De la liberté de conscience ?

François Hollande, lors du congrès des maires de France, le 21 novembre dernier

Pendant que Jean-François Copé et François Fillon s’affrontent violemment dans ce qui ressemble à un véritable vaudeville à rebondissement, le président de la République a fait sensation en plein débat sur le mariage pour tous.

François Hollande a en effet évoqué la liberté de conscience pour certains maires qui, au nom de leur conviction (intime ou politique) refuserait de célébrer un mariage entre deux personnes du même sexe. Une proposition qui a suscité de fortes réactions à gauche, certains considérant que le chef de l’Etat avait, au mieux, fait une concession à un peu trop grande aux adversaires du projet de loi, au pire, avait carrément reculé notamment sous la pression des associations traditionnalistes. Face à cela, François Hollande est finalement revenu sur ses propos expliquant que les dispositions relatives au mariage pour tous seront appliquées partout et dans les mêmes conditions dans l’Hexagone et que les maires seront tenus de respecter la loi.

Comme je l’ai expliqué plus tôt, les propos de François Hollande ont suscité une forte controverse, essentiellement à gauche, la plupart des élus, voire des ministres nuançant ou minimisant la position du président de la République. Néanmoins, si une telle déclaration a fait, dans un premier temps, l’effet d’une bombe, il n’en demeure pas moins qu’elle ne manquait pas, au bout du compte, de pertinence, surtout au regard du contexte et du débat actuels, sans compter qu’elle a été mal interprétée, surtout dans les rangs du Parti socialiste.

On le sait peu, mais un maire peut, quelque soit la raison, déléguer la célébration d’un mariage à un membre du conseil municipal qui officiera donc en lieu et place de l’édile. Une disposition qui permet à ce dernier de gérer son emploi du temps comme il l’entend mais également à certains élus de célébrer un mariage qui les concerne directement en raison de la proximité avec les futurs conjoints.

C’est sur ce point que François Hollande s’était appuyé pour proposer sa liberté de conscience, considérant la logique suivante : si un maire ou son adjoint refusait de célébrer un mariage d’un couple du même sexe, un conseiller municipal pouvait sans problème remplacer ce dernier, assurant ainsi la cérémonie. Une manière assez subtile de couper de l’herbe sous le pied à ces édiles qui ont déjà publiquement annoncé qu’ils n’uniraient pas deux personnes du même sexe et qui, par leur prise de position, avaient déjà mis de l’huile sur le feu dans un débat qui suscite les passions comme l’ont d’ailleurs rappelé les manifestations des opposants au mariage gay, le week-end dernier.

Manifestation à Paris contre le mariage pour tous, le 17 novembre dernier

En invoquant la liberté de conscience, le président de la République n’a pas cherché à revenir en arrière mais plutôt à calmer le jeu pour mieux amadouer certains élus qui s’opposent avec véhémence au projet de loi de Christiane Taubira, l’actuelle ministre de la Justice. Le mariage pour tous est, qu’on le veuille ou non, un sujet hautement polémique et très symbolique car il touche à notre façon d’officialiser ou non certaines mœurs qui relèvent de l’intime. Dans une France traditionnellement catholique – malgré la séparation des Eglises et de l’Etat consacrant le principe de laïcité – il serait hasardeux d’oublier une telle donnée surtout quand on sait que le mariage demeure encore une valeur importante pour nombre de nos compatriotes, une valeur moins importante qu’autrefois certes, mais une valeur quand même !

Dès lors, il ne s’agissait pas d’un recul de la part de la président de la République mais d’une stratégie qui fut mal interprétée par certains à gauche. Sans doute, l’expression était mal appropriée et qu’il aurait fallu en utiliser une autre plus adéquate, ce que François Hollande s’est d’une certaine manière, employé en revenant sur sa « liberté de conscience ». Toujours est-il que l’essentiel demeure, à savoir : que l’esprit du projet de loi Taubira est préservé ainsi que l’égalité des citoyens devant la loi. Une piqure de rappel qui ne ferait pas de mal et qui éviterait à certains à gauche de se lever vent debout trop tôt et surtout trop vite !

Un congrès, pour quoi faire ?

Salle du Congrès du PS, à Toulouse, le 26 octobre

Ce week-end, les socialistes sont réunis pour leur soixante-seizième congrès ordinaire qui se tient à Toulouse (Haute-Garonne) jusqu’à dimanche matin.

Ce nouveau congrès se tient seulement six mois après la victoire du Parti socialiste aux élections présidentielles et législatives et dans lequel demeure très peu d’enjeux. En effet, les militants ont auparavant départagé les motions par un vote et ont sans surprise largement soutenu le texte d’Harlem Désir. Ils ont également sans surprise largement élu ce même Harlem Désir à la tête du Parti socialiste face à Emmanuel Maurel, le désormais représentant de l’aile gauche du parti, qui a tout de même recueilli près de 30% des suffrages.

Les socialistes se rassemblent donc à un moment où les Français s’interrogent de plus en plus à propos de la politique gouvernementale actuellement menée, comme l’indiquent clairement les sondages où François Hollande et Jean-Marc Ayrault poursuivent leur chute libre. Les critiques se font, en effet de plus en plus vives notamment de la part de l’opposition qui n’hésite pas à qualifier l’exécutif d’amateurisme, jetant un trouble supplémentaire sur la capacité du gouvernement à apporter des solutions concrètes aux problèmes des Français et à apporter ne serait-ce que les premiers signes du changement tant promis par le candidat Hollande durant la campagne.

