Victoires en trompe œil

Les Européennes ont vu la victoire de l’UMP et d’Europe écologie avec un taux d’abstention record, ce qu’il convient de rappeler.

A première vue, il s’agit d’une victoire incontestable et sans ambiguïté de la majorité présidentielle (dans laquelle on retrouve, outre l’UMP, d’autres formations comme Le Nouveau Centre, les Progressistes et la Gauche moderne) et des Verts (qui se sont ouverts à différents mouvements associatifs et citoyens), les derniers ayant profité d’une dynamique dans un contexte de prise de conscience de l’urgence écologique et de désir de la part des électeurs de sanctionner le PS et le Modem.

Pour autant, ces victoires nettes et sans bavures sont des succès trompe-œil pour ces deux formations et qui cachent assez mal les fissures et autres difficultés à venir.

L’UMP, UNE FORMATION SANS RESERVES

Michel Barnier et Rachida Dati, candidats UMP en Ile de France, tous deux élus hier soir.

Avec 28% des voix, l’UMP réalise une belle performance comparable à celle qu’a connu le PS lors du précédant scrutin. On peut même dire que la situation est inversée puisqu’en 2004, le parti majoritaire n’avait recueilli qu’un piteux 16% et 17 députés, ce qui ne l’avait pas empêché de remporter les élections nationales de 2007. Pour autant, le score du parti de Nicolas Sarkozy est l’un des plus faibles sinon le plus faible des droites européennes à comparaison avec la CDU en Allemagne qui recueille 38% des suffrages, le Parti de la Liberté – la nouvelle formation de Berlusconi – en Italie qui obtient 39% et le Parti populaire en Espagne qui regroupe 42% des votants.

Autrement dit, le score de l’UMP est loin d’être éclatant sur un plan européen sans compter que cette dernière domine tellement la droite qu’elle se retrouve désormais sans réserves de voix et surtout sans alliés, ce qui risque de faire tâche d’huile pour la suite des évènements (Je pense notamment aux régionales de mars 2010). Au bout du compte, la formation sarkozyste a largement profité de l’abstention et a joué sur les peurs – en parlant Turquie et insécurité à quelques jours du scrutin pour s’imposer.

EUROPE ECOLOGIE, UN VOTE EMOTIONNEL ET DE COURT TERME

Daniel Cohn-Bendit, tête de liste en Ile de France pour la liste "Europe Ecologie"

Avec 16,2% des voix, Europe écologie a été la sensation du scrutin en réalisant un score au-delà de ses espérances. Un vote clair qui la place en troisième position, talonnant de très près le PS. Pourtant, malgré ce beau succès que je salue, le vote « Europe écologie » est un vote que je qualifie d’émotionnel, dans la mesure où il intervient à un moment où les citoyens s’inquiètent de la santé de notre planète, ce qui est légitime en soi. Dès lors, le vote écologiste est l’expression logique de cette inquiétude et si, à ce titre, le fameux film de Yann Arthus-Bertrand, Home – diffusé le 5 juin dernier, soit à deux jours du scrutin – n’a pas été l’élément déclencheur de la « victoire » du mouvement mené par Cohn-Bendit, il me paraît en revanche évident que cela y a contribué beaucoup.

Affiche du film « Home » de Yann Arthus-Bertrand.

Dès lors, reste à savoir ce que va faire Europe Ecologie d’un tel succès. Coup d’épée dans l’eau ou prélude à une grande alliance entre les écologistes et le PS en vue de 2010 et de 2012 ? Car si le vote « Europe écologie » marque à la fois un vote sanction contre le PS mais aussi contre l’UMP (qui a peu convaincu avec son Grenelle de l’Environnement) et le retour de l’écologie politique, celle-ci seule ne serait être une réponse alternative à la droite conservatrice et libérale. Comme le dit si bien d’ailleurs Benoît, mon ami militant au Modem : « en l’absence de leader charismatique, de cadres capables de gouverner, et d’électorat stable, cette « victoire » d’Europe Ecologie, si elle manifeste une préoccupation importante et trop oubliée de nos concitoyens, ne pourra pas être concrétisée en 2012. Ce bon score traduit des attentes [mais] il ne fera pas un avenir présidentiel » (in Le Ministère des affaires étranges, le 8 juin 2009)

L’UMP et les Ecologistes ont donc gagné mais ce sont des victoires en trompe-œil et qui ne préfigurent en rien les échéances électorales futures. A neuf mois des régionales et à un trois ans des élections générales, bien malin celui qui peut pronostiquer le score des principales formations politiques du pays.

