« Le meilleur est à venir »

Barack Obama, lors de sa victoire, le 6 novembre à Chicago (Ilinois, Etats-Unis)

Barack Obama a finalement remporté l’élection présidentielle face au républicain Mitt Romney en obtenant 306 grands électeurs sur 538.

L’actuel et quarante-quatrième président des Etats-Unis prolonge donc son bail à la Maison Blanche pour quatre ans supplémentaires. Une large et belle victoire malgré un contexte national et international difficile qui aurait pu couter à Barack Obama ce nouveau mandat qu’il vient de conquérir.

Le candidat démocrate a su faire preuve de lucidité et surtout d’humilité face à la crise et aux attentes des Américains comme le montre par ailleurs son discours prononcé peu de temps après l’annonce de sa victoire, à Chicago. Il le sait, l’heure n’est plus aux promesses mais aux solutions concrètes pour sortir son pays de l’ornière et retrouver le chemin de la croissance. Face à Mitt Romney, Barack Obama a su rassurer et montré qu’en dépit d’un bilan économique décevant, il était toujours l’homme de la situation et en capacité d’apporter des réponses à ses compatriotes.

Mitt Romney, candidat républicain et ancien gouverneur du Massachusetts, battu par Barack Obam

De son côté, Mitt Romney n’a pas su faire la différence malgré une bien meilleure campagne comparée à celle de John Mc Cain en 2008. Malgré son recentrage stratégique (et en partie payant), l’homme a payé certaines de ses erreurs mais fut également de certaines gaffes et déclarations malheureuses de campagne comme celle de Todd Akin sur le viol ou bien encore la polémique qu’il a lui-même provoqué sur les 47% d’Américains assistés, sans compter sa volonté de démanteler certaines mesures symboliques du président américain (comme la réforme du système de santé). Elire Mitt Romney semblait devenir un risque que nombre d’Américains ne voulaient absolument pas prendre en ces temps incertains.

Barack Obama a gagné haut-la-main, reste à savoir ce qu’il fera de son second (et dernier) mandat. Nombre de dossiers reste encore à traiter pour le président américain aussi bien sur le plan intérieur comme extérieur. Ainsi, l’éducation, la relance de l’industrie automobile, ou bien encore la réduction des inégalités et l’emploi tout comme la sortie de la crise financière, la question palestinienne sans oublier le cas épineux de la Syrie et de l’Iran seront sans aucun doute les thèmes qui domineront le nouveau mandat du locataire de la Maison Blanche mais également les relations entre la Maison Blanche et le Congrès avec un Sénat démocrate mais également et surtout une Chambre des représentants toujours sous contrôle des Républicains et qui n’hésiteront pas à lui compliquer la tâche, même si le Grand Old Party – en raison de la défaite de Romney – devra lui aussi se montrer conciliant avec le président démocrate.

Barack Obama en compagnie de sa femme Michelle et de ses filles, Malia et Sacha

Le président des Etats-Unis a donc obtenu un second mandat mais n’est pas encore entré dans l’Histoire pour reprendre si justement l’opinion de Philippe Labro, journaliste à RTL et spécialiste des Etats-Unis. Il est fort à parier que Barack Obama, libéré par l’objectif d’une nouvelle élection, voudra quelque chose d’utile de son mandat, à l’instar de son fameux « Obamacare » qui a marqué la première partie de sa présidence. Un second mandat qui – par définition – sera bien différent du premier (ne serait-ce qu’en raison d’une administration fortement remaniée) et dans lequel, il s’attachera à marquer les esprits pour laisser une trace, un testament.

Donc, le meilleur est encore à venir. Yes, he (still) can !

Obama peut-il encore gagner ?

Barack Obama, président des Etats-Unis, candidat démocrate à sa propre réélection durant sa campagne électorale

Barack Obama peut-il remporter l’élection présidentielle américaine ?

Encore saugrenue, il y a encore un mois, la question semble de plus en plus sérieuse surtout si on réfère aux sondages d’opinion dans lesquels il fait la plupart du temps jeu égal avec Mitt Romney, le candidat républicain, en bonne position pour s’imposer le 6 novembre prochain.

Certes, le président en exercice et candidat démocrate semble revenir dans la course et avoir retenu les leçons de sa bizarre et (surtout) décevante prestation lors du premier débat télévisé dans lequel, il fut purement et simplement surclassé par Mitt Romney, marquant par la même occasion des points décisifs. Qui plus est, il a su redresser la barre en se montrant plus incisif et prenant davantage au sérieux son adversaire qu’il ne l’avait fait auparavant. Enfin, sa gestion de crise suite au passage de l’ouragan Sandy sur New-York et la côte Atlantique a été plutôt bonne et bien accueilli par l’opinion publique américaine. Toutefois, le doute subsiste quant à une éventuelle réélection de l’actuel locataire de la Maison Blanche notamment face à un Mitt Romney qui a gagné en crédibilité et semble être une alternative pour nombre d’Américains.

