Le vaudeville continue

François Fillon, à l'époque Premier ministre, visitant le nouveau siège de l'UMP en compagnie de Jean-François Copé, secrétaire général du parti

François Fillon, à l’époque Premier ministre, visitant le nouveau siège de l’UMP en compagnie de Jean-François Copé, secrétaire général du parti

François Fillon et Jean-François Copé se sont rencontrés dans les bureaux de l’Assemblée nationale afin de discuter de la situation actuelle de l’UMP et de réfléchir à un compromis acceptable pour tous. A l’issue de cette rencontre (la première depuis le 25 novembre), les deux hommes sont tombés d’accord… pour une nouvelle rencontre dans la journée.

Il s’agit donc d’un nouvel épisode dans ce vaudeville qui plonge le premier parti d’opposition depuis l’élection du président du mouvement, le 18 novembre dernier. Une élection remportée sur le fil par Jean-François Copé mais vivement contestée par François Fillon et ses partisans qui soupçonnent fortement l’ancien président du groupe UMP à l’Assemblée nationale de tricheries et de manipulations. De son côté, ce dernier accuse l’ancien Premier ministre des mêmes causes et les deux prétendants se renvoient la balle à coups d’insultes et de déclarations potaches.

Depuis lors nombres de médiations et de propositions de compromis ont été menées afin de ramener le calme et surtout mettre fin à ce spectacle affligeant pour l’opposition. Ainsi, Alain Juppé, l’ancien Premier ministre, y a mis de sa personne afin de réconcilier les deux prétendants. Echec total. Même Nicolas Sarkozy, annoncé comme le sauveur de l’UMP, son parti, a du reconnaitre l’échec de sa médiation, essuyant le refus clair et net de Jean-François Copé de toute solution de compromis, notamment la tenue d’un référendum relatif à l’organisation ou non d’un nouveau vote.

Cette nouvelle rencontre entre les deux protagonistes ne devrait pas sensiblement changer la donne dans la crise que traverse l’UMP tant le fossé et le désaccord entre les deux camps est profond. Tout juste, permettra-t-il de renouer le dialogue, ce qui n’est déjà pas mal. Toutefois, reste à voir ce que les deux personnes auront à se dire et surtout qui sera prêt à lâcher du lest dans cette lutte sans merci, Fillon comme Copé (et surtout Copé) ne voulant perdre la face devant leurs partisans.

7755219379_nicolas-sarkozy-a-demande-et-obtenu-que-jean-francois-cope-et-francois-fillon-se-rencontrentEn effet, personne n’a finalement intérêt à ce qu’une telle rencontre aboutisse sur quelque chose de concret si ce n’est que de gagner du temps. C’est d’ailleurs dans cette logique que Jean-François Copé et ses partisans avaient formulé l’idée d’organiser une nouvelle élection du président de l’UMP pour 2014 dans la mesure où cela sert clairement ses intérêts. Le président contesté de l’UMP le sait, sa victoire a été confirmée par l’appareil (via la COCOE et la CONARE) et il sait qu’il a tout intérêt à jouer la montre tout en montrant qu’il joue la carte de l’apaisement et surtout du rassemblement, histoire de répondre à l’ancien Premier ministre qui joue habilement sur ce terrain-là.

De son côté justement, l’actuel député de Paris cherche également à jouer la carte de l’apaisement tout en mettant Copé au pied du mur. En clair, le forcer à entendre ses requêtes et donc à faire d’importantes concessions auquel cas, il ira jusqu’au bout de sa logique, à savoir le schisme au sein de l’UMP, déjà matérialisé par la création d’un groupe parlementaire filloniste à l’Assemblée nationale (et en discussion au Sénat). Toujours est-il que l’ancien Premier ministre n’entend pas céder aussi facilement notamment face à Jean-François Copé.

Francois-Fillon-conteste-a-Jean-Francois-Cope-sa-victoire_article_mainDès lors, cette rencontre entre les deux prétendants à la présidence de l’UMP n’a d’intérêt que si elle permet une situation de déblocage pour un parti qui est tombé bien bas et dans laquelle tout le monde y a laissé des plumes et le peu d’intégrité qui lui restait, Sarkozy compris. Autrement dit, le rendez-vous entre Fillon et Copé ne sera utile que si l’un comme l’autre est prêt à des concessions. Dans le cas contraire, le vaudeville a de bonnes chances de se poursuivre avec des conséquences difficiles à quantifier tant les enjeux restent importants. En clair, bien malin celui ou celle qui pariera sur une prochaine sortie de crise à l’UMP tant les deux camps restent campés sur leur position et ne semblent pas prêts à véritablement céder en dépit des pressions internes comme externes.

Et le vainqueur est… Nicolas Sarkozy !

Siège de l’UMP, rue de Vaugirard dans le XV° arrondissement de Paris

Ce dimanche, les militants de l’Union pour un mouvement populaire (UMP) étaient appelés pour désigner le nouveau président de leur mouvement et départager François Fillon et Jean-François Copé, au terme de plusieurs semaines d’une campagne dure et violente verbalement, voire physiquement.