La (nécessaire) remise en question

Martine Aubry, première secrétaire du PS, ce dimanche soir, au siège, rue de Solférino.

Le Parti socialiste a réalisé un score plus que décevant aux Européennes d’hier soir en ne recueillant que 16,8% des voix, talonné de près par le mouvement Europe Ecologie mené par Eva Joly et Daniel Cohn-Bendit qui totalise 16,2%. Et pour ne rien arranger, le PS est même relégué à la troisième place dans la zone Sud-Est et en Ile de France, ce qui a coûté le siège de Benoît Hamon, l’un des grands perdants du scrutin.

Pour ma part, je n’ai pas les mots assez durs pour un résultat que je qualifie d’affligeant et ce, en dépit des efforts de mobilisation notamment de la part de Martine Aubry, notre première secrétaire. De plus, les militants que nous sommes n’ont pas démérité en menant la campagne tambour battant afin de défendre au mieux nos idées et valeurs, largement présentes et ancrées au sein du Parti socialiste européen.

Malgré tout ce résultat décevant est à prendre très au sérieux du côté de Solférino tant qu’il souligne un fort mécontentement des Français à notre égard. En effet, deux ans après la présidentielle perdue, mon parti donne encore l’impression être brouillonne notamment sur le plan des idées en particulier en ce qui concerne la crise. Le résultat d’hier soir en est la meilleure traduction possible et il devient impératif pour le premier parti d’opposition d’être à la hauteur des enjeux.

Toujours est-il que nos chers responsables, à commencer par Martine Aubry devront prendre la mesure un tel revers. A ce propos, je tiens à saluer notre première secrétaire qui a fait preuve d’une grande lucidité en ne rejetant la faute sur personne, préférant assumer notre contre-performance. Elle a été digne et claire dans son discours tout comme la plupart des ténors de notre parti.

Aussi, profitons de ce mauvais résultat pour enfin prendre la mesure de la tâche qui incombe au Parti socialiste, c’est-à-dire mener un travail de refondation et de renouvellement notamment des cadres. Contrairement à 2004 où notre éclatante victoire n’était qu’en réalité un trompe-œil sur l’état de santé du mouvement, profitons de ce revers pour se remettre véritablement en question afin de rénover une fois pour toutes notre parti notamment vis-à-vis de la stratégie à adopter face à cette droite sarkozyste décomplexée et intolérante. C’est tout l’enjeu des prochaines semaines et mois et charge à Martine de saisir le message d’hier soir sous peine de voir sa légitimité remise en cause.

(1) A cette époque, le PS recueille 29% des voix, loin devant l’UMP et l’UDF qui obtiennent respectivement 16,6 et 12% des voix

Européennes mode(s) d’emploi : en France, il n’y a pas de vainqueur, que des vaincus !

En France, il n’y a pas de vainqueur, que des vaincus !

Alors dit comme cela, on pourrait penser que je fais dans la provocation ou que je suis complètement inconscient surtout lorsqu’on regarde les résultats des élections largement favorables à l’UMP qui recueille 28%. Suit le PS loin derrière avec moins de 17% des voix, talonné de près par le mouvement Europe Ecologie qui totalise plus de 16% et le Modem qui s’effondre avec 8,5% des suffrages. Arrivent le FN avec un étonnant 6,5%, le Front de gauche à 6,3, le NPA à 4,8%, Libertas à 4,5% et LO qui ferme la marche avec 1,3%

Estimations vers 22 h 30, du résultats des élections européennes au niveau national (www.liberation.fr)

Pour autant, si l’UMP est mathématiquement parlant, la grande gagnante du scrutin avec les Ecologistes, il n’en demeure pas moins qu’au bout du compte, il n’y a bel et bien pas de vainqueurs dans cette élection.

