Une victoire et quelques épines

Comme prévu, le Parti socialiste remporte le second tour des législatives et se paye même le luxe d’obtenir la majorité absolue à lui-seul en détenant 301 sièges (plus les 15 obtenus par ses alliés du Parti radical de gauche et du Mouvement Républicain et Citoyen). Une première pour le premier parti de gauche (et désormais de France) dans l’histoire de la Cinquième République qui n’aura même pas besoin du soutien des Verts et surtout du Front de Gauche qui obtiennent respectivement 18 et 13 sièges. De son côté, l’UMP subit une large défaite en ne décrochant que 210 sièges. Quant au Modem, il est pratiquement rayé de la carte, avec seulement deux sièges et sans son leader François Bayrou qui a été battu dans son fief des Pyrénées-Atlantiques.

Composition de l’Assemblée nationale, au lendemain du second tour

La gauche parlementaire remporte donc haut-la-main une élection législative qui confirme la victoire présidentielle de François Hollande, le 6 mai dernier. L’actuel président de la République aura les mains libres pour gouverner et donc mettre en œuvre sa politique. Cependant, si la gauche a tous les pouvoirs, elle a toutes les responsabilités et n’a donc pratiquement aucun droit à l’erreur, comme le précise si bien Françoise Fressoz, éditorialiste au Monde. Le défi pour la gauche et pour le Parti socialiste en particulier est double : celui de redresser la situation économique du pays et de faire des réformes inscrites dans la justice sociale tout en ne se montrant hégémonique, pour ne pas dire arrogante, à l’instar de l’UMP durant ces dix dernières années. Sans doute que le poids et l’attitude des autres partis de gauche (Front de gauche et Verts en tête) sera déterminant pour empêcher le Parti socialiste de se couper des réalités et rester fidèle aux engagements pris par le président de la République.

Toutefois, si la victoire de la gauche et du Parti socialiste en particulier est sans appel, quelques épines demeurent notamment la défaite de Ségolène Royal en Charente-Maritime, face au dissident socialiste Olivier Falorni. Une défaite retentissante dans la mesure où l’ancienne candidate à la présidentielle de 2007 s’était préparée à succéder à Bernard Accoyer au perchoir de l’Assemblée nationale. Reste à savoir ce que l’actuelle présidente de la région Poitou-Charentes fera dans les semaines et les mois à venir pour espérer exister et surtout peser au sein du Parti socialiste et de la majorité.

Autre épine, celle de l’abstention qui atteint un score record. 44% de nos concitoyens ne se sont pas déplacés voter, confirmant le caractère secondaire des législatives, comme le souligne si bien Françoise Fressoz. « Depuis que le mandat présidentiel est passé de sept à cinq ans, explique-t-elle, les Français ont tendance à transformer les législatives en une validation de l’élection présidentielle qui les a précédées. En 2007, Nicolas Sarkozy avait obtenu 53,06 % des suffrages exprimés à la présidentielle et avait, dans la foulée, fait élire 314 députés UMP. Cinq ans plus tard, François Hollande a obtenu 51,6 % des suffrages exprimés et fait élire 300 députés socialistes. La logique est implacable. » Une faible participation qui faudra absolument prendre en compte tant elle souligne bel et bien une crise de la représentation politique.

Gilbert Collard, désormais député FN du Vaucluse

Enfin, dernier fait marquant – et non des moindres – celui du retour du Front national au Palais Bourbon qui obtient deux sièges dont celui de Marion Maréchal-Le Pen, petite-fille de Jean-Marie et qui, à seulement 22 ans, devient la benjamine de l’hémicycle. Autre personnalité qui rentre à l’Assemblée, Gilbert Collard, qui à peine élu, a fait la promesse d’être un député « casse-couille », ce qui laisse présager de l’ambiance à venir ! Ce retour de l’extrême droite ne doit être pris à la légère, signe que le Front national a retrouvé son pouvoir de nuisance qu’il avait perdu, il y a seulement cinq ans.

François Hollande et Jean-Marc Ayrault ont donc les mains libres pour les cinq ans à venir dans un contexte économique, européen et international difficile comme l’a encore rappelé les élections parlementaires en Grèce. Comme je l’ai écrit plus tôt, le Parti socialiste qui a tous les pouvoirs, sait qu’il n’a pas le droit à l’erreur et devra surtout donner des résultats, si elle ne veut pas connaître le même sort que l’UMP et Nicolas Sarkozy, en 2017. Ce qui suppose une grande humilité de la part de la majorité surtout face aux défis qui nous attendent.

Marine à tout prix ?

Tout faire pour séduire la belle Marine, du moins ses électeurs. C’est un peu le défi auxquels font face les deux finalistes à la présidentielle dans la perspective du 6 mai prochain. Et tout est bon pour conquérir les voix du Front national et de ses électeurs, bien que l’enjeu soit différent selon qu’on soit Nicolas Sarkozy ou François Hollande.

Depuis le 22 avril en effet, les deux candidats restants à la magistrature suprême rivalisent d’efforts et de déclarations pour s’assurer une (large) partie de l’électorat frontiste, une des clés majeures du second tour à venir. Aussi, l’un comme l’autre enchaîne les propositions et intentions à l’égard des soutiens de Marine Le Pen notamment dans des thèmes comme l’immigration, les frontières ou bien encore l’emploi et les services publics.