A l’issue de ce vote interne, chacun des deux camps revendique la victoire, l’un comme l’autre s’accusant mutuellement de tricheries. En effet, les partisans de François Fillon, dénoncent certaines irrégularités durant le vote notamment dans certains bureaux au profit de son rival Jean-François Copé. De son côté, les soutiens de l’actuel secrétaire général (et dirigeant de facto de l’UMP) semble avoir aucun doute sur la victoire finale et en appellent déjà au rassemblement, une manière assez subtile de relativiser les accusations de François Fillon qui a saisi la commission interne du parti (la COCOE) chargé de valider (ou non) les résultats de l’élection, avant de se prononcer.

Jean-François Copé, secrétaire général sortant de l’UMP, au siège du parti en compagnie d’Edouard Courtial, secrétaire d’Etat en charge des Français de l’étranger de septembre 2011 à mai 2012

L’UMP, malgré une participation plutôt bonne de la part de ses adhérents au scrutin, semble donc offrir un triste spectacle, rappelant sans aucun doute celui donné par le Parti socialiste en 2008 au lendemain du Congrès de Reims pour la désignation du premier secrétaire. A l’issue d’un congrès raté, Martine Aubry et Ségolène Royal s’opposait pour occuper la tête du premier parti d’opposition d’alors. Un affrontement qui avait tourné à l’avantage de l’actuelle maire de Lille mais au prix de forts soupçons d’irrégularités et de fraudes notamment dans certaines fédérations-clés. A cette époque, l’UMP n’avait pas manqué de pudeur pour railler les socialistes et se moquer d’une élection calamiteuse, prédisant même les effets désastreux pour l’unité du Parti à terme.

Quatre ans après, l’UMP se retrouve dans cette situation peu enviable sans compter que le résultat montre une indication claire : aucun des deux prétendants n’a été capable de prendre l’ascendant sur l’autre et donc d’imposer ses idées, sa stratégie pour le premier parti de droite mais surtout s’imposer comme un leader naturel et incontesté, une personne qui sonne telle une évidence. La stratégie droitière de Jean-François Copé (celle dite de « droite décomplexée ») tout comme la ligne (faussement) modérée de François Fillon n’ont visiblement pas convaincu une majorité claire et sans conteste de militants UMP, signe de la désorientation d’un parti qui, dix ans après sa création, peine à tourner la page et enferme dans ses gloires passées.

Car au fond, le véritable vainqueur de cette élection interne est Nicolas Sarkozy qui ne pouvait rêver mieux ! Toujours officiellement retiré de la politique, l’homme sait qu’il jouit d’une popularité sans faille au sein de l’UMP et des sympathisants qui rêvent encore et toujours à un retour gagnant en 2017. L’ancien président de la République apparait une nouvelle fois encore comme un recours, une (folle) évidence pour des militants face à un François Fillon et à un Jean-François Copé qui, en raison du résultat même du scrutin d’hier soir, auront toutes les peines du monde à rassembler et surtout panser les plaies d’une bataille interne qui a et va laisser des traces.

Avec un tel scrutin, il sera sans doute difficile de l’UMP de se remettre en ordre de bataille et donc d’apparaître comme une force politique crédible face au gouvernement mais également comme un parti politique mature allant de l’avant, quelque soit le vainqueur final. Copé comme Fillon savent trop bien que l’ombre de Nicolas Sarkozy pèsera tel une chape de plomb sur une UMP qui reste cantonnée dans ses victoires passées et refuse tout droit d’inventaire pour mieux relativiser la victoire de la gauche et de François Hollande, à l’instar d’Alain Minc qui parle toujours et encore d’effraction. Certes, cela donnera toujours du baume au cœur aux militants UMP et aux sarkozystes les plus fervents qui ne désespèrent pas du retour triomphal de leur ex-leader, toujours au regard des résultats de la bataille sans concession que se sont livrés Fillon et Copé. Pas sur en revanche, que cela aide à l’exercice d’autocritique que devrait se livrer la droite française et qui est surtout indispensable si elle espère revenir au pouvoir[1] !


[1] Enfin… Le plus tard possible, il va de soi ! :p

La chape de plomb

Une du Point, le 28 septembre dernier

Nicolas Sarkozy voudrait revenir en politique. C’est du moins ce qu’affirme le Canard enchaîné dans sa dernière édition hebdomadaire, se basant sur les propos de Bruno Le Maire, l’ancien ministre de l’agriculture.

L’ancien président de la République aurait notamment affirmé que face à la situation actuelle du pays, il était de son devoir moral de revenir. Une déclaration que Le Maire n’a pas confirmé ni démenti et qui furent largement commentés dans la classe politique, et plus particulièrement à droite.

Nicolas Sarkozy sème une nouvelle fois, le doute et le trouble à propos de son avenir politique. Face à la politique de François Hollande et craignant pour l’avenir du pays, l’ancien chef de l’Etat veut apparaître comme une sorte de force tranquille, de possible recours, de valeur sure et s’inscrire dans une posture telle celle du Général de Gaulle, revenu triomphalement aux affaires en 1958, suite aux crises et autres facéties de la Quatrième République. Sarkozy veut paraitre comme l’homme providentiel, le recours ultime et qui est prêt à servir une nouvelle fois la France si on le lui demande bien évidemment.

