Les mécomptes du Grenelle

Nicolas Sarkozy et Jean-Louis Borloo, ministre d'Etat, en charge de l'Environnement et du Developpement durable.

Il y a trois ans, les candidats à la présidentielle s’étaient engagés à accorder une place significative à la question de l’environnement et du développement durable dans leur programme et dans leur politique. Ainsi, Ségolène Royal, François Bayrou, Dominique Voynet et Nicolas Sarkozy s’étaient engagés à respecter le pacte écologique de Nicolas Hulot et de mener une véritable politique de l’environnement.

Trois ans après, il va sans dire que l’enthousiasme suscité par le Grenelle I de 2007 s’est vite dissipé ! En effet, si le Grenelle I devait mettre sur pied une véritable « révolution écologique » selon les mots mêmes du président de la République, on n’en est resté qu’au stade des grandes déclarations et des intentions. Pour preuve, la loi Grenelle II, actuellement en discussion à l’Assemblée nationale, qui a été plus ou moins vidée de sa substance au grand dam des écologistes. Et ce ne sont pas les propos façon « méthode Coué » du ministre Jean-Louis Borloo qui changeront la donne !

Car en effet, toutes les grandes ambitions affichées en octobre 2007 lors du premier Grenelle de l’environnement ont été revu à la baisse. Ainsi, en ce qui concerne le développement du parc éolien par exemple, dont les conditions ont été durcies à la demande de certains députés de la majorité, sans oublier la fameuse taxe carbone, purement et simplement enterrée après la censure du Conseil constitutionnel, le 30 décembre 2009.

De fait, Nicolas Sarkozy qui voulait s’afficher comme le premier des écologistes, a tout simplement mis de l’eau dans son vin, sans doute douché par la défaite de son camp aux régionales de mars dernier. Par conséquent, et histoire de calmer les caciques de son parti, on trappe progressivement à la trappe les mesures phares du Grenelle de l’environnement, l’UMP et le gouvernement Fillon se contentant de faire le service minimum.

Ce manque d’ambition et de volonté politique montre une fois de plus l’écart existant entre le discours et les actes. Car si Nicolas Sarkozy est un bon parleur, il n’en demeure pas moins que les résultats sont plus que mitigés (et encore, je suis sympa !). Il en de même pour la politique environnementale où le président de la République a finalement rangé ses convictions aux vestiaires et finalement céder aux caciques et autres alliés de son mouvement. Une telle attitude qui ne fera que renforcer les écologistes, à moins que cela soit plus ou moins préméditée de la part de l’Elysée, afin de semer la zizanie à gauche !

C’est tendance ces temps-ci !

Jean-Louis Borloo, ministre d'Etat chargé de l'Ecologie et du développement durable en compagnie de Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d'Etat et des membres du Grenelle de l'Environnement, le 25 juin dernier (www.20minutes.fr)

Qui ne connaît pas le fameux Grenelle de l’Environnement ? Si vous me dites que non, je dirai que vous êtes de mauvaise foi ! Bon, rassurez-vous, je vous titille. Toujours est-il que la question de l’environnement et du développement durable prend de plus en plus d’ampleur ces temps-ci et on ne peut que s’en réjouir.

Et dire que c’est parti, un homme : Nicolas. Non, il ne s’agit pas de Sarkozy qui n’a fait que suivre la tendance (comme les autres ex-candidats à la présidentielle d’ailleurs) mais de Nicolas Hulot, un des présentateurs vedette de TF1. Depuis son coup de poing sur la table, la question de l’énergie et du développement durable est partout : télé, ouvrages, films… et déclinée à toutes les sauces !

Comme je vous l’ai dit, on ne peut que se réjouir que la question de l’énergie soit enfin prise en considération. Aussi, j’en attends beaucoup de ce fameux Grenelle de l’environnement. Cette rencontre entre responsables agricoles, spécialistes et experts, gouvernement et citoyens ne doit en effet, ne pas s’inscrire comme une tendance, sorte d’énième plan de communication !

D’ailleurs, il semble bien que l’écologie soit devenue un énorme plan de communication pour être toujours aussi proche des gens. En effet, je vois mal comment on pourrait être en faveur du réchauffement de la planète ou nier la réalité de celle-ci (à moins de s’appeler Claude Allègre !) et, au contraire, jurer la main sur le cœur, de se préoccuper de l’avenir de nos enfants. Toutefois, il ne s’agit pas seulement de constater que « la maison brûle » – comme l’avait déclaré Jacques Chirac au sommet de la Terre de Johannesburg en 2002 – mais d’agir et ce, de façon intelligente !

Et c’est là que le bas blesse car si certaines propositions soumises au futur Grenelle de l’Environnement semblent quelques peu intéressantes – par exemple : réduire la vitesse de 10 km/h hors agglomération, favoriser l’énergie solaire… – certaines questions qui fâchent ne semblent toujours tranchées et Dieu sait que ce n’est pas demain. A ce titre, je pense au nucléaire civil, si cher au président de la République. Ferons-nous du nucléaire, l’énergie du XXI° siècle en dépit des inconvénients et des risques de cela implique ou bien suivrons-nous les Allemands qui développent de plus en plus les énergies renouvelables et propres ? Et surtout, Nicolas Sarkozy, dans ses choix – car pour ceux qui aurait oublié, un Grenelle de l’Environnement aura bien lieu mais c’est Sarkozy qui tranche comme d’habitude ! – privilégiera-t-il l’avenir de la planète ou encore les intérêts économiques de notre pays ?