Tout d’abord, en raison de l’abstention qui est la véritable gagnante en réalité. Avec un taux de 60%, nombreux sont ceux qui ont préféré bouder les urnes, affichant ainsi leur désintérêt sincère, voire leur mépris pour l’Europe et ses institutions, ce qui me paraît dramatique en soi et notamment pour l’avenir de la construction européenne qui met de plus en plus à l’écart les citoyens. Et ce n’est pas les déclarations panégyriques de la majorité sur l’action de Nicolas Sarkozy et sa présidence de l’UE qui changeront la donne !

En effet, les élections de dimanche ont accentué à mon sens, un début de divorce entre la construction européenne et ceux qui sont censés la promouvoir, à savoir les responsables politiques. Aussi, les véritables vaincus sont ces derniers toutes tendances politiques confondues d’ailleurs car à mon sens, on ne peut se satisfaire d’un taux de participation aussi faible et en même temps, pavoiser devant les caméras de télévision en criant la victoire.

L’UMP a certes gagné – et il s’agit là d’une revanche personnelle pour Nicolas Sarkozy qui efface ici son revers de 1999 – mais grâce à un taux d’abstention record qui lui profite largement. Au lieu de faire la belle, elle devrait s’inquiéter d’une telle désaffection de nos concitoyens vis-à-vis de l’Europe. Mais au lieu de cela, elle a préféré parler de l’action génialissime du président de la République en se basant sur à peine 40% d’exprimés pour se donner une légitimité.

On ne peut donc, en aucun cas, parler d’un vote d’adhésion au projet de l’UMP (encore faut-il qu’elle ait eu un projet mais bon !) surtout avec une abstention aussi forte. Pour autant, cela ne dédouane en rien le PS de ses responsabilités, un PS qui avec le Modem est la grande perdante du scrutin.

Dès lors, on commence à spéculer sur 2012 et à interpréter le scrutin européen sous un angle national. Pour autant, il est urgent de rappeler ceci : 2009 ce n’est pas 2012 pas plus que le score de l’UMP soit l’expression ou le signe d’un soutien massif des Français au projet de Sarkozy. Bien au contraire, le parti sarkozyste a préféré jouer la carte de l’autisme ne se préoccupant absolument pas d’une abstention qui est le signe « au mieux » d’une incompréhension, au pire d’un profond malaise des Français.

Hé oui ! Il n’y a que des vaincus et qu’un véritable vainqueur : l’abstention.

Européennes, mode(s) d’emploi : et maintenant à vous de choisir !

La campagne touche à sa fin et comme la loi m’y oblige, je ne peux plus vous parler des élections européennes jusqu’à dimanche soir 20h00, heure à laquelle nous connaîtrons les premières tendances et rapport de force en France. Deux heures après, nous connaîtrons la composition du parlement européen.

L’Union européenne est une aventure formidable qu’il convient de poursuivre et d’approfondir en dépit des doutes et interrogations portés à son égard. Bien plus que la paix, l’Europe nous apporte la prospérité et a le potentiel pour peser sur la scène internationale.

Le scrutin de dimanche n’est pas un scrutin de plus, à prendre à la légère ! En effet, il nous l’occasion à nous, électeurs, de donner le sens que nous voulons à l’Europe.

Pour sa part, le PS et le PSE (Parti socialiste européen) sont les seuls à pouvoir proposer une nouvelle direction pour l’Europe grâce notamment au Manifesto, ce programme commun aux 33 partis socialistes et sociaux-démocrates qui composent le PSE. Un programme précis et concis avec des mesures concrètes qui seront adoptées dès les 100 premiers jours de la nouvelle mandature.

Oui, une nouvelle mandature de gauche est possible au soir du 7 juin, véritable alternative à l’actuelle majorité conservatrice qui a tant fait de mal à l’UE.

Alors, chers Européens, ne laissez pas les autres décider à votre place si vous voulez donner un nouveau sens à l’Europe !

