La (petite) victoire de Pauline Marois

François Hollande, en compagnie de Pauline Marois, premier ministre du Québec, le 15 octobre dernier

Pauline Marois, chef du gouvernement québécois, est  à Paris pour une visite de travail de trois jours. Au programme, rencontre avec François Hollande, le président de la République, son homologue Jean-Marc Ayrault et la plupart des haut-responsables politiques de l’Hexagone (dont Claude Bartolone et Jean-Pierre Bel, respectivement présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat). Une rencontre qui a lieu dans la foulée du sommet de la Francophonie qui s’est tenu à Kinshasa (République démocratique du Congo)

La visite de Pauline Marois, bien que non officielle n’en demeure pas moins importante dans la mesure où la chef du gouvernement québécois cherche à remettre la France au centre du jeu dans le cadre des relations avec Ottawa et dans laquelle, elle voit une sorte d’alliée naturelle. Une alliée naturelle pour l’aider à défendre ses intérêts et notamment dans la perspective du référendum sur la souveraineté. A cet égard, elle a même parlé de bienveillance à l’égard de l’Hexagone, histoire de rappeler le poids majeur de la France dans l’histoire de la Belle Province mais aussi les liens historiques et profonds qui lient les deux nations.

C’est d’ailleurs sur ce point là que Pauline Marois s’est rappelé au bon souvenir de François Hollande et de Jean-Marc Ayrault, espérant que le nouveau gouvernement français réaffirme sa ligne historique, celle de la « ni ingérence, ni indifférence » à l’égard des relations entre le Canada et le Québec. Une politique qui fut mise à mal durant la présidence de Nicolas Sarkozy qui avait clairement affirmé sa préférence pour le fédéralisme canadien et affiché sa grande proximité avec Jean Ch     arest, le chef du gouvernement libéral de l’époque. Des propos qui avaient ulcéré les milieux souverainistes qui voyaient dans les propos de l’ancien président une forme de mépris et de provocation mais également d’inculture.

Les souhaits de Pauline Marois se sont en partie réalisés dans la mesure où si effectivement le président français n’a pas employé ces termes, il a en revanche y fait clairement référence en déclarant à l’issue de son entretien avec la Première ministre que cela fait trente ans que cette formule existe et qu’une telle formule prévaut encore aujourd’hui, à la différence de son prédécesseur. En effet, il convient de rappeler que le Parti socialiste et le Parti québécois ont toujours eu de forts atomes crochus, bien plus qu’avec la droite française même si les souverainistes se sont toujours efforcés de maintenir des relations cordiales, afin de défendre leurs intérêts. Comme le résume assez bien une source diplomatique française, « entre les programmes de Harper et de Marois, il n’y a pas photo. Les socialistes et les péquistes sont politiquement sur la même longueur d’onde, qu’il s’agisse de politique fiscale, de gaz de schiste, de l’amiante, etc. »

Stephen Harper, premier ministre du Canada, en compagnie de Stephen Harper, le 7 juin dernier, lors de la préparation du G20

L’enthousiasme affiché par les autorités françaises à l’accueil de Pauline Marois en dit en tous cas assez long sur le rapport que le gouvernement de François Hollande entend entretenir avec la Belle Province tout en ménageant au possible le gouvernement canadien de Stephen Harper, beaucoup plus timoré à l’égard du nouvel exécutif français et qui ne voit pas forcément d’un bon œil, cette (nouvelle) complicité affichée entre la France et le Québec au point que les autorités canadiennes auraient demandé à Paris de « n’en faire pas trop » selon la presse outre Atlantique. Qui plus est, si le président français s’affiche sans aucune difficulté avec Pauline Marois, il le fait avec une certaine retenue afin de ne pas froisser inutilement le gouvernement de Stephen Harper. La France et le Canada ont en effet besoin l’un de l’autre notamment sur le dossier syrien ou bien encore concernant la situation actuelle au Mali comme l’a d’ailleurs rappelée la visite du ministre canadien des affaires étrangères John Baird à son homologue Laurent Fabius, la semaine dernière à Paris. A ce titre, ce dernier a pris soin d’éviter tout prix la fameuse formule du « ni – ni », se contentant de rappeler les bonnes relations que la France entretient aussi bien avec Ottawa qu’avec Québec, une manière subtile de ne pas provoquer d’incident diplomatique.

Pauline Marois en compagnie de François Hollande, sur le perron de l’Elysée, le 15 octobre dernier

La France, de part la voix de son président, semble renouer – sans le dire – avec la politique du « ni – ni » pour caractériser ses relations avec le Canada et sa province francophone, tout en jouant un formidable numéro d’équilibriste comme cela fut déjà le cas dans le passé, realpolitik oblige, comme l’a si bien rappelé l’ancien premier ministre français, Michel Rocard. De fait, il s’agit d’une (petite) victoire pour Pauline Marois dans la mesure où non seulement la France revient sur un principe durement remis en cause durant ces dernières années mais également réaffirme son soutien au Québec comme partenaire majeur sur le plan économique comme culturel.

Les défis de Pauline Marois

Comme l’avaient prévu les instituts de sondages, le Parti québécois (PQ) de Pauline Marois a remporté les élections législatives au Québec, permettant un retour des souverainistes au pouvoir après neuf ans d’opposition. De son côté, Jean Charest, Premier ministre libéral sortant, a annoncé sa démission en tant que chef du Parti libéral du Québec (PLQ) et son retrait de la vie politique après près de trente ans de présence sur la scène fédérale puis provinciale

Une victoire endeuillée par un attentat réalisé par Richard Henry Bain, un anglophone de 63 ans, qui a tenté d’incendier le Métropolis, la grande salle où s’étaient rassemblés les partisans de Pauline Marois, et tiré sur deux personnes dont une est décédée des suites de ses blessures. Un évènement qui a bien évidemment jeté un froid sur l’euphorie qui avait gagné les péquistes du moment de savourer la victoire et qui met en filigrane les incertitudes, voire les inquiétudes de certains Québécois anglophones quant à la future politique du PQ à leur égard mais également vis-à-vis de la question lancinante de la souveraineté, qui devrait être à nouveau débattue dans les années à venir.