Nicolas Sarkozy, le candidat-président, est celui qui a le plus à gagner d’un report massif des électeurs de Marine Le Pen sur son nom mais aussi le plus à perdre, à la différence de François Hollande, ce qui le contraint à axer sa campagne d’entre-deux-tours sur une ligne très droitière, très semblable à celle du Tea Party aux Etats-Unis. Ainsi à Toulouse hier, le candidat UMP a évoqué la question de la Nation et des frontières, deux thèmes chers à l’extrême droite de Marine Le Pen.

De son côté, François Hollande n’est pas en reste et compte bien récupérer une partie des voix des électeurs du Front national dans la mesure où il voit en ce vote, un vote de colère tout en ne changeant pas son programme et sa stratégie d’un iota. L’exercice paraît assez ardu et n’est pas sans risques (dans la mesure où c’est la première fois que la gauche républicaine parle véritablement aux électeurs du Front national et qu’il doit s’assurer du soutien des électeurs de Jean-Luc Mélenchon) mais au bout du compte intéressant, Hollande souhaitant une victoire la plus large possible face à son rival.

Toujours est-il que derrière les candidats, se cachent deux stratégies et techniques de drague bien opposées : celle de Nicolas Sarkozy qui consiste à reprendre à son compte, une partie (sinon la totalité) des propositions de Marine Le Pen en mettant en avant des thèmes qui sont à la fois mis en avant par l’UMP et le Front national, tels la Nation, l’autorité ou bien encore le mérite. Une stratégie qui avait été redoutablement efficace en 2007 mais qui s’est cependant ramassé la figure en 2012 notamment à l’issue du premier tour, avec une Marine Le Pen recueillant 18% des voix (contre 10,4 pour son père il y a cinq ans). Une stratégie qui a ses limites, ce qui n’empêche pas Nicolas Sarkozy d’insister et même d’aller plus loin pour espérer conquérir ces voix qui lui font tellement défaut.

De son côté, François Hollande voit dans le vote en faveur de Marine Le Pen, un vote de colère et de désespérance comme je l’ai écrit plus tôt, ce qui lui permet de mettre davantage en avant des thèmes chers à la gauche comme la question des services publics ou bien encore la solidarité. Des thèmes qui peuvent également trouver un écho positif dans la mesure où l’électorat du Front national est bien plus hétérogène qu’il n’y parait et que le vote en faveur de Marine Le Pen reste encore (du moins en partie) un vote protestataire, même si le candidat socialiste a voulu montrer certains gages comme le maintien de la loi interdisant la burqa s’il était élu.

Marine Le Pen, députée européenne et présidente du FN, lors d’un meeting en 2012

Aussi, on a deux styles bien différents dans l’entreprise de conquête des voix de Marine Le Pen, l’un misant sur les valeurs conservatrices et la question nationale et l’autre mettant en avant la solidarité, l’Etat et jouant la carte du rassemblant. Deux techniques de drague qui montrent à quel point, le Front national est revenu dans le centre du jeu politique français, quatre ans seulement après en avoir été mis de côté. Et même s’il est plutôt hasardeux de voir en Marine Le Pen une faiseuse de roi, il n’en demeure pas moins que celle-ci doit savourer sa petite revanche notamment à l’égard d’un Nicolas Sarkozy qui avait imprudemment célébré la fin du Front national, en 2007. Une petite revanche qu’elle aura sans doute à cœur de célébrer le 1er mai prochain, lors du traditionnel défilé en l’honneur de Jeanne d’Arc.

Le grand écart

Caricature de Pierre Kroll, parue dans Le Soir quotidien belge

Comment récupérer les ¾ (sinon plus) des voix de Marine Le Pen tout en séduisant les électeurs de François Bayrou ?

C’est l’équation quelque peu compliquée que va devoir résoudre le candidat de l’UMP, Nicolas Sarkozy, arrivé deuxième de l’élection présidentielle, derrière le candidat socialiste, François Hollande.

Celui qui avait réalisé le score historique de 31,11% des voix lors de la précédente élection est en effet très loin de son objectif initial qui était d’arriver en tête au premier tour afin d’insuffler une dynamique positive. Bien au contraire, puisque le président sortant doit se contenter d’un décevant 27,10% et composer avec une extrême droite au score plus ou moins inattendu de 17,9% des suffrages exprimés, un score et une candidate (Marine Le Pen) qui ne manquera pas de peser dans l’entre deux tours.

La situation était bien plus favorable en 2007 où celui qui était alors ministre de l’Intérieur avait réussi le tour de force de siphonner les voix de Jean-Marie Le Pen, lui permettant ainsi de faire la course en tête et de lui assurer la victoire au second tour face à Ségolène Royal ainsi qu’une majorité absolue à l’Assemblée nationale lors des législatives qui s’en sont suivies. A l’époque, la stratégie était claire : réduire le score du Front national au maximum afin de provoquer une dynamique irréversible. Une dynamique qui sera découplée avec le ralliement de la droite souverainiste et chrétienne-démocrate ainsi que part celui des chasseurs (représentés à l’époque Frédéric Nihous du CPNT). Qui plus est, le bon score de François Bayrou, leader de l’UDF, et les ralliements de nombre de ses cadres (au premier comme à l’entre-deux-tours comme Hervé Morin et Maurice Leroy) suffiront à renforcer cette dynamique. Pour preuve, 2/3 des électeurs de Bayrou en 2007 s’étaient reportés sur la candidature de Nicolas Sarkozy.