Barack Obama mène campagne dans un contexte difficile marqué par la crise économique qui a lourdement frappé les Etats-Unis. D’ailleurs, ce n’est pas pour rien que les questions économiques occupent le devant de la scène, nombre d’Américains s’interrogeant à juste titre sur la capacité du président démocrate à faire face de nouveau, aux défis qui l’attendent. L’ancien sénateur de l’Illinois a, il faut le dire, déçu nombre de ses partisans qui espéraient des jours meilleurs, sur le plan économique, un sentiment qui a d’une certaine manière, largement profité à Mitt Romney jugé plus crédible sur ce sujet.

Mitt Romney, candidat républicain et Barack Obama, candidat démocrate, durant le second débat télévisé en octobre dernier

A cela, s’ajoute la stratégie du candidat républicain, finalement bien plus efficace qu’on ne l’aurait pensé. Adoptant un discours très à droite durant les primaires, Mitt Romney s’est progressivement recentré, déstabilisant au passage le camp Obama qui ne s’y attendait pas réellement. Une telle stratégie qui ne s’est pas faite sans risques mais qui a d’une certaine manière payée dans la mesure où donné battu il y a seulement quelques semaines, l’ancien gouverneur du Massachusetts a relancé sa campagne, remobilisant par la même occasion camp et profitant des erreurs stratégiques de son rival, sans toutefois infliger un coup fatal au président sortant.

Difficile dans ces conditions pour Barack Obama de mener campagne tout en espérant une réélection sur un fauteuil. L’actuel président américain l’a bien compris et il doit démontrer au peuple américain qu’en dépit d’un bilan mitigé, de la déception qu’il a suscité (semblable à l’espoir qu’il avait provoqué en 2008) et des erreurs stratégiques qu’il a commises, il reste l’homme de la situation, celui qui pourra redresser durablement les Etats-Unis et la diriger sur une nouvelle voie. En clair, Obama doit jouer la carte du rassemblement – stratégie somme toute classique pour tout président sortant en campagne pour un nouveau mandat – face à l’incertitude que laisserait présager une éventuelle victoire de Romney.

De fait, Obama doit, d’une certaine manière, à nouveau faire ses preuves, bien plus qu’il y a quatre ans où il a profité de l’usure du pouvoir et de l’impopularité de George Walker Bush et des errements de John Mc Cain, son adversaire républicain, pour l’emporter. Son inexpérience supposée s’était même avérée comme un atout majeur, ce qui lui permit de mettre encore plus en avant son fameux slogan de campagne « Yes, we can ! ». Il n’en est rien quatre ans après et il sait qu’il devra batailler ferme pour conserver son poste, malgré les tout derniers sondages qui lui sont favorables notamment dans les Etats dits indécis (les fameux « swing States ») tel l’Ohio ou l’Iowa qui feront in fine l’élection.

En jouant la carte du président rassembleur, Barack Obama peut espérer obtenir un second (et dernier) mandat à la Maison Blanche. Toutefois, cela dépendra fortement de sa capacité à mobiliser ses propres troupes mais également de faire preuve de réalisme notamment face à un Mitt Romney qui n’a pas dit son dernier mot et croit sérieusement à ses chances.

« Je suis Troy Davis et je suis libre ! »

Il n’y aura finalement pas eu de miracle. Troy Davis, 42 ans, a finalement été exécuté, la nuit dernière d’une injection létale dans sa prison de Jackson dans l’Etat de Géorgie (Etats-Unis) malgré la vive protestation de son comité de soutien et de la communauté internationale, Union européenne en tête.

Des membres du comité de soutien à Troy Davis, peu de temps après son exécution

Celui qui avait passé plus de vingt ans dans les couloirs de la mort avait été accusé puis rendu coupable du meurtre d’un policier blanc en 1989 alors que des sérieux doutes subsistent quant à la réelle implication de ce jeune noir, alors âgé de 19 ans. La formidable mobilisation de la société civile, des associations luttant contre la peine de mort mais également de responsables politiques comme James Carter – président des Etats-Unis de 1976 à 1980 – mais aussi le revirement de plusieurs témoins n’ont finalement pas eu de poids face à l’entêtement de la justice de l’Etat de Géorgie et de la Cour suprême.

