De la liberté de conscience ?

François Hollande, lors du congrès des maires de France, le 21 novembre dernier

Pendant que Jean-François Copé et François Fillon s’affrontent violemment dans ce qui ressemble à un véritable vaudeville à rebondissement, le président de la République a fait sensation en plein débat sur le mariage pour tous.

François Hollande a en effet évoqué la liberté de conscience pour certains maires qui, au nom de leur conviction (intime ou politique) refuserait de célébrer un mariage entre deux personnes du même sexe. Une proposition qui a suscité de fortes réactions à gauche, certains considérant que le chef de l’Etat avait, au mieux, fait une concession à un peu trop grande aux adversaires du projet de loi, au pire, avait carrément reculé notamment sous la pression des associations traditionnalistes. Face à cela, François Hollande est finalement revenu sur ses propos expliquant que les dispositions relatives au mariage pour tous seront appliquées partout et dans les mêmes conditions dans l’Hexagone et que les maires seront tenus de respecter la loi.

Comme je l’ai expliqué plus tôt, les propos de François Hollande ont suscité une forte controverse, essentiellement à gauche, la plupart des élus, voire des ministres nuançant ou minimisant la position du président de la République. Néanmoins, si une telle déclaration a fait, dans un premier temps, l’effet d’une bombe, il n’en demeure pas moins qu’elle ne manquait pas, au bout du compte, de pertinence, surtout au regard du contexte et du débat actuels, sans compter qu’elle a été mal interprétée, surtout dans les rangs du Parti socialiste.

On le sait peu, mais un maire peut, quelque soit la raison, déléguer la célébration d’un mariage à un membre du conseil municipal qui officiera donc en lieu et place de l’édile. Une disposition qui permet à ce dernier de gérer son emploi du temps comme il l’entend mais également à certains élus de célébrer un mariage qui les concerne directement en raison de la proximité avec les futurs conjoints.

C’est sur ce point que François Hollande s’était appuyé pour proposer sa liberté de conscience, considérant la logique suivante : si un maire ou son adjoint refusait de célébrer un mariage d’un couple du même sexe, un conseiller municipal pouvait sans problème remplacer ce dernier, assurant ainsi la cérémonie. Une manière assez subtile de couper de l’herbe sous le pied à ces édiles qui ont déjà publiquement annoncé qu’ils n’uniraient pas deux personnes du même sexe et qui, par leur prise de position, avaient déjà mis de l’huile sur le feu dans un débat qui suscite les passions comme l’ont d’ailleurs rappelé les manifestations des opposants au mariage gay, le week-end dernier.

Manifestation à Paris contre le mariage pour tous, le 17 novembre dernier

En invoquant la liberté de conscience, le président de la République n’a pas cherché à revenir en arrière mais plutôt à calmer le jeu pour mieux amadouer certains élus qui s’opposent avec véhémence au projet de loi de Christiane Taubira, l’actuelle ministre de la Justice. Le mariage pour tous est, qu’on le veuille ou non, un sujet hautement polémique et très symbolique car il touche à notre façon d’officialiser ou non certaines mœurs qui relèvent de l’intime. Dans une France traditionnellement catholique – malgré la séparation des Eglises et de l’Etat consacrant le principe de laïcité – il serait hasardeux d’oublier une telle donnée surtout quand on sait que le mariage demeure encore une valeur importante pour nombre de nos compatriotes, une valeur moins importante qu’autrefois certes, mais une valeur quand même !

Dès lors, il ne s’agissait pas d’un recul de la part de la président de la République mais d’une stratégie qui fut mal interprétée par certains à gauche. Sans doute, l’expression était mal appropriée et qu’il aurait fallu en utiliser une autre plus adéquate, ce que François Hollande s’est d’une certaine manière, employé en revenant sur sa « liberté de conscience ». Toujours est-il que l’essentiel demeure, à savoir : que l’esprit du projet de loi Taubira est préservé ainsi que l’égalité des citoyens devant la loi. Une piqure de rappel qui ne ferait pas de mal et qui éviterait à certains à gauche de se lever vent debout trop tôt et surtout trop vite !

Un congrès, pour quoi faire ?

Salle du Congrès du PS, à Toulouse, le 26 octobre

Ce week-end, les socialistes sont réunis pour leur soixante-seizième congrès ordinaire qui se tient à Toulouse (Haute-Garonne) jusqu’à dimanche matin.

Ce nouveau congrès se tient seulement six mois après la victoire du Parti socialiste aux élections présidentielles et législatives et dans lequel demeure très peu d’enjeux. En effet, les militants ont auparavant départagé les motions par un vote et ont sans surprise largement soutenu le texte d’Harlem Désir. Ils ont également sans surprise largement élu ce même Harlem Désir à la tête du Parti socialiste face à Emmanuel Maurel, le désormais représentant de l’aile gauche du parti, qui a tout de même recueilli près de 30% des suffrages.