Si ce grand écart entre le captage avec voix des voix du Front national et ceux de François Bayrou était tout à fait possible en raison des conditions évoquées (un Nicolas Sarkozy en tête dès le premier tour, un FN bas et un bon score de François Bayrou lui permettant de bons reports de voix), il n’en demeure pas moins que la situation fut radicalement différente hier soir. En effet, si le recul de François Bayrou, leader du Modem (le successeur de l’UDF) était attendu et anticipé, personne – pas même le président sortant – n’avait envisagé un score élevé du Front national de Marine Le Pen. Qui plus est, la pole-position de François Hollande à l’issue du premier tour est une donnée supplémentaire qui complique un peu plus la donne pour Nicolas Sarkozy qui voit sa stratégie complètement mise à plat.

Ce qui explique sans doute l’état d’esprit de ce dernier mais aussi la difficulté du défi qu’il attend. Un défi qui n’est pas impossible à réaliser mais qui me parait peu probable de réussir. En effet, contrairement à 2007, le Front national a retrouvé son rôle favori, celui de trouble-fête qui pèsera de tout son poids sur la stratégie de Nicolas Sarkozy. A cela s’ajoute le fait que les électeurs de François Bayrou de 2012 ne sont pas ceux de 2007, la plupart d’entre eux ayant massivement rejoint Nicolas Sarkozy soit en rejoignant l’UMP, soit en adhérant à un parti membre de la majorité (tel le Parti radical valoisien, la Gauche moderne ou bien encore le Nouveau Centre). Qui plus est, il faut rajouter que le score de Nicolas Sarkozy réalisé au lendemain du premier tour de la présidentielle de 2012 (pour rappel 27,10%) constitue le score de l’UMP et de ses alliés qui l’ont soutenu dès le premier tour (tels le CPNT, les chrétiens-démocrates de Christine Boutin, le Nouveau Centre, la Gauche moderne sans oublier les radicaux valoisiens de Jean-Louis Borloo). Un tel score souligne toute la faiblesse de la droite républicaine par rapport au bloc de gauche (PS, Front de gauche, Ecologistes, extrême-gauche) qui fort de ses 44% cumulées est en bel et bien en meilleure posture pour le second tour de la présidentielle mais aussi (ne l’oublions pas !) pour les législatives de juin prochain.

En clair Nicolas Sarkozy doit faire face à une situation pour le moins bien compromise : s’il mène une campagne très droitière visant à attirer les voix de Marine Le Pen, il perd l’électorat centriste et inversement. Aussi, doit-il trouver une synthèse (au risque de se renier et/ou se contredire en fonction de l’électorat auquel il aura à faire), ce qu’il avait réussi à faire en 2007. Pas sur qu’il réussisse à nouveau l’exploit en 2012 d’autant plus que Marine Le Pen a tout intérêt de ne pas soutenir le candidat de l’UMP pour mieux tirer profit de la situation à terme.

Ce grand écart risque d’être particulièrement douloureux pour le candidat de l’UMP sans compter qu’il risque d’y laisser des plumes !

La fi-fille à son papa

Jean-Marie Le Pen, président du Front national de 1972 à 2011, président d'honneur du mouvement depuis cette date. Ancien candidat à la présidentielle

Jean-Marie Le Pen n’aime pas – comme n’importe quel papa sur terre, mine de rien – qu’on s’en prenne à sa fille et il le fait savoir.

Souvenez-vous ! Jeudi dernier, Marine Le Pen était l’invitée de l’émission « Des Paroles et des actes » sur France 2. Face à elle, Jean-Luc Mélenchon, le leader du Front de gauche et candidat à la présidentielle dans un débat ou plutôt un non-débat, le leader frontiste ayant clairement signifié son refus de discuter. Une non-confrontation qui a clairement et logiquement tourné à l’avantage de Mélenchon.

Un débat qui a laissé des traces dans le camp Le Pen et qui a suscité certaines réactions notamment celle du papa qui a qualifié Mélenchon de « voyou » s’en prenant à une femme, une manière assez brute de souligner le manque de courage et de courtoisie mais également toute la violence verbale dont fait preuve le patron du Parti de gauche.

L’affaire est donc entendue : le leader néo-communiste manque de savoir-vivre face à une femme, et est un goujat de première. Qui plus est, il s’attaque à la fille de l’ancien chef, ce n’est guère mieux. En clair, Mélenchon est l’agresseur et Marine Le Pen, la pauvre fille qui s’est faite injustement violentée, trainée dans la boue. La victimisation, marque de fabrique traditionnelle du Front national semble refaire surface.