A vous de choisir, votez !


Gilles

PS : je vous mets en ligne deux vidéos. La première est l’appel au vote lancé par Poul Nyrup Rasmussen, président du PSE (vidéo en anglais non sous-titrée) et la seconde se veut humoristique (jugez plutôt !)

Comme quoi, vous aurez toujours cinq minutes pour voter en toutes circonstances ce dimanche ! (RIRES)

Européennes mode(s) d’emploi : un débat minable (et une émission qui porte bien son nom !)

Minable ! Vraiment minable !

Arlette Chabot, directrice d l’Information sur France 2 et présentratrice de l’émission : « A vous de juger ! »

C’est ainsi que j’ai trouvé le débat – enfin on peut appeler cela un débat ! – d’hier soir sur France 2 entre les principaux leaders des partis politiques à l’occasion des Européennes qui se tiennent après demain dans l’Hexagone.

Oui, un débat vraiment minable quand on voit la prestation des intervenants plus préoccupés à s’en mettre plein la figure et à parler des enjeux nationaux que de parler réellement d’Europe. Ainsi, on a pu voir François Bayrou – leader du Modem – s’en prendre gratuitement et crument à Daniel Cohn-Bendit – chef de file d’Europe Ecologie – en ressortant une vieille histoire scabreuse qui n’a rien à voir avec les élections (c’est sans doute ses mauvais résultats dans les intentions de vote qui font que le Béarnais a pété un câble !), ou bien encore Marine Le Pen beugler ou lieu de parler sans oublier Xavier Bertrand qui nous a fait une belle récitation de la politique gouvernementale mené par le beau et le génial Nicolas Sarkozy ! N’oublions pas également le Vicomte de Villiers égal à lui-même et Besancenot qui confond élection avec révolution. Tant à Titine, elle a fait ce qu’elle a pu mais bon… c’était peine perdue !

Daniel Cohn-Bendit – tête de liste d’Europe Ecologie en Ile de France – et François Bayrou – président du Modem – sur le plateau d’A vous de juger, hier soir.

En l’espace de deux heures, les principaux partis politiques hexagonaux ont réussi à saborder une campagne qui peinait à décoller et avait toutes les peines du monde à intéresser les Français tant que ces derniers se sentaient mal informés. Dès lors, notre service public audiovisuel avait pour mission de rehausser le niveau, histoire qu’on puisse inciter les Français que nous sommes à aller voter, à défaut de les intéresser réellement à l’élection. Malheureusement, nos chers responsables politiques ont préféré les noms d’oiseau au débat de fond ce qui pourrait pousser davantage les gens à aller voir la finale masculine des Internationaux de France de Tennis que d’aller aux urnes !

L’Europe mérite un débat de fond notamment en France où on l’accuse souvent de tous les maux et il est du devoir des responsables politiques de mettre en avant cette exigence. Seulement, on a préféré la facilité et la provocation, ce qui a fait que certains de nos responsables se sont moulés dans le costard que leur font les caricaturistes de tout poil. Ainsi, l’Europe s’est réduite, avec le débat d’hier soir, à un ramassis de petites phrases et d’attaques stupides !

Minable quoi ! (et franchement décevant)

PS : je vous mets en ligne l’extrait d’A vous de juger (qui porte décidément bien son nom) où on voit l’altercation entre Bayrou et Cohn-Bendit mais aussi celle entre ce même Cohn-Bendit et une certaine Marine Le Pen datant de 2004 dans la feu émission de Christine Ockrent « France Europe Express ». Le point commun de ces deux vidéos ? A vous de le trouver !

Barroso : stop ou encore ? (suite)

José Manuel Barroso, actuel président de la Commission européenne.

Ce mercredi, huit anciens chefs d’Etat et de gouvernement socialistes et sociaux-démocrates ont signé un appel dans lequel ils exhortent le Parti socialiste européen à désigner un candidat à la présidence de la Commission européenne, afin d’empêcher la reconduction de son actuel chef, José Manuel Barroso, soutenu par le Parti populaire européen, la droite européenne.