Les militants du Parti Québécois et partisans de Pauline Marois, fêtant leur victoire, le 4 septembre au Métropolis de Montréal (Québec, Canada)

Le PQ revient donc aux responsabilités permettant ainsi à sa chef, Pauline Marois, de devenir la première femme à devenir Premier ministre du Québec. A 63 ans, il s’agit d’une véritable consécration pour une femme qui n’avait pas ménagé ses efforts pour conquérir la chefferie de son parti et devenir la patronne de son mouvement. Désormais Premier ministre, Pauline Marois sait que de nombreux défis l’attendent et que sa tâche sera beaucoup plus hardie que prévue.

En effet, avec une majorité relative et un gouvernement minoritaire, la marge de manœuvre de la nouvelle chef du gouvernement québécois, parait bien étroite, notamment en raison du poids de la Coalition Avenir Québec de François Legault qui décroche vingt sièges à l’Assemblée nationale mais surtout en raison de la forte présence du PLQ qui avec 50 sièges (contre seulement 54 pour le PQ) va demeurer une forte opposition officielle au gouvernement péquiste, malgré la défaite de Jean Charest et son départ de la vie politique. Pauline Marois avait à ce titre prévenu : avec un gouvernement minoritaire, ses moyens d’actions seraient limités, ce qui devrait avoir un impact sur la politique qu’elle entend mener dans les semaines et les mois à venir.

Jean Charest, chef du PLQ, et premier ministre sortant, battu lors des élections du 4 septembre dernier

Ainsi, si sur certains sujets, le Premier ministre semble avoir déjà imprimé sa marque (comme la suppression de la hausse des frais de scolarité), la chef péquiste sait que d’autres sujets, elle devra user d’une certaine diplomatie et d’un art du compromis afin de ne pas (trop) subir les assauts d’une opposition qui ne manquera pas de la déstabiliser.

Autre sujet sur lequel, Pauline Marois devra sans doute mettre de l’eau dans son vin (du moins dans un premier temps) : la question de la souveraineté du Québec. De fait, les résultats de mardi dernier ont moins indiqué une volonté des Québécois d’opter pour l’indépendance que pour celle de sanctionner un gouvernement libéral usé par neuf ans de pouvoir. D’ailleurs, si la sanction a bien eu lieu, notamment pour Jean Charest, elle a finalement été moins pire que prévue pour un PLQ qui peut sereinement espérer un retour rapide aux affaires, notamment en raison d’une CAQ qui réalise de moins bons résultats malgré une campagne dynamique.

Pauline Marois, chef du PQ depuis 2007, désormais Premier ministre du Québec

Tout dépendra de la capacité de Pauline Marois de gérer cette situation tout en menant à bien ses objectifs. En clair, il s’agit d’une période probatoire pour la nouvelle chef du gouvernement mais également pour le PQ qui devront faire leurs preuves et montrer qu’ils peuvent être véritablement une garantie pour l’avenir du Québec. Dès lors, les prochaines semaines seront déterminantes pour une Pauline Marois qui se fixe désormais un nouvel objectif, un gouvernement majoritaire à la prochaine élection, condition sine qua none, avant d’envisager un éventuel référendum sur l’indépendance de la Belle Province, après les échecs de 1980 et de 1995.

Vers un nouveau gouvernement péquiste ?

Pauline Marois, chef de file du Parti québécois, reçue par Julie Synder, présentatrice et productrice TV, lors du grand rassemblement de Montréal, le 30 août dernier

« On veut un pays ! On veut un pays ! », ont scandé près de 2000 personnes à Montréal, lors d’un grand meeting du Parti québécois, jeudi dernier.

Un cri du cœur tout droit adressé à Pauline Marois qui n’a pas du bouder son plaisir. En effet, la chef de file du PQ est en passe de devenir la première femme chef de gouvernement dans l’histoire de la Belle province, permettant à son parti, de revenir aux responsabilités après neuf ans d’opposition.

En effet, et à seulement vingt-quatre heures du scrutin, les souverainistes semblent toujours faire la course en tête avec 33% d’intentions de vote, suivi par la Coalition Avenir Québec de François Legault (28%) et du Parti Libéral du Québec (27%), le parti au pouvoir du Premier ministre Jean Charest qui subit un recul historique et qui pourrait même ne pas obtenir le statut d’opposition officielle au sein de l’Assemblée nationale du Québec.

Les indépendantistes québécois sont sur le point de faire leur retour à Québec après neuf ans d’opposition et avec à sa tête, une femme, qui revient de loin, elle qui fut contestée au sein même du PQ, il y a encore quelques mois, au point que son remplacement était envisagé. A quelques heures du scrutin, le Parti Québécois est sur le point de faire son grand retour pour la troisième fois de son histoire avec pour objectif notamment la tenue d’un nouveau référendum sur l’indépendance de la province francophone d’ici à quatre ans.

Pauline Marois, durant la campagne électorale du PQ en aout 2012

Si le retour du PQ à la tête du gouvernement québécois semble l’hypothèse la plus plausible, reste à en connaître l’ampleur. En effet, si les souverainistes semblent faire la course en tête, reste à savoir s’ils obtiendront une majorité absolue, majorité indispensable notamment pour avoir les coudées franches, notamment dans le cadre d’un nouvel référendum tel que souhaité par Pauline Marois et ses partisans. Jusqu’à présent, le Parti québécois avait obtenu cette fameuse majorité absolue à chaque fois qu’il revenait aux responsabilités, ce qui ne l’empêchait cependant pas d’échouer sur la question essentielle de la souveraineté du Québec, par deux fois en 1980 et 1995, date à laquelle le référendum fut perdu à seulement quelques milliers de voix.

Or, il parait de plus en plus probable, en vue des sondages que le PQ obtienne une majorité relative lui permettant, certes, de gouverner, mais qui le placerait sous la menace directe d’une opposition forte menée notamment par la CAQ de François Legault. D’ailleurs, un gouvernement minoritaire pourrait finalement faire l’affaire de cet ancien ministre péquiste, désormais beaucoup plus frileux sur la question de l’indépendance du Québec, dans la mesure où cela lui permettrait de tirer à boulets rouges sur Pauline Marois, tout en étant incontournable vis-à-vis des Libéraux de Jean Charest, dans l’hypothèse où le PLQ serait rejeté dans l’opposition et ne deviendrait que la troisième force politique de la province, ce qui constituerait une lourde et historique défaite.

