La fi-fille à son papa

Jean-Marie Le Pen, président du Front national de 1972 à 2011, président d'honneur du mouvement depuis cette date. Ancien candidat à la présidentielle

Jean-Marie Le Pen n’aime pas – comme n’importe quel papa sur terre, mine de rien – qu’on s’en prenne à sa fille et il le fait savoir.

Souvenez-vous ! Jeudi dernier, Marine Le Pen était l’invitée de l’émission « Des Paroles et des actes » sur France 2. Face à elle, Jean-Luc Mélenchon, le leader du Front de gauche et candidat à la présidentielle dans un débat ou plutôt un non-débat, le leader frontiste ayant clairement signifié son refus de discuter. Une non-confrontation qui a clairement et logiquement tourné à l’avantage de Mélenchon.

Un débat qui a laissé des traces dans le camp Le Pen et qui a suscité certaines réactions notamment celle du papa qui a qualifié Mélenchon de « voyou » s’en prenant à une femme, une manière assez brute de souligner le manque de courage et de courtoisie mais également toute la violence verbale dont fait preuve le patron du Parti de gauche.

L’affaire est donc entendue : le leader néo-communiste manque de savoir-vivre face à une femme, et est un goujat de première. Qui plus est, il s’attaque à la fille de l’ancien chef, ce n’est guère mieux. En clair, Mélenchon est l’agresseur et Marine Le Pen, la pauvre fille qui s’est faite injustement violentée, trainée dans la boue. La victimisation, marque de fabrique traditionnelle du Front national semble refaire surface.

Jean-Marie et Marine Le Pen à La Trinité sur Mer, le 17 mars 2007

Jean-Marie Le Pen court donc au secours de sa fille, comme l’aurait fait n’importe quel papa. Le geste est touchant et affectif mais cache mal une certaine réalité : que la campagne de Marine Le Pen patine dangereusement, la candidate ayant du mal à se montrer crédible auprès des Français notamment en raison d’un programme économique et social mal ficelé et bien peu solide, sans oublier certaines fausses polémiques comme la viande halal.

Dès lors, la figure du père est indispensable, histoire de rassurer la fille mais également les militants qui pourraient commencer à paniquer. Néanmoins, si la figure du père est rassurante, elle pourrait très encombrante. On l’a vu récemment avec les propos de Jean-Marie Le Pen sur Robert Brasillach, poète collaborationniste et admirateur de l’Allemagne nazie tristement célèbre, mais aussi il y a quelques années lorsque l’ancien président du Front national n’avait pas hésité à s’en prendre violemment à une candidate socialiste à Mantes-la-Jolie, lors des législatives anticipées de 1997 alors qu’il était venu soutenir sa fille aînée, Marie-Caroline, comme le montre cet extrait du Journal télévisé de France 2 :

Aussi, on ne peut qu’être amusé par les propos de Jean-Marie Le Pen à l’égard de Mélenchon surtout si on a en tête ces images où l’ancien président du Front national était à mille lieues de la courtoisie et du respect de la gent féminine. Des propos qui cachent mal en tout cas, le manque de sérénité d’un parti qui se rend compte que la présidentielle est sans doute jouée pour elle.

Une succession familiale

Marine Le Pen, députée européenne et conseillère municipale d'Hénin-Beaumont (Pas de Calais), élue présidente du Front national lors du Congrès de Tours, ce dimanche 16 janvier

Le Front national a un nouveau visage avec le même patronyme. En effet, Marine Le Pen, fille de… a été élue présidente du parti d’extrême face à Bruno Gollnisch avec près de 68% des voix. Une élection sur un fauteuil qui devrait permettre à la benjamine du clan Le Pen d’avoir les coudées franches.

Jean-Marie, le papa, peut quitter le navire, l’esprit et le cœur léger. Il a transmis son parti à sa fille, tel on transmet un héritage. Dès lors, le Front national, véritable entreprise familiale, reste sous contrôle du clan Le Pen, ce qui ne peut que rassurer un fondateur qui, même s’il a tiré sa révérence, gardera toujours un œil plus ou moins appuyé sur le mouvement.