Harlem Désir, premier secrétaire du PS en compagnie de Jean-Marc Ayrault, Premier ministre (Photo : Mathieu Delmestre)

Dès lors, certains s’interrogent sur l’opportunité d’organiser un tel Congrès, seulement quelques mois après des élections victorieuses et dans lequel, les socialistes se contenteront de se féliciter des actions entreprises par le Premier ministre et de son gouvernement et qui n’aura pas (encore) le recul et surtout la lucidité nécessaire pour avoir un œil critique sur sa propre politique ? Un congrès où tout est réglé comme du papier à musique et qui ressemble à un défilé de ministres et de cadres du parti, rivalisant d’éloquence sur la définition du socialisme et dissertant sur le rôle (de soutien) bien évidemment) du Parti socialiste devant les délégués fédéraux et les caméras ?

A l’heure où les Français doutent de plus en plus de la stratégie menée par le président de la République et le Premier ministre, le Parti socialiste doit bien évidemment rassurer et être pédagogue, en rappelant sans relâche l’objectif initial et principal du gouvernement, le redressement du pays dans la justice. Cependant, si le PS doit être pédagogue et s’ériger en soutien de l’exécutif, il doit faire preuve d’esprit critique, ce qui suppose un parti qui interpelle le gouvernement et qui relaye les inquiétudes et les interrogations des Français, surtout quand cela ne va pas.

Le Congrès de Toulouse pourrait être à ce titre le lieu où le Parti socialiste devrait en profiter pour interpeller le gouvernement tout en lui réaffirmant son soutien notamment face à une opposition revancharde mais empêtrée dans ses règlements de compte entre copéistes et fillonistes. L’enjeu est de taille pour un Parti socialiste qui doit montrer qu’il n’est pas un parti godillot, filiale de Matignon et de l’Elysée mais bel et bien un parti en phase avec les attentes et les préoccupations de nos compatriotes, ce qui suppose un parti ouvert et surtout lucide.

Harlem Désir, premier secrétaire du PS, en compagnie de Delphine Batho, ministre de l’Environnement (Photo : Mathieu Delmestre)

Dès lors, les prochaines semaines seront importantes mais également le premier discours d’Harlem Désir en tant que patron du Parti socialiste. A lui de démontrer, demain, lors de la troisième et dernière journée du Congrès de Toulouse, que ce rassemblement était bel et bien utile, pas seulement pour le Parti socialiste en lui-même, mais pour l’ensemble des Français. Et s’il est vrai qu’il est plus intéressant et plus « drôle » – surtout pour les journalistes ! – de voir un Congrès socialiste sans dessus dessous (comme à Rennes en 1990 ou à Reims en 2008), il n’en demeure pas moins que le rassemblement de Toulouse ne sera utile que s’il est réellement tourné vers nos compatriotes et non pas concentré uniquement sur la tambouille interne du Parti. A ce titre, le discours de clôture sera, à mon sens, très intéressant !

Une photo (déjà) culte

Article court pour une fois. Et pour une fois, je ne vais pas parler de politique (du moins, pas directement).

Hier après-midi, se sont tenues plusieurs manifestations contre le projet gouvernemental prévoyant l’autorisation du mariage pour tous (autrement dit aux couples homosexuels) un peu partout en France et notamment à Paris où 700 personnes se sont rassemblées à l’initiative d’Alliance Vita, une association catholique et apolitique fondée par… Christine Boutin, ancienne ministre du Logement, présidente du Parti Chrétien Démocrate et qui s’est surtout illustrée pour son opposition farouche (et ridicule) au Pacte civil de solidarité (PACS) en 1999, une des mesure-phares du gouvernement de Lionel Jospin. Ces manifestants – pour la plupart âgés et blancs – défilaient avec pour slogan : « Un papa, une maman, on ne ment pas enfants ! »

A ce slogan, les associations favorables au mariage pour tous mais également de simples citoyens ont répondu de manière plus ou moins décalée. Et c’est à Marseille que deux jeunes femmes ont sans doute donné la plus belle réponse à celle et ceux qui ne manquent pas d’arguments et surtout d’imagination pour condamner ce qu’ils considèrent comme un péché originel, un crime contre la nature humaine et l’ordre des choses, comme le montre cette photo.

J’ai adoré ce cliché que je trouve magnifique car tout est dit en un seul clic : face au combat rétrograde et intolérant de certains, deux jeunes femmes s’embrassent sans aucune peur et surtout sans aucune honte, comme si elles voulaient faire comprendre aux manifestants qu’elles n’en avaient cure de leurs avis sur la question du mariage pour tous. Une photo qui montre un formidable décalage entre deux générations : une nostalgique, conservatrice et noyée dans ses préjugés et ses principes, l’autre qui va de l’avant, qui vit avec son temps et qui est surtout heureuse, pour ne pas dire fière. D’ailleurs, il suffit de voir les réactions effarées des manifestantes au second plan pour voir leur impuissance, comme si elles avaient compris qu’elles ne pourraient rien contre une expression pure et simple du bonheur, contre deux femmes qui s’aiment et qui sont heureuses ainsi.

