Le Bayrou québécois ?

Les quatre chefs de parti lors de l'élection générale québécoise : Pauline Marois (PQ), Jean Charest, (PLQ, premier ministre sortant), François Legault (CAQ), et Françoise David (QS)

Les quatre chefs de parti lors de l’élection générale québécoise : Pauline Marois (PQ), Jean Charest, (PLQ, premier ministre sortant), François Legault (CAQ), et Françoise David (QS)

La campagne électorale bat son plein dans la Belle province avec notamment le traditionnel débat des chefs prévu ce dimanche à 20 heures (heure de Montréal), point d’orgue de la compétition et rendez-vous attendu des Québécois.

A l’heure actuelle, et si on se réfère aux sondages, le Parti Québécois semble bien parti pour remporter l’élection et revenir aux affaires après neuf ans de purgatoire. Ainsi, selon l’institut Léger, la formation de Pauline Marois recueillerait 33% d’intentions de vote contre 28% seulement pour le Parti Libéral du Québec de Jean Charest, le premier ministre sortant, juste derrière la Coalition Avenir Québec (CAQ) qui totaliserait 27% des voix.

François Legault, chef de la Coalition Avenir Québec, ancien ministre souverainiste

La victoire semble donc promise au Parti québécois qui pourrait se retrouver au pouvoir pour la troisième de son histoire, face à un PLQ qui souffre d’une certaine usure du pouvoir mais également de la concurrence de plus en plus nette de la CAQ de François Legault, ancien membre et ministre péquiste qui a fondé son propre parti avant d’englober l’Action démocratique du Québec (ADQ), considéré comme plus à droite. Le patron de la CAQ, homme d’affaires, semble d’ailleurs la sensation, la nouveauté du scrutin dans la mesure où il s’agit d’un véritable baptême du feu (c’est sa première campagne en tant que chef de parti) mais également en raison de ses positions et programme iconoclastes.

En effet, François Legault se veut comme l’homme du changement, celui qui peut et va remettre en cause le système existant, ce duopole entre le Parti québécois et le Parti libéral du Québec, en promettant le changement. Pour ce faire, le leader politique s’attaque bien évidemment au gouvernement de Jean Charest et son usure du pouvoir mais également sur Pauline Marois qu’il accuse de n’avoir que pour dessein, la souveraineté du Québec en lieu et place de l’avenir de la Belle Province et des réformes qui s’impose. Un discours qui semble faire mouche et surtout mobiliser dans la mesure où la CAQ s’installe solidement au centre du jeu politique québécois et menace clairement le Parti libéral de Jean Charest, assez clairement pour conquérir le statut d’opposition officielle (au moins). Le discours, basé sur le changement et des lendemains qui chantent, a ses adeptes et séduit celles et ceux qui ne veulent plus des libéraux au pouvoir sans pour autant souhaiter le retour des souverainistes.

Dès lors, la stratégie de François Legault me fait clairement penser à celle de François Bayrou en France notamment lors de la campagne présidentielle de 2007 où sa stratégie du « ni-ni » (ni droite, ni gauche) avait séduit plus de 18% des électeurs au premier tour de la présidentielle. Comme Bayrou, Legault veut apparaître comme un homme de vérité et agir dans l’intérêt des Québécois, ce qui passe par la mise en place d’une troisième voie, davantage à droite même si le leader caquiste s’en défend.

François Legault espère donc frapper un grand coup dans cette élection en s’affichant comme une alternative, pas forcément pour cette élection mais pour la prochaine, misant notamment sur un échec de son ancien parti, le Parti québécois (notamment concernant la question d’un nouveau référendum sur la souveraineté) dans les mois et les années à venir. Tout va dépendre du parti qui va remporter le scrutin du 4 septembre prochain mais également de la capacité de Legault de s’affirmer au sein de l’opposition surtout s’il devient chef de l’opposition officielle (ce qui est fortement probable). Reste à savoir s’il aura réellement les coudées franches et surtout faire preuve de vigilance afin d’apparaître comme une possible alternative et non pas comme une mode éphémère. A ce propos, il pourrait rapidement méditer sur le destin politique de François Bayrou en France mais également de Mario Dumont au Québec, il y a seulement cinq ans.

A suivre : le débat des chefs

PS : et pour le fun, une des vidéos de promotion électorale de la Coalition Avenir Québec avec François Legault en scène :

Une campagne estivale

Assemblée nationale du Québec (Canada)

Après plusieurs semaines de tergiversations, de rumeurs et de déclarations en tout genre, le Premier ministre et leader du PLQ (le Parti libéral du Québec), Jean Charest, a annoncé, le 1er août,  la tenue d’élections anticipées pour le 4 septembre prochain.

