indiqué une volonté des Québécois d’opter pour l’indépendance que pour celle de sanctionner un gouvernement libéral usé par neuf ans de pouvoir. D’ailleurs, si la sanction a bien eu lieu, notamment pour Jean Charest, elle a finalement été moins pire que prévue pour un PLQ qui peut sereinement espérer un retour rapide aux affaires, notamment en raison d’une CAQ qui réalise de moins bons résultats malgré une campagne dynamique.

Pauline Marois, chef du PQ depuis 2007, désormais Premier ministre du Québec

Tout dépendra de la capacité de Pauline Marois de gérer cette situation tout en menant à bien ses objectifs. En clair, il s’agit d’une période probatoire pour la nouvelle chef du gouvernement mais également pour le PQ qui devront faire leurs preuves et montrer qu’ils peuvent être véritablement une garantie pour l’avenir du Québec. Dès lors, les prochaines semaines seront déterminantes pour une Pauline Marois qui se fixe désormais un nouvel objectif, un gouvernement majoritaire à la prochaine élection, condition sine qua none, avant d’envisager un éventuel référendum sur l’indépendance de la Belle Province, après les échecs de 1980 et de 1995.

Vers un nouveau gouvernement péquiste ?

Pauline Marois, chef de file du Parti québécois, reçue par Julie Synder, présentatrice et productrice TV, lors du grand rassemblement de Montréal, le 30 août dernier

« On veut un pays ! On veut un pays ! », ont scandé près de 2000 personnes à Montréal, lors d’un grand meeting du Parti québécois, jeudi dernier.

Un cri du cœur tout droit adressé à Pauline Marois qui n’a pas du bouder son plaisir. En effet, la chef de file du PQ est en passe de devenir la première femme chef de gouvernement dans l’histoire de la Belle province, permettant à son parti, de revenir aux responsabilités après neuf ans d’opposition.

En effet, et à seulement vingt-quatre heures du scrutin, les souverainistes semblent toujours faire la course en tête avec 33% d’intentions de vote, suivi par la Coalition Avenir Québec de François Legault (28%) et du Parti Libéral du Québec (27%), le parti au pouvoir du Premier ministre Jean Charest qui subit un recul historique et qui pourrait même ne pas obtenir le statut d’opposition officielle au sein de l’Assemblée nationale du Québec.

Les indépendantistes québécois sont sur le point de faire leur retour à Québec après neuf ans d’opposition et avec à sa tête, une femme, qui revient de loin, elle qui fut contestée au sein même du PQ, il y a encore quelques mois, au point que son remplacement était envisagé. A quelques heures du scrutin, le Parti Québécois est sur le point de faire son grand retour pour la troisième fois de son histoire avec pour objectif notamment la tenue d’un nouveau référendum sur l’indépendance de la province francophone d’ici à quatre ans.

Pauline Marois, durant la campagne électorale du PQ en aout 2012

Si le retour du PQ à la tête du gouvernement québécois semble l’hypothèse la plus plausible, reste à en connaître l’ampleur. En effet, si les souverainistes semblent faire la course en tête, reste à savoir s’ils obtiendront une majorité absolue, majorité indispensable notamment pour avoir les coudées franches, notamment dans le cadre d’un nouvel référendum tel que souhaité par Pauline Marois et ses partisans. Jusqu’à présent, le Parti québécois avait obtenu cette fameuse majorité absolue à chaque fois qu’il revenait aux responsabilités, ce qui ne l’empêchait cependant pas d’échouer sur la question essentielle de la souveraineté du Québec, par deux fois en 1980 et 1995, date à laquelle le référendum fut perdu à seulement quelques milliers de voix.

Or, il parait de plus en plus probable, en vue des sondages que le PQ obtienne une majorité relative lui permettant, certes, de gouverner, mais qui le placerait sous la menace directe d’une opposition forte menée notamment par la CAQ de François Legault. D’ailleurs, un gouvernement minoritaire pourrait finalement faire l’affaire de cet ancien ministre péquiste, désormais beaucoup plus frileux sur la question de l’indépendance du Québec, dans la mesure où cela lui permettrait de tirer à boulets rouges sur Pauline Marois, tout en étant incontournable vis-à-vis des Libéraux de Jean Charest, dans l’hypothèse où le PLQ serait rejeté dans l’opposition et ne deviendrait que la troisième force politique de la province, ce qui constituerait une lourde et historique défaite.