On ne sait finalement pas si les deux femmes sont réellement lesbiennes ou si ce sont tout simplement femmes qui ont agi de manière citoyenne. On ne le saura jamais sans doute et finalement ce n’est pas l’important. Cette photo est d’ores et déjà culte sans compter qu’elle diffuse un message politique évident. Une photo qui arrive à point nommé en plein débat sur le mariage pour tous et qui vaut tous les arguments du monde notamment face à ceux qui ne prônent que des principes et montrent toute leur intolérance au nom du respect de certaines valeurs familiales (et dans lesquelles, les préceptes religieux ne sont jamais bien loin !)  

La (petite) victoire de Pauline Marois

François Hollande, en compagnie de Pauline Marois, premier ministre du Québec, le 15 octobre dernier

Pauline Marois, chef du gouvernement québécois, est  à Paris pour une visite de travail de trois jours. Au programme, rencontre avec François Hollande, le président de la République, son homologue Jean-Marc Ayrault et la plupart des haut-responsables politiques de l’Hexagone (dont Claude Bartolone et Jean-Pierre Bel, respectivement présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat). Une rencontre qui a lieu dans la foulée du sommet de la Francophonie qui s’est tenu à Kinshasa (République démocratique du Congo)

La visite de Pauline Marois, bien que non officielle n’en demeure pas moins importante dans la mesure où la chef du gouvernement québécois cherche à remettre la France au centre du jeu dans le cadre des relations avec Ottawa et dans laquelle, elle voit une sorte d’alliée naturelle. Une alliée naturelle pour l’aider à défendre ses intérêts et notamment dans la perspective du référendum sur la souveraineté. A cet égard, elle a même parlé de bienveillance à l’égard de l’Hexagone, histoire de rappeler le poids majeur de la France dans l’histoire de la Belle Province mais aussi les liens historiques et profonds qui lient les deux nations.

C’est d’ailleurs sur ce point là que Pauline Marois s’est rappelé au bon souvenir de François Hollande et de Jean-Marc Ayrault, espérant que le nouveau gouvernement français réaffirme sa ligne historique, celle de la « ni ingérence, ni indifférence » à l’égard des relations entre le Canada et le Québec. Une politique qui fut mise à mal durant la présidence de Nicolas Sarkozy qui avait clairement affirmé sa préférence pour le fédéralisme canadien et affiché sa grande proximité avec Jean Ch     arest, le chef du gouvernement libéral de l’époque. Des propos qui avaient ulcéré les milieux souverainistes qui voyaient dans les propos de l’ancien président une forme de mépris et de provocation mais également d’inculture.

Les souhaits de Pauline Marois se sont en partie réalisés dans la mesure où si effectivement le président français n’a pas employé ces termes, il a en revanche y fait clairement référence en déclarant à l’issue de son entretien avec la Première ministre que cela fait trente ans que cette formule existe et qu’une telle formule prévaut encore aujourd’hui, à la différence de son prédécesseur. En effet, il convient de rappeler que le Parti socialiste et le Parti québécois ont toujours eu de forts atomes crochus, bien plus qu’avec la droite française même si les souverainistes se sont toujours efforcés de maintenir des relations cordiales, afin de défendre leurs intérêts. Comme le résume assez bien une source diplomatique française, « entre les programmes de Harper et de Marois, il n’y a pas photo. Les socialistes et les péquistes sont politiquement sur la même longueur d’onde, qu’il s’agisse de politique fiscale, de gaz de schiste, de l’amiante, etc. »

Stephen Harper, premier ministre du Canada, en compagnie de Stephen Harper, le 7 juin dernier, lors de la préparation du G20

L’enthousiasme affiché par les autorités françaises à l’accueil de Pauline Marois en dit en tous cas assez long sur le rapport que le gouvernement de François Hollande entend entretenir avec la Belle Province tout en ménageant au possible le gouvernement canadien de Stephen Harper, beaucoup plus timoré à l’égard du nouvel exécutif français et qui ne voit pas forcément d’un bon œil, cette (nouvelle) complicité affichée entre la France et le Québec au point que les autorités canadiennes auraient demandé à Paris de « n’en faire pas trop » selon la presse outre Atlantique. Qui plus est, si le président français s’affiche sans aucune difficulté avec Pauline Marois, il le fait avec une certaine retenue afin de ne pas froisser inutilement le gouvernement de Stephen Harper. La France et le Canada ont en effet besoin l’un de l’autre notamment sur le dossier syrien ou bien encore concernant la situation actuelle au Mali comme l’a d’ailleurs rappelée la visite du ministre canadien des affaires étrangères John Baird à son homologue Laurent Fabius, la semaine dernière à Paris. A ce titre, ce dernier a pris soin d’éviter tout prix la fameuse formule du « ni – ni », se contentant de rappeler les bonnes relations que la France entretient aussi bien avec Ottawa qu’avec Québec, une manière subtile de ne pas provoquer d’incident diplomatique.