Je dois dire que je suis particulièrement peiné par un tel dénouement montrant une fois de plus, toute l’ambigüité de l’Amérique. Voilà un pays qui n’hésite pas à se montrer sans indulgence avec toute personne qui se bat en faveur de l’avortement ou pour l’euthanasie (en raison du caractère sacré de la vie, pour certains) mais qui ne se pose pas de questions quant il s’agit de mettre à mort quelqu’un, au nom de la justice (comme si, ôter la vie d’un condamné avait moins de valeur que celle d’autrui)

L’exécution de Troy Davis laissera en tout cas des traces notamment dans l’opinion publique américaine. Les Américains restent encore partagés entre le maintien ou l’abolition de la peine capitale et la mort de Davis donnera sans doute l’occasion de relancer ce débat, surtout s’il avère que l’homme de 42 ans n’avait effectivement rien à se rapprocher.

La mort de Troy Davis ne manquera pas d’avoir des conséquences sur le plan politique notamment pour Barack Obama. Même s’il convient de rappeler que l’actuel président des Etats-Unis n’est pas connu pour être abolitionniste convaincu (bien au contraire !), son silence restera incompréhensible en particulier pour l’électorat afro-américain (voire latino) qui risque bien de lui en tenir rigueur lors de l’élection de novembre 2012. Autrement dit, c’est son image de progressiste qui risque d’en prendre un coup, même si juridiquement parlant, rien ne peut lui être reproché, en raison du principe de séparation des pouvoirs.

Enfin, l’exécution d’hier va, à coup sur, ternir l’image des Etats-Unis, si ce n’est pas déjà fait ! En effet, comment peut-on se prétendre comme défenseurs des Droits de l’Homme, comme à l’avant-garde des actuels Printemps arabes et dans le même sens, avoir des pratiques judiciaires qui n’ont rien à envier aux régimes autoritaires ? Au bout du compte, ce qui rapproche la démocratie et les dictatures, c’est bien la peine capitale.

Alors Troy Davis n’est plus mais il n’est pas mort pour rien. Enfin espérons-le. Comme je l’ai dit plus haut, son décès doit être l’occasion pour les Etats-Unis de se remettre en cause et s’interroger sur le bien-fondé d’un système qui me semble bien difficilement compatible avec les Droits de l’Homme et les valeurs de liberté qu’on aime tant défendre à l’extérieur (moyennant quelques juteuses contreparties bien évidemment). Un système que, de plus, Dave Zirin (journaliste) résume ainsi et de manière lapidaire : [Troy Davis] « avait la mauvaise couleur de peau, au mauvais endroit, au mauvais moment, avec le mauvais compte en banque et la mauvaise équipe d’avocats ». Un système qui n’empêche pas de dormir James Richard Perry, actuel gouverneur du Texas et candidat à l’investiture républicaine pour la prochaine course à la Maison Blanche, tout content de ses 234 exécutions depuis sa prise de fonction en 2000.

Et là, j’espère que là, on pourra dire : « Je suis Troy Davis et je suis libre »

Troy Davis (1968 - 2011) durant son procès en 1991

Un jour de septembre

Que dire sur le 11 Septembre ?

Je vois bien vous avouer que j’ai bien essayé de pondre un article, de développer une idée, d’exprimer mes sentiments sur cet évènement planétaire. Mais rien de bien satisfaisant.

Non pas que je m’en fiche, bien au contraire ! Le 11 septembre 2001 est un évènement que j’ai vécu en direct et qui me marque encore. Je ne pourrai jamais oublier ces deux tours encastrées et qui se sont effondrées tout comme ses personnes qui se sont jetés dans le vide afin d’échapper à une mort horrible pour mieux rejoindre l’au-delà.

Dix ans après que dire ? Vraiment, que dire ? Rien de plus que les analyses faites par les journalistes, rien de plus que les émissions spéciales qui ont lieu depuis cet après-midi, rien de plus que les témoignages des familles de victimes, rien de plus que ceux qui feront un bilan des attentats et un parallèle avec l’actualité immédiate.

Dix après que dire ? Que le monde se porte mieux sans Ben Laden, que la lutte contre le terrorisme a toujours un sens au point de sacrifier des pans entiers de nos libertés fondamentales au nom de la sécurité et de notre bien-être ? Qu’on sait réellement pourquoi on fait la guerre contre certains despotes et qu’on est plus ou moins coulant avec d’autres ?

Barack Obama, président des Etats-Unis en compagnie de son prédécesseur, George Walker Bush se recueillant au mémorial dédié aux victimes des attentats de New York, ce dimanche 11 septembre

Le 11 septembre a marqué notre entrée de plain-pied dans le XXI° siècle, siècle qui a commencé à 8h46 à New York, il y a dix ans.  Selon certains, ce jour devait donner le coup d’envoi d’une guerre de civilisation, une guerre idéologique et meurtrière. En réalité, il n’en a presque rien été. On nous avait prédit un choc des civilisations, l’affrontement final, et finalement la vie poursuit son cours.