Ce qui explique pourquoi la leader indépendantiste ne relâche pas son effort et mène campagne jusqu’au bout afin d’obtenir cette majorité absolue dont elle a tant besoin. A titre personnel, je considère cet objectif comme bien ambitieux dans la mesure où si effectivement, les Québécois souhaitent lourdement sanctionner neuf ans de gouvernement libéral, ils ne sont pas pour autant près à accorder une confiance totale à Pauline Marois et à son équipe. Aussi, un gouvernement minoritaire serait une sorte de compromis, de permis probatoire pour un Parti Québécois qui devra faire ses preuves avant éventuellement lui accorder une pleine confiance. Malgré tout, tout reste possible comme l’ont montré les récentes élections fédérales de mai 2011 où, à la surprise générale, le Parti conservateur du Canada de Stephen Harper a non seulement remporté le scrutin mais a également remporté cette majorité absolue qui lui manquait tant, lui permettant au passage de faire tout ce qu’il ne pouvait pas réaliser sous un gouvernement minoritaire en raison d’une forte opposition.

C’est mardi soir (dans la nuit de mardi à mercredi pour nous) que nous saurons si Pauline Marois aura réussi son pari, non pas être la première femme chef de gouvernement au Québec mais, obtenir cette fameuse majorité absolue qui lui permettrait d’avoir les coudées franches et surtout donnerait une stabilité politique à la Belle Province. C’est tout l’objectif de ces dernières heures d’une campagne très rapide et intense.

Le Bayrou québécois ?

Les quatre chefs de parti lors de l'élection générale québécoise : Pauline Marois (PQ), Jean Charest, (PLQ, premier ministre sortant), François Legault (CAQ), et Françoise David (QS)

Les quatre chefs de parti lors de l’élection générale québécoise : Pauline Marois (PQ), Jean Charest, (PLQ, premier ministre sortant), François Legault (CAQ), et Françoise David (QS)

La campagne électorale bat son plein dans la Belle province avec notamment le traditionnel débat des chefs prévu ce dimanche à 20 heures (heure de Montréal), point d’orgue de la compétition et rendez-vous attendu des Québécois.

A l’heure actuelle, et si on se réfère aux sondages, le Parti Québécois semble bien parti pour remporter l’élection et revenir aux affaires après neuf ans de purgatoire. Ainsi, selon l’institut Léger, la formation de Pauline Marois recueillerait 33% d’intentions de vote contre 28% seulement pour le Parti Libéral du Québec de Jean Charest, le premier ministre sortant, juste derrière la Coalition Avenir Québec (CAQ) qui totaliserait 27% des voix.

François Legault, chef de la Coalition Avenir Québec, ancien ministre souverainiste

La victoire semble donc promise au Parti québécois qui pourrait se retrouver au pouvoir pour la troisième de son histoire, face à un PLQ qui souffre d’une certaine usure du pouvoir mais également de la concurrence de plus en plus nette de la CAQ de François Legault, ancien membre et ministre péquiste qui a fondé son propre parti avant d’englober l’Action démocratique du Québec (ADQ), considéré comme plus à droite. Le patron de la CAQ, homme d’affaires, semble d’ailleurs la sensation, la nouveauté du scrutin dans la mesure où il s’agit d’un véritable baptême du feu (c’est sa première campagne en tant que chef de parti) mais également en raison de ses positions et programme iconoclastes.

En effet, François Legault se veut comme l’homme du changement, celui qui peut et va remettre en cause le système existant, ce duopole entre le Parti québécois et le Parti libéral du Québec, en promettant le changement. Pour ce faire, le leader politique s’attaque bien évidemment au gouvernement de Jean Charest et son usure du pouvoir mais également sur Pauline Marois qu’il accuse de n’avoir que pour dessein, la souveraineté du Québec en lieu et place de l’avenir de la Belle Province et des réformes qui s’impose. Un discours qui semble faire mouche et surtout mobiliser dans la mesure où la CAQ s’installe solidement au centre du jeu politique québécois et menace clairement le Parti libéral de Jean Charest, assez clairement pour conquérir le statut d’opposition officielle (au moins). Le discours, basé sur le changement et des lendemains qui chantent, a ses adeptes et séduit celles et ceux qui ne veulent plus des libéraux au pouvoir sans pour autant souhaiter le retour des souverainistes.

Dès lors, la stratégie de François Legault me fait clairement penser à celle de François Bayrou en France notamment lors de la campagne présidentielle de 2007 où sa stratégie du « ni-ni » (ni droite, ni gauche) avait séduit plus de 18% des électeurs au premier tour de la présidentielle. Comme Bayrou, Legault veut apparaître comme un homme de vérité et agir dans l’intérêt des Québécois, ce qui passe par la mise en place d’une troisième voie, davantage à droite même si le leader caquiste s’en défend.

