Le changement se confirme en Seine-Saint-Denis

Carte des législatives en Seine-Saint-Denis au lendemain du second tour avec en rose, les circonscriptions PS, en violet, les circonscriptions du Front de gauche et en bleu, celle du Nouveau-Centre/UMP

Le résultat des élections législatives a également conforté, pour ne pas dire renforcé, le poids du Parti socialiste dans mon département de naissance et de résidence, la Seine-Saint-Denis

Avec désormais neuf députés sur douze (et malgré la suppression d’une circonscription, décidée par l’ancien secrétaire d’Etat Alain Marleix, sans oublier les redécoupages plus ou moins contestables), le Parti socialiste a réalisé des résultats inédits dans l’histoire politique de ce département.

En effet, le PS a nettement progressé en dépit de la nouvelle carte électorale, au point de conquérir la quasi-totalité des circonscriptions détenues par la majorité sortante. Ainsi, les 8ème, 12ème et surtout 10ème circonscriptions basculent à gauche, une première depuis longtemps. Un salut et à un bravo tout particulier à Elisabeth Pochon et à Pascal Popelin qui ont réussi l’exploit de battre respectivement Patrice Calméjane et Eric Raout, tous deux députés sortants et membres de la Droite populaire, la branche conservatrice de l’UMP, à force de ténacité mais aussi et surtout de présence active sur le terrain. La gauche socialiste progresse également dans des circonscriptions et villes historiquement communistes tel Saint-Denis où Mathieu Hanotin a été élu député face à Patrick Braouzec, Montreuil où Razzye Hamadi conquiert son siège de député au détriment de Jean-Pierre Brard et ma camarade et amie Elisabeth Guigou qui a brillement conquis la sixième circonscription (celle d’Aubervilliers-Pantin)

Cette progression de la gauche socialiste ne s’explique pas uniquement en raison du score exceptionnel qu’a réalisé François Hollande lors de l’élection présidentielle, faisant de la Seine-Saint-Denis, le second département ayant voté massivement pour l’actuel président de la République. Cette progression est aussi le résultat de la politique au niveau local depuis 2008 par le Conseil général mené par Claude Bartolone, donnant ainsi un nouveau souffle, une nouvelle image mais également une nouvelle ambition pour ce jeune département après plus de quarante ans de présidence communiste.

Dès lors, avec neuf députés, la Seine-Saint-Denis se donne des moyens supplémentaires pour peser au sein de la nouvelle majorité présidentielle et parlementaire, notamment en étant à l’initiatrice de projets ou bien encore de politiques. Et parmi les nouveaux élus de la République que sont Mathieu Hanotin, Elisabeth Pochon, Pascal Popelin et Razzye Hamadi, des personnes qui connaissent parfaitement notre département et les attentes de nos concitoyens.

Claude Bartolone, député de la neuvième circonscription félicitant, Elisabeth Pochon, Mathieu Hanotin et Pascal Popelin désormais députés, le 17 juin dernier

Alors, c’est avec joie que je félicite nos quatre nouveaux députés ainsi que les cinq confirmés dont Elisabeth Guigou mais aussi et surtout Claude Bartolone et Daniel Goldberg, désormais député de la dixième circonscription, une circonscription qu’il a largement conquise au détriment de Gérard Gaudron qui tentait en vain de remettre en cause sa légitimité.

Toutefois, je ne pouvais conclure cet article sans adresser un salut particulier à Milouda Latrèche qui a mené un combat extraordinaire face à Jean-Christophe Lagarde, le député néo-centriste et surtout sarkozyste convaincu, malheureusement réélu et qui n’a pas hésité à user de tous les stratagèmes pour décrédibiliser la candidate socialiste. En dépit de la défaite sans appel, les socialistes de Bobigny, de Drancy et du Bourget peuvent être fiers du travail accompli, là où François Hollande a quand même fait plus de 65% des voix au second tour de la présidentielle !

Plus qu’un changement, c’est la confirmation de celui-ci en Seine-Saint-Denis, ce département que j’ai à cœur et dont j’espère me rendre utile et servir d’une manière ou d’une autre dans les semaines et mois à venir.

Une Première Dame trop indépendante ?

Valérie Trierweiler avait prévenu : elle ne voulait pas être une première dame potiche, elle voulait être active, se montrer utile. Elle voulait également ne pas gêner la parole du président de la République, et accessoirement son mari. Jusqu’à ce tweet opportuniste et surtout incompris.

Toujours est-il que cette polémique tombe assez mal à quelques jours seulement du second tour des législatives. Si ce tweet ravageur ne devrait pas avoir d’impact majeur sur le résultat final (à savoir une large victoire du Parti socialiste et de ses alliés), il n’en demeure pas moins problématique tant il pose une nouvelle fois la question du rôle et surtout la place de la première dame en France, surtout sur un plan politique.

En effet, en soutenant publiquement Olivier Falorni, candidat socialiste dissident aux législatives face à Ségolène Royal, Valérie Trierweiler n’est pas seulement sortie de sa réserve mais a clairement mis dans l’embarras le président de la République, l’entrainant ainsi dans une polémique qui n’a véritablement pas lieu d’être. Sans doute que son inimitié tenace et notoire envers Ségolène Royal a beaucoup joué dans son geste de mardi dernier, un geste dont l’intéressée semble encore avoir du mal à mesurer lorsqu’elle réfute tout geste motivé par la jalousie.