Cet appel – lancé entre autres par l’ancien Premier ministre français Lionel Jospin (1997 – 2002), le chancelier allemand Gerhard Schroder (1998 – 2005), l’ancien président du gouvernement espagnol Felipe Gonzalez (1982 – 1996) ou bien encore l’ancien chef de l’Etat polonais Alexander Kwasniewski (1995 – 2005) – arrive selon les observateurs assez tard. En effet, à seulement quatre jours du verdict des urnes, on pronostique une victoire des chrétiens-démocrates et des conservateurs au Parlement européen. Qui plus est, cet appel souligne toute la difficulté qu’a la gauche européenne à adopter une stratégie claire face à la Commission européenne et à son renouvellement prévue à l’automne prochain.

C’est que la gauche européenne peine à se faire entendre et surtout à se mettre d’accord entre ses composantes car si cette dernière a adopté un programme commun – Le Manifeste – en décembre 2008 à Madrid, c’est en revanche silence radio quant au nom du candidat à opposer à Barroso. Une telle discrétion est navrante à mon sens dans la mesure où le Parti socialiste européen ne va au bout de sa logique. Autrement dit, ok pour dénoncer la crise et celui qui y a contribué (c’est-à-dire Barroso et ses politiques libérales à la joie des Etats membres qui n’en demandaient pas tant) mais personne en revanche pour le sanctionner. Pire, les chefs de gouvernement espagnol, portugais et britannique ont explicitement soutenu Barroso. Quant à l’actuel président du groupe socialiste au Parlement européen, l’Allemand Martin Schulz, ce dernier lorgne sur la présidence du Parlement européen, sorte de monnaie d’échange au soutien à la candidature de José Barroso.

Dès lors, la gauche européenne peine à mettre en place une stratégie et manque une occasion de politiser le débat sur le choix du président de la Commission européenne, ce qui est assez fou au passage tant que la possibilité de ne pas reconduire l’ancien premier ministre portugais à la tête du Berlyamont est loin d’être farfelue. En effet, les libéraux-démocrates ainsi que les verts européens ont d’ores et déjà annoncé qu’ils voteront contre la reconduction de l’actuel chef de la Commission européenne, ce qui pourrait ouvrir la voie à une alliance PSE – Verts – ADLE. Une telle alliance est plus que souhaitable à mon sens, d’autant plus qu’elle est mathématiquement possible et qu’elle permettrait une politisation accrue de l’UE et de ses institutions.

Encore faut-il que le PSE saisisse la perche tendue, à savoir de désigner un candidat à la présidence de la Commission, ce qui obligera les Etats membres à prendre en compte le verdict des urnes lorsqu’ils devront proposer au Parlement européen, un nom pour le Berlyamont. Il s’agit là d’une position de moins en moins soutenable pour le PSE qui devra se déterminer tôt au tard. Sans quoi, Barroso pourra dormir tranquille tant qu’il n’aura pas de souci à se faire !

Passé sous silence

Mercredi soir, il n’y a pas que les retrouvailles « Ségo – Titine » qui fut le point fort de la réunion publique de Rezé.

Ségolène Royal lors du meeting de Rezé, mercredi dernier.

Ségolène Royal a prononcé un discours très important sur l’Europe et pas seulement en raison des élections européennes. En effet, elle a évoqué la nécessité de créer « les Etats-Unis d’Europe » s’inscrivant ainsi dans la lignée des Pères fondateurs.

Un véritable discours pro-européen et fédéraliste qui très curieusement est passé sous silence de la part des médias. En effet pas un seul journal n’a jugé utile de reprendre les propos de l’ancienne candidate à l’élection présidentielle, les médias davantage préoccupés à chercher la petite phrase et obnubilés par la réconciliation entre Royal et Aubry. En ce qui me concerne, j’ai découvert cette information presque par hasard en consultant le blog de Jean Quatremer, véritable source d’information au passage !

Pourtant, le discours de Royal vaut le détour car cette dernière se positionne clairement en faveur d’une Europe fédérale et renouant ainsi avec le rêve des Pères fondateurs, dont le plus célèbre reste Robert Schuman. De plus, son intervention s’inscrit dans un débat lancinant depuis de nombreuses années à savoir la finalité de la construction européenne.