François Legault espère donc frapper un grand coup dans cette élection en s’affichant comme une alternative, pas forcément pour cette élection mais pour la prochaine, misant notamment sur un échec de son ancien parti, le Parti québécois (notamment concernant la question d’un nouveau référendum sur la souveraineté) dans les mois et les années à venir. Tout va dépendre du parti qui va remporter le scrutin du 4 septembre prochain mais également de la capacité de Legault de s’affirmer au sein de l’opposition surtout s’il devient chef de l’opposition officielle (ce qui est fortement probable). Reste à savoir s’il aura réellement les coudées franches et surtout faire preuve de vigilance afin d’apparaître comme une possible alternative et non pas comme une mode éphémère. A ce propos, il pourrait rapidement méditer sur le destin politique de François Bayrou en France mais également de Mario Dumont au Québec, il y a seulement cinq ans.

A suivre : le débat des chefs

PS : et pour le fun, une des vidéos de promotion électorale de la Coalition Avenir Québec avec François Legault en scène :

Une campagne estivale

Assemblée nationale du Québec (Canada)

Après plusieurs semaines de tergiversations, de rumeurs et de déclarations en tout genre, le Premier ministre et leader du PLQ (le Parti libéral du Québec), Jean Charest, a annoncé, le 1er août,  la tenue d’élections anticipées pour le 4 septembre prochain.

C’est la fin d’un vrai-faux suspense politique qui durait depuis plusieurs semaines, pour ne pas dire plusieurs mois dans la Belle Province entre affaires de corruption présumée ou avérée (notamment dans le domaine de la construction) et bras de fer entre le gouvernement et les étudiants à propos de la hausse des frais de scolarité.

Jean Charest, premier ministre sortant et chef du Parti libéral québécois

Les Québécois retournent donc aux urnes et les principaux leaders des forces politiques en présence battent le passé pour convaincre les électeurs notamment Jean Charest qui vise un quatrième mandat d’affilé à la tête de la province francophone malgré un bilan plus que mitigé et une usure du pouvoir de plus en plus évidente. Un pari quelque peu insensé dans la mesure où le chef de file des Libéraux québécois est au pouvoir depuis neuf ans et qu’il aurait pu profiter de ces nouvelles élections pour passer la main. A cela s’ajoute un contexte social très tendu sans oublier les différentes affaires de corruption – notamment dans le secteur de la construction – qui pourraient avoir raison de Jean Charest et le priver d’une réélection.

Pauline Marois, chef du Parti québécois et chef de l’opposition officielle

De fait, si le PLQ – usé par neuf ans de pouvoir quasi sans partage – est sur la sellette, ce dernier peut sérieusement croire en ses chances notamment face à une opposition souverainiste en ordre dispersé et surtout divisé. Si le Parti Québécois de Pauline Marois reste la force centrifuge et un concurrent sérieux pour prendre la tête du gouvernement provincial, d’autres mouvements ont émergé comme Option Nationale de Jean-Martin Aussant, un parti né d’une scission avec le PQ dont les membres reprochent le manque de clarté et surtout d’engagement quant à la tenue d’un nouveau référendum portant sur l’indépendance du Québec, dix-sept après celui de 1995. Qui plus est, Pauline Marois, chef du l’opposition officielle depuis 2007, a du batailler ferme pour rester à la tête d’un parti dans lequel certains – et non des moindres – réclamaient encore sa tête pour finalement la sauver in extrémis. Au coude à coude avec le PLQ, Pauline Marois qui a choisi une attaque frontale face à Jean Charest – en évoquant les affaires et la corruption – a beaucoup à perdre comme à gagner, sans compter qu’une contre-performance hypothèquerait ses chances de rester à la tête du Parti québécois tout comme une victoire lui permettrait de devenir la première femme du chef de gouvernement au Québec.

Jean-François Legault, chef de la Coalition Avenir Québec

Malgré tout, une troisième formation politique espère tirer son épingle du jeu et mettre tout le monde d’accord. C’est la Coalition Avenir Québec de François Legault, fondée en 2011 et ayant intégré par la suite l’Action démocratique du Québec. Clairement situé au centre-droit, son leader, ancien péquiste et ministre sous le gouvernement de Jacques Parizeau (notamment) cherche à incarner une troisième voie et proposer des solutions nouvelles en renvoyant libéraux et souverainistes dos à dos, notamment dans des sujets sensibles concernant la santé par exemple. Se voulant comme le champion de la classe moyenne, François Legault axe également sa campagne sur la corruption et se paye même le luxe d’enrôler dans ses rangs, Jacques Duchesneau, ancien directeur de l’Unité anti-collusion, véritable figure emblématique dans la Belle Province. De par ce coup politique, le leader de la CAQ compte bien peser et – pourquoi pas – créer la surprise le 4 septembre prochain.