Pauline Marois en compagnie de François Hollande, sur le perron de l’Elysée, le 15 octobre dernier

La France, de part la voix de son président, semble renouer – sans le dire – avec la politique du « ni – ni » pour caractériser ses relations avec le Canada et sa province francophone, tout en jouant un formidable numéro d’équilibriste comme cela fut déjà le cas dans le passé, realpolitik oblige, comme l’a si bien rappelé l’ancien premier ministre français, Michel Rocard. De fait, il s’agit d’une (petite) victoire pour Pauline Marois dans la mesure où non seulement la France revient sur un principe durement remis en cause durant ces dernières années mais également réaffirme son soutien au Québec comme partenaire majeur sur le plan économique comme culturel.

La formidable incohérence d’Europe Ecologie-Les Verts

Pascal Durand, secrétaire national d’Europe Ecologie Les Verts, lors du Conseil fédéral, le 22 septembre dernier

(Petit) coup de théâtre dans l’échiquier politique ce week-end.

Europe Ecologie Les Verts, réuni en conseil fédéral, s’est finalement prononcé contre le Pacte budgétaire européen par une large majorité (environ 70%) de ses membres. Dans la foulée, Daniel Cohn-Bendit, député européen, a annoncé son retrait provisoire du mouvement qu’il a initié à l’occasion des élections européennes de 2009.

Les écologistes se sont donc prononcés contre le TSCG, considérant qu’il apporte des solutions insuffisantes face à la crise et qu’il ne répond pas aux défis de la transition écologique. Ce n’est en aucun cas un « non » à la construction européenne, certains cadres du parti souhaitant même se dissocier de la position du Front de gauche, du MRC et du Front national, afin d’apparaître comme constructifs et surtout fidèles à la position et stratégie du gouvernement Ayrault dont ils sont membres.

Le choix des écologistes n’aura pratiquement aucune incidence pour le Traité budgétaire dans la mesure où les socialistes détiennent une confortable majorité au Congrès (Assemblée nationale + Sénat) et que l’UMP ainsi que les centristes ont d’ores et déjà annoncé qu’ils voteront pour la ratification. Toutefois, si la position d’EELV est compréhensible, il convient de rappeler que les écologistes sont non seulement membres du gouvernement (avec deux ministres que sont Cécile Duflot et Pascal Canfin) mais également de la majorité, ce qui suppose une certaine cohérence, à défaut d’une véritable solidarité.

Daniel Cohn-Bendit, député européen, en retrait d’Europe Ecologie Les Verts

En se prononçant contre le TSCG,  Europe-Ecologie Les Verts a certes exprimé son point de vue mais a surtout manqué de réalisme et de constance politiques au risque de brouiller encore un peu son image auprès des Français. Daniel Cohn-Bendit ne s’y est d’ailleurs pas trompé en dénonçant une dérive gauchiste du parti qu’il a fondé alors que ce dernier veut apparaître comme au centre-gauche de l’échiquier politique français. Qui plus est, les propos brouillons de Jean-Vincent Placé, président du groupe EELV au Sénat à propos de la ratification du TSCG mais surtout le silence de Cécile Duflot, ministre du logement (qui préfère mettre en ligne la préparation de son chili con carne plutôt que de répondre aux interrogations des internautes sur son compte Twitter peu de temps après la prise de position de son parti) en disent long sur la cohérence et la maturité politique d’EELV.

Toujours est-il qu’en agissant de la sorte, Europe Ecologie Les Verts a d’une certaine manière, renoué avec ses vieux démons, à savoir un parti tenté par un gauchisme puéril, sans issue et surtout en manque de réalisme politique. Une position qui certes rassurera les militants écologistes de la première heure (c’est-à-dire issus des Verts) mais qui pourrait effrayer ceux qui ont rejoint le mouvement écologiste sous l’impulsion de Daniel Cohn-Bendit et suivant le succès d’EELV qui avec 16,4% des voix et quatorze sièges, faisait pratiquement jeu égal avec le PS au lendemain des élections européennes de juin 2009. A ce titre, Yannick Jadot, député européen, qui avait plaidé en faveur du TSCG, n’a pas caché son inquiétude de voir son parti affaibli par sa position au sein de la majorité, là où Daniel Cohn-Bendit a rappelé qu’en l’espace d’un an, l’EELV avait perdu la moitié de ses adhérents.

Cécile Duflot, ministre de l’Ecologie, en compagnie de Jean-Marc Ayrault, Premier ministre

EELV devra donc assumer sa prise de position sur le TSCG d’autant plus qu’elle est sans ambiguïté, ce qui implique une certaine cohérence dans les choix futurs. En clair, c’est une position qu’il l’engage notamment vis-à-vis du budget 2013 que le Parlement voit adopter dans les semaines à venir, plaçant les ministres écologistes dans une situation qu’ils auraient bien aimé éviter, tant il en va de leur crédibilité politique. Ce qui explique sans doute que Cécile Duflot ait finalement préféré botter en touche, le week-end dernier (notamment sur Twitter) au lieu d’assumer une position claire et nette.

L’agenda 2014

François Hollande, président de la République, sur le plateau du Journal de TF1 en compagnie de Claire Chazal, le 9 septembre dernier

Deux ans. C’est l’objectif que s’est fixé le président de la République pour redresser la situation économique de notre pays.