Salvador Allende, président de la République du Chili de 1970 à 1973

Au fait, je pense au 11 septembre. Celui de 2001 bien évidemment tant cet évènement m’avait médusé et même effrayé du haut de mes seize ans. Toutefois, je pense à un autre 11 septembre qui mérite d’être évoqué et qu’on a tendance à oublier avec le temps. C’est le 11 septembre 1973 date à laquelle, le président chilien, Salvador Allende, a été renversé par une rébellion armée menée par le général Augusto Pinochet sous l’œil bienveillant des Etats-Unis, au nom de la lutte contre le communisme, justement !

Une piqure de rappel qu’a faite ma camarade et amie Sylvine Thomassin. Non pas qu’il s’agisse d’affirmer que le 11 septembre 1973 est plus important que le 11 septembre 2001 mais que ces deux évènements restent et resteront une plaie béante dans l’Histoire. Dans les deux cas, des peuples ont souffert et perdu de leur innocence.

Un jour de septembre qu’il convient de se rappeler tout en allant de l’avant. C’est un peu le sens de ces deux évènements. Ne pas oublier. Mais regarder l’avenir, c’est la meilleure façon de tenir tête à tous les obscurantismes et autres totalitarismes.

Au mémorial dédié aux victimes du 11 septembre, le 11 septembre 2011 à New-York

Le mal est (déjà) fait

Dominique Strauss-Kahn, lors de son arrivée au tribunal de New York (Etats-Unis), le 1er juillet dernier

Dominique Strauss-Kahn est libre. En effet, le procureur de l’Etat de New York (Etats-Unis) a finalement décidé d’abandonner les poursuites à son égard pour tentative de viol et agression sexuelle à l’encontre de Nafissatou Diallo, le 14 mai dernier. Une position que le juge a entérinée, clôturant ainsi cette sombre et ubuesque affaire.

On ne saura jamais ce qui s’est vraiment passé dans la suite de l’hôtel Sofitel entre la femme de chambre et l’ancien patron du Fonds monétaire international (FMI), laissant ainsi place à toutes les spéculations et toutes les suspicions. Une affaire qui laissera immanquablement des traces aussi bien pour le jeune guinéenne que pour l’ancien député-maire de Sarcelles (Val d’Oise)

Car le mal est fait et si certes, DSK est blanchi par la justice, ce dernier aura bien du mal à recouvrer sa popularité et surtout sa crédibilité moins en raison de l’affaire en elle-même mais plus en raison de ce qu’il en découle, à savoir son train de vie ou bien encore son rapport aux femmes. Il y a encore quelques mois, à peine, l’ancien ministre de l’Economie et des Finances du gouvernement Jospin était présenté comme celui qui était le mieux à même de battre l’agité de l’Elysée, celui qui incarnait l’homme d’Etat parfait. Et même si la justice américaine a décidé de s’en arrêter là, il y a toujours ce poids moral qui pèsera sur les épaules de l’ancien homme fort de Washington.

Une affaire qui mettra également sur la touche Nafissatou Diallo qui de femme courage est passée à instigatrice puis menteuse voire manipulatrice. Cette femme qui n’avait sans doute rien demandé devra également faire avec cette histoire et même si elle parvient à obtenir des dommages et intérêts dans le cadre d’une procédure civile, le mal est également fait en ce qui concerne sa crédibilité, son intégrité et son honneur.

Nafissatou Diallo, lors de sa conférence de presse, le 28 juillet dernier à New York

A peine Dominique Strauss-Kahn officiellement blanchi par la justice américaine, chacun s’interroge sur son éventuel retour sur la vie politique française. Bien évidemment, ses amis et autres partisans ont exprimé leur plus grand soulagement tout en estimant prématuré un retour en premier plan de leur champion. Toujours est-il que ce fameux retour en plan et notamment dans le cadre de la présidentielle à venir, me paraît hautement improbable, l’homme ayant – à mon sens – autre chose à penser sans compter qu’il sait que ses ennuis judiciaires ont laissé des traces dans l’opinion publique, une opinion publique qui est désormais bien moins indulgente avec DSK et qui a fait le deuil de sa éventuelle candidature comme le soulignent si bien les sondages d’opinion actuels. D’ailleurs, imaginer un probable retour serait insensé politiquement parlant tant l’homme a fortement perdu en terme de crédibilité.

Dominique Strauss-Kahn, lors de son passage devant le juge de l'Etat de New York, quelques jours après son arrestation, le 14 mai dernier

Oui, le mal est fait et s’il n’y aura finalement pas procès au pénal, il y a bien deux perdants : DSK qui pour une affaire de mœurs s’est disqualifié lui-même de la course à l’Elysée et une femme de trente-deux ans qui devra vivre avec cette sale histoire et qui n’en a pas fini avec la justice, si on se base sur les révélations concernant son passé. Et même si Dominique Strauss-Kahn est sous le coup d’autre procédure judiciaire avec l’affaire Tristane Banon, il est fort à parier que le jugement de New York risque de peser lourd dans la suite des évènements.