Les élections québécoises se déroulent dans un contexte assez particulier où nombre de sujets et d’enjeux ne manqueront pas être mis en avant comme la place et l’avenir du Québec au sein du Canada mais également son développement économique et des choix qui ont été faits ces dernières années, en particulier par le gouvernement Charest. Si le Parti québécois semble faire figure de favori, il est encore trop tôt pour dire avec certitude qui l’emportera en septembre prochain. Tout va dépendre de la tonalité de la campagne mais aussi des stratégies qui seront menées. En déclenchant des élections le 1er aout dernier, Jean Charest compte bien couper de l’herbe sous le pied à ses deux principaux rivaux et jouer sur les incertitudes quant à l’avenir afin que les Québécois fassent, preuve, au final d’un peu plus de réalisme. Un pari somme toute risqué mais finalement loin d’être insensé dans la mesure où la victoire comme la défaite du Premier ministre sortant dépendra de la capacité du PQ et la CAQ de proposer et surtout défendre une politique alternative et ambitieuse, PQ en tête.

A suivre : le changement, c’est maintenant ?

Une loi spéciale

Jean Charest, premier ministre du Québec, durant les débats à l’Assemblée nationale relatif à la loi 78

Jean Charest a décidé de frapper fort. Très fort même.

Le premier ministre du Québec a en effet décidé de mettre en place une loi spéciale visant à permettre le déblocage des universités et Cégep (l’équivalent des lycées) touchés par le conflit relatif à l’augmentation des frais de scolarité et donc de mettre un terme à la grève qui touche la province canadienne depuis plus de trois mois.

Le dispositif, plus connu sous le nom de loi 78, a été adopté à une large majorité (68 contre 48), le Parti Libéral du Québec étant majoritaire à l’Assemblée nationale. Il prévoit entre autres un encadrement un peu plus sévère des manifestations, afin notamment de rendre plus compliqué toute mobilisation de la part des étudiants qui depuis trois semaines consécutives font des marches nocturnes dans les rues de Montréal.

Jean Charest a donc décidé de montrer les crocs et d’employer la manière forte pour briser un mouvement étudiant qui est, en dépit de nombreuses spéculations, loin de s’essouffler et surtout d’avoir dit son dernier mot, fort de ses représentants et des fédérations étudiantes et lycéennes qui demeurent unies mais également des étudiants eux-mêmes qui restent massivement opposés à toute hausse des frais de scolarité, même compensée par une hausse du nombre de prêts et de bourses comme cela fut un temps envisagé.

En agissant de la sorte, le Premier ministre québécois espère mettre fin à un conflit qui le dessert d’une certaine manière dans la mesure où il demeure dans l’impasse et que cela lui a coûté la démission de Line Beauchamp, le ministre de l’Education. Qui plus est, il y voit là un calcul politique dans la perspective des prochaines élections provinciales, histoire de montrer qu’en dépit de l’usure du pouvoir – Jean Charest dirige le Québec depuis mars 2003 – l’homme a encore de la ressource et surtout de l’autorité, ce qui ne peut que plaire à une partie importante de son électorat. Enfin, c’est également un moyen de faire diversion par rapport à certaines affaires de corruption – notamment dans le secteur de la construction et le financement du PLQ – qui touchent le Premier ministre québécois, de près comme de loin. Une diversion qui se voit notamment en montant les étudiants les uns contre les autres, entre les « rouges » qui optent pour le blocage des établissements secondaires et universitaires et les « verts » qui souhaitent reprendre les cours pour s’assurer de leur réussite aux examens, comme cela fut le cas il y a quelques années en France, lors des manifestations relatives au CPE, le contrat première embauche.

Un manifestant dans les rues de Montréal brandissant une pancarte sur lequel est écrit : « Démocratie à vendre », peu de temps après l’adoption de la loi 78 par l’Assemblée nationale du Québec

Toutefois, il est fort à parier que cette loi spéciale ne changera pas tellement la donne. D’une part parce que la détermination des syndicats est telle que ces derniers n’ont au bout du compte, plus rien à perdre, comme le montrent les péripéties antérieures. Et quand bien même la loi 78 aura raison du combat des étudiants contre l’augmentation des frais de scolarité, il n’en demeure pas moins qu’un ressort a été brisé par le gouvernement libéral et que l’attitude du Premier ministre et leader libéral laissera des traces et des souvenirs que les étudiants n’oublieront pas de sitôt.

