Le vicomte met de l’eau dans son vin ! (suite)

Hier soir, j’ai eu le privilège (enfin, si on peut dire cela !) d’entendre le vicomte de Villiers, interrogé par David Pujadas dans le Journal de France 2 à propos de l’adhésion de son groupuscule de parti, le Mouvement pour la France, au comité de liaison de la majorité présidentielle.

Cinq minutes d’entretien durant lesquelles, Philippe de Villiers a tenté de justifier son revirement et cinq minutes durant lesquelles, le vicomte m’aura bien fait rire !

En effet, la rédaction de France 2 a eu la bonne idée de réaliser un reportage dans lequel, on diffusait les prises de paroles de l’actuel député européen à l’encontre du président de la République notamment sur la sécurité ou bien encore l’Europe. Ayant visiblement apprécié qu’on le mette face à ses contradictions, le vicomte a justifié sa position en faisant une superbe langue de bois évoquant le prétexte bateau du rassemblement en temps de crise, face à une gauche divisée et sectaire (c’est bon, on connaît la musique !)

Ce rassemblement extra-large n’en finit pas de provoquer des remous notamment à l’UMP. A ce propos, Christine Boutin, ancienne ministre du logement dans le gouvernement Fillon (mai 2007 – juin 2009) ne s’est pas cachée pour dire tout le mal de qu’elle pensait de cette ouverture tout azimut à cette droite islamophobe, intégriste et europhobe. La position de Boutin me surprend agréablement et pour une fois, je dois bien reconnaître le fait qu’elle remonte dans mon estime ! (RIRES)

Toujours est-il que le vicomte de Villiers aura beau sortir tous les arguments du monde pour justifier, ce qui n’est ni plus ni moins un ralliement, personne n’est dupe, surtout pas les électeurs et sympathisants qui risquent d’être sérieusement déroutés par cette ouverture. Et ne parlons même pas des militants UMP qui doivent vraiment apprécier de devoir faire, le moment venu, campagne avec de Villiers et Cie lors des régionales !

Pour autant, ce rapprochement tout azimut doit être considéré avec sérieux par la gauche. En effet, si Nicolas Sarkozy évoque 2010, il ne s’agit là que d’un prétexte ! L’objectif final reste 2012 avec le défi pour Sarkozy d’être le candidat unique de la droite, une sorte de droite plurielle allant des extrémistes fans du Vicomte à la droite libérale et ex-gaulliste et ce, sur aucun support idéologique commun (hormis le fait de vouloir se payer la peau de ces salauds de gauchistes bien entendus !). Cela est d’autant plus plausible que Nicolas Sarkozy se rêve en rassembleur de la droite face à une gauche divisée. Tout cela a valeur de défi pour cette dernière, ce qui me conforte dans l’idée d’organiser des primaires ouvertes.

PS : en bonus, je vous mets deux vidéos : celle de l’interview du Vicomte hier sur France 2 et une autre des Guignols, bonne lecture

Le vicomte met de l’eau dans son vin

Philippe de Villiers, député européen et président du Mouvement pour la France (MPF)

Le vicomte de Villiers met de l’eau dans son vin antisarkozyste. En effet, il devrait rejoindre, à la rentrée, le comité Théodule, organe présidé par le sénateur-maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin, et qui regroupe l’UMP et ses vassaux (euh, pardon ! Alliées) à savoir le Nouveau centre (du ministre de la Défense, Hervé Morin), la Gauche moderne (du secrétaire d’Etat à la Justice, l’ex-socialiste Jean-Marie Bockel) et les Progressistes (le club du traître en charge des expulsions, « Monsieur Besson »)

« Cette proposition m’a été faite par Nicolas Sarkozy lors de notre dernière rencontre. Il m’a proposé de participer à cette structure. Je pense que ma réponse sera positive […] Il sera plus facile de faire valoir la position du MPF à l’intérieur de la majorité qu’à l’extérieur » dixit le député européen et patron du Mouvement pour la France, un parti qui peine à exister tant que ce dernier est étouffé par l’UMP sans compter qu’il n’a pas réussi à capter l’électorat de Jean-Marie Le Pen malgré un discours anti-européen et islamophobe.

D’ailleurs, ce rapprochement m’étonne un peu dans la mesure où le MPF et l’UMP n’ont pas tellement de choses en commun notamment sur l’Europe ou bien encore l’immigration. Preuve en est, au sein du Parlement européen, De Villiers siège au sein du groupe EFD (Europe Freedom Democracy, Europe, liberté et démocratie, un groupe qui milite contre le Traité de Lisbonne et pour une Europe des nations sans la Turquie) et sur la question de l’immigration, il est bien plus proche de Le Pen que de l’UMP (quoique…)

Aussi, l’arrivée prochaine de Villiers dans le comité de liaison de la majorité cache mal les arrangements entre amis au sein de celle-ci tant que chacun y trouve son intérêt. Pour le vicomte, cela lui permet d’exister politiquement quitte à dérouter davantage son électorat – enfin ce qu’il en reste ! – et pour l’UMP, c’est un moyen supplémentaire pour espérer ravir la région Pays de la Loire au PS dans le cadre des régionales de mars 2010.