Une telle perspective, si elle semble bien ravir certains militants sarkozystes au sein de l’UMP, jette cependant le trouble au sein de l’ex-parti majoritaire dans la mesure où les principaux leaders et cadres du parti semblent plus ou moins embarrassés. Ainsi si, Brice Hortefeux s’est montré plutôt enthousiaste et que Jean-François Copé a déclaré qu’il serait prêt à s’effacer en cas de retour de Nicolas Sarkozy, d’autres semblent être plus sur la réserve comme François Fillon et même Jean-Pierre Raffarin, l’ancien premier ministre considérant ce jeudi sur RMC qu’une nouvelle génération doit désormais émerger au sein de l’UMP.

Jean-François Copé et François Fillon, candidats à la présidence de l’UMP

L’attitude de l’UMP fait étrangement penser à celle du PS, il y a dix ans. Sonnés par la défaite retentissante de Lionel Jospin à la présidentielle, les socialistes n’avaient pas véritablement réussi à tourner la page, certains escomptant son retour en politique malgré l’annonce de son retrait, au soir du 21 avril 2002. L’ancien Premier ministre avait même semé le doute et cultivé l’ambiguïté sur ses réelles intentions, parasitant au passage le Parti socialiste durant de nombreuses années.

Il en est de même avec un Nicolas Sarkozy qui, tel une chape de plomb, pèse encore et toujours sur un parti nostalgique d’un passé glorieux avec un leader incontesté pour de nombreux militants. L’ancien président le sait et veut s’appuyer sur cette popularité sans faille pour peser au maximum sur l’évolution de son parti notamment dans les cinq ans à venir et dans la perspective de 2017. Une situation quelque peu périlleuse pour l’UMP dans la mesure où comme le PS entre 2002 et 2006, elle prend le risque de ne pas faire un droit d’inventaire de la présidence de Nicolas Sarkozy, car entièrement tournée dans le passée. D’ailleurs, l’association des Amis de Nicolas Sarkozy, présidée par Brice Hortefeux, est l’exemple le plus évident tout comme la référence permanente à l’ancien président de la République notamment par Jean-François Copé et par François Fillon pour mieux s’attirer les faveurs de militants très attachés à l’ex-président de la République.

Toujours est-il que l’attitude de Nicolas Sarkozy est à double-tranchant dans la mesure où si ce dernier veut d’une manière ou d’une autre jouer un rôle majeur au sein de son parti, cela démontre également toute l’incapacité de l’UMP de tourner la page et se mettre dans une logique de reconquête à l’instar du PS, il y a quelques années. Qui plus est, l’ancien président ne profite absolument pas du décrochage de François Hollande dans les sondages comme le montre celui réalisé par CSA dans lequel 55% des Français ne regrettent pas Nicolas Sarkozy à l’Elysée et celui réalisé par TNS Sofres où 32% seulement des personnes interrogées souhaitent le voir jouer un rôle actif au sein de la vie politique française.

Aussi, Nicolas Sarkozy agit telle une ombre, une chape de plomb sur une UMP clairement en manque de leadership et surtout de vision politique, comme si le parti fondé en 2002 ne pouvait exister sans Nicolas Sarkozy, ce qui explique sans doute une telle agitation autour de sa personne. Sans compter qu’une autre ombre plane sur l’ancien président et que les cadres de l’UMP et les supporters de Sarkozy semblent oublier : les affaires ! (ce qui pourrait faire tâche d’huile dans le cadre d’un improbable retour)

Nicolas Sarkozy, un ami dont tout le monde ne veut que du bien à l’UMP !

Les principaux cadres et leaders de l’UMP lors du premier rassemblement des Amis de Nicolas Sarkozy à Nice (Alpes-Maritimes), le 24 août dernier

Alors que le PS tient son université d’été à La Rochelle, l’UMP faisait également sa rentrée politique. Pas d’université d’été au programme, pour cause de restrictions budgétaires, mais un rassemblement de l’Association des Amis de Nicolas Sarkozy à Nice sous l’égide de Brice Hortefeux (actuel député européen et ancien ministre) et de Christian Estrosi, le maire de la ville et député des Alpes Maritimes.

La manifestation a réuni près de 1500 militants et la quasi-totalité des leaders et cadres de l’UMP (à l’exception notable de François Fillon pour raison de santé), tous venus défendre l’action et le bilan de l’ancien président de la République mais également lui rendre hommage.

Trois mois après sa défaite à l’élection présidentielle, Nicolas Sarkozy reste très présent au sein de l’ex-parti majoritaire, ses partisans toujours aussi nombreux et pratiquement aucune voix discordante osant remettre en cause son action à l’Elysée. Au contraire, la quasi-totalité des militants et des cadres de l’UMP se revendiquent de l’ancien président de la République et de son héritage politique, pour mieux apparaître comme le garant, le digne successeur de son action et ses valeurs politiques.