Ce qui explique pourquoi la leader indépendantiste ne relâche pas son effort et mène campagne jusqu’au bout afin d’obtenir cette majorité absolue dont elle a tant besoin. A titre personnel, je considère cet objectif comme bien ambitieux dans la mesure où si effectivement, les Québécois souhaitent lourdement sanctionner neuf ans de gouvernement libéral, ils ne sont pas pour autant près à accorder une confiance totale à Pauline Marois et à son équipe. Aussi, un gouvernement minoritaire serait une sorte de compromis, de permis probatoire pour un Parti Québécois qui devra faire ses preuves avant éventuellement lui accorder une pleine confiance. Malgré tout, tout reste possible comme l’ont montré les récentes élections fédérales de mai 2011 où, à la surprise générale, le Parti conservateur du Canada de Stephen Harper a non seulement remporté le scrutin mais a également remporté cette majorité absolue qui lui manquait tant, lui permettant au passage de faire tout ce qu’il ne pouvait pas réaliser sous un gouvernement minoritaire en raison d’une forte opposition.

C’est mardi soir (dans la nuit de mardi à mercredi pour nous) que nous saurons si Pauline Marois aura réussi son pari, non pas être la première femme chef de gouvernement au Québec mais, obtenir cette fameuse majorité absolue qui lui permettrait d’avoir les coudées franches et surtout donnerait une stabilité politique à la Belle Province. C’est tout l’objectif de ces dernières heures d’une campagne très rapide et intense.

Une campagne estivale

Assemblée nationale du Québec (Canada)

Après plusieurs semaines de tergiversations, de rumeurs et de déclarations en tout genre, le Premier ministre et leader du PLQ (le Parti libéral du Québec), Jean Charest, a annoncé, le 1er août,  la tenue d’élections anticipées pour le 4 septembre prochain.

C’est la fin d’un vrai-faux suspense politique qui durait depuis plusieurs semaines, pour ne pas dire plusieurs mois dans la Belle Province entre affaires de corruption présumée ou avérée (notamment dans le domaine de la construction) et bras de fer entre le gouvernement et les étudiants à propos de la hausse des frais de scolarité.

Jean Charest, premier ministre sortant et chef du Parti libéral québécois

Les Québécois retournent donc aux urnes et les principaux leaders des forces politiques en présence battent le passé pour convaincre les électeurs notamment Jean Charest qui vise un quatrième mandat d’affilé à la tête de la province francophone malgré un bilan plus que mitigé et une usure du pouvoir de plus en plus évidente. Un pari quelque peu insensé dans la mesure où le chef de file des Libéraux québécois est au pouvoir depuis neuf ans et qu’il aurait pu profiter de ces nouvelles élections pour passer la main. A cela s’ajoute un contexte social très tendu sans oublier les différentes affaires de corruption – notamment dans le secteur de la construction – qui pourraient avoir raison de Jean Charest et le priver d’une réélection.

Pauline Marois, chef du Parti québécois et chef de l’opposition officielle

De fait, si le PLQ – usé par neuf ans de pouvoir quasi sans partage – est sur la sellette, ce dernier peut sérieusement croire en ses chances notamment face à une opposition souverainiste en ordre dispersé et surtout divisé. Si le Parti Québécois de Pauline Marois reste la force centrifuge et un concurrent sérieux pour prendre la tête du gouvernement provincial, d’autres mouvements ont émergé comme Option Nationale de Jean-Martin Aussant, un parti né d’une scission avec le PQ dont les membres reprochent le manque de clarté et surtout d’engagement quant à la tenue d’un nouveau référendum portant sur l’indépendance du Québec, dix-sept après celui de 1995. Qui plus est, Pauline Marois, chef du l’opposition officielle depuis 2007, a du batailler ferme pour rester à la tête d’un parti dans lequel certains – et non des moindres – réclamaient encore sa tête pour finalement la sauver in extrémis. Au coude à coude avec le PLQ, Pauline Marois qui a choisi une attaque frontale face à Jean Charest – en évoquant les affaires et la corruption – a beaucoup à perdre comme à gagner, sans compter qu’une contre-performance hypothèquerait ses chances de rester à la tête du Parti québécois tout comme une victoire lui permettrait de devenir la première femme du chef de gouvernement au Québec.

Jean-François Legault, chef de la Coalition Avenir Québec

Malgré tout, une troisième formation politique espère tirer son épingle du jeu et mettre tout le monde d’accord. C’est la Coalition Avenir Québec de François Legault, fondée en 2011 et ayant intégré par la suite l’Action démocratique du Québec. Clairement situé au centre-droit, son leader, ancien péquiste et ministre sous le gouvernement de Jacques Parizeau (notamment) cherche à incarner une troisième voie et proposer des solutions nouvelles en renvoyant libéraux et souverainistes dos à dos, notamment dans des sujets sensibles concernant la santé par exemple. Se voulant comme le champion de la classe moyenne, François Legault axe également sa campagne sur la corruption et se paye même le luxe d’enrôler dans ses rangs, Jacques Duchesneau, ancien directeur de l’Unité anti-collusion, véritable figure emblématique dans la Belle Province. De par ce coup politique, le leader de la CAQ compte bien peser et – pourquoi pas – créer la surprise le 4 septembre prochain.

Les élections québécoises se déroulent dans un contexte assez particulier où nombre de sujets et d’enjeux ne manqueront pas être mis en avant comme la place et l’avenir du Québec au sein du Canada mais également son développement économique et des choix qui ont été faits ces dernières années, en particulier par le gouvernement Charest. Si le Parti québécois semble faire figure de favori, il est encore trop tôt pour dire avec certitude qui l’emportera en septembre prochain. Tout va dépendre de la tonalité de la campagne mais aussi des stratégies qui seront menées. En déclenchant des élections le 1er aout dernier, Jean Charest compte bien couper de l’herbe sous le pied à ses deux principaux rivaux et jouer sur les incertitudes quant à l’avenir afin que les Québécois fassent, preuve, au final d’un peu plus de réalisme. Un pari somme toute risqué mais finalement loin d’être insensé dans la mesure où la victoire comme la défaite du Premier ministre sortant dépendra de la capacité du PQ et la CAQ de proposer et surtout défendre une politique alternative et ambitieuse, PQ en tête.