Tout le monde s’interroge, les analystes politiques en tête, sur le nouveau visage que la présidente voudra façonner au Front national, cette dernière devant son triomphe à son nom bien sur mais aussi à une image plus policée et plus « respectable » dans les médias, ce qui la rend encore plus pernicieuse et redoutable que son père. En effet, Marine Le Pen joue moins dans la provocation mais beaucoup plus dans le fond et le débat d’idées, ce qui rend ses prestations parfois intéressantes et gomme un peu l’image qu’on a du Front national. Une stratégie qui ne laisse pas les électeurs et sympathisants de la droite classique indifférents dans la mesure où une large minorité d’entre eux, ne serait pas opposée à un rapprochement, voire à une alliance entre le parti d’extrême droite et l’UMP sarkozyste.

Dès lors, l’arrivée de Marine Le Pen même prévue à la tête du Front national doit être suivi avec attention tant cette dernière semble séduire une partie de l’électorat. On est loin, en effet, de l’image grossière et virile du papa ! Au contraire, place au discours policé et à la séduction de la fille, un Front national « new age » qui place économique et social et qui lie immigration et désenchantement social et moral.

Et les récents résultats électoraux (notamment celui de la municipale partielle d’Hénin-Beaumont en juillet 2009) doivent nous servir de piqure de rappel et d’alerte pour les partis républicains, Parti socialiste en tête. La bonne image et la tenue de Marine Le Pen ne doivent pas nous faire oublier que le Front national reste un parti xénophobe, provocateur et résolument antimondialiste et anti-européen.

Bruno Gollnisch, député européen et candidat à la présidence du FN en compagnie de Marine Le Pen

Néanmoins, si le Front national peut espérer une nouvelle virginité médiatique avec l’élection de Marine, celle-ci aura fort à faire au sein même de son mouvement avec tout particulièrement, la ligne traditionnaliste incarnée par Bruno Gollnisch. Avec 32% des voix, celui qui a souvent été considéré comme le successeur désigné de Jean-Marie Le Pen, ne se contentera pas de faire de la figuration bien qu’il ait reconnu sa défaite et refusé le poste de premier vice-président du FN, un poste que lui avait proposé Marine Le Pen.

Jean-Marie et Marine Le Pen

L’actuelle députée européenne et conseillère municipale d’Hénin-Beaumont récupère donc le parti de son papa et assure ainsi la continuité de la marque « Le Pen ». Un papa qui peut dormir sur ses deux oreilles dans la mesure où il pourra toujours exercer une influence et un contrôle sur le mouvement qu’il est le fondateur. D’ailleurs, ce n’est pas pour rien qu’il a désigné, président d’honneur du Front national, une façon pour rappeler qu’il est encore là et bien là ! Quant à Marine Le Pen, celle-ci ne doit pas nous faire oublier qu’elle a un but bien précis : rendre son parti respectable même si les idées au fond n’ont absolument pas changé.

PS : je vous mets en ligne la vidéo suivante, un débat entre « Monsieur Besson » – à l’époque ministre des expulsions (enfin, de l’immigration et de l’identité nationale) et Marine Le Pen – à l’époque vice-présidente du FN – lors du débat sur l’identité nationale sur le plateau d »A vous de juger » sur France 2. L’intérêt de cette vidéo, c’est qu’on voit la façon dont Marine Le Pen débat avec « Monsieur Besson ». Et il faut bien avouer qu’elle est particulièrement coriace. Bonne lecture vidéo !

Le choix du père

Jean-Marie Le Pen a donc tranché. Dans un entretien à Radio France Internationale (RFI), il a officiellement soutenu la candidature de sa fille, Marine, à la présidence du Front national, dans la perspective du congrès de janvier 2011 qui doit lui trouver un successeur.

Le président-fondateur du Front national a donc préféré sa fille à Bruno Gollnisch, un des fidèles du Patriarche. Dit comme cela, cela est peu surprenant dans la mesure où le lien de parenté a pas mal joué dans la décision du leader frontiste. Toutefois, il serait bien naïf de regarder les choses sous l’angle de la relation père – fille.

Car il est à rappeler que Marine Le Pen et Bruno Gollnisch ont deux stratégies bien opposées au sein du Front national. Du côté de Marine, c’est une ligne de « recentrage » axée sur une vision plus policée qui dénonce toujours autant l’esthablisment mais sur le style : « France d’en haut et France d’en bas » et dans lequel, on dénonce l’insécurité sociale face à une compromission tout azimut du politique. En clair, un discours moins extrémiste qui vise à rassembler aussi les déçus du sarkozysme mais aussi tous ceux qui n’attendent plus rien de la gauche de gouvernement.