Invité du journal de 20 heures de TF1 dimanche dernier, François Hollande a défendu sa stratégie et sa politique à l’heure où les critiques fusent au sein même de la majorité. Le chef de l’Etat a notamment prévu la poursuite de la réduction des déficits, le maintien de la taxe exceptionnelle de 75% destiné aux revenus supérieurs à un million d’euro, ou bien encore la sécurisation de l’emploi afin de lutter contre le chômage et d’engager une ambitieuse réforme du marché du travail.

François Hollande se donne donc deux ans pour mettre en œuvre son « agenda du redressement » ou « Agenda 2014 » pour remettre la France sur les rails et la faire renouer avec la prospérité. Un pari risqué, audacieux et semé d’embuches dans la mesure où la situation actuelle du pays n’est pas encourageante et que les interrogations se font de plus en plus fortes parmi les Français. Le président de la République devait être à l’initiative en reprenant la main et tenter de rassurer nos compatriotes, tout en menant le cap et les objectifs qu’il était fixé.

François Hollande durant son intervention sur TF1

En présentant son agenda du redressement, François Hollande n’a fait que réaffirmer son objectif et confirmer sa stratégie, à savoir une politique essentiellement orientée vers un désendettement du pays, condition primordiale pour retrouver le chemin de la croissance et de la prospérité. Le chef de l’Etat avait d’une certaine manière prévenu et notamment lors du discours du Bourget en janvier 2012 : les débuts du quinquennat seraient essentiellement concentrés sur l’effort à consentir pour remettre la France sur les rails, ce qui suppose l’effort de tous.

Aussi, on ne devrait pas être surpris par la politique actuellement menée par le président de la République et son gouvernement dans la mesure où c’était non seulement écrit mais qu’en plus il s’était engagé à la mener afin d’assurer et de concrétiser le changement. A ce propos, l’agenda 2014 marque la première étape du quinquennat, une étape cruciale où les choix le seront tout autant et dans laquelle, la question de la justice sociale sera prépondérante. François Hollande et Jean-Marc Ayrault ne le savent que trop bien, des efforts seront demandés aux Français et chacun d’entre eux devra y contribuer, quelque que soit sa condition et/ou son statut social, pourvu que le principe de justice sociale soit mis en avant, ce qui explique la polémique provoquée par Bernard Arnault et son intention de demander la nationalité belge (dans l’espoir de payer moins d’impôts, notamment)

L’agenda 2014 est, comme je viens de l’écrire, un pari audacieux, risqué et qui n’offre aucune garantie de succès. François Hollande le sait et sait également que s’il ne donne pas de résultats concrets d’ici deux ans, cela pourrait s’avérer un handicap majeur pour une éventuelle réélection. Malgré tout, considérer que le chef de l’Etat ait sous-estimé l’ampleur de la crise et ses solutions à apporter reste inexact dans la mesure où ce dernier ne fait qu’appliquer la stratégie qu’il avait proposé durant la campagne présidentielle. Sans doute que certains Français, secoués par cinq ans de sarkozysme et s’attendant à des résultats immédiats, ont pensé que le changement serait immédiat, ce qui explique leur déception. De fait, le changement passe avant tout et nécessairement par une politique de redressement, ce qui implique la fixation d’un nouveau cap, d’un nouvel objectif pour la France, un peu comme l’avait fait Gerhard Schröder en Allemagne avec l’agenda 2010[1], présenté en 2003 par la coalition socialiste-verte d’alors. De fait, si l’intervention de François Hollande était très attendue et très suivie dimanche, elle fut bien instructive dans la mesure où le chef de l’Etat n’a fait que confirmer une stratégie qu’il avait proposé il y a déjà plusieurs mois. Une stratégie qui ne manquera d’avoir un impact sur une gauche française et un Parti socialiste qui n’en finit pas de faire sa mue, une mue social-démocrate.


[1] Même si les résultats des réformes réalisées par le chancelier social-démocrate puis par Angela Merkel, chancelière chrétienne-démocrate depuis 2005, restent bien évidemment contestables.

Le « Hollande bashing »

En cette rentrée politique, les éditorialistes et autres quotidiens de notre pays se penchent évidemment sur la politique du gouvernement depuis sa mise en place le 15 mai dernier. Des éditos et des articles pour le moins critiques, pour ne pas dire durs, l’exécutif, le Premier ministre et le président de la République en prenant chacun pour leur grade.

De fait, si la presse s’interroge sur le manque d’autorité supposé de Jean-Marc Ayrault, elle se pose également des questions sur la stratégie de François Hollande à l’heure où les indicateurs économiques ne semblent pas être au beau fixe. Ainsi, on reproche au Premier ministre de ne pas s’imposer suffisamment et de tenir son gouvernement et au Président de la République, de ne pas savoir où il va et dans quelle direction il mène la France, au point que la comparaison avec Nicolas Sarkozy n’est jamais loin.

Ainsi, si Le Point n’est plus à une critique près, L’Express vient de sauter le pas dans sa Une, parue cette semaine. Même la presse dite de gauche s’y met tel Marianne ou encore Le Nouvel Observateur qui presse François Hollande et son équipe à se mettre au travail et surtout apporter des résultats concrets.