A suivre : le changement, c’est maintenant ?

L’échappée belle ?

Pauline Marois, chef du Parti Québécois (PQ) applaudie par les militants lors du conseil national de son mouvement, le 29 janvier dernier

Pauline Marois peut avoir le sourire ! Non seulement, Gilles Duceppe ne sera finalement pas son successeur à la tête du Parti québécois mais en plus le conseil national du Parti Québécois s’est plutôt bien déroulé.

Rien à avoir avec les semaines voire jours précédents où la tête de l’actuelle chef de file du parti souverainiste semblait être mise à prix et réclamée par certains. Contestée, fortement mise en cause, l’avenir du leader péquiste semblait de plus en plus compromis, du moins était de moins en moins radieux. En effet, les jeux semblaient être faits, le nom de Gilles Duceppe – l’ancien chef du Bloc Québécois – étant plus en plus cité avec insistance pour la succéder. C’était même une question de temps avant que Pauline Marois soit débarquée après cinq ans de bons et loyaux services. Tout était prêt même si l’ancien chef de file des souverainistes québécois au sein de la Chambre des communes canadienne ne l’avait pas explicitement indiqué.

Mais c’était sans compter sur les soucis de ce même Duceppe, accusé de détournement de fonds publics par La Presse, un journal à tendance fédéraliste. Durant plusieurs années, il aurait rémunéré le directeur général et une conseillère du Bloc via l’utilisation des fonds publics accordés à son parti dans le cadre de ses activités parlementaires. L’ancien député fédéral plaide sa bonne foi mais le mal est fait, et cette affaire a ruiné toute possibilité d’un retour actif sur la vie politique à terme.

Gilles Duceppe, ancien chef du Bloc Québécois

La mise hors-service de Gilles Duceppe est un sacré coup du sort pour l’intéressé mais une sacrée aubaine pour une Pauline Marois qui peut désormais tenter de réaffirmer son autorité sur un parti quelque peu déboussolé par de récentes défections mais aussi par la concurrence d’autres mouvements souverainistes, certes encore marginaux, mais qui existent bel et bien, remettant en cause la légitimité même du PQ comme force centrifuge devant mener la province du Québec à l’indépendance.

De fait, les prochaines semaines seront importantes aussi pour le Parti québécois mais aussi et surtout pour Pauline Marois qui se sait en sursis, elle qui semblait pas très loin de la sortie, selon nombre d’analystes politiques. Si on en croit la chef de l’opposition officielle, le PQ est prêt à en découdre avec le gouvernement de Jean Charest mais également avec la Coalition Avenir Québec de François Legault qui continue à faire la course en tête, même s’il connait un redressement dans de récents sondages.

Pauline Marois l’a donc échappé belle d’une certaine manière. Mais cela suffira-t-il pour remettre le PQ en selle et préparer véritablement ce dernier pour les prochaines élections provinciales ? Difficile à dire quand les récentes turbulences qui ont secoué le mouvement souverainiste aussi bien à Ottawa qu’à Québec ont eu un impact majeur et continuent à en avoir toujours même si dans le même temps 43% des Québécois soutiennent encore l’option souverainiste selon l’enquête réalisée par Le Devoir. De fait, tout va dépendre de la capacité de proposer un projet viable et de réenchanter  ce fameux rêve de souveraineté. Encore faut-il une personnalité qui soit capable de susciter de l’enthousiasme, qui soit l’incarnation vivante du rêve. Or, et c’est un peu un drame en politique, on peut être quelqu’un de compétent et de sérieux et être un décevant chef de parti, ce qui peut causer souci surtout dans le cadre du système politique canadien et québécois, à mon sens ! En clair, Pauline Marois devra faire (à nouveau) preuve d’autorité pour donner une certaine crédibilité au Parti québécois et espérer l’emporter.

Le blues des souverainistes (suite)

Note au lecteur :

Nouvelle vague de mes articles consacrés à la vie politique canadienne aussi bien sur le plan fédéral que québécois. L’occasion dans les semaines qui vont suivre de donner mon sentiment sur cette vie politique outre-Atlantique qui ne cesse d’être dynamique et très intéressante en espérant qu’elle vous donne envie de vous informer sur ce qui se passe chez nos cousins d’Amérique. Ces articles s’inscrivent également dans un projet personnel puisque j’envisage de me rendre au Canada à l’automne prochain. Bonne lecture !

Gilles

La chambre des communes du Canada, à Ottawa (la capitale fédérale)

De l’autre côté de l’Atlantique, la vie politique canadienne suit son cours, une vie politique dominée par le Parti conservateur de l’actuel Premier ministre Stephen Harper mais également par le coup de blues des souverainistes sur la scène québécoise.

Et rien ne va plus pour le Parti québécois (PQ) et sa chef de file, Pauline Marois, qui ne compte plus les défections et autres démissions sans oublier les ralliements, notamment celui d’un jeune député qui a rejoint les rangs de la CAQ (Coalition Avenir Québec) mise sur pied par François Legault, lui-même ancien membre du PQ et grand partisan de l’indépendance du Québec avant de finalement mettre de l’eau dans son vin. Un départ largement commenté et qui est révélateur du désarroi dans lequel se trouvent les souverainistes québécois à tel point que l’un d’entre eux, Bernard Drainville, s’est publiquement inquiété de la situation de son mouvement en prophétisant la mort du PQ, ce qui tranchait avec les discours optimistes et enjoués de Pauline Marois, dont on se demande parfois si elle a encore une certaine lucidité.

Les souverainistes ne semblent pas toujours avoir digéré la débâcle du 2 mai dernier, date à laquelle le Bloc Québécois (le pendant du PQ sur la scène fédérale canadienne) a été littéralement balayé lors des élections. Pire, le mouvement souverainiste semble désormais à la dérive, miné par ses divisions, certains reprochant au PQ de ne pas s’engager franchement sur la question de l’indépendance, voire à y renoncer totalement.