Toujours est-il que l’opposition s’en donne à cœur joie, elle qui semblait plus ou moins embarrassée par l’attitude de certains candidats de l’UMP qui cherche à tout prix obtenir les voix du Front national pour se faire élire ou conserver leur siège de député, à l’instar de Nadine Morano par exemple. Certains espèrent même que cette polémique leur sera profitable non pas dans l’immédiat mais plutôt à long-terme, dans la mesure où derrière l’histoire du tweet, c’est bel et bien l’autorité de François Hollande qui est une nouvelle fois mise en ligne de mire.

Longtemps considéré comme un homme mou, sans envergure, François Hollande avait réussi à gommer cette image, durant la présidentielle et même avant, en se présentant comme un homme cohérent et ne déviant jamais de sa trajectoire, ce qui fut sans doute déterminant face à un Nicolas Sarkozy qui semblait à son tour incohérent et surtout peu sur de lui. Il serait présomptueux et surtout hasardeux de penser que le tweet de Valérie Trierweiler risque de mettre à mal cette nouvelle image que François Hollande s’est longtemps forgé à bâtir, d’autant plus que c’est au travers de ses réformes et de sa politique que nos compatriotes pourront juger sur pièce.

Valérie Trierweiler en compagnie du Président de la République et du Maire de Paris, Bertrand Delanöe, à l’Hôtel de ville, le 15 mai dernier

Toutefois, il est fort à parier que certains analystes et journalistes politiques ne manqueront pas (et n’ont pas manqué d’ailleurs) de s’interroger sur la place et l’influence légitime de Valérie Trierweiler au sein de la présidence de la République, et par extension au sein de l’Etat. Doit-elle est considérée comme la simple compagne du chef de l’Etat ou bien une femme de l’ombre, influente et donc les actions et les déclarations sanctionnent (positivement comme négativement) le président de la République, à l’instar de Cécilia Sarkozy envers son mari, au tout début de son quinquennat ? Car si Valérie Trierweiler veut aller au-delà de la place accordée jusqu’ici à la première dame en France, elle doit cependant prendre conscience que tous ses actes et prises de positions seront immédiatement scrutés et analysés, tel son tweet de soutien à Olivier Falorni. D’autant plus que cela fait un moment qu’elle est une personnalité publique et non plus une simple citoyenne, un élément majeur à prendre en compte et que François Hollande ne manquera probablement pas à le lui rappeler, question de légitimité mais aussi d’autorité.

Un coup de pouce inattendu

Valérie Trierweiler, compagne de François Hollande, président de la République

C’était l’info politique d’hier matin. Valérie Trierweiler, la compagne de François Hollande, a annoncé via Twitter son soutien à Olivier Falorni, candidat socialiste dissident dans la première circonscription de Charente-Maritime, face à Ségolène Royal.

Il faut rappeler que l’ancienne candidate à la présidentielle de 2007 se trouve dans une situation compliquée. Certes, elle est arrivée en tête du premier tour des législatives en obtenant près de 33% des voix face à son concurrent qui est arrivé second avec 29% des suffrages. Toutefois, et malgré la règle de désistement républicain qui prévaut à gauche et qui veut que le candidat le mieux placé retire sa candidature, l’ancien premier secrétaire de la Fédération de Charente-Maritime (exclu depuis du Parti socialiste) a décidé de maintenir.

Depuis, Olivier Falorni a reçu le soutien de Dominique Bussereau, actuel président UMP du département de Charente-Maritime (qui appelle clairement à voter pour lui) et donc plus surprenant de Valérie Trierweiler, la femme du président de la République. Un soutien quelque peu étrange et véritablement à contre-pied à l’heure où l’ensemble du Parti socialiste ainsi que des autres formations politiques de gauche (au niveau local) appellent à soutenir la candidature de Ségolène Royal et qui ne peut être compris que la volonté d’agir de manière malveillante envers une femme que l’on considère encore et toujours comme une rivale sur le plan personnel et intime.

Olivier Falorni, candidat socialiste dissident dans la première circonscription de Charente-Maritime, actuellement exclu du Parti socialiste

Le tweet de Valérie Trierweiler n’aura pas manqué de faire réagir bon nombre de personnes qui considèrent son geste comme incompréhensible pour ne pas déplacée, sans compter que cela jette un trouble sur la légitimité de la première dame de France à s’immiscer dans un combat électoral, certes local mais symboliquement important dans le cadre de ces élections législatives. Aussi, certains s’interrogent et s’inquiètent sur d’éventuelles conséquences immédiates, notamment sur le plan politique où l’UMP ne manquera sans doute pas l’occasion de tacler davantage Ségolène Royal, espérant se servir de la rivalité entre cette dernière et Trielweiler à des fins politiques.

Toujours est-il que si le tweet en question ne cesse de remuer des vagues et pointe encore un peu plus l’inimité qui existe bel et bien entre les deux femmes, il n’en demeure pas moins que la journaliste-première dame a rendu un formidable service à sa rivale et donc, par effet contraire, embêté Falorni, plus qu’elle ne l’a servi. En effet, en écrivant un tweet de la sorte, Valérie Trierweiler a réussi l’exploit d’attirer l’attention non pas sur le candidat dissident mais bel et bien sur Ségolène Royal qui fait l’objet d’attaques plus ou moins acerbes, pour ne pas carrément violentes de la part de la droite charentaise. Elle y gagne même en crédibilité et en légitimité dans la mesure où largement soutenue par l’ensemble des socialistes, Ségolène Royal passe finalement pour une victime face à un Olivier Falorni prêt à tout pour la faire chuter et prendre sa revanche.