Car il ne faudrait pas oublier que si le Grenelle de l’Environnement doit marquer un tournant (du moins, je l’espère), les affaires doivent continuer notamment pour nos champions nationaux tel qu’Aréva par exemple. Le président de la République voulant à tout prix privatiser le numéro un mondial du nucléaire, il aurait tout intérêt à privilégier la voie du nucléaire et ce, en connaissance de causes.

Ainsi va la question énergétique : tendance et remplie de bonnes intentions. Dès lors, je pense aux Verts qui sont les grands perdants de ce futur Grenelle puisqu’il a fallu qu’un présentateur TV tape du poing sur la table et fasse signer à certains un Pacte écologique pour qu’on se préoccupe soudainement de l’avenir de la planète. Certains diront que c’est tout aussi bien et que l’essentiel, c’est qu’on agisse enfin. Sans doute mais attendons voir car il ne s’agit pas de communiquer sur le fait qu’on agit mais de le faire réellement. Qui plus est, la question environnementale ne doit pas s’arrêter avec ce fameux Grenelle mais doit être traitée au-delà ! Dès lors, « la révolution écologique » que préconisait Dominique Voynet lors de la présidentielle ne doit pas être réduite en un plan de communication et tomber aux oubliettes. L’écologie, c’est un combat de tous les jours et pas seulement un sujet tendance !

Nicolas renonce

Nicolas n’entrera pas en course. Non, il ne s’agit – malheureusement pas – de Nicolas Sarkozy qui lui n’a aucune envie de se retirer tellement qu’il est obnubilé par la magistrature suprême. Je parle bien évidemment de l’autre Nicolas :

Nicolas Hulot, lors de sa conférence de presse à Paris, le 22 janvier 2007.

Nicolas Hulot, le producteur et animateur de TF1, ne rentrera pas dans la course, ce dernier estimant qu’il a rempli en partie sa mission de sensibilisation à la classe politique sur les problèmes environnementaux majeurs que connaît notre planète.

L’apport de Nicolas Hulot aurait quelque peu dynamité le débat présidentiel en plaçant la question environnementale en enjeu majeur. Toutefois, l’animateur de l’émission « Ushaïa Nature » aurait rencontré des difficultés ainsi que de nombreuses contradictions. En effet, le projet présidentiel qu’il aurait défendu n’aurait pu en aucune façon être exclusivement centré sur son fameux pacte écologique. Aussi, une candidature Hulot aurait plus lassé l’électorat que le mobiliser réellement tout au long de la campagne. Qui plus est, l’animateur de TF1 aurait été confronté au difficile choix du second tour et dans la mesure où son pacte écologique a rassemblé des personnalités politiques classés aussi bien à droite qu’à gauche, son choix n’aurait pas manqué d’être interprété.

A qui profite la non-candidature de Nicolas Hulot ? Ben à tous les candidats finalement et tout particulièrement aux Verts, sans doute victimes d’un manque de lisibilité. En faisant ma revue de presse ce matin, il est fait état dans Le Monde.fr du « soulagement » de Nicolas Sarkozy et de Ségolène Royal. Notons d’ores et déjà que la renonciation d’Hulot vaut engagement pour les prétendants à la magistrature suprême de prendre résolument en compte la question environnementale tant qu’il y va de notre avenir. A ce titre, la prise de conscience semble être collective. Toutefois, cela n’empêche pas d’aller au-delà de cette simple prise de conscience. A ce titre – pardonnez-moi si je redeviens polémique – il me semble que la Gauche et tout particulièrement Ségolène Royal est la mieux à même à mener de front cette question du développement durable. En effet, lorsque Nathalie Kosciusko-Morizet, députée de l’Essonne et spécialiste de l’écologie au sein de l’UMP, déclare que le président de l’UMP est « en avance sur le PS en ce qui concerne l’écologie » cela me laisse sceptique. Pour preuve, je tiens à vous préciser que la question de l’aménagement du territoire fait partie du développement durable et que le ministre Sarkozy est non seulement en charge de l’Intérieur mais aussi de l’Aménagement du territoire. Inutile de vous dire qu’il s’est beaucoup plus occupé d’Intérieur que d’Aménagement…

Un animateur en quête de stratégie… présidentielle ?