Les socialistes se rassemblent donc à un moment où les Français s’interrogent de plus en plus à propos de la politique gouvernementale actuellement menée, comme l’indiquent clairement les sondages où François Hollande et Jean-Marc Ayrault poursuivent leur chute libre. Les critiques se font, en effet de plus en plus vives notamment de la part de l’opposition qui n’hésite pas à qualifier l’exécutif d’amateurisme, jetant un trouble supplémentaire sur la capacité du gouvernement à apporter des solutions concrètes aux problèmes des Français et à apporter ne serait-ce que les premiers signes du changement tant promis par le candidat Hollande durant la campagne.

Harlem Désir, premier secrétaire du PS en compagnie de Jean-Marc Ayrault, Premier ministre (Photo : Mathieu Delmestre)

Dès lors, certains s’interrogent sur l’opportunité d’organiser un tel Congrès, seulement quelques mois après des élections victorieuses et dans lequel, les socialistes se contenteront de se féliciter des actions entreprises par le Premier ministre et de son gouvernement et qui n’aura pas (encore) le recul et surtout la lucidité nécessaire pour avoir un œil critique sur sa propre politique ? Un congrès où tout est réglé comme du papier à musique et qui ressemble à un défilé de ministres et de cadres du parti, rivalisant d’éloquence sur la définition du socialisme et dissertant sur le rôle (de soutien) bien évidemment) du Parti socialiste devant les délégués fédéraux et les caméras ?

A l’heure où les Français doutent de plus en plus de la stratégie menée par le président de la République et le Premier ministre, le Parti socialiste doit bien évidemment rassurer et être pédagogue, en rappelant sans relâche l’objectif initial et principal du gouvernement, le redressement du pays dans la justice. Cependant, si le PS doit être pédagogue et s’ériger en soutien de l’exécutif, il doit faire preuve d’esprit critique, ce qui suppose un parti qui interpelle le gouvernement et qui relaye les inquiétudes et les interrogations des Français, surtout quand cela ne va pas.

Le Congrès de Toulouse pourrait être à ce titre le lieu où le Parti socialiste devrait en profiter pour interpeller le gouvernement tout en lui réaffirmant son soutien notamment face à une opposition revancharde mais empêtrée dans ses règlements de compte entre copéistes et fillonistes. L’enjeu est de taille pour un Parti socialiste qui doit montrer qu’il n’est pas un parti godillot, filiale de Matignon et de l’Elysée mais bel et bien un parti en phase avec les attentes et les préoccupations de nos compatriotes, ce qui suppose un parti ouvert et surtout lucide.

Harlem Désir, premier secrétaire du PS, en compagnie de Delphine Batho, ministre de l’Environnement (Photo : Mathieu Delmestre)

Dès lors, les prochaines semaines seront importantes mais également le premier discours d’Harlem Désir en tant que patron du Parti socialiste. A lui de démontrer, demain, lors de la troisième et dernière journée du Congrès de Toulouse, que ce rassemblement était bel et bien utile, pas seulement pour le Parti socialiste en lui-même, mais pour l’ensemble des Français. Et s’il est vrai qu’il est plus intéressant et plus « drôle » – surtout pour les journalistes ! – de voir un Congrès socialiste sans dessus dessous (comme à Rennes en 1990 ou à Reims en 2008), il n’en demeure pas moins que le rassemblement de Toulouse ne sera utile que s’il est réellement tourné vers nos compatriotes et non pas concentré uniquement sur la tambouille interne du Parti. A ce titre, le discours de clôture sera, à mon sens, très intéressant !

Question de principes

Alors que le congrès de Toulouse approche à grand pas, les militants sont invités à lire les motions qui leur sont présentées et qui seront défendues à la fin du mois lors du grand rassemblement socialiste.

Pour ce 76ème congrès, cinq motions ont été déposées. Cinq textes et cinq points de vue, cinq visions du Parti socialiste et de sa place au sein de la société française pour les trois ans à venir. Cinq motions que j’ai eu l’occasion de lire et de commenter avant de prendre ma décision finale.

Juliette Méadel, première signatrice de la motion 2, « Question de principes »

Pour ma part et après réflexion, j’ai décidé de soutenir la motion 2 « Questions de principes », présentée par Juliette Méadel et défendue par Gaétan Gorce et Jean-Louis Bianco entre autres. Il s’agit là d’un choix murement réfléchi et logique dans la mesure où il va dans le prolongement de l’idée que je me fais du Parti socialiste : un parti ouvert sur ses militants et la société civile, en prises avec les enjeux sociétaux et qui se veut ambitieux tout en étant réaliste et réformiste, sans oublier pleinement européen.

La victoire de François Hollande et le retour de la gauche aux responsabilités doivent nous donner l’occasion de mener une politique ambitieuse pour notre pays, ce qui suppose un Parti qui soutient la politique du Président de la République et du Premier ministre tout en gardant son esprit critique. La motion que je soutiens, partage bien évidemment les orientations prises par le chef de l’Etat et Jean-Marc Ayrault. Toutefois, un tel soutien ne peut se faire sans esprit critique et sans un parti dont sa fonction n’est seulement d’assurer le SAV du gouvernement mais aussi l’informer, le conseiller, voire le mettre en garde quand la situation l’exige. A ce propos, l’UMP reste l’exemple le plus frappant notamment durant la précédente législature où à force de soutenir sans aucune réserve la politique destructrice de Nicolas Sarkozy, s’est coupée des réalités et de la souffrance des Français, ce qui a donné à une sanction claire et nette dans les urnes lors des dernières présidentielles et législatives.