Ce qui explique sans doute l’attitude de Ségolène Royal qui a tout intérêt à paraitre comme étant la victime plutôt que l’agresseur. Cela était déjà le cas avec le soutien mesquin de Bussereau et cela est encore plus évident avec le tweet de Valérie Trierweiler qui ne rend absolument pas service à Olivier Falorni, contrairement à ce qu’on pourrait croire, le dissident socialiste en premier (même si évident, il prétendra le contraire)

Car en cas de victoire in fine de Falorni, ce dernier sait qu’au fond il devra sa victoire non pas à sa campagne mais plutôt à une vengeance orchestrée par ceux qui voulaient en finir avec Ségolène Royal. C’est du moins l’idée qu’on retiendra du second tour si un tel scénario devait se produire. Pas sur que cela soit profitable à l’ancien premier secrétaire de la fédération de Charente-Maritime qui aura un déficit de légitimité même s’il aura reçu l’onction du suffrage universel.

Finalement, Ségolène peut bel et bien dire merci à sa meilleure ennemie, Valérie, pour ce coup de pouce inattendu !

Vers une majorité absolue ?

Le premier tour des législatives a livré son verdict et ses premiers résultats.

Tout d’abord, un taux d’abstention qui atteint des sommets puisque 42% des électeurs ne sont pas déplacés pour voter et accomplir leur devoir électoral. La faute sans doute à un scrutin plus ou moins compliqué mais aussi à la périodicité de l’élection, faisant bel et bien des législatives une élection de second rang, confirmant les résultats des présidentielles et devant assurer une majorité au président nouvellement élu, et renforçant le sentiment de défiance envers les institutions et ceux qui les représentent.

La gauche parlementaire (Parti socialiste, Europe Ecologie Les Verts et Front de gauche) remporte largement le premier tour de ces législatives en recueillant près de 47% des voix, dont 35% pour le seul PS. Face à elle, la droite parlementaire (UMP et Nouveau Centre) n’obtient que 35% des suffrages exprimés, écartant de fait toute perspective de cohabitation. De son côté, le Mouvement démocrate de François Bayrou poursuit sa longue descente aux enfers en ne recueillant que 2% des suffrages, bien loin des 7% qu’il avait recueilli il y a cinq ans et marginalisant encore un peu plus le parti de François Bayrou (et son leader) de la scène politique. Quant au Front national, il recueille près de 14% des voix, soit dix points de plus qu’en 2007. Bien que le parti de Marine Le Pen ne soit pas en mesure de se maintenir dans nombre de circonscriptions au second tour, ce score s’inscrit dans la bonne dynamique de la présidentielle d’avril dernier, permettant d’exercer une pression encore plus forte sur l’UMP, cette dernière voulant limiter la casse pour le second tour.

La perspective d’une cohabitation semble complètement mise de côté comme le montre les résultats en voix mais aussi la projection en sièges où le Parti socialiste obtiendrait entre 283 et 315 sièges. Autrement dit, ce dernier pourrait facilement avoir la majorité absolue, ce qui lui permettrait d’avoir les coudées franches face notamment aux Verts mais aussi et surtout au Front de gauche. Une majorité qui n’est pas totalement acquise mais qui demeura sans doute plus large que celle obtenue par Lionel Jospin en 1997. Une telle configuration parait importante pour le gouvernement Ayrault qui se mettre à l’abri d’éventuelles pressions du Front de gauche, qui demeure l’un des grands perdants de ce premier tour.

En effet, avec 8,5% des voix, la coalition de gauche radicale menée réalise un résultat décevant et semble être en recul notamment en banlieue parisienne (et en Seine-Saint-Denis tout particulièrement) mais aussi et surtout dans le Nord, où son leader et co-président du Parti de gauche, Jean-Luc Mélenchon a été éliminé dès le premier tour face à Marine Le Pen à Hénin-Beaumont. Le patron du Front de gauche paye sans doute une campagne qu’il a voulu comme le prolongement de la présidentielle, ce qui a profité à la présidente du Front national qui semble bien partie pour être élue députée, le 17 juin prochain.

Le premier tour de la législative semble largement favorable à la gauche et tout particulièrement au Parti socialiste qui pourrait détenir la majorité absolue qu’il souhaite in fine, notamment face à une droite dont les principaux leaders sont clairement menacés. Une configuration quelque peu logique qui confirme le caractère secondaire de cette élection, à savoir qu’elle confirme le choix des Français à l’élection présidentielle, permettant ainsi au président de la République et à son gouvernement de gouverner.

Mais où sont passées les législatives ?

Et dire que dans une semaine tout juste on vote !

Les 10 et 17 juin prochains auront lieu les élections législatives dans lesquelles nous élirons nos futurs députés pour les cinq années à venir. Un scrutin qui brille par son absence, tant la médiatisation autour de cet évènement parait bien faible, comparé à la précédente présidentielle notamment.

De fait, tout semble se dérouler comme s’il n’y avait pratiquement pas d’enjeu, l’issue du scrutin étant connu à l’avance. La gauche sera vraisemblablement majoritaire, et la droite (la majorité sortante) se prépare tranquillement à rejoindre l’opposition, depuis la défaite de Nicolas Sarkozy, le 6 mai dernier. Ce qui donne une atmosphère plutôt curieuse, une atmosphère de non-campagne dans laquelle la plupart des partis politiques semble assurer le service minimum. A titre d’exemple, l’UMP a finalement renoncé à tenir un grand meeting national – misant davantage sur l’ancrage local de ses candidats – et le PS gère une campagne à minima qui devrait s’annoncer victorieuse, la seule question qui vaille étant de savoir si les socialistes auront ou non la majorité absolue.