Jean-Marie et Marine Le Pen à La Trinité sur Mer, le 17 mars 2007

Jean-Marie Le Pen court donc au secours de sa fille, comme l’aurait fait n’importe quel papa. Le geste est touchant et affectif mais cache mal une certaine réalité : que la campagne de Marine Le Pen patine dangereusement, la candidate ayant du mal à se montrer crédible auprès des Français notamment en raison d’un programme économique et social mal ficelé et bien peu solide, sans oublier certaines fausses polémiques comme la viande halal.

Dès lors, la figure du père est indispensable, histoire de rassurer la fille mais également les militants qui pourraient commencer à paniquer. Néanmoins, si la figure du père est rassurante, elle pourrait très encombrante. On l’a vu récemment avec les propos de Jean-Marie Le Pen sur Robert Brasillach, poète collaborationniste et admirateur de l’Allemagne nazie tristement célèbre, mais aussi il y a quelques années lorsque l’ancien président du Front national n’avait pas hésité à s’en prendre violemment à une candidate socialiste à Mantes-la-Jolie, lors des législatives anticipées de 1997 alors qu’il était venu soutenir sa fille aînée, Marie-Caroline, comme le montre cet extrait du Journal télévisé de France 2 :

Aussi, on ne peut qu’être amusé par les propos de Jean-Marie Le Pen à l’égard de Mélenchon surtout si on a en tête ces images où l’ancien président du Front national était à mille lieues de la courtoisie et du respect de la gent féminine. Des propos qui cachent mal en tout cas, le manque de sérénité d’un parti qui se rend compte que la présidentielle est sans doute jouée pour elle.

Une question de parrainages

Marine Le Pen devant le Conseil constitutionel, le 21 février dernier

Marine Le Pen n’a pas eu gain de cause. En effet, le Conseil constitutionnel a récemment débouté la présidente du Front national et candidate à l’Elysée qui réclamait auprès des Sages l’anonymat des parrainages de maires aux candidats à la présidentielle. Pour se justifier, l’institution suprême a considéré que le système actuel – à savoir la publicité des parrainages – était tout à fait conforme à la Constitution de 1958 et qu’il était de toute façon inconcevable de le modifier à quelques soixante jours du premier tour.

Marine Le Pen aura-t-elle ses cinq cent signatures ? C’est la question à laquelle s’interrogent nombre d’analystes politiques ainsi que l’intéressée elle-même qui clame qu’elle est encore loin du compte. Selon la présidente du Front national et candidate à la présidentielle, elle aurait récolté près de 420 promesses de parrainages dénonçant au passage une machination du « système » qui cherche à l’empêcher de se présenter à la magistrature suprême.

La question des parrainages reste un sujet hyper sensible et qui revient à la charge à chaque présidentielle. Pour rappel, il faut au minimum cinq cents signatures de maires et/ou d’élus locaux habilités sur l’ensemble du territoire français pour être autorisé à se présenter à la présidentielle. Un système imaginé par le Général de Gaulle en 1962 pour limiter – pour ne pas dire empêcher – toute candidature jugée farfelue ou peu sérieuse.

Depuis lors, le système a peu évolué hormis en 1976 où le seuil minimum des parrainages est brusquement passé de cent à cinq cents soutiens, ce qui complique un peu plus la donne depuis. Ainsi, en 1981 par exemple, Jean-Marie Le Pen, ancien président du Front national et père de Marine, n’avait pas pu se présenter tout comme Charles Pasqua en 2002, faute d’avoir recueilli les parrainages nécessaires, ce qui est également le cas d’autres postulants à chaque présidentielle.

Fronton du Conseil constitutionnel

Le système des parrainages, aussi controversé qu’il soit, a le mérite de poser la question suivante : celle de sa légitimité démocratique dans un processus où les Français sont censés élire le président de la République de la manière la plus universelle possible, ce qui suppose que tous les courants soient représentés, sans aucune exception. Cependant, un tel pré-requis a, au bout du compte, favorisé les grandes et traditionnelles formations politiques qui, en raison d’un réseau étoffé d’élus locaux, n’ont pas de difficultés pour satisfaire cette condition. Rien de tel pour le Front national de Marine Le Pen même si cette dernière a finalement sous-estimé la difficulté en raison de sondages bien trop flatteurs.

Aussi, rien de surprenant que la décision du Conseil constitutionnel de débouter la candidate frontiste en maintenant la publicité des parrainages, au nom d’une transparence démocratique. En effet, les rendre anonymes serait signe de recul mais surtout une fausse bonne idée dans la mesure où cela ne résoudrait absolument rien à long terme. Malgré tout, le débat sur les parrainages donne l’opportunité de réfléchir sur la réforme de ce système et plusieurs solutions sont proposées tel que un parrainage de citoyens, ou bien encore un abaissement du seuil d’élus nécessaires pour pouvoir se présenter à l’élection suprême.

Une question à laquelle, il faudra bien trouver une réponse surtout quand on sait que Marine Le Pen représente environ 15% des sondés en France (si on se réfère aux intentions de vote) et qu’il n’est dans l’intérêt de personne que cette dernière ne puisse soumettre sa candidature aux Français, faute de parrainages suffisants.

La tentation (bleue) Marine

Marine Le Pen, présidente du Front national et candidate à l'élection présidentielle, au siège de son mouvement à Nanterre (Hauts-de-Seine), en avril dernier

Pendant ce temps, Marine Le Pen tisse sa toile, lentement mais surement.