Une stratégie qui diffère assez sensiblement chez Bruno Gollnisch qui tend à s’appuyer sur l’appareil du parti mais également les militants dont la plupart restent réticents pour ne pas dire rétifs au changement de stratégie proposée par la fille du chef. En clair, face au phénomène et à la modernité « Marine », Gollnisch veut se présenter comme quelqu’un qui rassure mais surtout comme celui qui conservera intact l’héritage politique que s’apprête à léguer le patriarche Le Pen.

Marine Le Pen, Jean-Marie Le Pen et Bruno Gollnisch, au soir du second tour des élections régionales, le 21 mars dernier

Dès lors, ce sont deux lignes qui s’opposent mais qui restent complémentaires et ce au grand bénéfice de Jean-Marie Le Pen qui peut se permettre de soutenir sa fille tout en prenant soin de conserver de bons rapports (du moins les meilleurs possibles) avec le conseiller régional de Rhône Alpes dans la mesure où les deux prétendants à sa succession auront besoin de l’un comme de l’autre pour s’imposer. Cela peut paraître tiré par les cheveux mais finalement logique. En effet, si Marine Le Pen peut se targuer de présenter une image plus moderne du Front national, ringardisant au passage Gollnisch, ce dernier peut en revanche compter sur ses lourds réseaux qui peuvent au moment venu emporter la décision, réseau dont aura Marine Le Pen dans la perspective de 2012 et d’une probable candidature à la présidentielle.

Dès lors, le choix de Jean-Marie Le Pen est beaucoup moins dicté par les sentiments que par pure stratégie. Choisir Marine Le Pen, c’est s’assurer d’une part de conserver le nom, la marque « Le Pen » mais aussi de conserver impact le monopole sur le fonctionnement du Front national. Sans compter que la fille a, pour son père, largement fait ses preuves sur le plan électoral. Un choix qui peut, de plus, s’avérer payant à moyen long terme si Marine Le Pen réussit à s’entendre avec Bruno Gollnisch. En clair, un choix qui ne doit rien au hasard et qui peut s’avérer explosif si on n’y prend pas garde !

La « gauchisation » du FN ?

Lors du traditionnel défilé « républicain et patriotique » du 1er mai dernier de son parti, Jean-Marie Le Pen a prononcé son fameux discours devant près de 5 000 militants.

Jean-Marie Le Pen, devant la statue de Jeanne d'Arc, le 1er mai 2010 dans le 1er arrondissement de Paris (www.lefigaro.fr)

Un discours qui aura été marqué, selon les journalistes présents, par une tonalité très sociale, bien loin, même très loin de ce qu’on avait l’habitude d’entendre jusqu’ici, à savoir un discours très nationaliste et anti-européen. Au lieu de cela, l’actuel député européen et conseiller régional a dénoncé l’ascenseur social et républicain en panne et a voulu s’afficher en dernier recours des plus défavorisés et autres victimes de la crise face à un PS qualifiée de « gauche américaine » et d’une droite bling-bling, véritable pompier pyromane de la crise actuelle.

Cette « gauchisation » du Front national n’est pas si nouvelle en soi même si elle peut encore surprendre. En effet, il n’y a pas si longtemps, c’était ce même Jean-Marie Le Pen qui tentait de réhabiliter le Maréchal Pétain et minimiser la responsabilité de ce dernier et de son régime durant la Seconde Guerre Mondiale. A cela ajoutons sa nouvelle sortie sur les chambres à gaz en avril 2009 lors d’une séance plénière du Parlement européen à Strasbourg.

Marine Le Pen, député européenne et conseillière régionale du Nord Pas de Calais en compagnie de son père, lors du défilé du 1er mai.

Toutefois, cette « gauchisation » existe depuis un certain nombre d’années, au moins depuis fin 2002, à une époque où le Front national, fort de sa présence au second tour de la présidentielle de mai, avait cherché à gommer son image de parti réactionnaire et extrémiste. Dès lors, et sous l’impulsion de Marine Le Pen, le FN avait alors mis en avant le concept d’insécurité sociale, une manière de se démarquer de la droite classique et sa politique en matière de lutte contre l’insécurité.

Ce « recentrage » du Front national avait fait débat notamment chez les tenants de la ligne traditionnelle menés par Bruno Gollnisch, autre candidat déclaré à la succession du patriarche, ces derniers considérant la stratégie adoptée par la direction du parti frontiste comme hasardeuse et déroutante électoralement. Néanmoins, la crise économique et financière est passée par là et face à la montée du chômage et des craintes des Français face à l’avenir, le Front national espère tirer son épingle du jeu.