Affiche de campagne de Claude Bartolone, député socialiste sortant et candidat dans la neuvième circonscription de Seine-Saint-Denis (Le Pré St Gervais, Les Lilas, Romainville, Noisy-le-Sec, Bondy (nord-ouest))

Les législatives ne semblent intéresser et surtout motiver personne, après une campagne présidentielle largement et surtout fortement médiatisée, signe que l’élection du président de la République est et reste l’élection-reine, celle qui détermine les autres (et surtout la suivante, les législatives). Rien à avoir avec des précédents scrutins où les législatives ont revêtu un enjeu important, une occasion pour sanctionner la politique du gouvernement en place notamment en 1993 et en 1997. Depuis 2002, les élections législatives, suivant les présidentielles, sont devenues des élections de confirmation devant donner au chef de l’Etat, la majorité dont il a besoin pour gouverner. 2012 devrait confirmer la règle, malgré les propos de Jean-François Copé, le secrétaire général de l’UMP, qui cherche davantage à mobiliser ses partisans afin de limiter la casse plutôt que de réellement inverser la tendance annoncée.

Ce désintérêt pour les législatives demeure pour autant inquiétant alors que de telles élections mériteraient davantage d’attention de la part des médias et – par effet de ricochet – des citoyens. Car comme pour les élections européennes, il s’agit d’élire des hommes et femmes qui décideront de l’orientation voulue pour la France et qui auront un contrôle sur l’action du gouvernement et d’une certaine manière sur celle du président de la République, en vérifiant si les engagements pris durant la campagne auront été ou non respectés. C’est un peu le minimum exigé surtout dans le cadre d’un système démocratique où une Assemblée parle clairement au nom du peuple, d’autant plus qu’il tire directement sa légitimité de celui-ci.

A ce rythme, il est fort à parier que le taux de participation aux législatives des 10 et 17 prochains sera bien inférieur à celui des dernières présidentielles, suivant ainsi cette triste tradition qui veut qu’après une formidable mobilisation pour l’élection du président de la République, les Français boudent de nouveau les urnes quand arrivent les élections législatives. A ce propos, les premiers résultats qui nous parviennent des circonscriptions des Français de l’étranger (qui votent une semaine avant tout le monde) sont le moins révélateurs d’une certaine lassitude mais aussi d’un certain malaise. Malaise face à une classe politique qui peine à véritablement se renouveler malgré les promesses et autres déclarations d’intentions de l’ensemble des formations politiques, et malaise également face à un scrutin où on ne compte plus le nombre de candidatures dissidentes et autres candidatures de témoignages. Toujours est-il qu’une réflexion sera sans doute de mise à l’issue d’un scrutin qui semble se transformer en une élection de « seconde ordre », minorant le rôle et la place qu’il devrait occuper dans la vie politique française. A ce propos, un nouveau débat sur l’inversion du calendrier électoral n’est pas à exclure, ce qui constituerait en soi une révolution si on va jusqu’au de la bout de la logique, c’est-à-dire, faire des législatives l’élection-reine, ce qui aurait un impact majeur sur notre régime politique.

Gaudron, député légitime ?

Les présidentielles achevées, place aux législatives. Comme vous le savez, l’Assemblée nationale sera une nouvelle fois renouvelée et nous élirons nos représentants pour les cinq années à venir. L’occasion pour les quelques neuf mille candidats d’arpenter les rues et lieux de la circonscription dans laquelle ils se présentent afin de convaincre les électeurs.

Pour rappel, la ville de Bondy – là où je réside actuellement – a été scindée et désormais à cheval sur deux circonscriptions, conséquence de la révision (très contestée) de la carte électorale en 2009 – 2010. C’est ainsi que le canton sud-est de la ville a été rattachée à la dixième circonscription (Aulnay-sous-Bois, Pavillons-sous-Bois) tandis que le canton nord-ouest reste la neuvième.

Et c’est dans la dixième que je vote et que j’ai reçu dans ma boite aux lettres, un tract de candidat UMP et député sortant, Gérard Gaudron, la première depuis janvier. Un tract politique classique dans lequel il se présente comme un « député légitime », un point qui m’a immédiatement suscité l’attention.

L’ancien maire d’Aulnay-sous-Bois – battu en 2008 – est donc un député légitime, comprenez face à Daniel Goldberg, le candidat socialiste et lui aussi député sortant qui ne l’est pas. Pour étayer et renforcer ses arguments, le député Gaudron nous parle de proximité, de son expérience d’élu pour mieux cogner sur son challenger socialiste qui n’est là qu’au titre d’un « parachutage » et d’un « arrangement entre amis », pour reprendre l’expression de Katia Coppi, sa suppléante et première adjointe au maire des Pavillons sous Bois, faisant clairement référence à la nomination mouvementée de Goldberg à l’hiver dernier.

Un argument néanmoins à double-tranchant dans la mesure où si Gérard Gaudron est effectivement légitime, Daniel Goldberg l’est tout autant dans la mesure où tous deux sont membres (sortants) de la représentation nationale et qu’ils tirent leur légitimité de l’ensemble du peuple français (et pas seulement des administrés de leur circonscription). C’est d’ailleurs tout le sens d’une élection législative où si la dimension locale reste présente, la dimension nationale reste prépondérante. Qui plus est, Daniel Goldberg tire également sa légitimité du fait qu’il a désigné par les militants des sections socialistes de la circonscription (soit Bondy, Aulnay et Pavillons-sous-Bois). Un détail qui compte et qui remet à plat toute question relative à la légitimité ou non de tel ou tel candidat.