En effet, avec plus de 20% d’intentions de vote, la présidente du Front national et fille du leader historique du parti d’extrême droite, Jean-Marie Le Pen, flirte avec des scores inédits, du jamais vu dans l’histoire du mouvement. Même son père ne pourrait dire mieux, lui qui recueillait entre 9 et 12% d’intentions de vote dans les précédents scrutins présidentiels.

Il faut dire que Marine ne laisse pas indifférent moins en raison de son physique qu’en raison du lifting qu’elle a imposé au Front national depuis son accession à la présidence en janvier 2011. Auparavant connu pour son côté provocateur et violent, le FN version 2012 se veut plus respectable, loin, très loin de sa caricature légendaire. Fini – en apparence – le skinhead tendance fascisant ! Fini   – en apparence aussi – les slogans chocs ou anti-immigrés ! Non seulement, le FN veut se montrer fréquentable mais en plus veut être pris au sérieux, capable de gouverner et mettre fin à la soi-disant hégémonie de l’UMP et du Parti socialiste sur la scène politique française plus connu sous l’acronyme « UMPS ».

Marine Le Pen attire une importante frange de l’électorat français miné par la crise économique et les fins de mois difficiles. Chômeurs de longue durée, modestes retraités, ouvriers… Ils ne sont pas nécessairement racistes et/ou xénophobes mais se sentent floués eux qui ont tourné le dos au Parti socialiste depuis un moment et eux qui ont voté majoritairement Nicolas Sarkozy il y a cinq ans, croyant dur comme fer à son slogan : « Gagner plus en travaillant plus ». Mais là, le désenchantement est réel et visible et cela, la benjamine le sait très bien orientant sur son discours et son programme sur les classes populaires mais aussi – et c’est nouveau – sur les classes moyennes.

Marine Le Pen – et là aussi c’est nouveau – veut le pouvoir à la différence de son père qui au fond, voyait dans le Front national, une caisse de résonance et non une véritable machine à conquérir le pouvoir. Insister sur ce point permet de comprendre (en partie) pourquoi la plus jeune fille du clan recueille des intentions de vote inégalées jusqu’ici pour un parti d’extrême droite en France, menaçant directement Nicolas Sarkozy. Et ce, peu importe que son programme soit difficilement crédible, applicable et surtout défendable comme l’a si justement démontré Anne-Sophie Lapix, lors de l’émission « Dimanche + », le 15 janvier dernier sur Canal Plus.

A tel point que l’hypothèse d’une qualification de la cheffe frontiste pour le second tour de la présidentielle est régulièrement évoquée, du moins n’est plus exclue, certains analystes voyant dans le vote Front national, un soutien de plus en plus assumé à certaines de ses idées et propositions comme l’a récemment indiqué un sondage où près de 30% des Français semblent approuver les thèses du FN même si dans cette même étude, plus des deux tiers des Français ne souhaitent la présence de Marine Le Pen au second tour. Qui plus est, considérer l’éventualité d’une présence de Marine Le Pen au second tour, c’est également une manière de se prémunir de tout effet de surprise à l’instar de 2002 où personne n’avait envisagé la qualification de Jean-Marie Le Pen face au président sortant Jacques Chirac, écartant de la course, le Premier ministre et leader du Parti socialiste, Lionel Jospin.

Marine Le Pen, en compagnie de son père Jean-Marie Le Pen, président du Front de national de 1972 à 2011 et candidat à la présidentielle en 1974, 1988, 1995, 2002 et 2007

Le traumatisme du 21 avril reste encore vif dans la plupart des partis politiques français tout particulièrement au sein du Parti socialiste, comme le rappelle François Hollande qui utilise même le terme de « blessure », lui qui avait appelé à voter pour Jacques Chirac afin de « barrer la route à l’extrême droite » selon l’expression utilisée à l’époque. Le traumatisme est également au sein de l’UMP où ses membres sont divisés sur l’attitude à adopter face à l’actuelle présidente du mouvement, plus séduisante, surtout moins caricaturale que son père et surtout tout aussi efficace sinon plus. Il n’en demeure pas moins qu’à la vue des intentions de vote accordés à Marine Le Pen et des enjeux qui touchent l’Hexagone, la clé du scrutin présidentiel se trouvera en partie dans le discours adressé aux classes populaires et aux personnes les plus touchées et fragilisées par la crise, par les deux grands partis de gauche et de droite. Le Parti socialiste comme l’UMP ne s’y sont pas trompés, bien décidés à reconquérir cette catégorie, véritable pièce-maîtresse pour être assuré d’accéder au second tour, le 22 avril prochain

J’entends des voix…

Jeanne d’Arc était à l’honneur ce vendredi.

En effet, Nicolas Sarkozy s’est rendu à Domrémy (Vosges) à l’occasion du 600ème anniversaire de sa naissance. Une visite qu’il a voulu sur le ton de l’hommage, déclarant que « Jeanne La Pucelle » n’appartenait à une aucune famille politique et à aucun clan, cette dernière étant avant un symbole d’unité du peuple français.