C’est ce qu’a bien compris Jean-Marie Le Pen sans doute convaincu par la stratégie adoptée et défendue par sa fille, Marine. Désormais, le FN doit passer pour un mouvement national et anti-européen certes, mais pour le mouvement des sans-grades, des démunis et de ceux qui se sont fait berner par le fameux « Travailler plus en gagnant plus » de Nicolas Sarkozy, ce qui semble électoralement payant jusqu’ici si on se réfère aux récents résultats électoraux du FN.

Mais qu’on ne s’y méprenne pas ! Si le FN tente de se gauchiser, il n’en demeure pas moins un parti d’extrême droite pour lequel, la vigilance doit rester de mise ! En ces temps de crise, la remontée du Front national est l’expression de la crainte des plus fragiles d’entre nous face à l’avenir mais aussi des déçus à la fois du sarkozysme mais également de la gauche traditionnelle dont ils attendent des solutions concrètes et fortes face à la crise. Cependant, cette « gauchisation » risque de conforter encore un peu plus Marine Le Pen dans la course à la succession lors du congrès de janvier 2011 du parti frontiste.

La (joyeuse) retraite du capitaine ! (suite)

Avec l’approche des partiels – et accessoirement de la fin de l’année – je n’ai pas tellement le temps de me pencher sur mon carnet virtuel. Mais qu’à cela ne tienne, je profite du calme avant la tempête pour revenir une des infos politiques de la semaine : le départ programmée de Jean-Marie Le Pen de la vie politique.

Le patriarche du Front national s’en va donc après avoir passé près de quarante ans à la tête de son « Paquebot » du nom de l’ancien siège de son parti à Saint-Cloud. Un départ sans regret pour l’intéressé qui a tout le loisir de préparer sa succession mais aussi profiter de sa retraite politique avec la bénédiction de l’UMP sarkozyste qui plus est !

Annoncé moribond il y a trois ans, le Front national revient dans le centre du jeu, ce que Le Pen ne manquera de le rappeler et si le débat du sur l’identité nationale mais aussi la déception des élections frontistes vis-à-vis de Nicolas Sarkozy y a joué pour beaucoup, c’est aussi du fait que le leader du FN a réussi à conserver un noyau de fidèles supporters.

Des fidèles qui seront en tout cas bien utiles à Marine Le Pen et Bruno Gollnisch, candidats déclarés de longue date à la succession du patriarche ! D’ailleurs, la conquête pour la présidence a déjà commencé et si les deux députés européens veulent afficher leur unité au nom de celle du Front national, c’est pour mieux s’affronter par la suite par militants interposés !

Car Marine Le Pen et Bruno Gollnisch peuvent se targuer de bons résultats électoraux notamment lors des dernières européennes avec une mention spéciale pour la fille du chef où elle semble s’implanter durablement dans le Pas de Calais. Dès lors, deux logiques s’imposent : celle de Le Pen qui vise à dédiaboliser le Front national et à le rendre présentable face à l’ « esthablisment », et celle de Gollnisch qui vise à poursuivre l’œuvre du Patriarche !

Bruno Gollnisch - conseiller régional de Rhône Alpes -, Jean-Marie Le Pen - conseiller régional de Provence Alpes Côte d'Azur et Marine Le Pen - conseillère régionale du Nord Pas de Calais - lors d'une session plénière du Parlement européen à Strasbourg

Toujours est-il que celui ou celle qui prendra la succession de Jean-Marie Le Pen à la tête du Front national n’aura pas la tâche facile ! En effet, l’un des « succès » du parti d’extrême droite s’explique aussi bien par la situation économique et sociale que subit la France et l’Europe depuis une trentaine d’années que par le leadership et le pouvoir sans partage exercés par l’actuel député européen. Durant un certain nombre d’années, l’image du Front national était immanquablement associée à celle de Jean-Marie Le Pen et inversement.

Ce qui explique sans doute le dilemme dans lequel est confronté le FN ? Poursuivre ou liquider l’héritage laissé par le patriarche (en exigeant par exemple un « droit d’inventaire »). C’est un vaste programme en tout cas et une question que les militants frontistes devront trancher en janvier 2011 en désignant le nouveau président du FN et accessoirement leur candidat à la présidentielle d’avril 2012.