En mettant en avant sa légitimité en tant que député sortant, Gérard Gaudron cherche sans doute à faire diversion notamment par rapport à un bilan plus ou moins maigre au sein de l’Assemblée nationale durant les cinq dernières années. En face, Daniel Goldberg a non seulement un bilan, mais aussi des propositions pour la prochaine législature, un (autre) détail qui compter au moment du vote. C’est d’autant plus cocasse surtout quand on sait que Gérard Gaudron s’est particulièrement foulé à l’Assemblée nationale (pratiquement pas d’interventions en séance plénière ou en commission, et seulement trois rapports rédigés en cinq ans) là où Daniel Goldberg a un bilan plutôt impressionnant : plus de trois mille amendements cosignés, deux propositions de loi, interventions régulières en commission et en plénière, quatre rapports rédigés, 450 questions au gouvernement (écrites et orales). Un bilan impressionnant qui le place parmi les 150 députés les plus actifs de l’Assemblée nationale et le second en Seine-Saint-Denis, là où Gérard Gaudron est bon dernier.

Gaudron comme Goldberg sont légitimes in fine. Toutefois, la légitimité ne s’acquiert pas seulement sur le terrain ou par le vote, elle s’acquiert aussi par le travail effectué. Qui plus est, la légitimité n’est jamais acquise et peut facilement se perdre. Une donnée que Gérard Gaudron devrait prendre en considération s’il ne souhaite pas se retrouver dépourvu en juin prochain ! Et pendant que nous y sommes, espérons que le candidat UMP trouvera la même énergie pour s’interroger sur la candidature de François Fillon dans la seconde circonscription de Paris, l’ancien Premier ministre étant, tout le monde le sait, largement légitime, à tel point que Rachida Dati avait sérieusement envisagé de se présenter contre le député sortant de la Sarthe pour finalement renoncer à sa candidature.

Le match retour

Jean-Luc Mélenchon, co-président du Parti de gauche, leader du Front de gauche, et candidat aux législatives dans la douzième circonscription du Pas de Calais

C’est la grande info politique de ces derniers jours et la première dans le cadre des législatives de juin prochain : la candidature de Jean-Luc Mélenchon à Hénin-Beaumont (Pas de Calais)

Le co-président du Parti de gauche et leader du Front de gauche se présente donc dans cette ancienne ville minière face notamment à Marine Le Pen, conseillère municipale et députée européenne qui a recueilli plus de 35% des voix lors du premier tour de la présidentielle, le 22 avril dernier, là où Mélenchon n’en a obtenu que 12% à peine.

La candidature de Mélenchon dans la onzième circonscription du Pas-de-Calais s’apparente à un match retour entre ce dernier et la patronne du Front national, également candidate. Une façon pour lui d’attaquer directement les idées du parti d’extrême droite et de son leader mais aussi d’attirer les médias, histoire de nationaliser sa campagne et celle du Front de gauche. Une façon également de laver « l’affront » qu’il a subi au lendemain du premier tour de la présidentielle où il fut largement devancé par Marine Le Pen alors qu’il s’était fixé comme enjeu politique mais aussi (et surtout) personnel de passer devant elle, en devenant le troisième homme.

Le leader du Front de gauche cherche donc à prendre une sorte de revanche sur une femme qu’il exècre allègrement. Toutefois, la tâche s’annonce pour le moins compliqué malgré des premiers sondages qui le donnent gagnant au second tour, dans le cadre d’un duel avec la patronne du Front national. En effet Marine Le Pen, bien que peu présente, semble solidement s’implanter à Hénin-Beaumont depuis quelques années où elle est conseillère régionale du Nord-Pas de Calais et durant un temps, conseillère municipale d’opposition, ce qui fait d’elle une figure locale, en dépit du fait que la présidente du FN s’est davantage distinguée pour ses coups médiatiques que pour sa réelle implication sur le terrain. Qui plus est, si la candidature de Jean-Luc Mélenchon est séduisante, faisant de lui un challenger efficace et redoutable, elle pourrait être considérée comme opportuniste dans la mesure où la présence du coprésident du Parti de gauche n’est que le fruit d’un parachutage, dans le prolongement des présidentielles, un parachutage un peu décidé à la va-vite.

Marine Le Pen, présidente du Front national et candidate aux législatives

Qui plus est, reste une importante donnée, l’attitude du Parti socialiste local qui miné par les affaires de corruption à Hénin-Beaumont, aura fort à faire pour redorer un blason bien terni depuis quelques années, sans compter que l’affaire Dalongeville (du nom de l’ancien maire d’Hénin-Beaumont, toujours mis en examen pour détournement de fonds publics et recel) a laissé des traces plus ou moins indélébiles sur place, sans compter les autres affaires touchant de près comme de loin d’autres élus dans le département comme Jean-Pierre Kucheida, le député-maire paternaliste de Liévin, qui se présente finalement aux législatives sans l’étiquette socialiste mais soutenu par nombre d’élus locaux.