Le lendemain – et sans doute en guise de réponse – Marine Le Pen rendait à son tour hommage à Jeanne d’Arc devant sa statue qui est érigée tout près de la rue de Rivoli à Paris en compagnie de son père qui a fustigé l’initiative du président de la République qu’il a qualifié d’électoraliste, quelques mois seulement avant le premier tour de la présidentielle.

C’est sans doute le hasard du calendrier mais il fait parfois bien les choses notamment pour le président-candidat qui profite de sa situation pour mieux glorifier cette icône de l’Histoire de France que fut Jeanne d’Arc, celle qui a tenu tête aux Anglais lors de la Guerre de Cent Ans. Un symbole de résistance et d’unité pour Nicolas Sarkozy dans un contexte marqué par la crise.

Un hommage qui n’a pas fait plaisir aux Le Pen père et fille pour les raisons que vous en doutez. Jeanne d’Arc c’est LE symbole du Front national, le symbole de fierté nationale. Au FN, on célèbre La Pucelle depuis des lustres et on trouve que Nicolas Sarkozy n’est qu’un usurpateur.

Marine Le Pen, présidente du FN et candidate à la présidentielle, devant le statue de Jeanne d'Arc à Paris, le 7 janvier dernier

L’hommage de Nicolas Sarkozy, bien que protocolaire, n’est pas dénué d’arrière-pensées et autres calculs politiques. Jeanne d’Arc est en effet une icône de l’extrême droite française, de Charles Maurras à Marine Le Pen. Une icône qui concurrence clairement Marianne dans la mesure où elle incarne l’identité de la France et non celle de la République, un régime qui fut durant longtemps honni par les milieux royalistes et bonapartistes. Aussi, en évoquant cette dernière, le président de la République attaque clairement Marine Le Pen en jouant sur son terrain, un peu comme il avait fait en 2007 face à Jean-Marie Le Pen. En clair, il s’agit une nouvelle fois, de reprendre à son compte les thèmes favoris du Front national en espérant attirer son électorat.

Or, une telle stratégie, si elle a fonctionné à merveille, il y a cinq ans, risque de faire pschitt dans la mesure où Marine Le Pen n’est pas son père et que cette dernière a bien plus de répartie et de jugeote que lui. Qui plus est, une telle stratégie n’est pas sans risque dans la mesure où Nicolas Sarkozy pourrait être vu comme celui qui est à la remorque du Front national et qui celui qui court après ses électeurs et non les attirent comme en 2007, sans compter que l’électoral traditionnel de l’UMP ne pourrait pas suivre, ce dernier ayant bien d’autres préoccupations qu’un symbole national vieux de 600 ans.

Nicolas Sarkozy, Vaucouleurs dans la Meuse lors des célébrations du 600ème anniversaire de la naissance de Jeanne d'Arc

En rendant hommage à La Pucelle, Nicolas Sarkozy a clairement montré son intention de séduire un électorat très conservateur et catholique de plus en plus tenté par la belle Marine qui flirte avec les 20% d’intentions de vote dans les sondages, quitte à preuve de démagogie. Un choix quelque peu surprenant mais pas tellement finalement dans la mesure où ce dernier s’est souvent référé aux icônes de ses adversaires pour mieux récupérer leur électorat, ce qui fut le cas en 2007 lorsqu’il évoquait à l’envie Jean Jaurès, Léon Blum ou bien encore Guy Moquet des personnalités phares de la gauche française et du PS en particulier. Nicolas Sarkozy retente le coup en 2012 avec Marine Le Pen, une stratégie qui a bien de chances de porter ses fruits, néanmoins.

Un premier mai sans skinhead ?

Retour sur mon blog après une bonne semaine de disette mais également en raison d’un emploi du temps bien chargé ! En effet, je suis en pleine rédaction de mon mémoire et cela me prend un temps fou sans compter que je le rédige dans la langue de Shakespeare. De fait, beaucoup de concentration mais aussi de motivation.

Mais comme je manque justement de motivation et que l’envie de revenir sur mon blog me titillait, me voici donc de retour pour vous parler du traditionnel défilé du 1er mai du Front national.

Marine Le Pen va donc défiler avec ses partisans, dimanche prochain et pour la première fois, en tant que patronne du mouvement d’extrême droite. Pour marquer le coup, à tout juste un an de la présidentielle, la présidente du Front national, a décidé de faire le ménage dans ses rangs en invitant les fédérations et les militants à bannir toute personne habillée en treillis ou tout skinhead nostalgique du III° Reich et du tristement célèbre « Heil Hitler »

Marine Le Pen, députée européenne, conseillère régionale du Nord-Pas de Calais, conseillère municipale d'Hénin-Beaumont et présidente du Front national

En clair, Marine Le Pen affiche clairement ses ambitions, faire du Front national, un parti fréquentable comme les autres. Une stratégie prônée par la benjamine de Jean-Marie Le Pen depuis une dizaine d’années et qui semble se confirmer de jour en jour. Ainsi, Marine Le Pen a entériné la suspension d’Alexandre Gabriac, actuel conseiller régional frontiste rhônalpin et candidat aux dernières cantonales à Grenoble (Isère) pour une photo sur laquelle il fait le salut nazi, au grand étonnement de Bruno Gollnisch, candidat malheureux à la succession du père.