Mais bon, le mal est fait comme je ne cesse de le dire ! Et si je ne pense pas qu’il y ait eu agression sexuelle de la part de Dominique Strauss-Kahn, il n’en demeure pas moins que la tenue d’un procès aurait eu de sa pertinence, histoire de tirer les choses au clair mais aussi, pour DSK, de laver son honneur, un honneur entaché, même innocenté par la justice de l’Oncle Sam.

Bowling for Tucson

Gabrielle Griffords, représentante (députée) démocrate de l'Arizona, grièvement blessée lors de la fusillade du 9 janvier dernier

Comme bon nombre de personnes, j’ai été frappé et horrifié par la fusillade de Tucson (Arizona, Etats-Unis) de dimanche dernier, qui a couté la vie de six personnes et sérieusement blessé la représentante (députée) démocrate,  Gabrielle Giffords, la parlementaire dont l’état de santé reste grave même si de nettes améliorations se sont produites depuis son opération.

Cette nouvelle et énième fusillade a eu lieu dans un contexte où le climat politique est plus ou moins délétère dans la perspective de l’élection présidentielle prévue en novembre 2012. En effet, le torchon brûle entre démocrates et républicains mais également avec le mouvement du Tea Party, un mouvement ultraconservateur au discours bien trempé et parfois haineux.

Cependant – et à mon sens – la vérité est ailleurs et le climat politique actuel aux Etats-Unis ne saurait expliquer à lui seul cette tuerie.

Tucson s’inscrit dans la triste série de fusillades qu’a connu l’Amérique dans la lignée de Virginia Tech (2007) et de Columbine (1999). Dans ces deux précédents drames, ce sont des lycéens qui avaient ouvert le feu sur leurs camarades et professeurs, tuant ainsi nombre d’innocents victimes de déséquilibrés. A Tucson, ce fut cette parlementaire qui a été clairement la cible d’un jeune de 22 ans à peine qui risque en tout et pour tout la peine capitale pour son geste.

Après les tragédies de Columbine et de Virginia Tech, l’émotion s’était emparée des Etats-Unis et tous se déclaraient désolés de l’évènement. Mais au bout du compte, aucune réflexion sérieuse et courageuse n’a été menée par les responsables politiques outre-Atlantique quant à l’utilisation et à la libre-circulation des armes.

Barack Obama, président des Etats-Unis en compagnie de son épouse, Michelle, lors de l'hommage national rendu aux victimes de la fusillade de Tucson, le 12 janvier dernier

Car c’est tout le nœud du problème : les Américains sont très attachés à un amendement de la Constitution de 1787 qui autorise tout citoyen à se procurer et à posséder une arme afin d’assurer sa protection et celle de ses proches. A cette époque, cet amendement fut rédigé dans un contexte où l’Etat de droit (et l’Etat tout court) n’existait pas réellement et de conquête vers l’Ouest. Or, il demeure bien évidemment que cet article ne devrait plus avoir cours en 2011 et qu’il devrait être par conséquent, sérieusement modifié.

Or, au nom de la liberté, nombreuses sont les associations et les lobbies qui refusent la moindre modification du second amendement. Parmi elles, la NRA (pour National Rifle Association), le très lobby des armes, argentier du Parti républicain et qui assure justement sa prospérité grâce au second amendement.

Dès lors, le résultat est tel que nous le connaissons et on en arrive à des tragédies de type Columbine ou bien encore Tucson. Combien de drames de ce style faudra-t-il encore pour que les responsables politiques américains aient le courage de revoir un amendement totalement obsolète ? Faudra-t-il l’assassinat d’une personnalité politique plus haut-placée pour que l’Amérique se décide enfin à revoir son amendement ?

Certains pointeraient volontiers la sécurité défaillante durant la réunion publique de Gabrielle Giffords. Or, cette sécurité ne pourra être qu’efficace que si on limite de manière draconienne la libre-circulation des armes à feu dans le pays de l’Oncle Sam. En clair, une Révolution copernicienne devient essentielle pour qu’une telle tragédie ne se reproduise plus, ce qui suppose un énorme courage politique. Auquel cas, la NRA aura un bel avenir devant elle.

Wikileaks ou la fuite « organisée »

Je suis en pleine révisions pour ma session d’examens qui débute ce mercredi 1er décembre, avec le cours d’European Economic Integration. Passer des journées entières à relire ses notes d’économie et des tonnes de résumés d’articles pour comprendre les différentes politiques économiques de l’Union et de ses Etats-membres, c’est bien mais à un moment, vous avez le cerveau qui sature ! J’ai besoin d’une pause et ma pause, c’est la rédaction d’un nouvel article.