Le Parti socialiste doit être un parti qui innove pour conserver son esprit critique, ce qui suppose la poursuite de la rénovation que Martine Aubry a initié au lendemain du Congrès de Reims en 2008. Une rénovation qui s’est traduite par l’approbation par les militants du non-cumul des mandats et des primaires citoyennes qui ont été un franc succès auprès des Français, donnant le sentiment que les socialistes peuvent se moderniser et surtout gagner en maturité. Cet acquis est primordial pour la suite notamment dans les cinq années qui suivent. Revenir en arrière – comme l’a montré la récente désignation d’Harlem Désir comme premier signataire de la motion dite « majoritaire », assuré de devenir à l’issue du Congrès, premier secrétaire de notre parti – serait un signal que ne comprendraient pas nombre de nos compatriotes qui nous font confiance pour redresser le pays dans la justice, après dix ans de droite dont cinq ans de droite dure.

Qui plus est, il ne suffira pas se contenter d’appliquer les soixante propositions faites par François Hollande durant la présidentielle, ni même de réussir le changement tel promis par Martine Aubry et Jean-Marc Ayrault durant la campagne législative, en dépit des intentions et des objectifs de la motion « majoritaire ». Durant les cinq ans à venir, le PS doit assurer qu’il n’est pas une (simple) filiale de Matignon et/ou de l’Elysée, mais s’ériger en véritable partenaire à la loyal et fidèle mais également exigeant. Un parti qui fait pleinement confiance à ses adhérents, véritables incubateurs d’idées (au même titre que les experts de notre mouvement) et non uniquement de simples distributeurs de tracts, colleurs d’affiche ou de gens se contentant de faire la claque pour son parti à l’instar de l’UMP ces cinq dernières années. Bien au contraire, les militants doivent être au cœur du PS, la raison d’être de ce mouvement, ce qui suppose qu’ils soient pleinement considérés et surtout respectés.

Enfin, la question européenne doit être, une bonne fois pour toutes, prise en considération, comme le montre assez bien le débat en cours sur le TSCG. A ce titre, il est plus nécessaire d’européaniser le Parti socialiste via la création d’un secrétariat national en charge des questions européennes mais aussi et surtout par une véritable implication de nos chers responsables lors des réunions et initiatives du Parti socialiste européen, initiatives qui restent encore du domaine du confidentiel, ce que l’européaniste que je suis ne peux que déplorer.

C’est la raison pour laquelle je soutiens la motion 2 de Juliette Mandaél, un texte d’orientation qui se veut clairement en soutien à la politique du gouvernement et au président de la République, mais qui ne veut pas oublier son esprit critique et qui se veut surtout se montrer ambitieuse. Dans la période qui s’annonce en effet, le PS montrera son utilité en soutenant le gouvernement tout en se montrant critique, ce qui suppose un parti qui travaille régulièrement et surtout efficacement afin d’être en connexion permanente avec les Français. La tâche ne sera pas des plus simples mais elle en veut la peine pour le PS poursuive sa rénovation et surtout fasse preuve de maturité.

Bref, je soutien la motion 2 même si j’ai aussi une certaine affection pour la motion 5, « Toulouse mon congrès » défendue par Constance Blanchard, une jeune femme de ma génération dont je salue l’initiative dans la mesure où je suis en accord avec certaines de ses propositions et points de vue. A ce titre, j’invite à celles et ceux qui se reconnaissent dans l’initiative entreprise par Juliette Méadel et soutenue par Jean-Louis Bianco et Gaétan Gorce, à soutenir ce texte d’orientation dans l’optique du Congrès de Toulouse et… au-delà !

PS : en guise de conclusion, je vous mets en ligne, la vidéo de présentation de la motion « Question de principes » par Juliette Méadel. Bonne lecture !

L’erreur d’analyse du Front de gauche

80 000. Ils étaient 80 000 – selon les organisateurs – à manifester dans les rues de Paris (entre la place de Nation et la place d’Italie) contre le Pacte budgétaire européen (plus connu sous le nom de TSCG) à l’invitation du Front de gauche et des autres partis de gauche dont le NPA ou bien encore Lutte Ouvrière sans oublier quelques militants écologistes. Menés par Jean-Luc Mélenchon, co-président du Parti de gauche et leader du Front de gauche, les manifestants ont en profité pour se rappeler aux bons souvenirs de François Hollande, en exprimant des réserves de plus en plus fortes sur la politique qu’il mène actuellement.

Manifestants défilant à l’invitation du Front de gauche pour dénoncer le TSCG, le 30 septembre à Paris

La gauche de la gauche – comme on a souvent coutume de l’appeler – a donc voulu réaffirmer son opposition farouche au TSCG qu’il considère comme un nouveau texte inscrivant dans le marbre l’austérité imposée par l’Allemagne d’Angela Merkel. A ce titre, Jean-Luc Mélenchon réclame la tenue d’un référendum afin de laisser au peuple français, la liberté de s’exprimer sur ce nouveau Pacte, dans l’espoir qu’il le rejette in fine.