Jean-François Copé, actuel secrétaire d’Etat à l’UMP et probable candidat à la présidence du parti, à son arrivée au rassemblement des « Amis de Nicolas Sarkozy », le 24 août dernier

De fait, les cadres de l’UMP et tout particulièrement ceux qui aspirent à prendre la présidence du parti en novembre prochain savent que se référer à Nicolas Sarkozy est un passage quasi-obligé pour avoir la faveur de militants qui se sentent orphelins depuis le 6 mai dernier, ce qui explique en grande partie, la présence de l’ensemble des responsables et ténors à Nice ce samedi. Dès lors, chacun y va de son analyse du sarkozysme, de sa définition afin de mieux capter l’adhésion des militants, quelque soient leurs sensibilités. Ainsi, lorsque Eric Ciotti, député et président du conseil général des Alpes-Maritimes voit dans le sarkozysme « un comportement, une attitude », d’autres, comme Geoffroy Didier, mettent en avant « l’amour de la France, le respect des frontières, la priorité au travail, au mérite, à l’ordre, à l’autorité, à la loi » tandis que certains parlent même d’une « forme de justice sociale » comme ce proche de Christian Estrosi. Même Jean-François Copé, l’actuel secrétaire général de l’UMP y va de sa petite musique en analysant dans le sarkozysme quelque de chose de « viril », une manière assez subtile de s’en prendre à François Hollande (réputé mou notamment sur le dossier syrien) mais également à François Fillon, son rival direct pour la présidence de l’UMP.

Autant de définitions du sarkozysme censées susciter l’adhésion d’un grand nombre de militants UMP peu enclins à remettre en cause l’héritage et surtout l’image de l’ancien président de la République. C’est de fait, tout le problème de l’UMP, qui en mettant avant la politique de Nicolas Sarkozy, évite soigneusement le débat sur son bilan, et donc un droit d’inventaire pourtant indispensable pour tout parti battu à une élection majeure qu’est la présidentielle.

Sans doute la défaite reste encore présente dans les esprits pour qu’un cadre de l’UMP ose s’en prendre à l’icône Sarkozy, sans compter que celui ou celle qui osera faire le droit d’inventaire prend le risque d’être désavoué par les militants du premier parti d’opposition. Qui plus est, si Nicolas Sarkozy est en-dehors du jeu politique depuis le 6 mai dernier, il reste néanmoins très attentif à l’évolution de son parti d’autant plus les candidats à sa succession à la présidence de l’UMP se bousculent au portillon pour le rencontrer tel Nathalie Kosciusko-Morizet par exemple ou bien encore François Fillon dans les jours à venir. Dès lors, Nicolas Sarkozy est devenu un ami dont tout le monde ne veut que du bien tant sa présence au sein de l’UMP demeure forte, pour ne pas dire pesante, et ô combien indispensable pour avoir onction suprême et conquérir le leadership du parti.

L’improbable retour

Reviendra ? Reviendra pas ?

Depuis plusieurs jours en effet, les spéculations vont bon train concernant un éventuel retour de Nicolas Sarkozy, seulement trois mois après sa défaite à la présidentielle face à François Hollande, du moins si on en croit la presse et les agissements de l’intéressé même. Nombreux sont en effet qui souhaitent un retour actif de l’ancien président de la République sur la scène politique, notamment au sein des sympathisants de droite où selon un récent sondage réalisé par l’IFOP, 53% des personnes interrogées soutiennent une telle hypothèse.

Ce sondage intervient au moment même où une majorité de Français s’interrogent sur la politique menée par le gouvernement actuel, fortement critiqué ces dernières semaines. Face à la stratégie proposée par le tandem Hollande – Ayrault, et au rythme des réformes, certains à droite commencent à douter et en viennent à regretter l’ancien chef de l’Etat. Cela n’est pas surprenant en soi dans la mesure où la défaite de Nicolas Sarkozy est encore récente et que ses partisans voient en toujours en lui, l’homme de la situation. Qui plus est, sa récente prise de position sur le dossier syrien – et sa critique plus ou moins voilée de la politique menée par l’Elysée – a suffi pour remobiliser et surtout entretenir l’illusion d’un retour plus qu’improbable.

Nicolas Sarkozy quittant le Palais de l’Elysée, en compagnie de son épouse Carla Bruni-Sarkozy, le 15 mai dernier

Nicolas Sarkozy est donc sollicité par des sympathisants UMP qui souhaitent le revoir activement en politique, également en raison de la guerre des chefs qui sévit au sein du premier parti d’opposition. Craignant et anticipant des effets ravageurs, les militants de l’ex-parti majoritaire veulent retrouver un homme providentiel, celui qui mettra tout le monde d’accord et qui sera la meilleure garantie de succès pour une reconquête politique devant mener à une victoire nette sans bavure en 2017. Nicolas Sarkozy est vu comme un homme ayant ces qualités, un homme devant sauver l’UMP de la dépression.

Cette situation me fait étrangement penser à celle qu’a connu le Parti socialiste il y a dix ans, lorsque Lionel Jospin, après sa brutale défaite à la présidentielle, avait annoncé son retrait de la vie politique. Durant les mois qui ont suivi celle-ci, l’ancien Premier ministre et premier secrétaire du PS s’était montré finalement évasif sur un éventuel retour au premier plan. Une illusion entretenue par ses amis politiques qui escomptait un tel retour qui n’a finalement pas eu lieu sans compter qu’au même moment, certains membres dirigeants de la rue de Solferino (le siège du PS), tels Dominique Strauss-Kahn, Laurent Fabius ou encore Ségolène Royal ne cachaient plus leurs ambitions présidentielles pour 2007.

Dix ans après, l’UMP est dans la même configuration d’autant plus que les dirigeants actuels comptent désormais tirer leur épingle du jeu et se faire désormais une place au soleil. Jean-François Copé, François Fillon, et même Nathalie Kosciusko-Morizet ont patiemment attendu leur tour et savent que l’occasion est trop belle pour jouer un rôle politique de premier plan. Et quand bien même, la personnalité et le prestige politiques de Nicolas Sarkozy sont reconnus et loués par les intéressés, il parait bien improbable que ces derniers soient prêts à mettre entre parenthèse toute ambition politique en cas de retour de l’ancien agité de l’Elysée.