Et avant de vous parler de la candidature de Ségolène Royal à l’investiture socialiste pour les élections présidentielles de 2012, je voudrais donner mon sentiment sur l’affaire Wikileaks

 

Julian Assange, fondateur de Wikileaks

Depuis deux jours, on en apprend un peu plus sur la face cachée de la diplomatie américaine à travers les fameux câbles électroniques que ce site d’information spécialisé dans la publication de documents classés « Secret Défense » diffuse et révèle au grand public. Ainsi, les grands quotidiens internationaux font leurs unes sur ce qu’il convient d’appeler « du potin diplomatique ».

Par exemple, on apprend que le président libyen, le colonel Kadhafi, ne veut se passer de son infirmière bulgare à la poitrine généreuse ou bien encore que notre agité de l’Elysée est un homme autoritaire mais aussi un grand admirateur des Etats-Unis et de leur politique, à tel point qu’il s’aligne sans sourciller sur les positions de Washington. On apprend également que le régime iranien est un régime préfasciste et que les régimes autoritaires arabes rêvent de le voir disparaître ou bien encore que le président du Conseil italien, Silvio Berlusconi, est irresponsable et inefficace…

 

Hillary Clinton, actuelle secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères

Des révélations qui ne sont du tout pas du goût de la diplomatie américaine, Hillary Clinton en tête qui, dans une conférence de presse tenue lundi, a promis des sanctions contre le fondateur du site, l’Australien, Julian Assange. Des protestations et des menaces somme toute symboliques dans la mesure où 1) le mal est fait et 2) certaines interrogations demeurent.

En effet, si Wikileaks peut se targuer de jouer les Robin des Bois de la démocratie en diffusant des documents que les citoyens sont en droit de savoir, il n’en demeure pas moins que cela paraît un peu trop facile. Comment la diplomatie américaine, première puissance mondiale, a pu laisser facilement faire et permettre la diffusion de documents considérés comme sensibles ? Drôle de question qui m’emmène à penser qu’au bout du compte, les Américains considèrent cette histoire comme ayant peu d’impact sur leurs relations diplomatiques futures.

Car au bout du compte, les informations révélées par Wikileaks ne sont qu’au fond, plus ou moins banals, dans la mesure où certaines d’entre-elles étaient déjà connues. Le pari de Julian Assange, c’est de nous dire : « nos gouvernements nous mentent, il nous cache la vérité ! ». Sans doute mais ce n’est pas de cette façon qu’on arrivera à une transparence totale en matière de diplomatie.

Qu’on le veuille ou non, la diplomatie suppose un certain culte du secret quelque soit le régime en question. Cela peut être frustrant en soi, surtout dans une démocratie, dans la mesure où le peuple à travers ses représentants, a un contrôle limité sur la politique menée. Malgré tout, un certain culte du secret paraît indispensable dans la mesure où trop de transparence tue la transparence.

C’est sans doute le mérite que l’on peut attribuer à Julian Assange, celui de provoquer un débat sur la persistance ou non d’un certain culte du secret, notamment en diplomatie. L’Australien a eu son heure de gloire mais au bout du compte, cela ne devrait pas changer grand-chose pour l’administration américaine.

A se demander, si ces fuites n’ont pas été savamment organisées ! Pour quel intérêt ? Sans doute pour placer certains pays face à leurs contradictions comme la Chine à propos de la Corée du nord. Au bout du compte, la chef de la diplomatie américaine peut remercier Assange de leur avoir filé un coup de main ^^’

Un espoir déçu (suite)

La défaite était attendue, elle est (moins) pire que prévu.

Le parti démocrate perd en effet sa majorité à la Chambre des représentants au profit des Républicains qui ont conquis plus de sièges qu’il ne fallait pour reprendre le contrôle de la chambre basse du Parlement. Malgré cette lourde défaite, les démocrates conservent la majorité au Sénat d’un cheveu, en raison notamment du succès des candidats issus du mouvement des Tea Party – et que j’évoquerai ultérieurement.

Composition du Congrès américain (Sénat et Chambre des représentants) à l'issue des élections fédérales du mardi 2 novembre dernier (www.liberation.fr)

Barack Obama est donc sanctionné en raison de sa politique qui, malgré quelques résultats notables, n’a pas été comprise par nombre de ses concitoyens qui subissent les contrecoups de la crise financière et qui aimeraient bien que celle-ci prenne fin. Malgré un discours volontaire et un discours pédagogue, le discours de Barack Obama n’aura pas suffi pour apaiser nombre d’Américains qui de l’espoir sont passés à la déception puis à la colère.