Si la position du Front de gauche est légitime et logique d’une certaine façon, il n’en demeure pas moins que ces principaux leaders, Mélenchon en tête, se trompent d’analyse, à mon sens. Pour beaucoup, dire « non », et simplement « non » au TSCG suffira pour remettre tout à plat et imposer une nouvelle direction à une construction européenne dont ils n’ont jamais été les plus fervents supporters que cela soit pour le Parti communiste français (depuis les origines) que pour le Parti de gauche notamment.

Militante du Front de gauche manifestant contre le TSCG

Or, il convient de rappeler que ce traité a été négocié dans l’âpreté et la douleur, surtout quand on connait le contexte politico-économique actuel. Des négociations qui se sont déroulées dans une Union européenne clairement dominée par un Conseil européen penchant à droite (21 sur 27 Etats-membres ont à leur tête, un chef d’Etat ou de gouvernement conservateur ou de centre-droit) et qui n’aurait aucun intérêt à trouver un solide compromis, notamment avec les forces progressistes.

C’est justement au nom de la politique des petits pas et de compromis qui a toujours été le moteur, le fer de lance de l’Union européenne, que les chefs d’Etats et de gouvernement sont parvenus à un accord donnant lieu et place au fameux Traité budgétaire. Comme je l’avais rédigé auparavant, le TSCG ne fait que réaffirmer les principes de Maastricht notamment dans le cadre d’une Union économique et monétaire qui n’est pas allée jusqu’au bout de sa logique, à savoir un gouvernement économique fédéral, ce qui suppose une union politique.

C’est au nom de cette logique que le TSCG a d’ailleurs été conclue, une sorte de monnaie d’échange, une étape essentielle avant d’arriver à cette Europe politique dont on parle tant. Dès lors, en fondant sa stratégie sur un rejet net et catégorique du refus et ne proposant rien de concret, le Front de gauche fait là une belle erreur d’analyse, comme en 2005 avec le Traité constitutionnel européen qu’elle a contribué à faire rejeter par le peuple français. La gauche radicale – surtout en France – n’a toujours pas compris que la construction européenne se base sur une logique de compromis et donc d’échange entre les différents acteurs. Ainsi, si le TSCG a été adopté et accepté par la quasi-totalité des Etats-membres, certains d’entre eux, l’Allemagne en tête, pensent déjà à l’étape (et à la contrepartie) suivante, à savoir un approfondissement de l’Union européenne sur une voie plus démocratique et surtout plus transparente, une orientation que Jean-Luc Mélenchon et le Front de gauche auraient du reprendre à son compte, notamment lors de la manifestation d’hier après-midi à Paris.

Jean-Luc Mélenchon, co-président du Parti de gauche et leader du Front de gauche

En restant dans la posture du refus, le Front de gauche, au lieu et place de proposer, ne se distingue finalement pas du Front national ou bien encore des souverainistes, anti-européens par principe et par convictions. On est finalement bien loin du slogan de campagne de 2009, à l’occasion des Européennes, « le Front de gauche pour changer l’Europe ». Pour Mélenchon et ses acolytes, le changement, c’est aussi maintenant !

La formidable incohérence d’Europe Ecologie-Les Verts

Pascal Durand, secrétaire national d’Europe Ecologie Les Verts, lors du Conseil fédéral, le 22 septembre dernier

(Petit) coup de théâtre dans l’échiquier politique ce week-end.

Europe Ecologie Les Verts, réuni en conseil fédéral, s’est finalement prononcé contre le Pacte budgétaire européen par une large majorité (environ 70%) de ses membres. Dans la foulée, Daniel Cohn-Bendit, député européen, a annoncé son retrait provisoire du mouvement qu’il a initié à l’occasion des élections européennes de 2009.

Les écologistes se sont donc prononcés contre le TSCG, considérant qu’il apporte des solutions insuffisantes face à la crise et qu’il ne répond pas aux défis de la transition écologique. Ce n’est en aucun cas un « non » à la construction européenne, certains cadres du parti souhaitant même se dissocier de la position du Front de gauche, du MRC et du Front national, afin d’apparaître comme constructifs et surtout fidèles à la position et stratégie du gouvernement Ayrault dont ils sont membres.

Le choix des écologistes n’aura pratiquement aucune incidence pour le Traité budgétaire dans la mesure où les socialistes détiennent une confortable majorité au Congrès (Assemblée nationale + Sénat) et que l’UMP ainsi que les centristes ont d’ores et déjà annoncé qu’ils voteront pour la ratification. Toutefois, si la position d’EELV est compréhensible, il convient de rappeler que les écologistes sont non seulement membres du gouvernement (avec deux ministres que sont Cécile Duflot et Pascal Canfin) mais également de la majorité, ce qui suppose une certaine cohérence, à défaut d’une véritable solidarité.