Alexandre Gabriac, candidat FN aux cantonales en Isère et actuel conseiller régional en Rhône Alpes, faisant le salut nazi (à droite de la première photo)

La stratégie de dédiabolisation est en tout cas révélatrice de l’esprit dans lequel s’inscrit le Front national version Marine Le Pen. Nouvelle coqueluche des sondages, celle qui se verrait bien au second tour de la présidentielle sait que celle-ci se joue aussi sur une question d’image. Aussi, pour attirer tous les déçus du soi-disant système « UMPS » mais qui seraient encore effrayés par la réputation du Front national, ce dernier n’hésite pas alors à ce faire une beauté, en virant tous les indésirables mais aussi en mettant sur la scène médiatique de jeunes pousses, véritable porte-parole du FN version Marine Le Pen et dont on se demande quand même, ce qu’ils viennent faire dans cette galère. Le récent cas de Vénussia Myrtil, cette jeune métissée ariègeoise-guadeloupéenne en est l’exemple le plus frappant.

Marine Le Pen en compagnie de Vénussia Myrtil

Toujours est-il que si le Front national veut se faire une nouvelle réputation, il convient de rappeler que le fond est toujours présent, à la différence que désormais Marine Le Pen tente la mutation suivante : faire passer le principal parti d’extrême droite d’un simple mouvement contestataire à une véritable force politique qui souhaite s’investir dans la vie publique à l’instar de ce qu’il existe chez la plupart de nos voisins européens comme en Italie par exemple où la Lega Nord (Ligue du Nord), parti xénophobe et régionaliste, est en coalition avec le PDL de Silvio Berlusconi.

Aussi, à un an de l’élection présidentielle, le doute est loin d’être permis : Marine Le Pen, portée par les sondages, tente d’opérer la mue de son mouvement en le présentant comme un parti nationaliste face à des partis traditionnels qui peinent encore à voir et qui cachent mal leur panique face à la stratégie opérée par la benjamine Le Pen, quitte à faire du Pen ! Ainsi, notre cher ministre de l’Intérieur, Claude Guéant, dont les propos nous feraient presque regretter Brice Hortefeux actuellement en exil bruxello-strasbourgeois, signe que la majorité actuelle ne sait plus à quel saint se vouer face à la patronne du FN.

PS : je vous mets en ligne une vidéo de Vénussia Myrtil, interrogée par  RTL, lors des élections cantonales. A l’époque, elle était candidate et avait bien du mal à défendre son projet, comme vous allez le voir ! A se demander si effectivement, elle ne sert pas de vitrine tant le manque de préparation (à défaut de professionnalisme)  est criant ! Jugez plutôt !

Le sondage qui fait peur

23%. C’est le score que réaliserait Marine Le Pen si le premier tour de la présidentielle avait lieu aujourd’hui, juste devant Nicolas Sarkozy et Martine Aubry (dans l’hypothèse où la maire de Lille serait la candidate du Parti socialiste) qui recueillerait tous deux 21%.

Marine Le Pen, députée européenne (Non-inscrite dans un groupe politique), conseillère régionale du Nord Pas-de-Calais, conseillère municipale d'Hénin-Beaumont (Pas de Calais) et présidente du Front national

Ce sondage a bien évidemment fait l’objet de tous les commentaires, à treize mois de l’élection présidentielle aussi bien à droite qu’à gauche où tous étaient d’accord pour mettre en cause le Front national et insister sur le fait que ce chiffre est révélateur de l’inquiétude de nos compatriotes face à l’avenir et de leur déception face au pouvoir.

Au risque d’en surprendre plus d’un, je dois vous avouer que ce sondage ne me fait ni chaud ni froid même s’il convient de l’analyser avec intérêt. Bien évidemment, je ne sous-estime pas la portée de cette enquête d’opinion qui montre que la nouvelle présidente du Front national est en passe de réussir là où son père avait échoué, c’est-à-dire, faire de son mouvement, un parti politique classique et respectable. Un sondage qui doit nous alerter sur le changement d’image et de considération du mouvement d’extrême droite dans l’opinion française.

Marine Le Pen en compagnie de son père, Jean-Marie, président du FN de 1972 à 2011, député européen (non-inscrit) et conseiller régional en Provence-Alpes-Côte d'Azur

Toutefois, un tel sondage ne devrait pas être davantage interprété notamment un peu plus d’un an des législatives et des présidentielles. En effet, les Français sont assez loin de la présidentielle, ces derniers ayant bien d’autres soucis, sans compter que nous sommes dans un contexte seulement pré-électoral. Qui plus est, en agissant de la sorte, les analystes et autres responsables politiques surestiment Marine Le Pen, lui donnant une importance au-delà de qu’elle mérite et l’agitant tel un épouvantail.

Car ressortir l’argument du vote utile en exprimant les craintes d’un nouveau 21 avril ne suffira pas pour contrer la stratégie de séduction et de lissage du Front national. Tout comme il ne suffira pas de rappeler que le FN est un parti raciste, xénophobe et antisémite, image que le mouvement d’extrême droite tente de lisser d’ailleurs en montrant volontiers de jeunes militants issus de l’immigration[1].