De fait, Jean Charest, en jouant délibérément la carte du pourrissement et de la fermeté a, certes soudé son camp et flatté ses électeurs, mais a dans le même temps manqué une véritable occasion de sortir de ce conflit la tête haute. Car derrière la polémique engendrée par une hausse substantielle des frais de scolarité, se cache une vision de la société vue par la jeunesse québécoise qui exprime ses espoirs mais aussi ses craintes. C’est d’ailleurs dans le même esprit qu’en 2006, des millions de jeunes étudiants et lycéens s’étaient largement et fortement mobilisés contre le CPE en France, afin de protester contre un contrat dans lequel ils ne voyaient que précarité et difficultés supplémentaires à intégrer le monde du travail. Un cri du cœur qui ne fut compris que bien tard et qui a causé la chute du Premier ministre de l’époque, Dominique de Villepin, sur ce dossier.

Et il en sera de même pour Jean Charest s’il ne prend pas suffisamment conscience des inquiétudes et des aspirations de la jeunesse québécoise qui ne cesse de montrer toute sa détermination. De fait, l’attitude du Premier ministre qui tente d’imposer son projet par tous les moyens cache assez mal une usure du pouvoir qui rogne son gouvernement et qui pourrait très rapidement se retourner contre lui, pourvu que le Parti Québécois – le premier parti d’opposition – saisisse la balle au bond, tout en étant conscient qu’une simple dénonciation de Jean Charest ne suffira pas pour s’assurer un éventuel retour aux affaires.

Un printemps québécois ?

Manifestation d'étudiants de l'UdM (Université de Montréal) contre la hausse des frais d'inscription en octobre 2011

Et si le printemps était arrivé au Québec ?

Bien évidemment, la saison est belle et bien là si on réfère au calendrier mais au vue de l’actualité politique, il semble bien que la province francophone du Canada soit en pleine ébullition.

Ce samedi, près de 30 000 personnes ont défilé dans les rues de Montréal pour porter une large palette de revendications allant de la dénonciation de l’augmentation des frais de scolarité à la privatisation des services publics en passant par les affaires de corruption. Une manifestation qui intervient alors que les étudiants de la Belle province entament leur neuvième semaine de grève et qu’ils n’entendent pas céder face au gouvernement de Jean Charest, en dépit de quelques signes d’essoufflement et de désaccord entre les principaux syndicats.

La mobilisation et la détermination des étudiants sont telles que certains commencent à parler d’un printemps québécois. Un printemps qui n’est pas comparable aux printemps arabes de 2011 mais qui a un impact tout aussi important sur la société québécoise, la grève des étudiants en lutte contre l’augmentation des frais de scolarité étant le moteur mais pas seulement.

En effet, depuis plusieurs semaines, pour ne pas dire des mois, la vie de la Belle province est dominée par des affaires et des polémiques en tout genre touchant parfois le cœur du pouvoir. Ainsi, les multiples affaires de corruption (avérées ou suspectes) qui touche le milieu de la construction immobilière, certains accusant le gouvernement libéral d’avoir fermé les yeux sur certaines pratiques ainsi que de fort soupçons sur un financement occulte du Parti libéral du Québec (PLQ), le parti au pouvoir. Le malaise est tel que Jean Charest fut contraint d’autoriser la constitution d’une commission d’enquête afin de faire la lumière.

Autre élément, évoqué plus haut, la grève des étudiants des Cégep (l’équivalent des collèges et lycées en France) et des universités qui protestent vigoureusement contre une hausse substantielle des frais d’inscriptions. Un conflit qui met à mal le Premier ministre et les ministres concernés – comme la vice-premier et ministre de l’Education Line Beauchamp, dont la démission est clairement exigée – et qui fait penser au conflit relatif au Contrat première embauche en France. Proposé en 2006 par Dominique de Villepin, Premier ministre de Jacques Chirac, le texte destiné à donner des réponses concrètes contre le chômage des jeunes, fut finalement retiré sous la pression des étudiants qui furent également en grève, affaiblissant de fait le chef du gouvernement.

Jean Charest, premier ministre du Canada depuis 2003

S’il me semble prématuré de parler d’un printemps québécois, le contexte actuel semble pourtant s’y prêter. En effet, il faut rappeler que Jean Charest subit une certaine usure du pouvoir, lui qui dirige le Québec depuis avril 2003 et qui est à la tête d’un gouvernement majoritaire depuis décembre 2008. Qui plus est, les relations entre Québec et le ROC (Rest of Canada) semblent se compliquer notamment depuis que Stephen Harper, le premier ministre conservateur du Canada, est à la tête gouvernement fédéral majoritaire, une majorité qui semble peu disposée à faire quelconque concession ou geste à l’égard du Québec.