Robert Schuman, Père fondateur de l'Europe, premier président du Parlement européen (1886 - 1963)

En effet, depuis sa création, l’Union européenne a le choix entre deux directions : une vaste zone de libre-échange ou bien une véritable union politique, prélude qui sait à un ensemble fédéral (c’est du moins mon souhait) et comme le dit si justement le correspondant de Libération à Bruxelles (pour la Belgique et l’UE) : « Le discours de Royal avait pour but de lancer un vrai débat sur le projet européen : faut-il revenir à l’État nation, s’en tenir à l’existant ou accélérer le mouvement, face aux crises qui ravagent le monde ? Manifestement, personne n’a envie d’un tel débat, que ce soit du côté des politiques ou des journalistes. Le citoyen n’est pas censé s’intéresser au fond. »

Les élections européennes marquent néanmoins une occasion en or de débattre de ce sujet et il est essentiel que les citoyens que nous sommes se saisissent de la question. Cependant, il est désolant de voir que les médias ne font pas suffisamment leur travail. Sans doute que le sujet n’est pas vendeur pour eux surtout si c’est une responsable politique de premier rang qui l’évoque !

Le discours de Royal sur la finalité de la construction européenne aurait le mérite d’être pris en considération dans la mesure où il s’agit d’un thème fondamental et qui doit faire intégralement partie du débat sur l’avenir de l’Europe. Un débat dans lequel les Européens se sentent exclus. Aussi, il ne faut pas s’étonner que nos concitoyens boudent les urnes à moins d’une semaine du scrutin !

PS : je vous mets en ligne, le discours de Ségolène Royal à Rezé. Bonne lecture vidéo !

Européennes, mode(s) d’emploi : paradoxes et précisions

20%. C’est le score réalisé par le PS dans les intentions de vote à l’occasion des Européens de juin prochain soit 6 points de moins que l’UMP qui totalise donc 26% des voix

Si on fait un bilan purement comptable et froid, on pourrait insister sur le recul des socialistes qui peinent à réduire l’écart avec la majorité. D’ailleurs les journaux s’en donnent à cœur joie en évoquant le recul ou bien encore la dérive du premier parti d’opposition dans ce scrutin. Cependant, il convient de nuancer fortement ces chiffres pour les raisons suivantes :

Il faut tout d’abord, rappeler le taux d’abstention qui reste très élevé et qui concerne principalement les jeunes ainsi que les milieux populaires, deux catégories qui votent traditionnellement à gauche. Ce fort taux d’abstention est profitable à la droite dans la mesure où elle a déjà mobilisé ses électeurs qui se déplaceront le 7 juin prochain. Cependant – et premier paradoxe – l’UMP et ses alliés ont réalisé le plein de voix, preuve en est leur stagnation voire, leur léger recul au fur et à mesure des sondages. Dès lors, si le PS accuse un retard non négligeable, il peut compter sur les abstentionnistes mais aussi si un électorat versatile qui n’a toujours pas arrêté son choix pour le scrutin.

De plus, rappelons que si l’UMP est en tête, elle est loin d’être en position de force notamment dans le rapport gauche / droite qui a évolué en sa défaveur : en effet, le score cumulé des formations de la gauche de gouvernement (PS, Front de gauche et Europe écologie) avoisine les 38% des voix face à une UMP qui, alliée au Nouveau Centre et la Gauche moderne est minoritaire. En clair, l’UMP a déjà réalisé le plein des voix et se retrouve dans une position mineure dans le rapport gauche / droite. A cela, ajoutons le Modem qui fort de ses 13% fait mieux que son ancêtre l’UDF qui en 2004 avait totalisé 12% des suffrages.