Toujours est-il que le patriarche s’en va, ce qui n’est pas plus mal pour la bonne santé de notre vie politique.

Plagiat ?

La campagne des régionales bat son plein et à deux semaines du premier tour, certaines formations politiques semblent être en manque d’inspiration.

Ainsi, le Front national qui ne semble pas être en mesure de rééditer son score de 2004 (13% sur le plan national avec une pointe allant jusqu’à 19,2% dans le Nord-Pas de Calais) et qui cherche à revenir à ses fondamentaux comme en témoigne cette affiche réalisée par le Front national de la jeunesse (FNJ), la branche jeunesse du parti de Jean-Marie Le Pen, pour la campagne des régionales en Provence-Alpes Côte d’Azur :

Cette affiche où on l’on voit une femme porter la burqa ressemble assez fortement à une autre affiche que voici :

Vous l’aurez compris, il s’agit de l’affiche réalisée par l’Union démocratique du Centre, le parti de Christoph Blocher qui fut à l’origine du référendum anti-minarets en Suisse à la fin de l’année 2009. A ce propos, les concepteurs de l’affiche ne décolèrent pas, ces derniers considérant que le Front national les a plagiés, voire carrément volés. Quant à l’UDC, elle cherche à se démarquer de Jean-Marie Le Pen en déclarant à l’envie qu’elle ne partage en rien les valeurs du mouvement d’extrême droite et qu’elle se sent tout simplement lésée.

Si du côté du Front national, on récuse toute idée de plagiat, il n’en demeure pas moins que la ressemblance reste frappante ! Pas besoin d’avoir fait Sciences Po ou l’ENA pour comprendre que le FN cherche à surfer sur le résultat du référendum suisse en exportant la polémique helvétique de l’automne dernier en France et ce, en plein débat sur l’identité nationale.

Toutefois, ce qui choque beaucoup, c’est l’amalgame fait entre l’Algérie et l’Islamisme comme si la plupart des Français d’origine algérienne ou bien les Algériens vivant en France cherchaient à dicter leur loi et à imposer l’islam sur le territoire de l’Hexagone. Une fois encore, on part de l’idée que l’immigré (arabe qui lui est) vient en nombre imposer son culte et ses codes, comme en témoigne l’exemple de la femme voilée. Un raccourci simple et simpliste mais suffisant pour convaincre une population électorale visée en particulier en région PACA (autrement dit : les personnes âgées)

Jean-Marie Le Pen, président du Front national, tête de liste en région Provence-Alpes Côte d'Azur, le 21 février à Nice (www.liberation.fr)

Le Front national essaie ainsi de se refaire une santé politique en tirant profit au maximum du débat sur l’identité nationale et sur les conséquences du référendum initié par l’UDC suisse. En clair, peu importe qu’il soit accusé de plagiat, il s’agissait pour la formation de Jean-Marie Le Pen de renouer avec ses fondamentaux histoire de parler de soi. En cela, il peut remercier l’agité de l’Elysée et le zélé ministre des expulsions !

Liaison dangereuse

Dieudonné, nouveau suppôt de l’extrême droite ? Toujours est-il que depuis quelques mois, ce couple improbable défraye la chronique. Dernier dérapage en date : la montée sur scène de Robert Faurisson, historien négationniste venu recevoir un prix de la part de Dieudonné sous les applaudissements nourris du public.

Cela fait près de trois ans que Dieudonné a été plus ou moins banni des médias et lorsqu’on parle de lui, c’est toujours pour signaler ses provocations et ce, à juste titre tant que cela ne fait plus rire personne. Pire, cela inquiète, moi le premier ! En effet, au début de ses multiples provocations, je me suis dit que Dieudonné voulait faire le bouffon en s’attaquant maladroitement à Israël et en confondant antisémitisme et antisionisme. Mais là, la limite a été largement franchie et il me paraît évident que le rapprochement entre Dieudonné et le Front national ne se fait pas sans intérêt.

En effet, l’humoriste et le parti d’extrême droite ont un intérêt commun : celui de se faire parler de lui et ce, malgré un contexte défavorable notamment pour la formation de Jean-Marie Le Pen qui a compris tout le bénéfice qu’il pouvait tirer d’un humoriste qui se considère comme une victime.