Daniel Cohn-Bendit, député européen, en retrait d’Europe Ecologie Les Verts

En se prononçant contre le TSCG,  Europe-Ecologie Les Verts a certes exprimé son point de vue mais a surtout manqué de réalisme et de constance politiques au risque de brouiller encore un peu son image auprès des Français. Daniel Cohn-Bendit ne s’y est d’ailleurs pas trompé en dénonçant une dérive gauchiste du parti qu’il a fondé alors que ce dernier veut apparaître comme au centre-gauche de l’échiquier politique français. Qui plus est, les propos brouillons de Jean-Vincent Placé, président du groupe EELV au Sénat à propos de la ratification du TSCG mais surtout le silence de Cécile Duflot, ministre du logement (qui préfère mettre en ligne la préparation de son chili con carne plutôt que de répondre aux interrogations des internautes sur son compte Twitter peu de temps après la prise de position de son parti) en disent long sur la cohérence et la maturité politique d’EELV.

Toujours est-il qu’en agissant de la sorte, Europe Ecologie Les Verts a d’une certaine manière, renoué avec ses vieux démons, à savoir un parti tenté par un gauchisme puéril, sans issue et surtout en manque de réalisme politique. Une position qui certes rassurera les militants écologistes de la première heure (c’est-à-dire issus des Verts) mais qui pourrait effrayer ceux qui ont rejoint le mouvement écologiste sous l’impulsion de Daniel Cohn-Bendit et suivant le succès d’EELV qui avec 16,4% des voix et quatorze sièges, faisait pratiquement jeu égal avec le PS au lendemain des élections européennes de juin 2009. A ce titre, Yannick Jadot, député européen, qui avait plaidé en faveur du TSCG, n’a pas caché son inquiétude de voir son parti affaibli par sa position au sein de la majorité, là où Daniel Cohn-Bendit a rappelé qu’en l’espace d’un an, l’EELV avait perdu la moitié de ses adhérents.

Cécile Duflot, ministre de l’Ecologie, en compagnie de Jean-Marc Ayrault, Premier ministre

EELV devra donc assumer sa prise de position sur le TSCG d’autant plus qu’elle est sans ambiguïté, ce qui implique une certaine cohérence dans les choix futurs. En clair, c’est une position qu’il l’engage notamment vis-à-vis du budget 2013 que le Parlement voit adopter dans les semaines à venir, plaçant les ministres écologistes dans une situation qu’ils auraient bien aimé éviter, tant il en va de leur crédibilité politique. Ce qui explique sans doute que Cécile Duflot ait finalement préféré botter en touche, le week-end dernier (notamment sur Twitter) au lieu d’assumer une position claire et nette.

Mes hommages Jean-Louis, et merci !

Jean-Louis Bianco, secrétaire général de l’Elysée de 1982 à 1991, ministre de 1991 à 1993, maire de Digne-les-Bains de 1995 à 2001, député des Alpes de Haute-Provence de 1997 à 2012 et président du Conseil général de 1998 à 2012

« J’aurai bientôt 70 ans. Je suis engagé dans l’action militante depuis mon plus jeune âge, dans la vie politique depuis plus de trente ans. Il faut savoir passer la main. À d’autres désormais de reprendre le flambeau […] J’ai confiance dans l’avenir des Alpes de Haute-Provence comme j’ai confiance dans l’avenir de notre pays. Mettre fin à l’injustice, donner à chacun part à la décision, libérer les forces créatrices, nous rassembler là où il en va de l’intérêt national. Voilà les enjeux de l’avenir. »

Ces par ces mots que Jean-Louis Borloo a officialisé son retrait de la politique après plus de quarante ans de militantisme.

L’ancien ministre et député des Alpes de Haute-Provence a en effet démissionné de son mandat de président du conseil général, le 12 septembre dernier, pour se consacrer à sa famille.

Jean-Louis Bianco est un homme que j’apprécie beaucoup. Sa simplicité, sa vision de la politique mais aussi sa fidélité – d’abord pour François Mitterrand dont il fut le secrétaire général à l’Elysée puis envers Ségolène Royal dès 2006 et même après la présidentielle de 2007 – font que c’est un homme que je respecte énormément. A ce titre, j’ai même eu la chance de le saluer lors du meeting participatif de Ségolène Royal en février 2007 à Grenoble, sans doute l’un de mes meilleurs souvenirs militant !

Quoique difficile à prendre, la décision de Jean-Louis Bianco mérite d’être saluée à l’heure du débat sur le cumul des mandats et du renouvellement politique notamment. Comme il l’a si bien souligné, il faut savoir passer la main et transmettre le flambeau à d’autres, condition essentielle pour notre démocratie reste dynamique et surtout vivante.

Un exemple qui aurait le mérite d’être suivi notamment par certains de nos chers responsables toujours en exercice ou récemment battus lors des récentes législatives (suivez mon regard !)

Alors, mes hommages monsieur Bianco et bon vent dans votre nouvelle vie !

Le choix de Martine

Harlem Désir, actuel député socialiste et démocrate au Parlement européen, futur premier secrétaire du PS

Martine Aubry a donc choisi. Elle a proposé qu’Harlem Désir, actuel numéro deux du Parti socialiste, lui succède à la tête du parti majoritaire, en étant le premier signataire de la motion déposée par l’actuelle maire de Lille et le premier ministre, Jean-Marc Ayrault. De son côté, Jean-Christophe Cambadélis, longtemps pressenti pour occuper la tête du PS a pris acte de la décision de Martine Aubry et a en appelé au rassemblement derrière Harlem Désir qui sera épaulé par Guillaume Bachelay (actuel député et futur numéro deux) et d’Olivier Faure (député de Seine-et-Marne).