L’actuelle force de Marine Le Pen se situe dans le fait qu’elle cogne assez dur sur le prétendu système UMPS, à l’instar d’un Jean-Luc Mélenchon pour le Parti de Gauche. La dénonciation du système dans lequel tout le monde se connait et a fréquenté les mêmes grandes écoles… voilà un discours qui ne peut que séduire tous celles et ceux qui se sentent exclus et qui subissent les contrecoups de la crise.

Marine Le Pen durant son discours lors du Congrès de Tours du Front national en janvier dernier

Dès lors, plus qu’un avertissement, le récent sondage plaçant Marine Le Pen en tête doit inviter tous les partis républicains à s’interroger sur leurs stratégies actuelles notamment envers les plus fragiles de nos compatriotes qui n’attendent plus rien de la politique. Cela est d’autant plus vrai pour le Parti socialiste dont on attend expressément de lui qu’il propose une alternative crédible et durable à la politique inique et cynique que mène l’exécutif actuel.

Car comme l’a si bien souligné Fabien Namias, journaliste politique à France 2, la gauche républicaine ne profite pas de l’affaiblissement de l’exécutif, signe sans doute d’un manque de visibilité. Toutefois, cette gauche républicaine – et tout particulièrement socialiste – a le devoir d’apporter une réponse sérieuse et forte à tous ceux qui sont tentés par la blonde Marine, là où la droite sarkozyste ne fait que singer cette dernière. C’est sans doute le principal enseignement que nous devons tirer de ce sondage en se posant notamment une question simple : POURQUOI Marine Le Pen totalise près de 23% ?


[1] Cela fera l’objet d’un article ultérieur

Jean Luc, Marine : même combat ?

Quand Méluch’ est en colère, il le fait savoir à qui veut l’entendre et ne s’en prive pas pour le faire.

Preuve en est, cette récente caricature de Plantu, ci-dessous, où on voit le leader du Parti de gauche et un des animateurs du Front de gauche (le cartel réunissant le Parti communiste français, la Gauche Unitaire et le PG) comparé à Marine Le Pen, fraîchement élue présidente du Front national, dans un exercice de style et d’éloquence assez similaire.

Caricature de Plantu, parue le 19 janvier dans L'Express

La réaction du patron du Front de gauche ne s’est pas faite attendre, ce dernier dénonçant « l’odieux amalgame dont il a été victime, Plantu, selon lui, le considérant comme un lepéniste de gauche.

Bien évidemment, l’ancien sénateur socialiste de l’Essonne et actuel député européen ne saurait être assimilé à Marine Le Pen qui de son côté, a désormais les mains libres son objectif de donner un lifting au mouvement de son papa en insistant sur la question sociale. C’est justement sur ce point là que le bas blesse et que Plantu a osé la critique.

Car à mon sens, il n’a jamais été en question de quelconque amalgame raciste ou de sous-entendre que Mélenchon soit raciste, ce qui n’est de toute façon pas le cas. Toutefois, là où le caricaturiste semble viser juste, c’est la propension qu’ont et Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, à dénoncer un soi-disant système sur le thème du « Tous pourris ».

Jean-Luc Mélenchon, patron du Parti de gauche et Marine Le Pen présidente du Front national

C’est en effet le mot d’ordre affiché par les deux leaders, l’une s’attaquant à « l’établissement » UMPS sans la gouaille et les provocations de son papa, l’autre s’en prenant à sa cible favorite, les journalistes (la dernière victime en date étant Jean Quatremer). A cela, ajouter une bonne dose de démagogie et de populisme en récupérant notamment la question sociale que ni la gauche et encore moins la droite n’ont été en mesure de résoudre.

En s’affichant comme les Don Quichotte d’un système qu’ils prétendent dénoncer et combattre, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon finissent par se rejoindre en utilisant des méthodes similaires, en particulier dans la communication. Tout le monde est fautif et jouent contre les plus faibles, notamment cette élite politique et journalistique qu’il convient de clouer au pilori !

On peut apprécier ou bien au contraire être dégouté du dessin de Plantu. Toujours est-il qu’il pointe là où cela fait mal, à savoir l’image que donne Mélenchon, un tribun de la plèbe certes charismatique mais dont la force se puise dans des propos et des attitudes totalement démagogiques et insultantes. Un homme qui adore égratigner ses adversaires – en particulier ses anciens camarades socialistes – mais qui refuse apparemment toute critique le concernant.

Et inutile de dire que cela pose particulièrement problème notamment en démocratie où la critique est quelque chose de primordial. Jean-Luc Mélenchon ne manque pas de talent mais comme l’a si bien souligné le député socialiste de Paris, le Dr Jean-Marie Le Guen, ce dernier est à la croisée des chemins. Ou il peut apporter quelque chose de neuf à la gauche ou bien il est condamné à rester dans une posture populiste dépourvue de toute idée et de proposition politiques.

D’ailleurs, il y a des signes qui ne trompent pas puisque certains cadres du Parti de Gauche ont préféré rendre leur carte dénonçant un mouvement sans idées et qui vit pour et autour Jean-Luc Mélenchon. Sans doute que si ce dernier veut espérer peser sur la gauche à terme, il devra au préalable, ce montrer en homme de propositions et non en homme de contestations.