Un retour de Nicolas Sarkozy, même souhaité par certains militants et sympathisants UMP, reste une hypothèse improbable, pointant davantage une certaine nostalgie de ses partisans qu’une réelle demande. A ce propos, si un tel désir existe chez les militants, on ne peut pas tellement en dire autant des dirigeants et cadres de l’UMP, exception faite de certains comme Christian Estrosi et Brice Hortefeux qui entretiennent cette hypothèse via leur Association des amis de Nicolas Sarkozy, censée parer à toute éventualité.

Partisans de Nicolas Sarkozy, le 15 mai 2012, jour de la passation de pouvoir

Dès lors, le sceptre d’un retour de l’ancien président de la République sur la scène politique française est agité par des militants nostalgiques et par une presse qui regrettent le côté bulldozer de l’ancien locataire de l’Elysée, notamment face à un François Hollande, toujours campé dans son image de « président normal ». Même s’il est encore une fois peu probable que Nicolas Sarkozy revienne dans le centre du jeu, il n’en demeure pas qu’un tel sondage doit être pris avec considération par la majorité présidentielle dans la mesure où le président de la République et son équipe gouvernementale doivent apporter des réponses et surtout rassurer celles et ceux qui s’interrogent sur le rythme et la portée des réformes engagées.

Mesquineries sarkozystes

Nicolas Sarkozy, ancien président de la République (2007 – 2012)

Nicolas Sarkozy est sorti de son silence, en toute mesquinerie.

En effet, l’ancien président de la République – après s’être entretenu avec Abdel Basset Sayda, président du Conseil national syrien (CNS) – s’est récemment exprimé sur la guerre civile en Syrie et sur l’action de la communauté internationale (et tout particulièrement de la France) pour laquelle, il suggère une intervention militaire dans les plus brefs délais afin de stopper le régime de Bachar Al-Assad. A ce titre, il a récemment publié un communiqué pour faire part de ses sentiments.

Nicolas Sarkozy s’exprime donc sur le dossier syrien et son intervention n’a bien sur pas manqué de faire le buzz dans le landerneau politique. Ainsi, si dans l’opposition, on a salué les propos de l’ancien chef de l’Etat, à gauche on est surpris – pour ne pas dire agacé – par une telle mesquinerie qui n’a pour but que de désavouer la politique de François Hollande, comme l’a rappelé si bien Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères d’ailleurs.

Nicolas Sarkozy recevant Bachar El-Assad, président de la République syrienne, le 13 novembre 2009

De fait, la sortie de l’ex-agité de l’Elysée est quelque chose étrange dans la mesure où ce dernier prend le risque de s’exprimer sur une question cruciale et donc de brouiller encore un peu plus le message et l’action de la France. Sans doute que Nicolas Sarkozy s’ennuie et que son bureau permanent de la rue de Miromesnil l’étouffe. Sans doute aussi que le fait de ne plus participer aux affaires du monde reste quelque chose d’insupportable pour lui et qu’il avait besoin d’exister, politiquement parlant, en prenant une sorte de ministère de la parole et paraître ainsi comme un sage, celui qui prend de la hauteur tout en faisant mine de ne pas critiquer son successeur, même si c’est bien l’objectif recherché.

En agissant de la sorte, Nicolas Sarkozy cherche à tester François Hollande pour mieux le désavouer en insistant sur un trait supposé de son caractère, à savoir un homme mou, incapable de prendre des décisions et préférant toujours laisser pourrir la situation pour mieux s’en sortir. La manœuvre est intelligente mais c’était sans compter sur la réalité de la crise syrienne et celle des relations internationales, un détail qu’a oublié l’ancien président de la République ou feint d’oublier.

Car Nicolas Sarkozy sait que le conflit syrien n’a pas débuté avec l’arrivée de François Hollande à l’Elysée. Il a même débuté quelques semaines seulement après la crise libyenne qui a mené au renversement du régime du colonel Kadhafi. A ce propos, l’ancien président durant la campagne présidentielle, se montrait particulièrement modéré vis-à-vis l’optique d’une intervention militaire en Syrie, privilégiant le rôle de médiation de la communauté internationale. Qui plus est, à la différence de la Lybie, certains pays – Russie et Chine essentiellement – n’ont clairement pas l’intention de s’engager dans un conflit situé dans une région bien instable et qui marquerait à coup les Etats voisins. A cela s’ajoute l’enjeu politique pour « justifier » une intervention à minima à l’instar de Barack Obama qui, en pleine campagne pour sa réélection, ne prendra pas le risque d’engager les Etats-Unis dans un nouveau conflit. En clair, la Syrie n’est la Libye et personne ne souhaite déclencher une nouvelle guerre face à une armée bien mieux équipée et préparée que celle de Kadhafi, les récents évènements d’Alep étant là pour le rappeler.