De fait, Dieudonné joue sur l’émotion et le ressenti de nombreux Français issus de l’immigration (généralement les subsahariens et les maghrébins) qui se sentent laissés dans la lutte contre le racisme. Qui plus est, la situation au Proche-Orient les renforce de ce sentiment dans la mesure où les Etats occidentaux semblent objectivement défendre Israël face aux Palestiniens (dont on sous-entend que ce sont les agresseurs de l’Etat hébreu). Dès lors, Dieudonné attire un nouveau public qui se reconnait dans ce qui est une vision schématique et caricaturale de la société française et du conflit au Proche-Orient. De plus, cela lui permet de se faire de la publicité, les médias pouvant difficilement passer sous silence ses provocations car de fait confrontés à un dilemme : faut-il ou non parler des dérapages de l’humoriste ? Le faire, c’est lui donner une tribune mais ne pas le faire c’est le légitimer !

De son côté, Jean-Marie Le Pen, secondé par sa fille Marine, elle-même bénéficiant des services d’Alain Soral, cherche à moderniser l’image du FN en gommant son image de parti raciste et xénophobe. Dès lors, il joue les républicains nationalistes et Dieudonné est un morceau non négligeable puisque ce dernier devient en quelque sorte, le porte-parole acceptable (et respectable ?) du FN qui vise un nouveau électorat : les Français issus de l’immigration, vivant en banlieue et qui s’estiment à la fois lésés par les partis traditionnels et leurs multiples promesses d’intégration (PS, UMP, Modem…) mais aussi en ce qui concerne le devoir de mémoire  (par exemple, le poids de l’esclavage par rapport à celui de la Shoah dans la mémoire nationale). A ce petit jeu-là, Le Pen (fille ou père c’est selon !) fait coup double !

Dieudonné semble être le nouvel ami de Le Pen et il s’agit là d’une liaison dangereuse ! En effet, le premier tend à devenir la caution « ethnique » du second visant à rendre respectable l’extrême droite, ce dernier cherchant à attirer vers lui les déçus qui ont cru au discours sur l’intégration. Dès lors, il y a de quoi s’inquiéter dans la mesure où les propos de Dieudonné aussi provocants soient-ils trouvent un écho chez certaines personnes issus de l’immigration. Preuve en est, les spectacles de Dieudonné qui affichent complet. Aussi, si Dieudonné ne fait plus rire, l’essentiel et les enjeux sont ailleurs et il est clair qu’il s’agit d’un défi pour les partis traditionnels.

Des nouvelles du Front

Frédéric Taddeï sur le plateau de "Ce soir ou jamais" dont il est l'animateur.

Hier soir à la maison. Je n’allais pas tarder à rejoindre Orphée lorsque je suis tombé sur un débat sur France 3 dans le cadre de l’émission « Ce soir ou jamais » présentée par Frédéric Taddeï.

Une heure de débat consacré au Front national et à son avenir depuis sa déroute électorale et financière et auquel ont notamment participé Alain Soral – écrivain, anciennement membre du PCF et désormais militant au Front national – et Marine Le Pen, fille de Jean-Marie et qui se rêve en nouveau porte-étendard de l’extrême droite française. Notons également la présence de Pascal Perrineau, politologue et professeur à Sciences Po Paris, Erwan Lecœur, sociologue, Thierry Mariani, député UMP du Vaucluse et Malek Bouthi, président de SOS Racisme de 1999 à 2003 et actuel secrétaire national au PS, chargé des questions de société.

Il faut dire qu’avec l’élection de Nicolas Sarkozy et son OPA sur les idées et le fond de commerce de la famille Le Pen à l’occasion des élections de 2007, on avait presque un peu oublié le FN dans notre vie politique. A l’heure actuelle, il semble que l’UMP réalise pour lui, le programme qu’il a toujours voulu mettre en place (immigration choisie, Tests ADN, politique du tout sécuritaire, ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale…), ce qui enquiquine plus ou moins le FN qui peine à exister politiquement. Dès lors, le voici partagé entre deux orientations : soit, il revient à ses fondamentaux (discours provocateur, voire haineux du style : « La France aux Français ! », « Tous pourris ! » etc.) soit, il décide de s’adoucir en se montrant un parti républicain et résolument nationaliste. C’est en gros tout le débat qui agite le FN et qui cristallise les oppositions entre Bruno Gollnsich (actuel numéro deux du parti et favorable à la première orientation) et Marine Le Pen.

Jean-Marie Le Pen et sa fille Marine.