Pauline Marois, actuel leader du Parti Québécois

Ce qui explique la situation actuelle et peu enviable dans laquelle se trouve le Parti Québécois, un mouvement qui fut durant de nombreuses années (c’est-à-dire dès sa fondation en 1968 par René Lesveque), le moteur, la figure de proue du combat pour l’indépendance de la Belle Province. Cela n’est plus le cas aujourd’hui, le PQ devant compter avec d’autres mouvements – tels que Québec Solidaire, le Parti indépendantiste ou bien encore Option nationale – qui se réclament également de la souveraineté, et qui sont fondés par d’anciens membres qui jugent leur ancien parti bien trop timide quant à la stratégie à adopter, voire le soupçonnent d’avoir implicitement renoncé à ce but ultime. A cela s’ajoute un mouvement de lassitude chez certains Québécois, sentiment accentué par la crise économique actuelle comme me l’a confirmé Jack, un ami de d’une amie française vivant à Montréal et que j’ai rencontré en décembre dernier à Paris. A cela s’ajoutent d’autres phénomènes tel la mondialisation qui touche directement la Belle Province notamment sur un plan interne avec l’arrivée d’une nouvelle immigration au Canada issue principalement d’Asie et du Moyen-Orient et qui pèse sur le poids et la place du Français au sein de la Confédération, et place le Québec dans une situation bien différente de celle qu’elle a connu, il y a encore quinze ans.

Aussi, le mouvement souverainiste semble bel et bien à la peine et fait un peu de peine à voir sans compter qu’il ne profite absolument pas de l’usure du pouvoir du gouvernement provincial de Jean Charest au Québec – un gouvernement libéral miné par les scandales et autres soupçons de corruption – et du coup de mou des néo-démocrates au plan fédéral, le parti de feu Jack Layton subissant une chute vertigineuse dans les sondages moins d’un an après leur percée historique aux élections fédérales.

Dès lors, reste à savoir si le mouvement souverainiste, Parti Québécois en tête, saura réagir et surtout s’unir pour éviter la bérézina annoncée. En effet, les analystes politiques semblent pronostiquer, en cas d’élections provinciales anticipées, une large victoire de la CAQ de François Legault au détriment du Parti Libéral du Québec de Jean Charest mais aussi du PQ, ce qui pourrait coûter la tête d’une Pauline Marois qui se sait en sursis. Qui plus est, il est plus facile d’être une ministre compétente et capable d’être un Premier ministre que de diriger un parti et le mener à la victoire, c’est d’ailleurs tout le problème de la chef de file souverainiste actuellement. De fait, l’avenir du mouvement souverainiste au Québec est aux mains des souverainistes eux-mêmes qui doivent mettre leurs querelles de côté tout en redéfinissant leurs priorités et une stratégie pour attendre leur objectif, ce qui suppose un chef incontesté et incontestable, mais aussi compter sur les excès de confiance et d’arrogance d’un Stephen Harper qui semble toujours accorder bien peu de considération aux Francophones depuis sa réélection. Vaste programme !

A suivre : le blues des néo-démocrates

Questions à Marilène Pilon

Marilène Pilon est une jeune montréalaise de 30 ans, souverainiste convaincue. C’est en recherchant des blogs politiques canadiens et québécois que je suis tombé sur son site, très simple et plaisant à lire au passage. Dans un entretien que j’ai réalisé via courriel, Marilène revient sur les élections générales du 2 mai et explique pourquoi l’indépendance du Québec reste un enjeu et une question d’actualité pour l’avenir de la Belle Province.

L’occasion, dans le cadre de ce carnet d’été, de vous proposer quelques témoignages et points de vue de Canadiens et de Québécois, francophones comme anglophones, fédéralistes comme souverainistes et qui font partie ou non de mon entourage.

Et je profite de ce premier article pour remercier Marilène pour avoir accepté cet entretien outre-mer et m’avoir accordé toute sa confiance ! 

Bonne lecture !

Gilles JOHNSON : Tout d’abord, présentez-vous et expliquez-nous votre cheminement politique.

Marilène PILON : J’aime les mathématiques.  J’ai toujours aimé les chiffres et les sciences.  J’ai étudié en actuariat à l’université et j’ai travaillé près de 7 ans chez un consultant en actuariat en administration de régimes de retraite.  Je suis présentement à la Ville de Montréal à l’Harmonisation des régimes de retraite.

Je suis fascinée par la nature humaine, la philosophie et la psychologie;  je tente de comprendre pourquoi les gens réagissent et agissent comme ils le font.

Mon cheminement politique est très sommaire.  J’apprends l’histoire moderne du Québec, j’écoute les nouvelles et lis quelques articles. Je m’intéresse à ce qu’on fait avec mes impôts.

Qu’est-ce qu’être souverainiste – au sens québécois du terme – en 2011 ? Cela a-t-il encore un sens ?

La grande question.  Plusieurs définitions s’appliquent, mais voici la mienne : l’indépendance est le projet commun de la société Québécoise de sorte qu’elle assurera elle-même ses responsabilités en tant qu’État reconnu par le reste du monde comme un pays indépendant.

Le Québec aura sa constitution, ses priorités, ses revenus, ses dépenses pour le bien de la majorité francophone, latine : tout le contraire du reste du Canada : anglophone et « british ».  Le Québec est principalement social-démocrate (centre-gauche) le reste du Canada est conservateur (centre-droite).  Les Conservateurs sous Harper sont pratiquement exclusivement à droite.  Les priorités et les besoins d’Ottawa et du Québec ne sont pas les mêmes.

Le Canada est censé être une Confédération : pouvoir des juridictions fort pour un pouvoir central limité.  La réalité est tout le contraire.  Alors, en ayant un pouvoir central fort, les priorités qui passent en premier sont celles du gouvernement en place à Ottawa : la droite. De plus, le gouvernement Harper a obtenu une majorité à Ottawa sans le Québec.  Ça en dit long sur les priorités du Canada par opposition à celles du Québec. Et comme les Conservateurs n’ont plus besoin du Québec pour obtenir une majorité : toutes les revendications pour sauver le français, nos institutions, notre culture se heurteront à des portes closes.  Alors oui, ça a du sens d’être souverainiste et de souhaiter du bien à notre société.

Actuellement, près de 40% des Québécois sont favorables à la souveraineté et donc au départ de la Belle Province de la fédération canadienne. Quel est l’intérêt du Québec et des Québécois de quitter le Canada et quels avantages en tirerait-il, selon vous ?