Meeting commun Tea Party - Parti républicain en présence de Sharon Angle, candidat au Sénat dans le Nevada (www.liberation.fr)

Cette colère s’exprime notamment au sein des Tea Party, un mouvement clairement conservateur et populiste qui se distingue par son opposition (voire sa haine) vis-à-vis du président des Etats-Unis et de sa politique mais aussi par sa forte critique envers le GOP (Grand Old Party), le parti Républicain. Un mouvement qui réclame moins d’Etat, moins d’impôt mais aussi clairement le retour à un certain ordre moral. Ainsi, Christine O’Donnell, candidate au Sénat dans l’Etat du Delaware, soutenue par le GOP et le Tea Party, n’a pas mâché ses mots en condamnant, au nom de la Bible, la masturbation ! Heureusement que cette folle (disons clairement les choses), n’a pas été élue, ce qui donne une idée du personnage et des valeurs qu’elle défend et ses camarades !

Toujours est-il que cette victoire des Républicains va quelque peu compliquer la fin de mandat de Barack Obama, ce dernier souffrant déjà d’une popularité à la baisse. Toutefois – et c’est là que cela devrait être intéressant – l’actuel locataire de la Maison Blanche peut se servir de cette situation pour en sortir renforcé. En effet, l’ancien sénateur de l’Illinois pourrait tirer son épingle du jeu en se montrant comme un homme ouvert et capable de compromis face à une Chambre des représentants (désormais républicaine, c’est-à-dire au centre-droit) qui fera tout pour démanteler les principales réformes engagées par l’administration Obama notamment celle symbolique du système de santé. D’ici 2012, Obama devra montrer qu’il travaille au nom des Américains et pour l’intérêt des Etats-Unis, un exercice hardi pour lui mais également pour ses adversaires républicains qui devront montrer qu’ils sont capables de faire des compromis s’ils ne veulent pas être accusés de bloquer toute initiative gouvernementale.

Barack Obama, en compagnie de sa femme Michelle lors d'un meeting

C’est tout le défi et le calcul politique que fait Barack Obama qui mise sur un scénario à la Bill Clinton pour briguer un second mandat en novembre 2012. En 1994, l’ancien président démocrate des Etats-Unis avait subi, deux ans après son élection, une cuisante défaite semblable à celle que connait Barack Obama avec le retour des Républicains à la Chambre des représentants. S’en sont suivies deux ans de cohabitation, période durant laquelle, le président d’alors avait du faire preuve de compromis (quitte à mettre dans le placard, certaines réformes promises comme celle du système de santé) qui se sont soldées par la réélection de Clinton face au sénateur républicain – et peu charismatique – Bob Dole en novembre 1996. Obama peut donc rêver d’une situation à la Clinton surtout si en face de lui, il retrouve une vieille connaissance du nom de Sarah Palin, l’ancienne gouverneur de l’Alaska, devenue égérie du mouvement des Tea Party mais dont beaucoup s’interrogent sur sa capacité à prendre les rênes des Etats-Unis.

L’espoir déçu

Barack Obama, actuel président des Etats-Unis

Les « Midterm Elections » (Elections de mi-mandat) qui se tiennent ce mardi aux Etats-Unis ne s’annoncent pas de tout repos pour Barack Obama.

Traditionnellement, ces élections législatives ne sont pas favorables pour le parti majoritaire au pouvoir, les électeurs profitant de ce scrutin pour sanctionner la politique du gouvernement fédéral. Barack Obama ne devrait donc échapper à la règle, les analystes et autres journalistes politiques étant en effet unanimes : le parti démocrate devrait connaitre une défaite importante à l’issue d’un scrutin jugé à haut risque et qui devrait sanctionner la politique de l’actuel locataire de la Maison Blanche, la question se portant désormais sur l’ampleur de cette défaite et les conséquences de celle-ci sur la suite du mandat d’Obama.

Affiche de campagne de Barack Obama durant la campagne présidentielle de 2008

Il faut dire que le fol espoir suscité par l’élection de l’ancien sénateur de l’Illinois, premier homme de couleur à accéder à la Maison Blanche, est quelque peu contrarié. Deux ans après son triomphe et une victoire nette et sans bavure, les Américains peinent à percevoir les changements qu’a initié Barack Obama en dépit d’une politique qui ne pêche pas par volontarisme. Qui plus est, ce dernier avait mis en garde ses concitoyens en leur expliquant que le chemin serait difficile et parsemé d’embuches.

A titre personnel, je dois vous avouer que je ne suis qu’à moitié surpris dans la mesure où la déception (ou du moins la contrariété des Américains) est à la hauteur des attentes immenses suscitées par Barack Obama. Je me souviens, pour l’anecdote, de ces images historiques diffusées dans les quatre coins du monde et de l’enthousiasme mondial qui régnait quelques jours après sans oublier la délirante cérémonie d’investiture.