Toujours est-il qu’on aurait tort de considérer le parti de Jean-Marie Le Pen comme étant à la panade, voir en état de mort. De fait, tout dépendra de celui ou celle qui reprendra le flambeau en 2010, date à laquelle le patriarche Le Pen aura pris sa retraite politique. Toutefois, la mise en avant de plus en plus évidente de Marine Le Pen est assez révélatrice du repositionnement idéologique du FN (bien que le fond soit resté le même) qui est en train de se faire actuellement.

Pour s’en convaincre, il suffit d’entendre Marine Le Pen mais également Alain Soral dont leur objectif est simple : transformer le Front national en un parti respectable aux yeux des Français en leur donnant l’illusion de s’occuper de leurs problèmes par rapport aux partis de gouvernement (PS, UMP principalement) qui profitent du système et défendent l’intérêt des élites. Aussi, rien que tel un thème mobilisateur comme le nationalisme et la fameuse « fierté d’être Français » quitte à s’adresser à atténuer le discours raciste et xénophobe.

C’est en cela qu’il faut se méfier d’un Front national qui malgré son net recul électoral de ces derniers temps, adopte un discours et une stratégie plus ou moins remanié. Le fond est toujours là – notamment en ce qui concerne la mondialisation et la construction européenne qu’on récuse sans compter l’immigration – mais le langage semble être différent notamment en raison de Marine Le Pen. Qui plus est, le FN compte bien sur les effets de la crise financière pour récupérer les nombreux électeurs frontistes plus ou moins déçus par les premiers dix-huit mois du sarkozysme !

Autrement dit, le Front national n’en demandait pas tant pour espérer un come-back politique, espérons que son vœu ne soit pas exaucé, ce qui suppose une gauche qui renoue résolument avec les milieux populaires et les plus modestes

La (joyeuse) retraite du capitaine

Jean Marie Le Pen, président du Front national.

C’est ce jeudi que Jean Marie Le Pen, le président du Front national et multiple candidat à l’élection présidentielle, a annoncé qu’il ne serait plus le leader de son mouvement en 2010 ajoutant que, selon lui, il faudrait des circonstances exceptionnelles pour qu’il devienne candidat à L’Elysée en 2012.

Le Pen, à 80 ans, prend le chemin de la retraite et j’entends déjà certains se réjouir de la fin du Front national spéculant sur une inévitable guerre de succession entre Marine Le Pen et Bruno Gollnisch. Il faut dire en effet, que le FN ne s’est pas tellement remis de sa grosse déconvenue aux élections de 2007 en particulier durant la présidentielle notamment par rapport à l’offensive populiste de Nicolas Sarkozy qui n’a pas été hésité à faire du Le Pen pour mieux étouffer le parti frontiste. Car au risque d’être provocateur dans mes propos, je considère que Le Pen a déjà gagné en arrivant à imposer ses idées dans la vie politique et sociale de notre pays. Je m’explique :

En occupant l’espace médiatique et en se banalisant, Jean-Marie Le Pen a pu sans difficultés imposer ses thèmes chéris comme l’immigration ou bien encore l’insécurité tout en profitant pour cracher sur la construction européenne et ce dans le contexte d’une France en crise et en perte de vitesse. Face à cela, les parti traditionnels de gouvernement et notamment ceux de droite ont une attitude plus ou moins schizophrène vis-à-vis de l’extrême droite, le RPR et l’UDF partagés entre la volonté d’une alliance politique et le rejet de Le Pen.

Durant les années 1990, le Front national, tout en aimant se poser en victime et paria de la vie politique française, a réussi à installer ses idées en se rendant incontournable notamment en raison de son chef, Jean-Marie Le Pen. Aussi, ce dernier peut d’une certaine manière remercier l’actuel président de la République car grâce à ce dernier, il a désormais l’assurance qu’une partie de son programme est appliqué.

Dès lors, beaucoup de gens considèrent le FN comme en déclin et des évènements comme la vente du siège de Saint-Cloud ou bien encore les très faibles résultats électoraux les confortent dans leur analyse. Mais ce déclin n’est qu’apparent dans la mesure où dans la pratique, Nicolas Sarkozy a repris à son compte le programme du leader frontiste et détourné une large partie de l’électorat de Jean-Marie Le Pen.