Nicolas Sarkozy et Philippe de Villiers, le 11 juin dernier au Palais de l’Elysée à Paris.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit ! Il faut en effet rappeler que Philippe de Villiers est également le président du conseil général de Vendée et que ce département fait partie des Pays de la Loire. En clair, De Villiers est incontournable pour l’UMP et en échange de sa présence au comité Théodule, le vicomte et ancien député de la République (1986 – 2004) espère avoir des places éligibles lors de la constitution des listes pour le scrutin de mars prochain, ce qui ne devrait pas gêner Roselyne Bachelot (actuelle ministre de la Santé, de la Jeunesse et des Sports), et encore moins François Fillon, notre Premier ministre (si, si cela existe !!) tant que les enjeux politiciens sont de mise.

En rejoignant le comité Théodule, le vicomte met de l’eau dans son vin mais espère bien le savourer lorsqu’il aura obtenu des contreparties intéressantes pour son mouvement ! En tout cas, je connais des anciens socialistes qui doivent se sentir bien à l’aise aux côtés d’un homme plus ou moins islamophobe et anti-turc à vomir ! Et ils croient encore qu’ils sont de gauche ! (mais cela, j’aurai l’occasion d’en parler plus tard !)

Ripostes

Dimanche soir, à la maison. En pleine préparation d’un exposé collectif pour Mme Chaltiel – mes amis de l’IEP sauront bien sûr de qui je veux parler – sur « les pouvoirs d’initiative et d’exécution de la Commission européenne » (tout un programme je vous assure !), j’ai une envie soudaine de m’arrêter un peu. J’allume la télé, je zappe et je tombe sur Serge Moati qui annonce qu’il reçoit dans son émission, « Ripostes« , cet homme que voici :

Philippe de Villiers, président du Mouvement Pour la France (MPF) et candidat à l'élection présidentielle

J’ai donc décidé de suivre l’émission, délaissant Mme Chaltiel et son exposé. Il faut dire également que cela faisait longtemps que je souhaitais écrire un article sur le président du MPF – également du Conseil général de Vendée – mais à chaque fois, l’occasion ne s’était pas présentée.

Philippe de Villiers a évoqué ses deux sujets de prédilection : l’islamisation de la France et sa croisade contre l’Europe bureaucratique. A cette occasion, il en a profité pour débattre avec Tariq Ramadan – islamologue à Oxford – et avec Elisabeth Guigou, franche partisante de la construction européenne. Au sortir de l’émission, j’ai trouvé un Philippe de Villiers extrémiste – en tout cas, beaucoup plus que son premier interlocuteur qu’il tentait de mettre en cause – et teinté de nationalisme.

Le président du MPF nous propose une société du repli, marqué par la fierté dit-il d’être Français. Je suis tout autant que lui fier d’être Français, toutefois je ne partage en rien sa conception de la fierté nationale. Si « fier d’être Français », c’est favoriser, à la longue, un nationalisme exacerbé et agressif, alors je m’inscris en faux. Etre fier d’être Français, c’est tout d’abord donner la possibilité pour tous de l’être en donnant l’opportunité pour tous de participer à un projet collectif, à la construction de notre pays et à la consolidation -qui reste à faire – de notre société. Qui plus est, Philippe de Villiers est volontiers opportuniste lorsqu’il tire à boulets rouges contre l’Europe qu’il juge technocratique. Un peu plus et on aurait cru Jean-Marie Le Pen !

Le candidat à la présidentielle se veut l’héritier de Charles Maurras et de Maurice Barrès, chantres d’une France nationaliste, au pouvoir autoritaire et fortement conservatrice. « Le nationalisme, c’est la guerre » martelait François Mitterrand à la fin de sa vie, au Parlement européen de Strasbourg en 1994. Ne n’oublions pas ! A l’heure où l’Europe est en crise majeure, la question nationale ressurgit et elle devient le fond de commerce de personnes qui ne voient que pour la France un salut synonyme à un repli sur soi.

Vous me direz que j’exagère pas mal! Toujours est-il que Philippe de Villiers assume volontiers ce discours et que l’actuel président du conseil général de Vendée sert de trait d’union entre l’UMP sarkozyste et le FN. Les propos de Villiers ne me font que renforcer dans l’idée que l’Europe doit être la nouvelle frontière de la France. Toujours est-il que notre pays doit se relancer plain-pied dans le jeu européen, ce qui passe par redonner confiance aux citoyens sur la question européenne.

Dès lors, j’éteins la télé et je reviens voir Miss Chaltiel et l’exposé à préparer pour la conférence de méthode (Rires)