Aussi, c’est finalement de la capacité de Jean-Luc Mélenchon d’apporter des réponses concrètes aux habitants d’Hénin-Beaumont mais aussi de l’attitude à adopter face à Marine Le Pen que dépendra son parachutage réussi, mais aussi son implantation future. En effet, si le co-président du Parti de gauche se contente de « rejouer le match » de la présidentielle, face à Marine Le Pen, il perdra les législatives. Qui plus est, s’il s’engage à Hénin-Beaumont, cela doit se faire dans le long-terme et non uniquement pour faire le buzz médiatique autour de sa candidature et pour seule et unique ambition de battre Marine Le Pen. Reste à savoir si le Front de gauche et le Parti socialiste sauront agir intelligemment à savoir, conclure un accord électoral pour assurer une victoire de la gauche à l’issue du second tour de la législative. Rien n’est moins sur d’autant plus qu’en cas de triangulaire, voire de quadrangulaire, il est fort à parier que Marine Le Pen réussisse à rafler la mise et donc un siège de député qui lui permettrait d’avoir une tribune permanente et nationale.

La passation

François Hollande, président de la République (élu) se rendant au Palais de l’Elysée pour son investiture, le 15 mai dernier

François Hollande a été officiellement investi septième président de la Cinquième République française, ce mardi dans le cadre d’une passation de pouvoirs avec Nicolas Sarkozy.

Une passation plutôt sobre et simple à l’image de François Hollande qui voulait marquer une rupture avec son prédécesseur. Ainsi, si Nicolas Sarkozy avait convié sa femme (de l’époque) et ses enfants à la cérémonie – montrant ainsi l’image d’une famille recomposée et moderne – rien de tel avec le nouveau président de la République. Les quatre enfants de ce dernier ont en effet préféré décliner l’invitation, préférant se mettre en retrait, tout comme Ségolène Royal, l’ex-compagne de Hollande, redoutant la comparaison avec la famille Sarkozy.

La rupture s’est également vue dans le rapport entre l’ancien et le nouveau président si on en croit les images. Si l’échange entre Nicolas Sarkozy et François Hollande fut cordial, il n’en demeure pas moins qu’une tension restait palpable entre les deux hommes, qui se sont âprement combattus durant la campagne présidentielle. La discussion fut qui est plus est assez formelle et finalement froide, François Hollande n’ayant pas pris la peine de descendre les marches du perron de l’Elysée avec Nicolas Sarkozy, laissant son prédécesseur et sa femme rejoindre seuls leur voiture et quitter la présidence de la République, comme s’il voulait rapidement tourner la page et comme le montre la vidéo ci-dessous :

Comme le résume assez bien le chroniqueur politique, Bruno-Roger Petit, François Hollande, en agissant de la sorte, donne le coup de grâce au sarkozysme et à ce qu’il a représenté durant les cinq dernières années. Là où il y a cinq ans, Nicolas Sarkozy semblait savourer l’aboutissement d’une ambition et d’un parcours politiques, François Hollande se voulait empreint de gravité et de solennité, imprimant une nouvelle fois sa marque de président « normal ». D’où ce style pompidolien[1] qui a pu en dérouter certains mais un style qui colle finalement avec la personnalité du nouveau président et le contexte politique national et international du moment, celui de la crise.

De fait, face à Nicolas Sarkozy l’hyperactif, François Hollande se veut un juge de paix, celui qui est dessus des autres. Bref, un président qui préside et qui donne une direction, une directive à la France.

Elle est sans doute là, la rupture : dans le style mais aussi et surtout dans la forme. Sans doute que les défis qui attendent l’Hexagone restent immenses et le nouveau président de la République sait qu’il n’aura pas véritablement d’état de grâce. Or, même si François Hollande a d’ores et déjà annoncé la couleur avec une passation de pouvoir finalement classique et sans saveur particulière – hormis le fait que c’était la première fois depuis François Mitterrand qu’un homme politique de gauche accède à l’Elysée –, il sait qu’il est attendu au tournant par nombre de Français. Toutefois, son caractère et son style présidentiel sont une sorte d’assurance censés le protéger d’éventuelles attaques, à la différence d’un Nicolas Sarkozy qui à force d’exposer sa personne, s’est brûlé les ailes. Une stratégie qui semble porter ses fruits puisqu’une majorité des Français semble avoir apprécié l’attitude de François Hollande éclipsant ainsi la sortie de Nicolas Sarkozy.

Et maintenant, le plus dur commence !


[1] Du nom de l’ancien président de la République, Georges Pompidou

Quel Premier pour Hollande ?

C’est demain que François Hollande dévoilera le grand mystère entourant la nomination de son Premier ministre qui sera nommé dans la foulée de la passation de pouvoirs entre le nouveau président de la République française et son prédécesseur, Nicolas Sarkozy.

Plusieurs noms sont régulièrement cités et souvent avec insistance : Jean-Marc Ayrault l’actuel député-maire de Nantes, et fidèle du nouveau chef de l’Etat, Martine Aubry, l’actuelle première secrétaire du Parti socialiste ou bien encore Manuel Valls, député-maire d’Evry et surtout indispensable directeur de la communication du candidat Hollande durant la campagne. D’autres personnes sont également citées tel Pierre Moscovici, le directeur de campagne de Hollande mais également Michel Sapin, ancien ministre de l’Economie et ami intime de nouveau Président, à la différence qu’ils apparaissent désormais comme des outsiders.