Nicolas Sarkozy quittant le Palais de l’Elysée, le 15 mai 2012

Dès lors, les propos de Nicolas Sarkozy, loin d’avoir eu l’effet souhaité – à savoir un homme se présentant comme un sage et s’appuyant de son expérience pour donner son avis sur un conflit en cours – ont finalement montré l’image d’un homme mesquin, cherchant à tester son successeur quitte à manquer de discernement et surtout de recul sur le contexte international. Loin de remettre en cause la légitimité et la politique de François Hollande à ce sujet, l’ancien chef de l’Etat montre une fois de plus toute sa méconnaissance et surtout son indifférence vis-à-vis des questions internationales afin de se mettre davantage en avant.

La passation

François Hollande, président de la République (élu) se rendant au Palais de l’Elysée pour son investiture, le 15 mai dernier

François Hollande a été officiellement investi septième président de la Cinquième République française, ce mardi dans le cadre d’une passation de pouvoirs avec Nicolas Sarkozy.

Une passation plutôt sobre et simple à l’image de François Hollande qui voulait marquer une rupture avec son prédécesseur. Ainsi, si Nicolas Sarkozy avait convié sa femme (de l’époque) et ses enfants à la cérémonie – montrant ainsi l’image d’une famille recomposée et moderne – rien de tel avec le nouveau président de la République. Les quatre enfants de ce dernier ont en effet préféré décliner l’invitation, préférant se mettre en retrait, tout comme Ségolène Royal, l’ex-compagne de Hollande, redoutant la comparaison avec la famille Sarkozy.

La rupture s’est également vue dans le rapport entre l’ancien et le nouveau président si on en croit les images. Si l’échange entre Nicolas Sarkozy et François Hollande fut cordial, il n’en demeure pas moins qu’une tension restait palpable entre les deux hommes, qui se sont âprement combattus durant la campagne présidentielle. La discussion fut qui est plus est assez formelle et finalement froide, François Hollande n’ayant pas pris la peine de descendre les marches du perron de l’Elysée avec Nicolas Sarkozy, laissant son prédécesseur et sa femme rejoindre seuls leur voiture et quitter la présidence de la République, comme s’il voulait rapidement tourner la page et comme le montre la vidéo ci-dessous :

Comme le résume assez bien le chroniqueur politique, Bruno-Roger Petit, François Hollande, en agissant de la sorte, donne le coup de grâce au sarkozysme et à ce qu’il a représenté durant les cinq dernières années. Là où il y a cinq ans, Nicolas Sarkozy semblait savourer l’aboutissement d’une ambition et d’un parcours politiques, François Hollande se voulait empreint de gravité et de solennité, imprimant une nouvelle fois sa marque de président « normal ». D’où ce style pompidolien[1] qui a pu en dérouter certains mais un style qui colle finalement avec la personnalité du nouveau président et le contexte politique national et international du moment, celui de la crise.

De fait, face à Nicolas Sarkozy l’hyperactif, François Hollande se veut un juge de paix, celui qui est dessus des autres. Bref, un président qui préside et qui donne une direction, une directive à la France.

Elle est sans doute là, la rupture : dans le style mais aussi et surtout dans la forme. Sans doute que les défis qui attendent l’Hexagone restent immenses et le nouveau président de la République sait qu’il n’aura pas véritablement d’état de grâce. Or, même si François Hollande a d’ores et déjà annoncé la couleur avec une passation de pouvoir finalement classique et sans saveur particulière – hormis le fait que c’était la première fois depuis François Mitterrand qu’un homme politique de gauche accède à l’Elysée –, il sait qu’il est attendu au tournant par nombre de Français. Toutefois, son caractère et son style présidentiel sont une sorte d’assurance censés le protéger d’éventuelles attaques, à la différence d’un Nicolas Sarkozy qui à force d’exposer sa personne, s’est brûlé les ailes. Une stratégie qui semble porter ses fruits puisqu’une majorité des Français semble avoir apprécié l’attitude de François Hollande éclipsant ainsi la sortie de Nicolas Sarkozy.

Et maintenant, le plus dur commence !


[1] Du nom de l’ancien président de la République, Georges Pompidou

Un vrai-faux départ ?

Nicolas Sarkozy, prononçant son discours de défaite, le 6 mai 2012, à La Mutualité (Paris)

Quel avenir pour Nicolas Sarkozy ? La question se pose naturellement et légitimement depuis la défaite du chef de l’Etat sortant à l’élection présidentielle de dimanche dernier.

Le candidat de l’UMP l’a dit et répété : il quittera la vie politique en cas de désaveu des Français. Une décision qui semble se confirmer puisque ce dernier ne reconduira pas la liste des législatives de juin prochain, laissant le soin aux dirigeants de l’actuelle majorité de le faire. Qui plus est, Sarkozy souhaite prendre du recul et se mettre au vert selon ses dires, afin de faire le point sur lui-même.

Dans l’immédiat, Nicolas Sarkozy ne devrait pas tellement souffrir de son brusque changement de statut : services alloués de l’Etat, retraite mensuelle (qu’il ne touchera qu’à partir de 62 ans cependant), carte illimitée lui permettant de voyager en première classe sur la compagnie Air France… le chef de l’Etat sortant devrait plutôt arriver à survivre et à supporter le choc financièrement.