Ce qui explique sans doute pourquoi Jean Charest n’est pas pressé d’organiser les élections provinciales (qui doivent se tenir au plus tard en décembre 2013 malgré de récentes rumeurs), lui qui aurait pu les provoquer afin de prendre l’opposition officielle – à savoir les souverainistes du Parti québécois – de court en usant de la même stratégie que Stephen Harper en 2011 (sur le plan fédéral). Le Premier ministre et leader du PLQ craint sans doute d’être lourdement sanctionné sans compter que le PQ de Pauline Marois semble reprendre des couleuvres après avoir connu de fortes turbulences. Quant à la Coalition Avenir Québec de François Legault, elle peine à exister après avoir suscité à un vif intérêt lors de sa création, il y a quelques mois.

Manifestation du 14 avril à Montréal (photo : Le Devoir)

Toujours est-il que Jean Charest, en jouant la stratégie du pourrissement dans la question étudiante (et pas seulement) risque bel et bien de connaître ce printemps québécois notamment dans les urnes, surtout s’il est disposé à ne rien faire de concret pour stopper un mouvement qui semble déterminé à en découdre.

L’échappée belle ?

Pauline Marois, chef du Parti Québécois (PQ) applaudie par les militants lors du conseil national de son mouvement, le 29 janvier dernier

Pauline Marois peut avoir le sourire ! Non seulement, Gilles Duceppe ne sera finalement pas son successeur à la tête du Parti québécois mais en plus le conseil national du Parti Québécois s’est plutôt bien déroulé.

Rien à avoir avec les semaines voire jours précédents où la tête de l’actuelle chef de file du parti souverainiste semblait être mise à prix et réclamée par certains. Contestée, fortement mise en cause, l’avenir du leader péquiste semblait de plus en plus compromis, du moins était de moins en moins radieux. En effet, les jeux semblaient être faits, le nom de Gilles Duceppe – l’ancien chef du Bloc Québécois – étant plus en plus cité avec insistance pour la succéder. C’était même une question de temps avant que Pauline Marois soit débarquée après cinq ans de bons et loyaux services. Tout était prêt même si l’ancien chef de file des souverainistes québécois au sein de la Chambre des communes canadienne ne l’avait pas explicitement indiqué.

Mais c’était sans compter sur les soucis de ce même Duceppe, accusé de détournement de fonds publics par La Presse, un journal à tendance fédéraliste. Durant plusieurs années, il aurait rémunéré le directeur général et une conseillère du Bloc via l’utilisation des fonds publics accordés à son parti dans le cadre de ses activités parlementaires. L’ancien député fédéral plaide sa bonne foi mais le mal est fait, et cette affaire a ruiné toute possibilité d’un retour actif sur la vie politique à terme.

Gilles Duceppe, ancien chef du Bloc Québécois

La mise hors-service de Gilles Duceppe est un sacré coup du sort pour l’intéressé mais une sacrée aubaine pour une Pauline Marois qui peut désormais tenter de réaffirmer son autorité sur un parti quelque peu déboussolé par de récentes défections mais aussi par la concurrence d’autres mouvements souverainistes, certes encore marginaux, mais qui existent bel et bien, remettant en cause la légitimité même du PQ comme force centrifuge devant mener la province du Québec à l’indépendance.

De fait, les prochaines semaines seront importantes aussi pour le Parti québécois mais aussi et surtout pour Pauline Marois qui se sait en sursis, elle qui semblait pas très loin de la sortie, selon nombre d’analystes politiques. Si on en croit la chef de l’opposition officielle, le PQ est prêt à en découdre avec le gouvernement de Jean Charest mais également avec la Coalition Avenir Québec de François Legault qui continue à faire la course en tête, même s’il connait un redressement dans de récents sondages.

Pauline Marois l’a donc échappé belle d’une certaine manière. Mais cela suffira-t-il pour remettre le PQ en selle et préparer véritablement ce dernier pour les prochaines élections provinciales ? Difficile à dire quand les récentes turbulences qui ont secoué le mouvement souverainiste aussi bien à Ottawa qu’à Québec ont eu un impact majeur et continuent à en avoir toujours même si dans le même temps 43% des Québécois soutiennent encore l’option souverainiste selon l’enquête réalisée par Le Devoir. De fait, tout va dépendre de la capacité de proposer un projet viable et de réenchanter  ce fameux rêve de souveraineté. Encore faut-il une personnalité qui soit capable de susciter de l’enthousiasme, qui soit l’incarnation vivante du rêve. Or, et c’est un peu un drame en politique, on peut être quelqu’un de compétent et de sérieux et être un décevant chef de parti, ce qui peut causer souci surtout dans le cadre du système politique canadien et québécois, à mon sens ! En clair, Pauline Marois devra faire (à nouveau) preuve d’autorité pour donner une certaine crédibilité au Parti québécois et espérer l’emporter.