Les principaux avantages sont les suivants : nous sauvons le français en Amérique, nous sauvons nos institutions, nous cessons de financer les projets d’Ottawa de droite : les Québécois ne sont pas du même avis, en majorité, nous éliminons le financement des institutions fédérales que nous avons déjà au Québec (administration des rentes gouvernementales, le prélèvement des impôts : seul le Québec a un impôt central et un impôt provincial.  Avec la souveraineté, on en élimine un et tout notre argent ira à Québec pour financer nos priorités).

Quant aux inconvénients… On n’aura plus de feuille d’érable sur notre passeport ?

Que vous inspirent les résultats électoraux du 2 mai dernier et notamment la percée du NPD au Québec ? Y doit-on voir là fin du mouvement souverainiste, du moins tel qu’il s’est toujours exprimé ?

 Je respecte les résultats du 2 mai, mais que je ne les accepte pas.  Les électeurs Québécois ont voté pour un bon Jack [Layton, le président du NPD, et chef de l’opposition officielle, NDA] et pour du changement, c’est tout.  Ceci n’a rien d’une attaque personnelle contre monsieur Layton qui combat présentement un cancer.  Il s’agit de programme/idée politique.

Plusieurs députés du NPD sont des étudiants finissants au baccalauréat à l’université par opposition à des candidats du Bloc Québécois qui connaissent les dossiers du Québec au Canada.  Sur mes blogs je dénonce ce vote irréfléchi du Québec.

Plusieurs candidats du NPD n’ont même pas fait campagne, n’ont jamais mis les pieds dans la circonscription  pour laquelle ils se présentaient.  Deux mois après l’élection, 19 députés n’avaient pas de bureau de circonscription.  Ils sont l’opposition officielle : c’est Harper qui rit de bon cœur et avec raison.

Pour le reste, je vous réfère à mes blogs.

Nombre de Québécois furent séduits par les propositions de Jack Layton notamment en matière de politique familiale, ou bien encore de santé en lien avec les intérêts du Québec. De l’autre, les souverainistes ont – semble-t-il – davantage axé leur campagne sur la question de l’indépendance plutôt que sur la défense des intérêts de la province. Y’a-t-il pas eu une erreur d’appréciation selon vous, ce qui explique le score inattendu des néo-démocrates ?

Nombre de Québécois n’ont pas lu les programmes des partis parce que le Bloc Québécois présente des idées similaires au NPD sur plusieurs points, mais le Bloc opère son action exclusivement au Québec, sans avoir à faire de capital politique ailleurs, contrairement au NPD.  Je ne vois aucune analyse profonde des Québécois : ils ont voté pour du changement et un bon Jack.

La campagne du Bloc était très mauvaise, mais je n’aurais pas voté pour quelqu’un qui n’a même pas fait campagne chez-nous juste pour changer.  Mon candidat du Bloc était plus que compétent comparativement à un finissant d’université du NPD.

Certains considèrent que le débat sur la souveraineté doit avoir lieu au Québec et uniquement au Québec. Que pensez-vous de cette affirmation ?

Je trouve que cette affirmation est à nuancer.  L’indépendance du Québec se décidera à Québec.  Cependant, les autres pays du monde, dont le Canada, auront à reconnaître le Québec en tant que pays sur la scène internationale.  Nous ne pouvons donc pas ignorer l’attitude du Canada à notre égard.

Le Canada fait tout pour nous garder.  Pas tant les habitants, mais les actions politiques d’Ottawa centralisent le pouvoir et renforcent l’obligation du Québec à rester dans le Canada par la loi C-20 par exemple.

Le Québec paye pour un Sénat à Ottawa, paye pour un Lieutenant-gouverneur représentant la Reine d’Angleterre chez-nous ( ?), paye pour les avions F-35 qu’Ottawa veut acheter, paye pour l’administration fédérale.  Tout cet argent pourrait servir à autre chose chez-nous.

Le Canada nous a volés avec le scandale des commandites des Libéraux, les Conservateurs nous font dépenser pour des priorités qui ne sont pas les nôtres.  Je ne comprends pas le choix des électeurs Québécois d’accepter de faire des chèques à Ottawa sans rien avoir en retour.

Le référendum de 1995 a été volé par le camp du non, il y a eu plus d’un demi-million de dollars dépensés illégalement par le non.  Ottawa a ouvert la presse à billets : alors pour les amoureux de la péréquation (8,5 milliards envoyés à Québec par Ottawa), je leur demande de se réveiller.  Si nous étions un coût pour le Canada, il ne se forcerait pas tant que ça pour nous garder.

En 2009, Nicolas Sarkozy avait qualifié de sectaires, les partisans de l’indépendance du Québec, remettant ainsi en cause la fameuse politique de « non ingérence, ni indifférence » à l’égard du Canada et des affaires québécoises. Un an plus tard, Pauline Marois était partie rencontrer les dirigeants du Parti socialiste et de l’UMP afin de défendre le projet de souveraineté du Québec. Que doit être selon vous, la véritable attitude de la France ?

La France prendra l’attitude qu’elle voudra bien prendre.  Ce que je sais, c’est que le Québec est un petit terrain français dans une mer anglaise.  Nous sommes latins : plaisirs, bonne bouffe; et nous avons beaucoup de talents, d’entrepreneurs, d’artistes, des commerçants, des économistes et j’en passe!  Les occasions d’affaires et culturelles sont multiples. La France jouerait avec le feu si elle soutenait l’option souverainiste ou l’option fédéraliste : elle se mettrait soit le Canada ou une bonne partie du Québec à dos.  Cependant, ça reste sa décision.

Pauline Marois, chef du PQ, souffre d’un grand problème d’autorité et voit sa légitimité et surtout son autorité contestée. Pensez-vous que Marois soit la personne la mieux à même pour mener le PQ à la victoire en 2013 et mener le Québec à l’indépendance – en cas de nouveau référendum gagnant ?