Cependant, on a oublié que si l’avènement de Barack Obama constituait une rupture, le changement tant promis et attendu n’allait pas se faire en un coup de baguette magique, ne serait-ce en raison d’une Amérique divisée et éreintée par huit années d’administration Bush. Les Américains (du moins ceux qui ont voté pour lui, c’est-à-dire les milieux défavorisés ainsi que les classes moyennes) ont rapidement pensé qu’Obama révolutionnerait les Etats-Unis en promettant prospérité et plein-emploi.

Un enthousiasme qui se paye aujourd’hui pour l’actuel président des Etats-Unis qui est d’une certaine manière, « victime » de la pression qu’il a subi avant et surtout après son élection dans la mesure où il ne devait absolument pas avoir droit à l’erreur. Cela se ressent dès lors dans sa politique actuelle qui, outre le mécontentement de ses adversaires plus ou moins revanchards (des Républicains) voire fanatiques (les militants et sympathisants des fameux Tea Parties, propulsé par Sarah Palin, ex-colistière de John Mc Cain à la présidentielle de 2008 et véritable égérie du mouvement) provoque également une certaine déception chez ses propres partisans qui en attendaient beaucoup plus.

Manifestation du mouvement des Tea Parties contre la politique actuelle de Barack Obama

Quelque soit l’issue du scrutin, il paraît désormais primordial pour Barack Obama de renouer avec ses fondamentaux et d’exploiter au maximum ses atouts que son volontarisme, son charisme mais aussi sa capacité à tenir un discours particulier aux Américains. Leur rappeler que le changement ne peut se faire d’un seul coup et que si changement il y a, il implique de toutes les façons une part d’incertitude et de risques. Charge désormais pour le président américain de limiter les dégâts et de faire en sorte que le Sénat reste sous contrôle démocrate, ce qui semble le scénario le plus probable

Le(s) fou(s) de Dieu

Le pasteur Jones n’en démord pas ! Le 11 septembre prochain, à l’occasion de la commémoration des attentats de New-York et de Washington, il entend organiser un rassemblement avec des fidèles et bruler le Coran – le livre sacré des musulmans – afin de dénoncer l’Islam, une religion qu’il considère comme le Mal absolu.

Le pasteur Terry Jones, à l'initiative de la manifestation du 11 septembre prochain durant laquelle il compte brûler un exemplaire du Coran

Conscientes du danger, les autorités américaines ont bien tenté de ramener cet homme à la raison, sans succès jusqu’ici malgré les interventions d’Hillary Clinton qui a condamné fermement cette initiative. Même son de cloche du côté de Bruxelles (Belgique), au siège de l’Organisation des Traités de l’Atlantique Nord (OTAN) qui considère qu’une telle initiative pourrait mettre en danger la sécurité des troupes de l’Alliance atlantique basées notamment en Afghanistan.

A titre personnel, je trouve l’initiative complètement (pardonnez-moi l’expression) couillonne et extrêmement dangereuse. Couillonne parce qu’il faut être complètement stupide pour oser provoquer une religion, et faire ce qu’il convient de penser comme une déclaration de guerre et extrêmement dangereuse dans la mesure où une telle initiative, si elle se concrétisait, constituerait une formidable propagande aux autres fous de Dieu que sont les fondamentalistes et autres Frères musulmans.

Je ne sais si le pasteur Jones ira jusqu’au bout de sa logique en voulant brûler ce livre sacré qu’est le Coran. Cependant, ce dernier n’est que le reflet d’une Amérique profonde complètement paralysée par la peur de l’Islam et de ce qu’il représente pour nombre d’Américains. Depuis les attentats du 11 septembre 2001, il existe une islamophobie rampante et qui va souvent de pair avec une arabophobie latente et ce, en dépit de la liberté de religion.

Cela se voit tout particulièrement dans le cadre des Tea Parties, ces mouvements qui se disent apolitiques mais finalement beaucoup plus proches de l’extrême droite et qui se font régulièrement entendre sur la scène politique américaine. Ainsi en août dernier, ils étaient plusieurs milliers d’entre eux à manifester à Washington contre le projet de construction d’une mosquée sur le site de Ground Zero, à l’endroit même où étaient érigées les Tours du World Trade Center à New York. Il a fallu l’intervention de Barack Obama et le rappel de l’amendement garantissant la liberté de religion pour que les choses se calment un peu.

Afghans brulant une effigie du pasteur Jones en guise de protestation à Kaboul

Mais cela ne suffira sans doute pas tant que l’Amérique profonde a une haine de plus en plus prononcée de l’Islam. Et l’initiative stupide du pasteur Jones ne va pas arranger les choses ! Pire, elle renforcerait tout simplement le sentiment anti-américain et encouragerait les autres fous de Dieu à brûler à leur tour des livres sacrés tels que la Bible ou bien encore la Torah. Pas sur que le pasteur appréciera mais peu importe puisqu’il aura réussi son pari : stigmatiser l’Islam (et surtout se faire parler de lui !)