Le blues des souverainistes (suite)

Note au lecteur :

Nouvelle vague de mes articles consacrés à la vie politique canadienne aussi bien sur le plan fédéral que québécois. L’occasion dans les semaines qui vont suivre de donner mon sentiment sur cette vie politique outre-Atlantique qui ne cesse d’être dynamique et très intéressante en espérant qu’elle vous donne envie de vous informer sur ce qui se passe chez nos cousins d’Amérique. Ces articles s’inscrivent également dans un projet personnel puisque j’envisage de me rendre au Canada à l’automne prochain. Bonne lecture !

Gilles

La chambre des communes du Canada, à Ottawa (la capitale fédérale)

De l’autre côté de l’Atlantique, la vie politique canadienne suit son cours, une vie politique dominée par le Parti conservateur de l’actuel Premier ministre Stephen Harper mais également par le coup de blues des souverainistes sur la scène québécoise.

Et rien ne va plus pour le Parti québécois (PQ) et sa chef de file, Pauline Marois, qui ne compte plus les défections et autres démissions sans oublier les ralliements, notamment celui d’un jeune député qui a rejoint les rangs de la CAQ (Coalition Avenir Québec) mise sur pied par François Legault, lui-même ancien membre du PQ et grand partisan de l’indépendance du Québec avant de finalement mettre de l’eau dans son vin. Un départ largement commenté et qui est révélateur du désarroi dans lequel se trouvent les souverainistes québécois à tel point que l’un d’entre eux, Bernard Drainville, s’est publiquement inquiété de la situation de son mouvement en prophétisant la mort du PQ, ce qui tranchait avec les discours optimistes et enjoués de Pauline Marois, dont on se demande parfois si elle a encore une certaine lucidité.

Les souverainistes ne semblent pas toujours avoir digéré la débâcle du 2 mai dernier, date à laquelle le Bloc Québécois (le pendant du PQ sur la scène fédérale canadienne) a été littéralement balayé lors des élections. Pire, le mouvement souverainiste semble désormais à la dérive, miné par ses divisions, certains reprochant au PQ de ne pas s’engager franchement sur la question de l’indépendance, voire à y renoncer totalement.

Pauline Marois, actuel leader du Parti Québécois

Ce qui explique la situation actuelle et peu enviable dans laquelle se trouve le Parti Québécois, un mouvement qui fut durant de nombreuses années (c’est-à-dire dès sa fondation en 1968 par René Lesveque), le moteur, la figure de proue du combat pour l’indépendance de la Belle Province. Cela n’est plus le cas aujourd’hui, le PQ devant compter avec d’autres mouvements – tels que Québec Solidaire, le Parti indépendantiste ou bien encore Option nationale – qui se réclament également de la souveraineté, et qui sont fondés par d’anciens membres qui jugent leur ancien parti bien trop timide quant à la stratégie à adopter, voire le soupçonnent d’avoir implicitement renoncé à ce but ultime. A cela s’ajoute un mouvement de lassitude chez certains Québécois, sentiment accentué par la crise économique actuelle comme me l’a confirmé Jack, un ami de d’une amie française vivant à Montréal et que j’ai rencontré en décembre dernier à Paris. A cela s’ajoutent d’autres phénomènes tel la mondialisation qui touche directement la Belle Province notamment sur un plan interne avec l’arrivée d’une nouvelle immigration au Canada issue principalement d’Asie et du Moyen-Orient et qui pèse sur le poids et la place du Français au sein de la Confédération, et place le Québec dans une situation bien différente de celle qu’elle a connu, il y a encore quinze ans.

Aussi, le mouvement souverainiste semble bel et bien à la peine et fait un peu de peine à voir sans compter qu’il ne profite absolument pas de l’usure du pouvoir du gouvernement provincial de Jean Charest au Québec – un gouvernement libéral miné par les scandales et autres soupçons de corruption – et du coup de mou des néo-démocrates au plan fédéral, le parti de feu Jack Layton subissant une chute vertigineuse dans les sondages moins d’un an après leur percée historique aux élections fédérales.

Dès lors, reste à savoir si le mouvement souverainiste, Parti Québécois en tête, saura réagir et surtout s’unir pour éviter la bérézina annoncée. En effet, les analystes politiques semblent pronostiquer, en cas d’élections provinciales anticipées, une large victoire de la CAQ de François Legault au détriment du Parti Libéral du Québec de Jean Charest mais aussi du PQ, ce qui pourrait coûter la tête d’une Pauline Marois qui se sait en sursis. Qui plus est, il est plus facile d’être une ministre compétente et capable d’être un Premier ministre que de diriger un parti et le mener à la victoire, c’est d’ailleurs tout le problème de la chef de file souverainiste actuellement. De fait, l’avenir du mouvement souverainiste au Québec est aux mains des souverainistes eux-mêmes qui doivent mettre leurs querelles de côté tout en redéfinissant leurs priorités et une stratégie pour attendre leur objectif, ce qui suppose un chef incontesté et incontestable, mais aussi compter sur les excès de confiance et d’arrogance d’un Stephen Harper qui semble toujours accorder bien peu de considération aux Francophones depuis sa réélection. Vaste programme !