Et c’est en cela que Le Pen a gagné même si cela paraît moins évident à comprendre dit comme cela. Jamais depuis des années, la droite républicaine ne s’est montrée dépendante du Front national sur le plan électoral car si cette dernière s’est largement inspirée de Jean Marie Le Pen pour renouveler son idéologie. Nicolas Sarkozy le sait pertinemment et sait qu’il doit faire du lepénisme pour continuer à s’imposer à droite. C’est en cela que le capitaine du Paquebot – le nom de l’ancien siège du FN – peut avoir le sourire car il a gagné sur toute la ligne : d’une part ses idées sont appliquées et d’autre part, il sait que si l’UMP ne les applique pas, une large partie de l’ancien électorat lepéniste reviendra au FN.

Aussi, je reste dubitatif et ne sais comment réagir face à cette annonce. Disons qu’elle me laisse un goût amer car quand dans le même temps, j’entends le ministre de l’Immigration et de l’Identité nationale se satisfaire des résultats qu’il obtient en matière de reconduite à la frontière, cela me fait mal au cœur pour la France, mon pays qui se prétend patrie des Droits de l’Homme.

Ainsi, Le Pen peut partir avec le sentiment du devoir accompli et ce, peu importe celui ou celle qui prendra le flambeau dans deux ans.

Jean Marie Le Pen, en compagnie de sa fille Marine et Bruno Gollnisch tous deux candidats à sa succession.

Le parrain

Non, non je ne vais pas vous parler d’un nouvel épisode du Parrain, film culte des années 1970 mais d’un baptême assez particulier.

Dieudonné et Jean-Marie Le Pen.

Il y a quelques jours, l’humoriste Dieudonné a baptisé sa fille à l’église Saint Eloi de Bordeaux en présence de son parrain. Jusqu’ici rien d’anormal et pas de quoi fouetter un chat. Toutefois, le parrain en question est un personnage assez particulier puisqu’il s’agit d’un certain… Jean-Marie Le Pen ! L’information, rendue publique par Libération mardi dernier, a été confirmée par l’évêque qui s’est chargé du baptême mais aussi par l’intéressé lui-même qui a toutefois mis un bémol : si le leader du Front national était bien présent au moment de la cérémonie, il n’est pas cependant pas le parrain de la fille et quatrième enfant de Dieudonné. En revanche, il est bel et bien le parrain du troisième enfant de l’humoriste.

Je dois vous dire que je suis assez surpris par cette info. Soyons clairs : il ne s’agit pas du fait que Dieudonné invite Le Pen à la cérémonie, après tout nous sommes en République et chacun est libre de convier qui il veut ! Toutefois, la confirmation par Le Pen de sa présence est loin – très loin – d’être innocente car en effet, l’objectif est simple : se faire parler de lui et tenter d’adopter une nouvelle image notamment par rapport à Nicolas Sarkozy tout en gardant un côté provocateur un peu comme Dieudonné.

Depuis ses mauvais résultats électoraux à la présidentielle, aux législatives et aux municipales, le FN et son leader tentent d’exister politiquement même si, je vous rassure, ses principales idées ont été purement et simplement recyclées par Nicolas Sarkozy. Ainsi, pour attirer la caméra sur lui, il n’hésite pas à surprendre son monde notamment en étant convié au baptême de la fille de Dieudonné. Ainsi, c’est l’assurance pour l’ancien député de Paris (1986 – 1988) de faire parler de lui et de se faire désormais passer comme beaucoup plus tolérant que l’actuel président de la République !

Dieudonné et des militants du Front national, lors de la fête BBR de novembre 2006.

De son côté, même si Dieudonné ne s’est pas publiquement exprimé à ce sujet – et c’est logique qu’il ne le fasse pas, après tout, il s’agit là d’une affaire privée – c’est aussi l’occasion de se faire parler de lui et de montrer qu’il existe toujours. Ainsi, autant allier l’utile à l’agréable : l’utile, c’est de se faire parler de lui, l’agréable, c’est d’avoir Le Pen à ses côtés (et donc se faire parler de lui !)

Ce n’est pas la première fois qu’on voit Le Pen et Dieudonné se rapprocher puisqu’en novembre 2006, l’humoriste était venu au Bourget assister à la conférence BBR (Bleu – Blanc – Rouge) du Front national, ce qui avait provoqué l’étonnement et la polémique. Mais là, je m’interroge : Dieudonné cherche-t-il à faire le bouffon une nouvelle fois ou voit en Le Pen, un nouveau maître à penser ?

Toujours est-il que Dieudonné est tombé bien bas !