Toutefois, si Nicolas Sarkozy semble vouloir faire un trait avec la vie politique, d’autres au sein de l’UMP espèrent encore qu’il ne tourne pas le dos à une passion de trente-cinq ans, certains l’imaginant même comme un possible recours en 2017, lorsque l’UMP se sera suffisamment divisée et déchirée entre les ambitions de Jean-François Copé (l’actuel secrétaire général), les manœuvres de François Fillon (l’actuel chef du gouvernement), les intrigues de Xavier Bertrand (l’actuel ministre du Travail) et Cie. Leur point commun ? Une ambition pour la prochaine élection présidentielle.

Jean-François Copé, Xavier Bertrand et François Fillon, en 2010, lors de l’Université d’été de l’UMP

Pour ma part, je reste plutôt sceptique sur la probabilité d’un scénario à savoir, un retour de Sarkozy après une période de purgatoire. Pour cela, il faudrait que l’UMP se déchire effectivement, ce qu’elle ne manquera pas de le faire. Qui plus est, il faudrait aussi que les Copé, Fillon et compagnie soient vraiment hors-jeu et se mettent d’accord pour mettre de côté leur ambition présidentielle au nom de l’intérêt de leur parti, ce qui me paraît impensable dans la mesure où ils considéreront que leur tour est arrivée et que Sarkozy est d’une certaine manière illégitime puisqu’il s’est mis en retrait de la vie politique. Enfin, la perspective de primaires version UMP, pour désigner celui qui affrontera François Hollande me paraît comme une volonté de tourner la page dans la mesure où même si Nicolas Sarkozy souhaitait revenir dans le jeu politique, il devra passer par un processus dont il n’est pas certain qu’il en sortira vainqueur.

D’ailleurs, très rares sont les chefs d’Etat battus qui réussissent un retour en politique et au premier plan. La plupart des cas, ce « come-back » fait pschitt comme celui de Lech Walesa par exemple. Syndicaliste polonais mythique dans les années 1980, il fut élu à la présidence de la République en 1990 pour finalement être battu cinq ans après par Alexander Kwasniewski. En 2000, il tente à nouveau la présidence de la République polonaise et ne recueille qu’à peine 1% des voix, en raison d’un contexte politique radicalement différent.

Aussi, il est finalement probable que Nicolas Sarkozy quitte définitivement la vie politique, du moins au premier plan, à la différence que son retrait n’est pas similaire à celui de Lionel Jospin en 2002, l’ancien Premier ministre ayant quitté la politique, au soir de son élimination surprise à l’élection présidentielle, de manière brutale laissant un Parti socialiste totalement à la dérive.

Le changement, c’est maintenant !

Les Français ont donc tranché. Ils ont porté le socialiste François Hollande à la présidence de la République française avec un score de 51,64% des voix contre 48,38% pour le chef de l’Etat Nicolas Sarkozy.

Le président sortant n’a donc pas réussi son pari : rempiler pour un second mandat de cinq ans à la tête de la cinquième puissance mondiale et convaincre les Français qu’il était l’homme de la situation en dépit de la crise financière. L’anti-sarkozysme a sans doute joué mais ce phénomène ne saurait expliquer à lui seul, l’échec de Nicolas Sarkozy. Toujours est-il que l’homme, visiblement sonné, a immédiatement pris sur lui et s’est même payé le luxe de prononcer un discours digne et profond à l’adresse de ses soutiens réunis à la Mutualité, une salle mythique de Paris. Un Nicolas Sarkozy qui, selon ses propres dires, veut assumer seul, la responsabilité de cet échec et qui a confirmé, le lendemain, son retrait de la vie politique.

Nicolas Sarkozy va laisser la place à François Hollande le 15 mai prochain, lors de la passation de pouvoirs au Palais de l’Elysée. Une passation exceptionnelle puisque cela fait dix-sept ans qu’un responsable politique de gauche n’avait pas été élu à la présidence de la République. Un évènement bien évidemment salué par les partisans de l’actuel député de Corrèze, notamment place de la Bastille où des centaines de milliers de personnes sont venus faire la fête et acclamer le nouveau chef de l’Etat aux alentours de 1 heures 15 du matin.

Paris, place de la Bastille, le 6 mai 2012 après l’annonce de la victoire de François Hollande

Comme je l’ai déjà écrit, l’élection de François Hollande est exceptionnelle, non seulement parce que c’est la première fois qu’un socialiste retrouve le chemin de l’Elysée depuis 1988 mais parce qu’elle signe la fin d’une époque. Celle de dix ans de gouvernance de droite dont cinq ans de sarkozysme qui ont plus ou moins secoué l’Hexagone. Qui plus est, l’élection de François Hollande a quelque chose d’audacieux en particulier dans le contexte d’une Union européenne en crise. D’ailleurs, c’est le premier défi qui attend le futur chef de l’Etat socialiste : faire renouer l’Europe avec la croissance afin de relancer durablement la construction européenne. L’affaire paraît compliquée dans une Union européenne largement dominée par les partis conservateurs et libéraux mais l’élection de François Hollande pourrait, à ce titre, changer la donne notamment face à Angela Merkel, la chancelière allemande. C’est du moins ce qu’espèrent nombre de spécialistes qui redoutent les effets secondaires de la politique d’austérité tel que conçue et mise en œuvre actuellement, sous la forte pression de Berlin.