Le référendum de 1995 a été volé par le camp du non; alors le camp du oui gagnait. Pauline Marois est la députée la plus compétente que je connaisse avec tout ce qu’elle a fait comme ministères au Québec. Je ne suis pas du type pro-chef, mais je sais que la crise au PQ a été très exagérée et déformée par les médias. Je suis souverainiste parce que je pense qu’il s’agit de la meilleure option pour le Québec afin d’arrêter de payer pour rien et de sauver le français en Amérique. Et c’est loin d’être l’affaire d’une seule personne.  Que ce soit Pauline Marois ou une autre personne, les gens mettront de toute façon la main à la pâte pour faire leur part pour leur pays. Une seule personne ne peut pas tout faire, tout connaître ni tout contrôler : la société québécoise a sa part de responsabilité à prendre et d’actions à entreprendre.

Citez-moi trois personnalités politiques canadiennes (anglophones et/ou francophones, vivantes ou décédées) en indiquant leur force et leur faiblesse.

Je vous suggère de lire sur le site du Parti Québécois où vous trouverez beaucoup d’information sur les députés souverainistes à Québec.

Je suis plutôt du genre à expliquer l’importance de la responsabilité individuelle, de cesser le « je m’en foutisme » et surtout, de cesser de se fier à une seule personne pour mener à bien le projet : tout le monde a un travail à faire.  Oui, c’est forçant l’effort, mais je suis convaincue que le jeu en vaut la chandelle.

Comment voyez-vous le Québec dans vingt ans ?

Dans vingt ans, le Québec sera un pays indépendant.  Il s’occupera de ses finances, de sa culture, de sa langue, de ses institutions, de ses lois civiles, de ses priorités. Nous intégrerons nos nouveaux concitoyens et leur apprendrons le français.  Nous serons une société laïque. Je suis d’ailleurs le Parti Québécois sur Twitter et j’ai demandé les finances d’un Québec souverain afin de présenter un projet qui se tienne sur des chiffres réalistes.  Le Québec n’est pas né pour un petit pain.  Il saura être un pays influent à la face du monde et pour ça, nous avons besoin de présenter le projet et d’en démontrer le réalisme afin de faire pencher la balance du côté du oui.

Entretien réalisé via courriel, le 29 juillet dernier. Pour consulter le blog de Marilène Pilon, cliquez ici

Le blues des souverainistes

Turbulences au sein du mouvement souverainiste !

Les élections fédérales du 2 mai dernier, n’en finissent pas de créer des remous chez les partisans de l’indépendance québécoise notamment au sein du Parti Québécois dirigé par une Pauline Marois, à la légitimité contestée. Ainsi, cinq députés provinciaux ont annoncé leur départ du parti souverainiste, parmi lesquels les populaires Louise Beaudoin, Pierre Curzi ainsi que Lisette Lapointe, ces trois figures du PQ reprochant à leur ancienne chef de file de ne pas avoir de stratégie précise, ni même de calendrier plus ou moins défini concernant la marche vers l’indépendance du Québec même si des raisons internes sont également évoquées, comme l’explique Louise Beaudoin, le 7 juin dernier sur l’antenne de Radio-Canada :

Cette crise au sein du mouvement indépendantiste est assez symptomatique du déboussolement dans lequel se retrouve les souverainistes depuis les élections du printemps dernier qui ont vu la déroute sans appel du Bloc Québécois et la démission sur le champ de Gilles Duceppe, battu dans sa propre circonscription, une circonscription qu’il détenait depuis 1990.

Pour rappel, la stratégie des souverainistes se base sur la logique complémentaire suivante : le BQ agit sur la scène fédérale (et uniquement sur celle-ci) et le PQ exclusivement sur la scène provinciale pour défendre les intérêts de la Belle province mais également préparer puis provoquer son accès à l’indépendance. Une stratégie qui fut brutalement remise en cause et qui pose même la question de la viabilité du projet souverainiste, notamment au sein de la société québécoise et en particulier au sein des souverainistes eux-mêmes.

Gilles Duceppe (à l'époque, chef du Bloc Québécois) en compagnie de Pauline Marois (chef du Parti Québécois) durant la campagne législative pour les élections fédérales canadiennes de mai dernier

On estime actuellement à 40% le nombre de Québécois se prononçant en faveur de l’indépendance de la province francophone du reste du Canada. Un chiffre stable depuis la dernière consultation référendaire du 30 octobre 1995 où l’option du « Oui » n’avait été rejetée qu’à une infime majorité. Depuis lors, la question de l’indépendance reste plus ou moins en suspens, une idée qui reste brandie, défendue mais sans véritable traduction concrète et c’est qui explique un peu le blues des souverainistes aujourd’hui.

Car si bloquistes comme péquistes s’accordent toujours sur l’idée de faire du Québec un pays (c’est-à-dire un Etat totalement souverain), les avis divergent sur le tempo et la stratégie à adopter notamment au sein du PQ où la perte de leadership et d’autorité de Pauline Marois s’explique en partie. En effet, nombreux sont ceux comme les récents démissionnaires du PQ qui s’interrogent sur les réelles intentions et motivations de l’ancienne ministre du gouvernement provincial de René Levesque, la question de la souveraineté servant selon ses détracteurs comme un moyen d’accéder au pouvoir – un argument électoral, si vous préférez – et non plus une fin en soi, un but à atteindre.

Les chefs historiques du Parti Québecois de 1968 à 2001 avec René Levesque (à l'extrême droite de l'affiche, de 1998 à 1985), Jacques Parizeau (en bas à droite de 1988 à 1996), Lucien Bouchard (au centre, de 1996 à 2001) et Bernard Landry (à gauche, de 2001 à 2003)

Une telle attaque qui peut en boucher plus ou moins un coin à l’intéressée notamment si celle-ci est plus ou moins subtilement comparée à ses prédécesseurs tels René Levesque bien sur, mais également Jacques Parizeau, premier ministre du Québec de 1994 à 1996 et leader du Oui au référendum de 1995, ardent avocat de la souveraineté. Un personnage historique du mouvement souverainiste respecté et dont la parole pèse à tous les sens du terme, ce qui limite la marge de manœuvre de l’actuelle chef indépendantiste.

A cela s’ajoute un mouvement indépendantiste qui ne cesse de se diviser au niveau provincial, s’accentuant un peu plus ce blues. ADQ (pour Action démocratique du Québec, centre-droit), PI (pour Parti indépendantiste), QS (pour Québec Solidaire, gauche écologiste), CAQ (Comité pour l’Avenir du Québec)… autant de partis et de formations politiques (souvent fondés par des anciens péquistes) qui remettent en cause l’autorité morale du PQ comme seul parti historique pouvant réaliser le rêve de la souveraineté.