Dès lors, les 20% actuels du PS ne s’expliquent pas par une mauvaise campagne ou bien encore une adhésion des Français pour la campagne de l’UMP qui se résume en une phrase qui fait figure de généralité : « Quand l’Europe veut, l’Europe peut ! » (sous-entendu, grâce au volontarisme de Nicolas Sarkozy). Si tel était le cas, la formation de Xavier Bertrand n’aurait même pas besoin d’agiter le torchon de l’insécurité à quelques jours du scrutin ! Les causes sont de fait ailleurs dans la mesure où les européennes sont un scrutin qui favorise les petites formations grâce à la proportionnelle, ce qui n’est pas le cas des régionales ou autres législatives beaucoup moins avantageuses pour des partis comme le NPA, LO et Cie. Qui plus est, le scrutin étant à un seul tour, l’offre politique devient beaucoup plus fournie notamment à gauche.

Tout cela pour dire que je serais extrêmement prudent quand on commente des sondages dans la mesure où de toute façon, ils n’expriment qu’une intention de la population à un instant T. Cependant, on peut envisager un scrutin sans vainqueur ni vaincu dans la mesure où l’UMP, même en tête, fait moins bien que le PS en 2004 et que ce dernier est en mesure de limiter la casse et qu’elle possède d’une réserve de voix conséquentes, ce qui peut être utile à une semaine tout juste du scrutin.

PS : je vous mets en ligne le clip de campagne officiel du PS pour ces Européennes. Bonne lecture vidéo !

La belle unité retrouvée (?)

Hier soir, Martine Aubry et Ségolène Royal ont tenu un meeting commun à Rezé (dans l’agglomération de Nantes) dans le cadre des élections européennes en compagnie des candidats au scrutin du 7 juin prochain sous une ambiance détendue et le signe de l’unité retrouvée.

Martine Aubry, première secrétaire du PS et Ségolène Royal, présidente de la région Poitou-Charentes, lors d’un meeting commun à Rezé, près de Nantes (Loire-Atlantique) dans le cadre des Européennes, hier soir.

On a beaucoup commenté ce meeting commun entre les deux anciennes rivales du Congrès de Reims en novembre dernier et ce, dans un contexte où le Parti socialiste doit apprendre à se remettre au travail et ce, avec tous ses composantes. Dès lors, il y a évidemment les sceptiques comme Le Figaro qui parle d’unité de façade et qui considère qu’il s’agit là d’une belle comédie. Toutefois, la volonté est bien là : jouer la carte du rassemblement.

En effet, depuis le Congrès de Reims qui a vu la victoire difficile de Martine Aubry pour la direction du PS, mon parti donne souvent l’impression d’une image brouillonne dans laquelle nos principaux ténors se tiraient plus ou moins les pattes, ce qui faisait tâche d’huile dans l’opinion publique notamment face à une UMP qui semblait soudée derrière Nicolas Sarkozy (même si ce dernier use de la terreur pour se faire respecter). Aussi, il était impératif que Royal et Aubry se retrouvent et donnent un signal fort à la fois aux militants – lassés par tant de bisbilles internes – mais également aux Français qui exigent une bien meilleure image du premier parti d’opposition.

Martine Aubry, première secrétaire du PS et Ségolène Royal, présidente de la région Poitou-Charentes, lors d’un meeting commun à Rezé, près de Nantes (Loire-Atlantique) dans le cadre des Européennes, hier soir.

Toujours est-il que la volonté de bien faire était là durant le meeting de Rezé, les deux femmes ne tarissant pas de compliments à l’égard de l’autre. De fait, Ségolène et Martine savent qu’elles ont besoin de l’autre et qu’il est nécessaire de coopérer afin d’œuvrer à l’unité du parti même si cela n’est pas dénué d’enjeux politiques. Pour l’actuelle maire de Lille, il s’agit d’affirmer son autorité sur le parti et donc installer une fois pour toutes sa légitimité tandis que l’actuelle présidente de la région Poitou-Charentes, il s’agit de rester connectée au mouvement et non accusée de le court-circuiter.

Comme je l’ai toujours dit et contrairement à ce qu’on pourrait penser, Martine et Ségolène ont des points communs jusqu’à être complémentaires. Un exemple : toutes les deux ont la volonté de remettre le parti en selle et de le rénover même si elles ont une approche différente. Autrement dit, ce qui les rapproche est finalement plus important que ce qui pourrait les diviser.