L’actuel député européen et ancien président-fondateur de SOS Racisme deviendra dans quelques semaines le nouveau chef des socialistes, à l’issue du Congrès de Toulouse et du vote des militants qui devraient confirmer ce choix. Un choix quelque peu logique dans la mesure où Harlem Désir avait la confiance de Martine Aubry mais aussi le soutien d’une grande partie du gouvernement à commencer par Jean-Marc Ayrault, lui-même et même du président de la République, selon Europe 1. Qui plus est, son intérim à la tête du PS durant les primaires fut particulièrement apprécié par les cadres comme par les militants.

Harlem Désir, en compagnie de Martine Aubry, première secrétaire du PS en exercice, et de Jean-Christophe Camdabélis, député de Paris

Toutefois, reste à savoir ce qu’Harlem Désir pourra apporter à la tête du Parti socialiste dans les semaines et surtout les mois à venir, à l’heure où les Français s’interrogent et critiquent la stratégie mise en place par l’exécutif. En effet, s’il est logique et naturel que le Parti socialiste, premier parti de France – en terme d’élus – soutienne la politique gouvernementale, il n’en demeure pas moins qu’il garde un certain esprit critique et qu’il reste surtout aux prises de la société française. En clair, rester au contact des Français afin d’anticiper les problèmes et les griefs à venir.

Harlem Désir sait que sa tâche ne sera pas simple dans la mesure où il devra exister politiquement tout en montrant qu’il est légitime pour occuper le poste de premier secrétaire. A ce titre, il est bon de rappeler que nombre de personnes ont déploré le mode de désignation du premier secrétaire, laissant peu de manœuvre aux militants qui ont l’impression d’avoir été privés, d’une certaine manière d’un débat, notamment sur l’orientation du parti et surtout sur les personnalités qui devraient incarner ce changement. A ce propos, certaines personnes ont plaidé pour un renouvellement en profondeur des têtes avec l’émergence d’une nouvelle génération à la direction du parti, comme Gaétan Gorce par exemple, ancien député et désormais sénateur de la Nièvre, qui s’est également lancé dans la course à Solferino. Dans l’optique du rassemblement, Harlem Désir sait qu’il devra donner des garanties et surtout des gages aussi bien à certains cadres qu’aux militants, afin de gagner en légitimité et en autorité et tout particulièrement par rapport à des ses deux adjoints. Cela suppose un premier secrétaire qui prenne des initiatives, voire des risques et qui n’hésite pas à critiquer le gouvernement si cela est justifié. C’est à cette condition que le futur Premier secrétaire pourra se faire entendre et surtout se faire respecter par l’ensemble des sensibilités et courants qui composent le Parti socialiste.

C’est donc une sorte de triumvirat qui s’installe à Solferino et qui devra notamment mener la campagne des municipales et des européennes de 2014. Harlem Désir sait qu’il devra faire ses preuves et surtout se montrer utile au Parti socialiste en lieu et place d’un premier secrétaire godillot, sorte de béni oui-oui à l’instar des hommes qui se sont succédés à la tête du secrétariat général de l’UMP durant la présidence de Nicolas Sarkozy. La tâche n’est pas simple mais elle est primordiale pour qu’Harlem Désir anticipe et surtout fasse taire toute éventuelle bronca ou contestation sur sa personne (ce qui ne serait pas surprenant en raison de la façon dont à laquelle il fut désigné). C’est à ce titre que le choix de Martine deviendra anecdotique.

Une pièce originale : questions à Julien Dray

Profitant de la présentation théâtrale (au sens propre) de la contribution de Julien Dray, dans le cadre du Congrès de Toulouse, j’en ai profité pour interviewer l’ancien député socialiste de l’Essonne et président de SOS Racisme. Avec lui, retour sur son initiative et sur l’utilité de celle-ci, à quelques semaines du grand rassemblement du PS.

Bonne lecture !

Julien Dray, ancien député de l’Essonne et actuel vice-président du Conseil régional d’Ile de France, dans les locaux du Parisien, en août dernier

Gilles JOHNSON : Julien Dray, bonsoir

Julien DRAY : Bonsoir

Alors une question toute simple : pourquoi cette pièce de théâtre ?

Parce qu’il y a un débat au sein du Parti socialiste, parce qu’il y a un congrès, et que je trouvais que plutôt de faire le « texte Julien Dray » avec les « réponses de Julien Dray », les « analyses de Julien Dray », la « liste de Julien Dray »… la forme théâtrale est une forme qui me permettait de faire passer un message mais en même temps de montrer que ce message n’était pas manichéen, qu’il était le fruit d’une confrontation d’idées, de divergences, de réponses aux questions que se posent les militantes et les militants socialistes. Je trouvais que cette forme était vivante et plus agréable et finalement, plus intéressante.

Donc une forme originale ?

J’ai cherché une forme d’originalité parce que je pensais que dans ces débats, qui sont maintenant traditionnels, il fallait avoir une rupture et trouver une forme qui permettait d’attirer et aussi en même temps une forme pédagogique parce que la pièce de théâtre, elle force à la pédagogie.