C’est la fin d’un vrai-faux suspense politique qui durait depuis plusieurs semaines, pour ne pas dire plusieurs mois dans la Belle Province entre affaires de corruption présumée ou avérée (notamment dans le domaine de la construction) et bras de fer entre le gouvernement et les étudiants à propos de la hausse des frais de scolarité.

Jean Charest, premier ministre sortant et chef du Parti libéral québécois

Les Québécois retournent donc aux urnes et les principaux leaders des forces politiques en présence battent le passé pour convaincre les électeurs notamment Jean Charest qui vise un quatrième mandat d’affilé à la tête de la province francophone malgré un bilan plus que mitigé et une usure du pouvoir de plus en plus évidente. Un pari quelque peu insensé dans la mesure où le chef de file des Libéraux québécois est au pouvoir depuis neuf ans et qu’il aurait pu profiter de ces nouvelles élections pour passer la main. A cela s’ajoute un contexte social très tendu sans oublier les différentes affaires de corruption – notamment dans le secteur de la construction – qui pourraient avoir raison de Jean Charest et le priver d’une réélection.

Pauline Marois, chef du Parti québécois et chef de l’opposition officielle

De fait, si le PLQ – usé par neuf ans de pouvoir quasi sans partage – est sur la sellette, ce dernier peut sérieusement croire en ses chances notamment face à une opposition souverainiste en ordre dispersé et surtout divisé. Si le Parti Québécois de Pauline Marois reste la force centrifuge et un concurrent sérieux pour prendre la tête du gouvernement provincial, d’autres mouvements ont émergé comme Option Nationale de Jean-Martin Aussant, un parti né d’une scission avec le PQ dont les membres reprochent le manque de clarté et surtout d’engagement quant à la tenue d’un nouveau référendum portant sur l’indépendance du Québec, dix-sept après celui de 1995. Qui plus est, Pauline Marois, chef du l’opposition officielle depuis 2007, a du batailler ferme pour rester à la tête d’un parti dans lequel certains – et non des moindres – réclamaient encore sa tête pour finalement la sauver in extrémis. Au coude à coude avec le PLQ, Pauline Marois qui a choisi une attaque frontale face à Jean Charest – en évoquant les affaires et la corruption – a beaucoup à perdre comme à gagner, sans compter qu’une contre-performance hypothèquerait ses chances de rester à la tête du Parti québécois tout comme une victoire lui permettrait de devenir la première femme du chef de gouvernement au Québec.

Jean-François Legault, chef de la Coalition Avenir Québec

Malgré tout, une troisième formation politique espère tirer son épingle du jeu et mettre tout le monde d’accord. C’est la Coalition Avenir Québec de François Legault, fondée en 2011 et ayant intégré par la suite l’Action démocratique du Québec. Clairement situé au centre-droit, son leader, ancien péquiste et ministre sous le gouvernement de Jacques Parizeau (notamment) cherche à incarner une troisième voie et proposer des solutions nouvelles en renvoyant libéraux et souverainistes dos à dos, notamment dans des sujets sensibles concernant la santé par exemple. Se voulant comme le champion de la classe moyenne, François Legault axe également sa campagne sur la corruption et se paye même le luxe d’enrôler dans ses rangs, Jacques Duchesneau, ancien directeur de l’Unité anti-collusion, véritable figure emblématique dans la Belle Province. De par ce coup politique, le leader de la CAQ compte bien peser et – pourquoi pas – créer la surprise le 4 septembre prochain.

Les élections québécoises se déroulent dans un contexte assez particulier où nombre de sujets et d’enjeux ne manqueront pas être mis en avant comme la place et l’avenir du Québec au sein du Canada mais également son développement économique et des choix qui ont été faits ces dernières années, en particulier par le gouvernement Charest. Si le Parti québécois semble faire figure de favori, il est encore trop tôt pour dire avec certitude qui l’emportera en septembre prochain. Tout va dépendre de la tonalité de la campagne mais aussi des stratégies qui seront menées. En déclenchant des élections le 1er aout dernier, Jean Charest compte bien couper de l’herbe sous le pied à ses deux principaux rivaux et jouer sur les incertitudes quant à l’avenir afin que les Québécois fassent, preuve, au final d’un peu plus de réalisme. Un pari somme toute risqué mais finalement loin d’être insensé dans la mesure où la victoire comme la défaite du Premier ministre sortant dépendra de la capacité du PQ et la CAQ de proposer et surtout défendre une politique alternative et ambitieuse, PQ en tête.

A suivre : le changement, c’est maintenant ?