Cela faisait plusieurs semaines que je souhaitais écrire un article sur l’engagement de Nicolas Hulot. Après plusieurs reports, c’est désormais possible. Voilà et bonne lecture

Gilles

PS : comme toujours vos commentaires sont les bienvenus. Je vais toutefois, rappeler une règle d’usage : mon blog est fait pour débattre et non pour attaquer de manière vile et inutile tel ou tel personne ou la façon dont je travaille et administre ce site. Si certains d’entre vous abusent de ce qu’on appelle la liberté d’expression, refusant ainsi de débattre sur le thème évoqué, ou prennent des libertés en insultant tel ou tel groupe ou personne, je me réserve le droit de supprimer son commentaire. (Vous aurez l’occasion d’en savoir plus, quant aux motivations d’une telle décision, ultérieurement, sans doute vendredi prochain)

Bonne lecture, mais dans le respect des règles vis-à-vis du travail d’autrui.

G.

Ira ? Ira pas ? C’est toute la question qui tourmente, depuis quelques semaines, l’animateur-producteur de télévision, Nicolas Hulot. A ce titre, j’ai suivi avec intérêt Dimanche +, ce week-end dernier où le présentateur de l’émission Ushuaia Nature était l’invité de Laurence Ferrari.

L'animateur et producteur de télévision, Nicolas Hulot

Cela fait plusieurs mois que Nicolas Hulot émerge sur la scène politique et il en profite pour évoquer un sujet qui nous concerne tous : l’avenir écologique de notre planète. Ses idées ont le mérite d’être étudiées et prises en considération et je ne peux que le féliciter d’évoquer un tel sujet. Seulement, reste à s’interroger : entrera-t-il dans la prochaine course à l’Elysée ?

Personnellement, je trouverais cela quelque peu bizarre tant qu’il y aurait un mélange des genres. De fait, la pratique veut que faire de la politique ne s’improvise pas et qu’il s’agit – qu’on le veuille ou non – être un minimum professionnel. L’idée qu’il puisse se présenter à l’Elysée paraît louable et séduisante, seulement, Nicolas Hulot, si tel était le cas, ne pourra pas s’appuyer sur son seul « Pacte écologique ».

Néanmoins, la présence de Nicolas Hulot est synonyme de défi pour les autres candidats à l’Elysée. Elle démontre tout d’abord que la question écologique ne peut plus être occultée comme cela fut le cas durant longtemps et que désormais, elle doit être véritablement prise au sérieux. Depuis 1974 – date à laquelle René Dumont fut le premier candidate écologiste à la présidentielle – on ne cesse de tirer la sonnette d’alarme sur nos conditions de vie et nos méthodes de consommation des ressources. A mon sens, l’un des soucis de mon parti – le PS – fut d’avoir « sous-traité » la question de l’écologie aux Verts alors qu’il aurait fallu développer notre propre pensée sur ce sujet. De l’autre côté, les Verts n’ont pas su devenir la force politique qu’ils espéraient pour pouvoir peser sur la scène politique à l’inverse de leurs collègues allemands par exemple.

La candidature réelle ou fictive de Nicolas Hulot montre d’une certaine manière, un certain échec des politiques dans la question de l’écologie. Nous n’en avons pas fait assez sans doute. Sans doute ? Sûrement ! Preuve en est, le rôle et la place accordée à l’environnement au sein d’un gouvernement qu’il soit de droite comme de gauche. La question de l’écologie est avant toute chose une question de moyens et force est de constater que ceux-ci demeurent encore bien peu suffisants. C’est également un manque d’ambition. C’est bien beau que Nelly Olin – actuelle ministre de l’Environnement et du Développement Durable – applique les directives européennes à propos de la chasse et se batte avec les éleveurs du Béarn au sujet de l’introduction de l’ours dans les Pyrénées, il demeure que les actions menées sont à l’image du ministère : peu « constructives ».

Aussi, lorsque Nicolas Hulot a proposé la création d’un poste de vice-premier ministre en charge de l’Ecologie, tout le monde à bondi, pensant que cela était incompatible avec l’esprit de nos institutions,  etc. Même si je reste réservé sur la création d’un tel poste, je pense pour autant qu’il ne faut totalement exclure une telle proposition bien que je considère que le renforcement du ministère de l’environnement en terme de moyens et de missions me soit la solution la mieux appropriée.

La présence de Nicolas Hulot pose enfin un dernier point : la place des Verts dans le paysage politique. Les Verts n’ont malheureusement pas un poids politique suffisamment important pour pouvoir peser dans la bataille. Qui plus est, c’est une question de culture sociopolitique : longtemps, on a fait l’éloge d’une société d’abondance et de consommation. Aujourd’hui, on commence à ressentir les effets contraires d’une telle politique. Les Verts auraient pu relayer ce constat mais leur poids reste un handicap majeur. Si Nicolas Hulot s’invite dans le débat politique, c’est sans doute parce que les Verts n’ont pas réussi à donner satisfaction.

Aussi, l’initiative de Nicolas Hulot est loin d’être vaine et charge aux politiques de prendre la mesure de ce véritable enjeu qu’est l’écologie et l’avenir de notre planète. Bien évidemment, cette question est loin d’être nouvelle. Toutefois, elle doit avoir sa place dans le débat présidentiel et législatif tout comme d’autres termes majeurs. Un nouveau défi attend de fait, la classe politique. Alors Nicolas Hulot : ira ou ira pas ? Tout dépend d’eux !