Vous ne regrettez pas que Jean-Marc Ayrault, Martine Aubry et d’autres ténors du Parti socialiste ne soient pas venus ?

C’est dommage, ils ont été invités, comme tout le monde… je pense que quand on est au pouvoir, on doit prendre le temps d’écouter ceux qui peuvent paraître peut-être un peu marginaux, ou qu’on a marginalisé, et pas forcément considérer qu’on a la vérité ou la science infuse parce que tout d’un coup on est devenu ou on est Premier ministre ou Premier secrétaire. Je pense que la gauche, elle a besoin toujours d’un esprit critique.

Vous parlez d’esprit critique justement mais nous n’avez pas peur – parce que j’ai vu votre pièce qui montre des éléments intéressants – que vous ne soyez pas trop utopiques ou ambitieux, justement ? Que ce trop plein d’ambition risque d’avoir l’effet inverse recherché, à savoir décevoir encore plus les gens ?

Non, parce que vous avez vu qu’en permanence dans la pièce, je mets en contradiction ce rêve, cette utopie avec la réalité, et les difficultés de la réalité ! Je n’esquive pas les problèmes ! On n’est pas dans le délire permanent ! Il y a d’ailleurs plusieurs intervenants qui à chaque fois disent, « mais attendez ! Regardez, les problèmes, les contraintes, la difficulté, l’Europe, l’idéologie ambiante… Non, mais je pense que si la gauche n’est pas porteuse d’un espoir, si elle n’est pas porteuse d’une alternative, c’est ce que j’essaie de dire… si elle ne fait pas rêver en étant, je dirais, réaliste, c’est-à-dire que… elle ne peut pas… on n’est plus évidemment à l’ordre des grands soirs et des « yaka », « fokon », et du jour au lendemain tout va aller mieux, mais qu’elle donne un chemin, qu’elle donne une perspective, qu’elle discute avec la société des problèmes qu’elle rencontre, des difficultés qu’elle rencontre mais qu’en même temps, elle mobilise cette société par rapport à cet idéal.

Entretien réalisé au Théâtre des Athévains, Paris (XI°), le 4 septembre dernier

Une pièce originale

Durant la représentation unique de la pièce de Julien Dray, « De l’alternance à l’alternative », le 4 septembre à Paris

Alors que la majorité présidentielle et législative vient de faire leur rentrée politique et que les dossiers s’accumulent, le Parti socialiste prépare tranquillement le futur congrès de Toulouse qui se tiendra fin octobre à Toulouse. En attendant, les militants prennent connaissances des contributions (des textes d’orientations et d’idées) rédigées par les différents ténors et cadres du parti.

Parmi ces (très) nombreux textes, celui de Julien Dray. L’ancien député de l’Essonne et actuel vice-président du Conseil régional d’Ile de France était venu présenter son texte et défendre sa vision du Parti socialiste, notamment depuis le 6 mai et la victoire de François Hollande. Une présentation quelque peu originale puisque présentée sous la forme d’une… pièce de théâtre.

Huit comédiens incarnent en effet huit militants socialistes réunis lors d’une réunion de section, au lendemain d’élections présidentielles et législatives victorieuses pour la gauche. Ils reviennent sur les temps forts de la campagne mais également sur les défis qui attendent la nouvelle majorité ainsi que sur les premières mesures et politiques menées par le tandem Hollande – Ayrault. Ces huit militants représentent une sorte de panel de la société française (entre la jeune chef d’entreprise visée à son I-Phone et le conseiller technique au ministère de l’Economie et des Finances, caricature du parfait bobo en passant par l’étudiant utopiste de Villetaneuse) et confrontent leurs points de vue, notamment sur le rôle du PS et la direction qu’il doit prendre dans les mois et années à venir en particulier, vis-à-vis du président de la République et de son gouvernement.

Si je ne partage pas l’ensemble des orientations préconisées par Julien Dray, à travers sa pièce de théâtre, il n’en demeure pas moins que l’idée n’en demeurait pas moins originale, permettant au passage à l’intéressé de faire un beau coup de communication. En effet, celui qui semblait à l’écart de la galaxie hollandiste depuis un certain temps, profite de l’avant-Congrès de Toulouse pour s’immiscer dans le jeu socialiste et exposer sa vision d’un Parti socialiste et d’une gauche qui doivent retenir les erreurs du passées et ne pas manquer cette formidable opportunité de modifier les codes et les règles du jeu au niveau mondial comme européen, afin de se montrer crédible et surtout ne pas décevoir au pouvoir, en clair passer (enfin) de l’alternance à l’alternative. Un point de vue qui fut largement développé dans sa pièce où deux gauches s’affrontent, celle pragmatique et celle utopiste, insistant une fois encore sur le dilemme auquel est confronté le Parti socialiste à chaque fois qu’il est au pouvoir.

Une représentation unique – en effet, je ne sais s’il n’y en aura pas d’autres d’ici au Congrès de Toulouse – qui a réuni bon nombre de monde au Théâtre des Athévains dans le XI° arrondissement de Paris, bastion socialiste. Outre les curieux et les (vrais) militants socialistes, certaines personnalités et responsables politiques s’étaient même déplacées tels Jérôme Guedj, député de l’Essonne, Dominique Sopo, ancien président de SOS Racisme et le célèbre mécène et président de la Fondation Yves Saint-Laurent, Pierre Bergé, dont le hasard m’a fait l’honneur de siéger juste à côté de lui !