Le « Hollande bashing » (dénigrement de Hollande en anglais) semble être la nouvelle tendance en cette rentrée politique. L’ensemble des quotidiens de l’Hexagone rivalisent d’idées pour cogner sur le gouvernement et sur une politique qui peine à apporter des résultats concrets, notamment face aux préoccupations légitimes des Français. Les Franz-Olivier Giesbert, Laurent Joffrin ou bien encore Jean-François Khan rappellent volontiers le slogan du candidat Hollande (« Le changement, c’est maintenant ») et se veulent à l’unisson d’une opinion publique qui, à défaut d’être déçue, s’interroge de plus en plus sur la politique gouvernementale actuelle, comme semblent l’indiquer les sondages.

Une du Nouvel Observateur, le 6 septembre dernier

Le « Hollande bashing » est également une stratégie commerciale destinée à fidéliser des lecteurs. Comme le souligne si Claude Perdriel, dans un article du Monde, « il est risqué pour un journal de trop soutenir le pouvoir », ce qui explique cette stratégie. Il s’agit de mieux cogner (à juste titre, d’ailleurs) pour mieux vendre, ce qui semble plutôt réussi notamment pour la presse de droite. Ainsi, Le Point – pas avare en attaques à l’égard de François Hollande – a vu une hausse de la vente de ses numéros en mai dernier quelques temps après la victoire du candidat socialiste à la présidentielle. Une tendance qui ravit même l’opposition qui considère qu’elle avait d’une certaine manière raison. Ainsi, Jean-François Copé, lors d’un point-presse de l’UMP, n’avait pas hésité à brandir la Une de L’Express pour appuyer ses propos et ses attaques contre le gouvernement.

La stratégie actuelle de François Hollande ne devrait surprendre personne dans la mesure où le candidat socialiste l’avait martelé durant sa campagne présidentielle : la première partie de son mandat serait consacré au rééquilibrage des comptes publics, ce qui suppose une politique principalement axée sur la réduction des déficits tout en veillant à ce que certains secteurs (tels l’éducation, les services publics ou bien encore la sécurité) ne soient pas affectés et soient même renforcés. Une politique qui s’installe et qui s’inscrit dans une certaine durée, durée nécessaire pour obtenir des résultats concrets. Une telle politique, contraignante et ingrate, n’est évidemment pas spectaculaire, sans compter qu’elle est également douloureuse, ce qui explique sans doute l’impatience de certains Français que la presse nationale cherche à relayer, ce qui explique ce « Hollande Bashing »

A cela s’ajoute l’image même de François Hollande, ce fameux « président normal » qui n’en finit pas de dérouter certains éditorialistes, sans doute nostalgiques d’un Nicolas Sarkozy éblouissant et surtout punchy. L’image pompidolienne de François Hollande contraste fortement avec ce qu’on avait l’habitude de voir, jusqu’ici, et contraste surtout avec le contexte économique et international que nous connaissons, ce qui donne l’impression d’une stagnation, d’une lenteur aux niveau des réformes et donc cette tendance au « Hollande bashing »

François Hollande et Jean-Marc Ayrault, Premier ministre, lors du défilé du 14 juillet à Paris

Aussi, si le « Hollande bashing » semble être à la mode, il n’en demeure pas moins un reflet des interrogations que se posent certains de nos compatriotes quant au rythme et à la portée des réformes qu’à une mise en cause de la stratégie de François Hollande ou de son style présidentiel. Ce dernier, tout en ayant promis le changement, avait bien insisté sur le fait que ce dernier prendrait du temps et qu’il passerait par une période d’effort notamment sur un rééquilibrage de nos comptes publics, comme je viens de l’écrire. De ce fait, si la stratégie du président de la République et du Premier ministre n’est finalement pas remise en cause, ce dernier doit cependant faire preuve de pédagogie afin que sa politique, à défaut d’être soutenue par tous, soit au moins compréhensible.

De l’angélisme au réalisme stratégique

Manuel Valls, actuel ministre de l’Intérieur du gouvernement Ayrault

En ces jours de rentrée politique, l’attention des médias est concentrée sur la politique du gouvernement vis-à-vis des Roms. Une politique qui ne cesse d’être scrutée et surtout mise en cause par celles et ceux qui s’attendaient à un changement sous la gauche, une rupture avec la politique de stigmatisation menée jusqu’ici.

Manuel Valls n’y est pas allé de main morte en effet, en procédant à de nouvelles expulsions de Roms cet été, au grand dam des associations de défense mais également des autres partenaires de la gauche notamment, les Verts, qui n’ont pas manqué à faire de parallèle entre la politique de l’actuel ministre de l’Intérieur et celle menée par son prédécesseur. Des critiques que l’actuel premier flic de France semble balayer de la main, considérant qu’il ne faisait qu’appliquer une décision de justice et que sur une telle question, la gauche devait faire preuve de responsabilité et non plus d’angélisme comme de par le passé.

La polémique que suscite ces nouvelles expulsions de Roms remet en en lumière le rapport que la gauche entretient avec les questions de sécurité, d’immigration et d’ordre public. Durant longtemps, la gauche fut réputée pour son angélisme, son côté droit de l’hommiste face à une droite bien plus ferme et surtout répressive sans oublier stigmatisante comme l’ont rappelé les propos de Claude Guéant mais aussi de Nicolas Sarkozy durant ces cinq dernières années.