La réunion publique de Rezé ne règlera pas tout les problèmes en un coup et sans doute qu’il y aura encore quelques bisbilles internes. Cependant, je veux croire en la volonté affichée de mes dirigeants de jouer la carte du rassemblement car ils le doivent non seulement aux militants mais aussi aux Français qui se désespèrent d’une politique de droite dure et assumée et qui pourtant s’interrogent sur la capacité du PS de se rassembler pour ensuite gagner. Y’a pas à dire : l’unité des socialistes est plus d’un credo, c’est une condition sine qua none pour des victoires futures.

Européennes, mode(s) d’emploi : du sexe dans la campagne

Nous sommes à dix jours de la fin de la campagne (sept si on prend en compte que quelques Etats-membres commenceront à se prononcer dès le 4 juin) et celle-ci a vraiment du mal à passionner les foules, plus préoccupés par autre chose que par les enjeux européens des cinq prochaines années. Et pourtant, ce n’est pas faute de mobiliser les électeurs.

Malgré tout, certains ne désarment pas et semblent même avoir une technique imparable que voici :

A l’occasion de la fête de l’Europe, célébrée le 9 mai dernier, les militants du Parlement européen des Jeunes (PEJ) France ont distribué des milliers de flyers au contenu explicite. Très explicite même puisqu’on y voit entre autres des femmes à la poitrine généreuse et des hommes bien bâtis (j’essaie de ne pas être vulgaire) vanter les mérites de l’Europe et inviter les électeurs à choisir ou à soumettre leurs députés selon leurs désirs.

Je m’interroge un peu sur un tel procédé qui vise à faire intéresser les citoyens que nous sommes à un vote que se tient dans dix jours. En effet, cela est un peu olé-olé et si on fait appel à nos plus bas instincts, c’est que nous sommes tombés bien bas. Néanmoins, cela semble fonctionner selon Guillaume Borie, le président du PEJ France. Selon lui, « les gens regardent tout de suite, nous interpellent souvent, reviennent parfois sur leurs pas, pour demander : mais qu’est-ce qui vous a pris ? C’est un produit d’appel, avec des explications, et qui permet d’engager la conversation. Alors que lors de précédentes campagnes, certains acceptaient notre tract sans le lire, et le jetaient dans la première poubelle »

Affiche en faveur du Oui lors du référendum sur la ratification du Traité de Lisbonne en 2008 sur lequel on peut lire : "Elargissez vos opportunités, votez oui à Lisbonne"

La campagne du PEJ France est en tout cas (très) osée et certains parmi les europhiles diront que seul le résultat compte. En effet, par cette approche originale pour le coup, les électeurs semblent s’interroger sur les enjeux et l’élection. Toutefois, je trouve assez dommage qu’on arrive là pour intéresser les électeurs sans compter que notre société est bien hypocrite : on s’offusque quand on voit des jeunes femmes en tenue très légère et faisant des poses suggestives pour vanter une marque de sous-vêtements et dans le même temps, on utilise le sexe à des fins politico-stratégiques. Autrement dit, le sexe est un sujet vendeur et tant à faire, autant l’utiliser dans la campagne des européennes pour enfin intéresser les gens. En gros, c’est un excellent moyen de communication, un attrape-nigaud à destination des électeurs.

Dès lors, mettre un brin de sexe dans les affiches électorales pour rendre la campagne sexy ? C’est finalement un aveu d’impuissance dans la mesure où le politique ne se montre pas suffisamment pédagogue et les gens pas suffisamment concernés à la base. Continuons ainsi et sans doute faudra-t-il inviter Brigitte Lahaie, Clara Morgane et autres Kastumi dans des meetings pour rendre la campagne vraiment intéressante ! J’exagère mais je parie que si on fait le test pour les Européennes, curieusement, les salles vont se remplir à rabord ! ;)

Pour ceux qui ne sauraient pas, j’ai cité quelques actrices françaises de films pour adultes. Ne me demandez surtout pas comment je connais les noms ! ;)