Julien Dray, en novembre 2008, lors du Congrès de Reims

Julien Dray a donc utilisé un moyen original pour attirer l’attention sur ses idées et ses recommandations pour le Parti socialiste dans la perspective du prochain congrès. Une initiative intéressante dans la mesure où cela sort un peu des sentiers battus. Reste à savoir si sa pièce de théâtre favorisera l’émergence d’un véritable débat au sein du PS ou au contraire, ne sera qu’un coup de com de plus ! Une question que j’aurais pu poser à Julien Dray dans la mesure où j’en ai profité pour l’interviewer, un entretien que vous pouvez lire dans l’article suivant.

MISE A JOUR (le 5 septembre, 21 h 40) : c’est en me rendant sur le site Internet de L’Express que j’ai appris que Julien Dray était candidat au premier secrétariat du PS.

De l’angélisme au réalisme stratégique

Manuel Valls, actuel ministre de l’Intérieur du gouvernement Ayrault

En ces jours de rentrée politique, l’attention des médias est concentrée sur la politique du gouvernement vis-à-vis des Roms. Une politique qui ne cesse d’être scrutée et surtout mise en cause par celles et ceux qui s’attendaient à un changement sous la gauche, une rupture avec la politique de stigmatisation menée jusqu’ici.

Manuel Valls n’y est pas allé de main morte en effet, en procédant à de nouvelles expulsions de Roms cet été, au grand dam des associations de défense mais également des autres partenaires de la gauche notamment, les Verts, qui n’ont pas manqué à faire de parallèle entre la politique de l’actuel ministre de l’Intérieur et celle menée par son prédécesseur. Des critiques que l’actuel premier flic de France semble balayer de la main, considérant qu’il ne faisait qu’appliquer une décision de justice et que sur une telle question, la gauche devait faire preuve de responsabilité et non plus d’angélisme comme de par le passé.

La polémique que suscite ces nouvelles expulsions de Roms remet en en lumière le rapport que la gauche entretient avec les questions de sécurité, d’immigration et d’ordre public. Durant longtemps, la gauche fut réputée pour son angélisme, son côté droit de l’hommiste face à une droite bien plus ferme et surtout répressive sans oublier stigmatisante comme l’ont rappelé les propos de Claude Guéant mais aussi de Nicolas Sarkozy durant ces cinq dernières années.

Campement de Roms à Aix en Provence (Bouches du Rhône)

Dès lors, la question de l’ordre public reste comme une épine plantée au pied d’une gauche et d’un Parti socialiste en particulier qui peine véritablement à trancher entre humanisme et fermeté, afin d’assurer la salubrité et la tranquillité publique. A ce propos, François Hollande s’était engagé sur une voie médiane durant la présidentielle en considérant qu’il ne pouvait pas y avoir d’expulsion sans solution de relogement pour les familles Roms, en situation régulière. Force est de constater que si des expulsions ont bien lieu, la question du relogement reste encore à l’ordre du jour et que le gouvernement devra immanquablement apporter des réponses.

Il va sans dire néanmoins que derrière la politique de fermeté menée par Manuel Valls, se cache une volonté de se démarquer de la droite, non pas au sens des actions entreprises mais plutôt concernant la philosophie mise en avant par le nouveau ministre de l’Intérieur et finalement acceptée au sein du Parti socialiste, c’est-à-dire ne plus répéter les erreurs passées en matière de maintien de l’ordre et de salubrité publics. En clair, montrer que la gauche a également de la poigne et qu’elle ne se laissera pas déborder par l’opposition de droite à ce sujet.

Telle est la stratégie de Valls qui met en avant une certaine fermeté vis-à-vis des Roms afin d’éviter toute accusation de laxisme, terme souvent dévolu à la gauche. Bien évidemment, la posture adoptée par l’ancien député-maire d’Evry n’est pas dénuée d’intérêts politiques personnels, notamment sur le long terme, son discours prononcé lors de l’Université d’été étant un indicateur assez clair. Toujours est-il que cette stratégie semble porter ses fruits dans la mesure où elle gêne l’UMP qui espérait bien concentrer ses attaques sur le gouvernement en l’accusant à nouveau de laxisme et d’angélisme. Il n’en est rien, ce qui oblique Jean-François Copé et Cie à changer d’angle d’attaque.

La controverse suscitée par les Roms n’en finira pas de faire des vagues au sein de la majorité, notamment entre le PS et les écologistes dont certains ont fait part de leur protestation. Sans doute qu’il faudra insister sur d’autres leviers concernant la question Rom notamment à propos de l’insertion mais aussi de la coopération dans le cadre de l’Union européenne avec tout particulièrement, la Roumanie et la Bulgarie. Toujours est-il que la politique menée par Manuel Valls – et donc validée par le Premier ministre et le président de la République – montre un certain réalisme de la part de la gauche, comme une volonté de montrer sa capacité à être à la hauteur et à se prémunir des habituelles attaques dont elle fait l’objet, quant il s’agit de maintien de l’ordre public.