Campement de Roms à Aix en Provence (Bouches du Rhône)

Dès lors, la question de l’ordre public reste comme une épine plantée au pied d’une gauche et d’un Parti socialiste en particulier qui peine véritablement à trancher entre humanisme et fermeté, afin d’assurer la salubrité et la tranquillité publique. A ce propos, François Hollande s’était engagé sur une voie médiane durant la présidentielle en considérant qu’il ne pouvait pas y avoir d’expulsion sans solution de relogement pour les familles Roms, en situation régulière. Force est de constater que si des expulsions ont bien lieu, la question du relogement reste encore à l’ordre du jour et que le gouvernement devra immanquablement apporter des réponses.

Il va sans dire néanmoins que derrière la politique de fermeté menée par Manuel Valls, se cache une volonté de se démarquer de la droite, non pas au sens des actions entreprises mais plutôt concernant la philosophie mise en avant par le nouveau ministre de l’Intérieur et finalement acceptée au sein du Parti socialiste, c’est-à-dire ne plus répéter les erreurs passées en matière de maintien de l’ordre et de salubrité publics. En clair, montrer que la gauche a également de la poigne et qu’elle ne se laissera pas déborder par l’opposition de droite à ce sujet.

Telle est la stratégie de Valls qui met en avant une certaine fermeté vis-à-vis des Roms afin d’éviter toute accusation de laxisme, terme souvent dévolu à la gauche. Bien évidemment, la posture adoptée par l’ancien député-maire d’Evry n’est pas dénuée d’intérêts politiques personnels, notamment sur le long terme, son discours prononcé lors de l’Université d’été étant un indicateur assez clair. Toujours est-il que cette stratégie semble porter ses fruits dans la mesure où elle gêne l’UMP qui espérait bien concentrer ses attaques sur le gouvernement en l’accusant à nouveau de laxisme et d’angélisme. Il n’en est rien, ce qui oblique Jean-François Copé et Cie à changer d’angle d’attaque.

La controverse suscitée par les Roms n’en finira pas de faire des vagues au sein de la majorité, notamment entre le PS et les écologistes dont certains ont fait part de leur protestation. Sans doute qu’il faudra insister sur d’autres leviers concernant la question Rom notamment à propos de l’insertion mais aussi de la coopération dans le cadre de l’Union européenne avec tout particulièrement, la Roumanie et la Bulgarie. Toujours est-il que la politique menée par Manuel Valls – et donc validée par le Premier ministre et le président de la République – montre un certain réalisme de la part de la gauche, comme une volonté de montrer sa capacité à être à la hauteur et à se prémunir des habituelles attaques dont elle fait l’objet, quant il s’agit de maintien de l’ordre public.

Croyances et convictions

Monseigneur Jean Vingt-trois, Cardinal de Paris, à l’origine de la prière prononcée le 15 août à l’attention de la famille

Alors que l’été bat son plein et que la canicule s’annonce, un débat prend peu à peu place au sein de la société française, un débat qui ravive les passions et surtout les tensions, comme l’Histoire de notre pays en est souvent témoin.

Hier, 15 août, l’Eglise catholique a prononcé une prière au nom de la famille et de la défense des valeurs traditionnelles la concernant. Une manière subtile mais claire de dénoncer le projet du gouvernement d’ouvrir le mariage au couple homosexuels, l’Eglise considérant qu’il s’agit là d’une atteinte aux principes humains.

Christine Boutin, ancienne ministre et présidente du Parti chrétien-démocrate, proche de l’UMP

L’initiative, si elle fut largement mise en avant et relayée par les autorités ecclésiastiques, a reçu un accueil mitigé entre ceux qui soutiennent le point de vue de l’Eglise catholique et ceux qui la récusent au nom de la laïcité. Ainsi, Christine Boutin, ancienne ministre et présidente du Parti Chrétien-Démocrate (PCD, proche de l’UMP) a approuvé l’initiative considérant qu’il est normal, voire tout à fait primordial que l’Eglise s’empare d’un tel sujet et fasse part de ses positions. Un point de vue que rejettent les associations laïques et LGBT qui y voient non seulement une ingérence de l’Eglise dans les affaires de la République mais aussi une atteinte à la laïcité de 1905.

Le débat sur le mariage gay et l’adoption par des couples homosexuels n’en finit pas de faire des vagues, et ce depuis plusieurs années. Il y a plus de dix ans déjà, le PACS (Pacte civil de Solidarité) avait suscité l’indignation de la droite catholique et conservatrice qui y voyait déjà là, une atteinte aux fondements et valeurs de la famille. Déjà à l’époque, une certaine Christine Boutin s’était particulièrement illustrée en affichant sa farouche opposition à un tel projet, qui fut finalement adopté et même soutenu publiquement par Roselyne Bachelot-Narquin, pourtant députée RPR et membre de l’opposition. Et encore déjà, l’Eglise – et l’ensemble des autorités religieuses – s’était levée vent debout contre ce Pacte dans lequel elle y voyait déjà une forme de mariage déguisé. (Voir les vidéos ci-dessous)

Aussi, il n’est pas surprenant de connaître à nouveau la position de l’Eglise mais également des autres religions monothéistes qui ne font que réaffirmer leur préceptes, à savoir qu’un mariage ne peut être consenti que par un homme et une femme. Certains considèrent – à juste titre d’ailleurs – que l’Eglise n’a sa place dans ce débat et que cela ne le concerne pas, laïcité oblige. En clair, elle ferait mieux de se taire, au lieu de faire du lobbying, faire pression pour mieux imposer ses vues. Seulement, laïcité ne veut pas dire absence d’expression et notamment celle de l’’Eglise qui ne fait que son rôle, agir comme un acteur moral au sein de la société. Une Eglise qui se base sur la croyance et ses préceptes face à des militants LGBT et laïques qui défendent la liberté et leurs convictions.