Jean-Marc Ayrault, actuel député-maire de Nantes

A ce titre, les spéculations vont bon train même si l’ensemble des journalistes et des analystes politiques semblent s’accorder sur un nom : celui de Jean-Marc Ayrault. Président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale depuis 1997, Ayrault a l’avantage d’être un homme discret et surtout fin connaisseur du Palais Bourbon, une qualité somme toute essentielle lorsqu’on aspire à être chef du gouvernement. Qui plus est, l’homme est germanophile, ce qui peut être bien utile notamment face à Angela Merkel, la chancelière allemande.

Martine Aubry, première secrétaire du Parti socialiste, actuelle maire de Lille

Face à cela, Martine Aubry parait une alternative sérieuse. Patronne du Parti socialiste, elle jouit d’une forte popularité chez les militants et est souvent considérée comme étant à gauche du mouvement. A cela, s’ajoute un bon contact avec les partis à gauche du PS, tel Europe Ecologie Les Verts et surtout le Front de gauche de Jean-Luc Mélenchon qui ne manquera pas d’être particulièrement exigeant avec la présidence Hollande, quitte à jouer les agitateurs si nécessaire. Enfin, Aubry est réputée pour avoir de la poigne et de l’autorité, ce qui pourrait s’avérer utile lorsqu’on dirige une équipe gouvernementale. Toutefois, une éventuelle nomination d’Aubry parait déjà compromise. D’une part parce que les relations entre l’actuelle maire de Lille et le futur Président n’ont jamais été très simples sans compter qu’il est peu probable qu’Aubry accepte de devenir le premier ministre d’un homme qu’elle a vivement combattu durant les primaires, considérant qu’il incarnait la « gauche molle ».

Manuel Valls, député-maire d’Evry (Essonne)

Enfin reste le cas Manuel Valls. Homme ambitieux et surtout efficace, le choix de Valls reste plausible surtout dans le contexte de la crise et de la montée des extrêmes. Toutefois, il est plus que probable qu’une éventuelle nomination de l’actuel député de l’Essonne n’interviendra que dans un second temps, en fonction de l’évolution du quinquennat de Hollande. Autrement dit, Valls demeure plus comme un joker, un recours possible même s’il parait évident qu’il jouera un rôle-clé dans le futur gouvernement.

Dès lors, Jean-Marc Ayrault semble bien parti pour succéder à François Fillon, le 15 mai prochain et devenir ainsi le premier chef du gouvernement de la présidence de François Hollande. Cependant, une telle consécration risque d’être contrariée en raison d’une condamnation pour favoritisme, vieille de quinze ans. L’homme a toujours reconnu les faits et ne s’en même jamais caché, l’édile nantais considérant que ce n’est pas sa personne ou sa fonction qui fut mis en cause mais le fait qu’il n’avait pas respecté qu’il n’avait fait un manquement au principe de la liberté d’accès et d’égalité devant la commande publique. Autrement dit, cette histoire ne devrait pas être prise en compte d’autant plus qu’elle n’atteint pas la responsabilité morale de Jean-Marc Ayrault. Reste à savoir si cela ne rentrera pas en contradiction avec l’idée de république irréprochable si chère à François Hollande.

Dès lors, l’enjeu est le suivant : si Hollande fait un choix de raison, il choisira Martine Aubry, qui malgré leurs différences aura bien du mal à refuser Matignon, le poste de Premier ministre étant une sorte de consécration. S’il fait un choix de cœur, il choisira Jean-Marc Ayrault, l’hypothèse la plus plausible à ce jour sans compter qu’il pourra compter sur un homme qui lui restera fidèle et qui ne cherchera pas à s’émanciper davantage. Toujours est-il que le choix de demain est attendu et il n’est pas impossible qu’une surprise se produise sur le perron de l’Elysée lorsque le secrétaire général du « Château » annoncera le nom de l’heureux élu.

 

Dans les coulisses d’une campagne #10

#10 : 6 mai, 21 heures 27. Place de la Bastille

6 mai 2012. 21 heures 27, place de la Bastille. Je suis assis sur un rebord de l’Opéra en face d’un kiosque à journaux attendant des amis. La nuit est en train de tomber, la place est noire de monde et il y a une ambiance de fou. Je prends mon I-Phone, me connecte sur Facebook et écris sur mon mur :

« Place de la Bastille, 21h27. Ravi mais j’ai encore du mal à réaliser, tellement c’est un truc de fou ! Il l’a fait alors que personne n’y croyait il y a encore un an ! Hollande président ! HOLLANDE PRÉSIDENT ! »

Quelques heures auparavant, dans la matinée. Je me dirige dans mon bureau de vote pour participer au second tour de la présidentielle. J’y vais en famille puisque ma mère, mon père et mon petit frère sont avec moi. Le temps est très couvert mais qu’importe ! Il y a du monde au gymnase Léo Lagrange. Je me rends dans l’isoloir, glisse le bulletin « François Hollande » dans l’enveloppe, prend une photo pour la postérité et me dépose mon enveloppe dans l’urne. Il est près de 11 heures, j’ai officiellement voté.

Ayant rempli mon devoir de citoyen, j’ai l’occasion rare de le faire une seconde fois puisque Lucie, une de mes amies, m’a donné procuration pour voter à sa place. Direction, l’école maternelle Roger Salengro pour voter une nouvelle fois en faveur de François Hollande ! Il est environ 11 heures 30, il ne reste plus qu’à attendre le verdict.