De fait, l’avenir du mouvement indépendantiste est entre les mains des souverainistes eux-mêmes notamment au sein du PQ avec une Pauline Marois qui en dépit des 93% qu’elle a obtenu en vote de confiance, peine à convaincre, sa gouvernance étant de plus en plus et vertement critiquée (à tel point d’ailleurs que certains réclament toujours son remplacement par Gilles Duceppe, le chef démissionnaire du Bloc !) Sans aucun doute, des avenirs se dessinent, reste à connaître lequel.

Caricature de Garnotte parue dans Le Devoir, un quotidien québécois, le 23 juin 2011. Pour comprendre la caricature dans son contexte, cliquez ici

A suivre : recherche député(e) désespérément

Le Bloc est mort ? Vive le PQ !

Les résultats des législatives canadiennes n’en finissent pas de faire des vagues notamment au Québec, la province francophone du pays, à tel point que j’ai repris la plume sur ce sujet.

Gilles Duceppe, chef du Bloc Québécois, démissionnaire depuis les élections fédérales du 2 mai dernier

En effet, avec seulement quatre députés sur les 75 qu’envoient les électeurs de la Belle Province à la Chambre des communes, le Bloc Québécois a subi une défaite telle que son existence et par extension l’avenir du mouvement indépendantiste est désormais engagé selon certains analystes francophones et anglophones. Pour comprendre un peu la situation, une petite explication s’impose.

Le Québec est la seule province du Canada où les francophones sont majoritaires (près de 80% de la population) et où le français a le statut de seule langue officielle. Disposant d’une importante autonomie au sein de la fédération canadienne, au même titre que les autres provinces, la Belle Province souhaite cependant aller plus loin, autrement dit, l’indépendance. C’est ainsi qu’en 1968, le Parti Québécois (PQ) voit le jour, fondé par René Levesque, formation qui remporte haut-la-main les élections provinciales de 1976.

Le leader indépendantiste et fondateur du Parti Québécois (PQ), René Lesveque

Quatre ans après, un référendum est organisé par le gouvernement provincial Levesque portant sur l’indépendance dans le cadre d’une « souveraineté-association » avec le Canada selon la formule de l’époque. Un référendum dont le résultat sera clairement négatif puisque 60% des Québécois se prononceront pour le maintien dans le Canada.

Jacques Parizeau, leader du PQ de 1988 à 1996 et Premier ministre du Québec de 1994 à 1996 durant la campagne référendaire sur l’indépendance de la Belle Province

Rebelote quinze ans après avec un second référendum, suite à la victoire du PQ mené, cette fois-ci, par Jacques Parizeau. Entre temps, le mouvement indépendantiste – après s’être durement affaibli – reprend des couleurs suite aux facéties des différents gouvernements canadiens et de l’échec de plusieurs compromis institutionnels (notamment celui du Lac Meech et de Charlottetown en 1992). En parallèle, Lucien Bouchard fonde le Bloc Québécois (BQ), parti complémentaire au PQ et agissant exclusivement à l’échelle fédérale afin de défendre les intérêts des Québécois et faire avancer la cause indépendantiste.

A l’issue d’une campagne passionnante, le non l’emporte une seconde fois mais d’extrême justesse puisqu’il recueille 50,6% seulement. Depuis cette date, le BQ et le PQ avançaient plus ou moins main dans la main selon la stratégie suivante : le Bloc à Ottawa, les péquistes (nom donné aux membres du Parti Québécois) à Québec-Ville, pour défendre et triompher la cause indépendantiste. (Vous pouvez consulter le discours de Jacques Parizeau au soir du résultat de la campagne référendaire du 30 octobre 1995, ci-dessous)

L’échec retentissant des bloquistes (membres du BQ), lundi dernier, remet durablement en cause cette stratégie, jusqu’à ce que certains s’interrogent même de la viabilité et de la réalité du projet souverainiste. En effet, outre le côté doublon (défendre l’indépendance à la fois au Parlement fédéral et au Parlement provincial), on s’interroger sur l’utilité d’élire une formation politique dont on sait pertinemment qu’elle ne sera jamais majoritaire au sein de la Chambre des communes, sa seule possibilité étant d’agir comme une force de pression, afin de préserver au mieux les intérêts du Québec, ce que le Bloc semble avoir plus ou moins réussi jusqu’ici.

Pauline Marois, présidente du Parti Québécois depuis 2007

Dès lors, certains voient dans la chute du Bloc (notamment chez les anglophones), une remise en cause durable du mouvement indépendantiste québécois. Toutefois, d’autres crient à l’extrême prudence dans la mesure où la déroute du Bloc pourrait bien profiter au Parti Québécois, actuellement dirigé par Pauline Marois. En effet, le BQ en second plan, les souverainistes pourraient être tentés de se recentrer au niveau provincial et forcer ainsi le destin du Québec, en considérant qu’il ne faut rien espérer du gouvernement fédéral qui ne reconnaîtra en rien la spécificité du Québec. Encore faut-il remporter les élections provinciales prévues fin 2013, élections qui s’annoncent de bonne augure pour le PQ tant les libéraux québécois menés par l’actuel Premier ministre provincial, Jean Charest, semble en perte de vitesse et bien impopulaire. Qui plus est, si le Nouveau Parti démocratique – le tombeur du BQ lors des élections fédérales de lundi dernier – se montre incapable de défendre les intérêts du Québec, c’est finalement tout bénéfice pour les souverainistes ! Comme l’a d’ailleurs précisé, la chef de file des souverainistes québécois : « la souveraineté ne se fera pas à Ottawa, elle se fera à Québec ! »

Alors, le Bloc est mort ? Vive le PQ !

Pour aller plus loin, je vous invite à écouter le débat qui a eu lieu dans la radio canadienne entre Pauline Marois, la présidente du PQ, Jeffrey Simpson, chroniqueur au Globe and Mail (un quotidien anglophone), et Stéphane Paquin, professeur de science politique à l’École nationale d’administration publique. Bonne lecture audio !