Difficile de dire si l’Eglise était dans son droit ou pas en diffusant sa prière universelle destinée à la famille, hier jour de l’Assomption. Comme je viens de l’écrire, elle n’était que dans son rôle, un rôle que semble ne plus vouloir reconnaître certaines associations gays et lesbiennes. Qui plus est, une telle initiative ne devrait pas avoir d’impact majeur sur le plan politique dans le sens où l’opinion publique semble largement favorable à l’élargissement du mariage pour les couples gays et lesbiens. Toujours est-il que cette problématique montre une fois encore la difficulté de l’Eglise catholique (mais aussi des autres religions) à s’insérer et surtout comprendre le monde dans lequel elle vit. Malgré tout, il est fort à parier que l’Eglise catholique, à défaut d’être un facilitateur, ne constituera pas non plus un frein à l’élargissement du mariage au couple de même sexe dans la mesure où elle a plus intérêt à rester dans son rôle moral, lui permettant de conserver cette autorité morale même au sein de notre République laïque, comme l’ont montré les débats lors de la loi autorisant l’Interruption volontaire de grossesse en 1974.

Les Cent Jours

Il s’agit d’un cap symbolique mais qui n’en reste pas moins important dans la vie politique française et pour tout président de la République nouvellement élu.

François Hollande « célèbre » en effet, ces Cent Jours à la tête de l’Etat. Une « célébration » plutôt symbolique et qui permet de faire un premier point sur les actions entreprises et les politiques menées par le nouveau président et le gouvernement de Jean-Marc Ayrault.

Pour rappel, les Cents Jours est une expression qui fait référence aux cents jours du second règne de Napoléon à son retour d’exil de l’Ile d’Elbe non loin de l’Italie. Une règne éclair puisqu’interrompu par la bataille de Waterloo en Juin 1815 mais une expression pour la postérité dans la vie politique française et une manière de se faire une première idée des mesures prises par le gouvernement et le style affiché par le pouvoir exécutif.

François Hollande l’avait dit, il ne fallait pas s’attendre à un état de grâce et surtout à un bouleversement rapide. C’est même la prudence qui est de mise, comme le rappelle si bien le contexte économique national et international. Marasme industriel,  chômage en hausse, crise de l’Euro… le président de la République et le Premier ministre savent qu’ils ont une marge de manœuvre très limitée et qu’ils seront jugés sans aucune indulgence (ou presque).

Ce qui explique sans doute la stratégie mise en place par l’actuel gouvernement, à savoir réfléchir à froid afin de prendre les décisions qui s’imposent et surtout les bonnes (du moins les moins préjudiciables). Certains considéreront cela comme de la frilosité ou un excès de prudence ou bien encore un manque de courage politique (que l’on soit dans l’opposition comme dans la majorité), toujours est-il que François Hollande et Jean-Marc Ayrault impriment peu à peu leur marque et surtout leur façon de gouverner.

François Hollande et Jean-Marc Ayrault, premier ministre

Comme je l’ai écrit plus tôt, cette prudence affichée par l’exécutif s’explique par une certaine obligation de résultats. Une telle attitude peut en déboussoler voire décevoir certains de nos compatriotes, ce qui explique peut-être ce récent sondage réalisé par l’IFOP dans lequel 54% des Français sont mécontents de François Hollande. Un sondage à prendre avec prudence dans la mesure où il exprime plutôt une attente de l’opinion, qui si elle semble afficher le nouveau style présidentiel, cherche encore à être convaincue, ce qui suppose des résultats concrets et surtout visibles.

Une attitude compréhensible et logique dans la mesure où François Hollande s’est fait élire dans la promesse du changement. Un changement qui a réellement débuté et qui se poursuit mais qui demande du temps mais aussi une prise de recul, histoire de ne pas produire les erreurs commises par l’ancienne majorité, à savoir l’arrogance et la précipitation. A ce titre, François Hollande avait prévenu durant la campagne électorale, il ne ferait pas de promesses en l’air et s’attacherait tout d’abord à rééquilibrer les comptes publics, dans un esprit de justice comme le montre d’ailleurs la loi de finances rectificative qui fut votée en juillet dernier.

François Hollande en compagnie de Valérie Trierweiler à Brégençon, le 3 aout dernier

François Hollande sait qu’il est attendu au tournant et que rien ne lui sera épargnée, comme le lui rappelle si bien l’opposition qui s’attaque davantage sur sa personne que véritablement sur sa politique. Il sait également que le plus dur reste à faire notamment avec une rentrée sociale qui s’annonce explosive. De fait, les Cent Jours n’étaient finalement qu’un hors-d’œuvre avant un plat de résistance qui s’annonce particulièrement copieux.