Durant toute l’après-midi, je reste collé à l’écran de mon ordinateur et suis avec attention mon fil Twitter. Je suis avec anxiété les dernières infos et indiscrétions sur les sites belges. Vers 13 heures 30 – 14 heures, les premiers résultats tombent : Hollande a écrasé Sarkozy en Guadeloupe et en Martinique, avec près de 70% des voix, ce qui augure de bonnes choses pour la suite. Puis, vers 15 heures, un premier sondage sorti des urnes et publié sur La Libre Belgique et repris par Le Soir donne Hollande gagnant avec 53% des suffrages. Je reste méfiant, la tendance peut encore être contredite mais cela s’annonce plutôt bien.

17 heures : je ne suis plus sur l’ordinateur mais toujours collé à mon fil Twitter via mon I-Phone. Je ne quitte plus les tweets et autres déclarations en message codé. La tendance reste inchangée, Hollande est bien parti pour être le nouveau chef de l’Etat. Je reste encore prudent mais réalise peu à peu que Sarkozy est sur le point d’être battu. Je devrais être ravi mais je contiens ma joie. Il est encore trop tôt pour crier victoire, je crains toujours une victoire sur le fil de Sarkozy ou pire que les instituts de sondages se soient trompés. Entretemps, je m’amuse à relayer le résultat en message codé, en mode « Radio Londres », prétextant vouloir un billet Thalys pour Amsterdam à 53 euros pour 20 heures.

Vers 18 heures. J’en suis désormais certain, François Hollande sera le nouveau président de la République française. On parle même d’estimation sur le site de la RTBF. Je me rends alors rue de Solferino, au siège du PS. Bus, métro, RER et de nouveau le métro… je descends à la station « Solferino ». Le quai est bondé comme jamais. Des militants et des sympathisants qui crient : « François Président ! ». L’affluence est telle que les responsables de la RATP nous demandent d’emprunter la seconde sortie qui donne sur le Boulevard Saint-Germain.

Boulevard Saint-Germain, le 6 mai 2012, vers 19 heures

Ce même boulevard est rempli au point qu’il est difficile de se frayer un chemin. La foule est chantante, enthousiaste, heureuse d’être là. On danse, on installe en haut des abribus, on entend des percussions de tam-tam, on prend des photos… Il y a tellement de monde que je n’arrive pas à joindre Morgane pour qu’on se retrouve, le réseau est saturé ! Qui plus est, je n’arrive pas à avancer et à me diriger rue de Solferino sur laquelle est installé un écran géant. En attendant, je suis l’édition spéciale de France 2, non pas sur mon I-Phone (le réseau 3 G est indisponible) mais sur celui d’un badaud qui a encore du réseau… jusqu’à que son téléphone perde le signal à seulement une minute trente de l’annonce des résultats.

19 heures 59 : le décompte est lancé. La foule se prépare, elle sait que Hollande a gagné la présidentielle mais fait comme si. 20 heures : les cris et les clameurs de joie prennent place. François Hollande est officiellement élu président de la République. La foule est en délire et crie : « Sarkozy, c’est fini ! ». Les premières bouteilles de champagne sont ouvertes pour fêter ce jour historique. Curieusement, je n’explose pas de joie. Il faut dire que je suis seul et qu’il n’y a aucun de mes amis pour partager ce moment si spécial. Qui plus est, j’ai encore du mal à réaliser ce qui se passe.

J’arrive à m’engouffrer rue de Solferino et aperçois l’écran géant. Nicolas Sarkozy, président déchu, prend la parole, il est rapidement et copieusement sifflé. Puis direction, La Bastille, Morgane m’ayant laissé un message sur mon portable et me disant qu’elle se dirigeait là-bas finalement.

Direction, la place de La Bastille alors. Je passe par la place de la Concorde pour prendre le métro et celle-ci est désespérément vide. C’est là où Nicolas Sarkozy devait fêter sa réélection. La fête n’aura pas lieu au bout du compte. Je prends ensuite la ligne 1 du métro à la station « Concorde ». Le quai est bondé et la foule crie « Hollande président », suivi de « Sarkozy c’est fini ». 10 minutes après, j’arrive place de la Bastille et me pose du côté de l’Opéra, attendant Morgane et ses amis.

Place de la Bastille, aux alentours de 23 heures

21 h 27. Après avoir posté mon message sur Facebook, j’attends toujours. La foule est telle qu’il me parait compliqué de voir mes potes. Je quitte donc l’Opéra pour prendre des photos et me mélanger à cette foule. Je n’arrive toujours pas à réaliser. Hollande a gagné la présidentielle, la gauche est retour à l’Elysée ! La nuit est désormais tombée et le concert en l’honneur de la victoire du candidat socialiste se poursuit. Je fais le tour de la place et regarde cette colonne de Juillet envahie de monde. J’ai vraiment du mal à me frayer un passage et tente de trouver des copains à moi, impossible en raison de l’affluence. Malgré tout ce beau monde, j’ai réussi à croiser Guy Bedos, qui était là incognito et même Michel Destot, le maire de Grenoble !

Vers 23 heures. Après avoir mangé un énorme sandwich – les baraques à frites ont du pas mal en profiter ce soir là ! – je prends le métro et rentre chez moi. Non pas que je m’ennuyais mais tout simplement parce que je devais anticiper en raison d’un arrêt de travail des conducteurs de bus du dépôt RATP de Pavillions-sous-Bois qui voulaient protester contre l’agression dont fut victime un de leurs collègues, la nuit précédente. C’est finalement de chez mes parents que je verrais l’arrivée triomphale du président élu au Bourget puis à place de la Bastille.

C’était il y a tout juste une semaine.