François Hollande aura aussi pour défi de rassembler les Français et de les réconcilier tout en prenant compte du désenchantement, voire de la désespérance de certains. A ce titre, le vote en faveur de Marine Le Pen, la candidate du Front national mais également celui en faveur de Jean-Luc Mélenchon, le candidat du Front de gauche, demeure une sérieuse piqure de rappel. Le président élu le sait, il n’a pas le droit à l’erreur et devra donner des premiers résultats concrets, s’il souhaite gagner en autorité et surtout en soutien populaire. La tâche parait ardue mais au bout du compte, possible à relever.

C’est d’ailleurs à ce titre que, peu de temps après son élection, François Hollande a appelé les Français à lui donner une majorité à l’issue des élections législatives de juin prochain. Un scrutin qui reste encore ouvert en raison du score réalisé par Nicolas Sarkozy bien que ce dernier ait également annoncé qu’il ne conduirait pas la campagne de la majorité sortante. De plus, il est fort probable que les Français souhaiteront donner une majorité à François Hollande qu’il puisse diriger sa politique, reste à savoir l’ampleur de celle-ci.

Dans les prochaines heures, (ou prochains jours), je vous proposerai une analyse plus ramassée des enjeux qui attendent François Hollande, mais également la gauche, la droite aussi bien sur le plan intérieur qu’international. Il saura notamment question des relations entre la France et le Canada, les souverainistes du Parti québécois, comptant beaucoup sur un retour de la politique de « ni ingérence, ni indifférence » avec l’élection de François Hollande.

« Moi, président de la République »

Trois heures de débat pour un match plutôt équilibré dans lequel on a vu un candidat à l’offensive et un autre sur la défensive. C’est un peu la conclusion que je tire du débat de l’entre-deux-tours d’hier soir entre François Hollande et Nicolas Sarkozy.

François Hollande et Nicolas Sarkozy lors du débat de l’entre-deux-tours, le 2 mai dernier

Les deux prétendants à la magistrature suprême avaient, en toute apparence, l’envie d’en découdre et de montrer qu’ils étaient, l’un comme l’autre, dignes de diriger la cinquième puissance mondiale. Aussi, l’un comme l’autre n’ont pas hésité à rendre coup pour coup, et à ne pas se faire de cadeaux, afin que l’un puisse clairement dominer l’autre et prendre une option décisive sur la victoire finale le 6 mai prochain.

A ce jeu, François Hollande, le candidat socialiste, a clairement affirmé son envie de diriger la République française tout démontrant qu’il maitrisait les sujets. Pour dissiper les derniers doutes de certains, il devait prendre des risques malgré les dernières enquêtes d’opinion qui lui semblent toujours lui promettre une large victoire, dimanche prochain. Aussi, a-t-il cherché à mettre en avant son projet présidentiel, sa vision de la France tout en plaçant Nicolas Sarkozy face à ses responsabilités, face à un bilan qu’il est contraint et forcé d’assumer.

En face, justement, le président sortant comptait beaucoup sur le débat présidentiel pour ne faire qu’une bouchée de son rival socialiste, réputé terne, mou, insipide. Le candidat de l’UMP comptait également sur ses talents supposés d’orateur et de bête de scène médiatique pour faire la différence, et pourquoi pas, emporter la décision des Français. Toutefois, on a vu un Nicolas Sarkozy à la peine, ayant toutes les difficultés du monde à dégager un projet et surtout une vision pour la France, sans oublier un bilan qu’il avait du mal à défendre dans la mesure où il avait du mal à l’assumer.

Un Nicolas Sarkozy qui a sans doute (pour ne pas dire surement) sous-estimé son adversaire, bien pugnace et surtout précis dans ses propositions et ses attaques, preuve que l’un avait assurément mieux préparé le débat que l’autre (du moins, ne l’avait pas pris à la légère). Cela donne des séquences cocasses comme celle où Nicolas Sarkozy botte en touche lorsque François Hollande demande à son contradicteur si le parti de Silvio Berlusconi – l’ancien président du conseil italien – est membre du Parti populaire européen ou celle encore plus impressionnante où François Hollande expose sa vision de la présidence de la République. Une séquence qui, à elle seule, résume assez bien la tonalité du débat : un François Hollande déterminé qui renforce sa stature présidentielle face à un Nicolas Sarkozy qui s’incline et qui n’ose pas le contredire alors qu’il aurait du le faire pour la simple et bonne raison qu’il est le chef de l’Etat sortant et candidat à sa propre succession !

Un débat présidentiel – et notamment celui de l’entre deux tours – n’a jamais fait une élection et il est fort à parier qu’il aura peu d’impact sur les électeurs qui, au bout du compte, se trouvent confortés dans leur choix final. Toutefois, il parait clair qu’à défaut d’une victoire par KO, François Hollande s’est clairement imposé dans cette confrontation. Il a réussi le tour de force de dérouler son projet pour la France et de piéger Nicolas Sarkozy dans ses approximations, l’actuel chef de l’Etat passant pour quelqu’un sur la défensive et en manque de confiance, comme s’il venait de découvrir un exercice auquel il avait donné bonne impression il y a cinq ans.

Ce qui explique probablement la grande satisfaction des militants de François Hollande et la mort dans l’âme des partisans de Nicolas Sarkozy à l’issue du débat. Comme je viens de l’écrire, un débat ne fait pas (forcément) l’élection mais il donne des enseignements précieux sur l’état d’esprit de chacun et permet surtout de marquer les esprits, ce que François Hollande a su remarquablement faire avec son « moi, président de la République »