A suivre : le blues des néo-démocrates

Le courage de Layton et la sensation Legault

Je ne pouvais pas conclure 2011 sans vous parler de la vie politique canadienne et québécoise, une vie politique que je découvre de plus en plus et qui me passionne en raison de sa compréhension et de sa vitalité mais aussi de son dynamisme.

Une vie politique qui fut marquée par des élections anticipées provoquée par la chute du gouvernement conservateur de Stephen Harper et qui ont la victoire nette et sans bavure de ce dernier, le 2 mai dernier, provoquant la déroute des libéraux mais aussi et surtout celle des souverainistes québécois qui ont toujours du mal à se remettre de leur défaite encore aujourd’hui.

Jack Layton (1950 – 2011), chef du Nouveau Parti démocratique (NPD) durant son discours le 2 mai dernier au soir des résultats des élections canadiennes anticipées

Mais l’élection anticipée du 2 mai dernier a surtout été marquée par la belle performance de Jack Layton, le leader du Nouveau Parti démocratique (NPD, l’équivalent du Parti socialiste chez nous) qui avec 102 sièges à la Chambre des communes est devenu le premier parti d’opposition, une position qu’il doit largement au Québec, plus de la moitié des élus néo-démocrates étant issus de la Belle province.

Le succès de Jack Layton fut largement commenté dans la mesure où il fut inattendu. Tout comme l’annonce par ce même Jack Layton d’un nouveau cancer en juillet dernier, le contraignant à s’éloigner de la vie politique pour se soigner, espérant revenir au plus vite. Malheureusement, le destin a en décidé autrement, le leader néo-démocrate étant finalement décédé le mois suivant, provoquant une vague d’émotion dans l’ensemble de la classe politique et de la société canadienne, peu importe les opinions politiques des uns et des autres. D’ailleurs, ce n’est pas pour rien que Jack Layton fut élu homme de l’année dans un sondage paru en début de mois. Reste à savoir comment le NPD va pouvoir survivre à son chef disparu, la course à la chefferie étant lancée depuis un bail, une course dont je vois Thomas Mulcair, numéro deux de Jack Layton, largement l’emporter.

Une année politique marquée également par un phénomène – ou plutôt une sensation – celle de François Legault, qui vient de créer un nouveau parti québécois, Coalition Avenir Québec. Un parti de droite – ce qui fait tâche d’huile dans une province majoritairement à gauche et portant haut des valeurs progressistes – qui ne cesse de percer dans les enquêtes d’opinion et dont son chef – un ancien membre du Parti québécois (PQ), parti qui milite en faveur de l’indépendance du Québec – pourrait bien devenir le futur Premier ministre de la province francophone. Legault semble bénéficier d’une bonne image dans l’opinion québécoise et surtout affiche une certaine « nouveauté » en proposant une sorte de troisième voie après bientôt neuf ans de gouvernement libéral et face à une opposition souverainiste qui peine à calmer ses contradictions et ses propres divisions internes notamment au sein du PQ où l’autorité de Pauline Marois est clairement contestée. Reste à savoir si Legault, qui n’a au fond rien proposé de concret et reste encore assez flou sur ses intentions, saura véritablement répondre présent et faire la différence le moment venu.

François Legault, lors de la présentation de son nouveau parti, Coaliton Avenir Québec (CAQ), le 14 novembre dernier

Alors voilà ! Une vie politique canadienne et québécoise largement mouvementée et dynamique dont je vous souhaite vous faire découvrir et partager et ce, dès l’année prochaine sur ce blog dans la perspective des élections québécoises qui devraient se tenir selon toute vraisemblance en automne prochain. Une élection que j’espère bien suivre non pas seulement de mon ordinateur à Paris mais bel et bien sur place. En effet, j’envisage de me rendre pour la première dans la Belle province mais aussi dans le Rest of Canada (en clair, le Canada anglophone), histoire de découvrir ce pays aux multiples opportunités.

Et j’en profite pour saluer tous mes amis canadiens anglophones comme francophones ainsi que celles et ceux qui ont accepté de me faire part de leur opinion sur leur pays à travers les entretiens que j’ai réalisé pour mon carnet d’été en remerciant notamment Emilie, Evrim, Claude Dupras, Marilène Pilon et en faisant un coucou à Eren (mon camarade du Collège d’Europe), Jonathan, et Sarah (dont j’espère revoir très bientôt)